Editorial

Haïti sur des braises ardentes au mauvais moment

Le Président Jovenel Moïse, dirigeant depuis sept mois environ, une République vacillante, se voulait être un homme de dialogue. N’a-t-il pas rencontré de multiples groupuscules ou partis politiques en mettant sur le tapis les problèmes économiques, sociaux, culturels et diplomatiques du pays ?

Disposant d’une majorité écrasante à la chambre des députés et au Sénat, le budget présenté au mois de septembre 2017, par le gouvernement de Jack Edouard Lafontant, a été approuvé très facilement et promulgué dans la foulée. Ce budget 2017-2018 est considéré par des organisations syndicales et par des opposants au Président Jovenel Moïse et au gouvernement du Premier Ministre Lafontant comme étant impopulaire et inadapté à la situation économique et sociale d’Haïti.

Des manifestations désormais politiques

Des syndicats et des mouvements politiques demandaient uniquement le retrait du budget et surtout qu’il ne soit pas publié au journal officiel. Le président et son Premier Ministre ne les ont pas entendus.

Il s’en est suivi des manifestations dans tout le pays avec une violence inouïe et un certain succès.

De fait, des forces obscures en embuscade entrent en scène et formulent des revendications franchement politiques. Les manifestants désormais réclament non seulement le retrait du budget contesté, mais encore la démission du Président Jovenel Moïse.

Il est temps que les meneurs de jeux haïtiens en eau trouble comprennent que la situation du pays est grave, dramatique même. Le carnaval électoral permanent est inadmissible.

En principe, depuis le 1er octobre 2017, le budget 2017-2018 est entré en vigueur avec quelques modifications gouvernementales. Et les manifestations se poursuivent.

A quand le vrai dialogue ?

Des voix s’élèvent comme celle de Mme Odette Fombrun, la centenaire, pour exiger le dialogue entre le Président Jovenel Moïse (le gouvernement inclus) et les représentants de la contestation (syndicats, partis et mouvements politiques). Il faut un dialogue sérieux et sincère entre les protagonistes pour sortir de l’impasse actuel dans l’intérêt du peuple haïtien.

Dans les prochains jours, de nouvelles manifestations auront lieu à Port-au-Prince, à Jacmel, Petit-Goâve, aux Cayes, à Saint-Marc, à Ouanaminthe et au Cap-Haïtien. Non seulement les violences vont se poursuivre, mais encore les appétits des politiques en congé de pouvoir s’aiguiseront.

Haïti n’avancera pas en choisissant le chaos, la guerre civile et l’organisation de nouvelles élections avec 360 candidats.

Il faut sortir de l’impasse

Aucune coalition occasionnelle des forces dites démocratiques et populaires n’est habilitée à exiger la démission de Monsieur Jovenel Moïse de la présidence d’Haïti.

La répression sans discernement n’est pas une réponse à des manifestations responsables et démocratiques. Les infractions commises par des manifestants violents et irresponsables doivent être sanctionnées. Les personnes poursuivies et emprisonnées sans motifs valables doivent recouvrer leur liberté le plus rapidement possible. Les problèmes climatiques et environnementaux nous interpellent. Les jeunes qui quittent le pays en masse dans l’espoir d’une vie meilleure nous inquiètent. Que de problèmes à résoudre : la corruption, la misère, le chômage, les questions de santé, de formation au niveau primaire, secondaire, et universitaire, etc.

Va-ton rester les yeux bandés longtemps encore ?

En définitive, il faut sortir de l’impasse. Seul le dialogue doit être la vraie boussole : un dialogue franc, sérieux et sincère.

Paul Baron