Sommaire :

Editorial 3

L’année 2016 se termine enfin.. 3

Actualités Internationales. 3

Les États-Unis d’Amérique. 3

La France. 3

L’Autriche européenne. 3

L’Italie et le référendum du 4 décembre 2016.. 3

Cuba. 3

Union Africaine (U. A.) et la République d’Haïti 3

Actualités Haïtiennes. 3

Elections Présidentielles du 20 novembre 2016.. 3

Ouragan Matthew Solidarité. 3

Environnement : Haïti, l’un des cas les plus désespérés au monde. 3

Un regard économique sur trois mandats présidentiels. 3

Le programme de Jovenel Moïse. 3

Anniversaire de Gérald Bloncourt. 3

Arts et Lettres. 3

Poésie. 3

Livres à lire. 3

Vie Associative. 3

PAFHA.. 3

APESE Haïti 3

APECE. 3

Fondation UNOGA.. 3

AAJM… 3

Commémoration du 12 janvier 2010.. 3

IN MEMORIAM… 3

Une mère fière et digne est partie. 3

Geneviève Marie-Brutus nous a quittés. 3

Divertissement  Mathématique. 3

SUDOKU de PH n°94.. 3

Editorial

L’année 2016 se termine enfin

Il n’est pas question de faire un bilan de l’année 2016 dans les colonnes de Pour Haïti.

Cependant, se dessinent devant nous les espoirs et les inquiétudes de l’année 2017.

Aux États-Unis d’Amérique, le nouveau président est Donald Trump. On peut s’attendre à tout.

Mister Donald John Trump, sur certaines questions, est imprévisible. On est sûr d’une chose :  il va tout faire pour que la puissance américaine soit renforcée.

En Europe, que d’incertitudes sur l’avenir de l’Union européenne ! Il apparaît que l’Allemagne tient le bon bout en ce sens qu’aucun danger de dislocation ou de changement de politique ne menace ce pays. Mais, elle ne peut pas toute seule assurer la pérennité de l’Union Européenne. Le couple France-Allemagne est le garant d’une Union Européenne impérialiste viable. Or, l’élection présidentielle française du mois de mai fait planer des doutes sur l’engagement de la France dans l’U.E. Si les forces anti-européennes parvenaient à la présidence française, l’existence de l’Union européenne serait menacée sérieusement. Des difficultés économiques, financières et sociales affecteraient les 27 pays de l’Union et les conséquences seraient incalculables, surtout pour le tiers monde.

En Afrique, 2017, c’est beaucoup d’espoir et d’abattement un peu partout. Les guerres, petites ou moyennes vont se poursuivre. La démocratie ou les processus démocratiques se construiront à des vitesses différentes au grand désespoir des plus lucides. Quant au Moyen-Orient (Proche-Orient), la guerre s’est installée et elle durera le temps qu’il faudra. Comment ne pas craindre un embrasement dans cette région ?

L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud envoient au monde des signaux encourageants. La guérilla colombienne et le gouvernement colombien, qui se sont combattus pendant 50, ont conclu une paix des braves inattendue en cette fin d’année 2016. Cuba est sur le chemin de se défaire de l’embargo américain de plus d’un demi-siècle et de retrouver sa place au sein de la communauté internationale.

Et Haïti, alors ?

De catastrophes naturelles et environnementales, de crises politiques et électorales, de la pratique de la corruption à grande échelle à tous les niveaux, de manque du sens de responsabilités dans les affaires de l’État, de l’indifférence d’une élite éduquée et moyennement aisée, la République haïtienne est perçue comme une entité dérisoire qui bénéficie de considérations mitigées.

Elle disposait, depuis un certain temps, d’une souveraineté limitée. Les différentes élections organisées en Haïti étaient financées par la communauté internationale depuis 1986, date de la chute du président à vie, Jean-Claude Duvalier, décédé le 4 octobre 2014. Ce qui expliquait une injonction détestable de l’Internationale dans les résultats des élections présidentielles haïtiennes.

La fin du mandat de Michel Joseph Martelly, le 7 février 2015, a fait place nette à un président provisoire temporaire en la personne de l’ex-sénateur Jocelerme Privert. C’est sous son autorité et celle du premier Ministre Enex Jean-Charles que les élections haïtiennes du 20 novembre 2016 ont été financées et organisées par l’État haïtien. Bravo. Ces élections devraient avoir lieu le 9 octobre 2016. Mais, l’ouragan féroce Matthew qui a dévasté le Sud d’Haïti, dans la nuit du 3 au 4 octobre, ne l’a pas permis.

Le 28 novembre, le Conseil Electoral Provisoire (C.E.P.) a communiqué les résultats préliminaires du premier tour de l’élection présidentielle.

Mr Jovenel Moïse avec 55,67% des suffrages serait élu président de la République, dès le premier tour, car son avance est considérable par rapport à Mr Jude Celestin (19,52%), Mr Moïse Jean-Charles (11,04%) et Mme Maryse Narcisse (8,99). Ces derniers contestent officiellement les résultats préliminaires prétextant que beaucoup trop de procès-verbaux ont été écartés illégalement. Ils ont, peut-être, raison. Mais, il y a très peu de chance pour que les résultats soient inversés. On peut difficilement dire, cette fois, que l’Internationale a manipulé les résultats en faveur du producteur de banane, Mr Jovenel Moïse et dès le premier tour.

L’année 2017 s’ouvrira en Haïti avec un président élu et non choisi, en dépit du fait que la participation des électeurs (à peine 21% du corps électoral) constitue une insulte à la démocratie.

Mr Jovenel Moïse, le président, va-t-il pouvoir se surpasser ?

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2017 À TOUS

Paul BARON

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Actualités Internationales

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Les États-Unis d’Amérique

Le milliardaire Donald John Trump : Président

Sauf coup de théâtre inimaginable, le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique s’appellera Donald Trump. Il sera élu officiellement Président par le Collège des grands électeurs (538 votants), le 19 décembre 2016 du fait d’avoir obtenu 306 voix et Mme Hilary Clinton 232 voix. Donald Trump entrera en fonction à la Maison blanche le 20 janvier 2017.

La démocratie américaine qui a fait ses preuves repose sur un système électoral assez particulier.

Tout d’abord, depuis l’indépendance américaine, le bipartisme constitue le socle inébranlable de cette démocratie : Parti démocrate et Parti républicain. Ces deux partis ont gouverné et gouvernent le pays en alternance. Et les campagnes électorales sont faites dans les médias (radios, journaux, télévisions) qu’autour de ces deux partis.

Ensuite, le vote populaire n’est pas décisif. Par exemple, tandis que Madame Hilary Clinton a obtenu 65 256 681 (48,10 %), alors que Monsieur Donald Trump n’a eu que 62 692 056 voix (46,20 %), mais, c’est lui, Donald Trump, qui est vainqueur de l’élection présidentielle avec ces 306 grands électeurs républicains.

Enfin, l’élection, c’est toujours celle d’un binôme : le président et son colistier vice-président. Et les moyens financiers pour arriver au pouvoir sont démesurés.

Il est bon de souligner que les binômes suivants ont participé officiellement à l’élection présidentielle américaine du début du mois de novembre 2016.

-        Darrel Castle, colistier Scott Bradey, sans étiquette et défenseur de la constitution ;

-        Evan McMullin, colistier Mindy Finn, mouvement conservateur ;

-        Gary Johnson, colistier William Weld, pour le parti libertarien ;

-        Jill Stein, colistier Ajamu Baraka, pour le mouvement écologique ;

-        Hilary Clinton, colistier Tim Kaine,pour le parti démocrate et

-        Donald Trump, colistier Mike Pince, pour le parti républicain.

Le système électoral américain est tel que l’on a parlé que de Donald Trump et de Hilary Clinton pendant toute la durée de la campagne électorale après les conventions des partis républicains et démocrates.

La victoire de Donald Trump et de son colistier

Le 9 novembre 2016, aux Etats-Unis d’Amérique et dans les autres pays, personne ne s’attendait à la défaite de Hilary Rodham Clinton face à Ronald John Trump. Surprise et déception partout dans le monde. D’une manière ou d’une autre, l’Américain Donald Trump étant le gagnant des élections américaines n’a de compte à rendre qu’aux Américains.

Le 1er décembre 2016, il aurait déclaré :« Nous condamnons l’intolérance et les prejugés sous toutes leurs formes. Nous dénonçons toute la haine et rejetons avec force le langage de l’exclusion en tendant la main aux démocrates, force d’opposition ».

Pour se faire élire, n’avait-il pas dit ou laisser dire le contraire ? Les Américains s’en souviendront.

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La France

La droite française en embuscade

Dans moins de 6 (six) mois, on votera en France pour élire un nouveau président.

Il y a 5 (cinq) ans déjà, le parti socialiste français s’était aligné sur les mœurs politiques américaines consistant à sélectionner son candidat à la présidence à travers une élection primaire à deux tours. Ce fut une heureuse idée qui a permis à François Hollande d’affronter le présidant sortant Nicolas Sarkozy dans les meilleures conditions. Le parti, « les Républicains » et des partis centristes, après avoir dénigré l’initiative du P.S. de 2012, l’ont adoptée afin de présenter un candidat unique à l’élection présidentielle de mai 2017. La droite classique française, sans complexe, a organisé sa primaire afin d’écarter le soi-disant candidat naturel.

Ce sont inscrits pour cette primaire : Nathalie Kosciusko-Morizet ; Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Jean-Frédéric Poisson, Bruno Lemaire et Fançois Fillon. Lepremier tour a eu lieu le dimanche 20 novembre 2017. Dès 20 H, certains comprenaient que les favoris : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy allaient vivre une détestable soirée.

En effet, le premier tour a placé en tête François Fillon avec 44,1% des voix et en 2ème position Alain Juppé avec 28,6%. Nicolas Sarkozy avec 20,6 % est éliminé. Plus de 4 millions de Français ont participé au premier tour. Le second tour de la primaire du 27 novembre 2016 a été un désastre pour Alain Juppé. François Fillon s’est imposé avec 66,60% des voix sur 4,3 millions de votants. Désormais, la droite et le centre ont leur candidat et leur programme pour l’élection présidentielle de mai 2017. Conservatisme, libéralisme, moins d’État, anti-syndicalisme, moins de protection sociale et de la rigueur dans tous les domaines. Ce sont-là des principes d’unification de la droite et du centre pour l’élection présidentielle du mois de mai 2017.

La gauche française en désarroi

A qui la faute ?

Le président François Hollande en renonçant à se présenter à l’élection présidentielle de mai 2017 a brouillé les cartes au sein du parti socialisme et également au sein de ce qu’on appelle « la gauche française ». Sa déclaration solennelle du 1er décembre 2017, depuis le Palais de l’Elysée, a eu l’effet d’une bombe dans les rangs du parti socialiste. En dépit du fait que les premières réactions socialistes tendaient à reconnaître la grande lucidité du président Hollande, néanmoins, certains partageaient l’idée qu’il était le seul capable de rassembler les socialistes et au-delà pour empêcher François Fillon d’être élu président de la République française en mai de 2017. On peut en douter.

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L’Autriche européenne

Vive Alexandre Van der Bellen

Après le Brexit, l’élection de Trump aux Etats-Unis, le Front national, le parti de Marine Le Pen, attendait la victoire de l’extrême droite autrichienne pour pavoiser et discourir sur l’irrésistible ascension des droites en Europe et en Amérique. Le peuple autrichien n’est pas tombé dans le panneau tendu par le leader de la droite extrême autrichienne, Norber Hofer, le dimanche 4 décembre 2016.

Il a choisi, de préférence, de faire confiance à l’écologiste indépendant, le professeur Alexandre Van der Bellen, en lui accordant 53,3% des voix à l’élection pour la présidence de la République autrichienne.

Mme Le Pen va sûrement adapter son discours pour faire croire aux Français que la défaite de son bon ami Hofer est une victoire retardée. En mai 2017, sa victoire à la présidence française, sera certaine, pense-t-elle. Que feront les Français, alors ?

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L’Italie et le référendum du 4 décembre 2016

Matteo Renzi a vraiment perdu.

Le jeune et fougueux chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, s’est brulé les ailes au référendum du 4 décembre voulu par lui-même. La victoire du « non » avec 60% des voix au référendum bloque la réforme bancaire italienne. Ce qui n’est pas sans conséquences pour la stabilité financière de l’Union européenne. Et Matteo Renzi, le premier Ministre italien, a rendu son tablier.

Désormais, ne faut-il pas craindre de consulter les Européens par référendum sur leur avenir ?

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Cuba

La Mort de Fidel Castro Ruz

Le vendredi 25 novembre 2016, vers 1 h du matin, le Président de Cuba, Raul Castro, a annoncé le décès de son frère,

Fidel Castro survenu à l’âge de 90 ans.

Nous le savions malade et nous nous attendions à la nouvelle de sa mort.

Le Leader Màximo, el Comandente, Fidel Castro Ruz, le père de la Révolution cubaine nous a quittés.

Nous en sommes très émus et tristes, mais très fiers de nous compter parmi ses admirateurs et amis, et d’avoir beaucoup appris de lui.

Avec beaucoup de force et de détermination, il a marqué son temps, servi son pays, œuvré pour un avenir meilleur des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes, d’Afrique et d’Asie.

Pour Haïti

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Hommage à l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL)

Port-au-Prince, le  28 novembre 2016

Hommage de l’Organisation du Peuple en Lutte

(OPL) à Fidel CASTRO

Durant ces cinquante dernières années, Fidel CASTRO a tenu tête, avec sa superbe légendaire, à de puissants adversaires. Pendant ce demi-siècle de combats incessants pour survivre à l’embargo asphyxiant, il a fait front à l’adversité, sans jamais plier l’échine. Son peuple l’a accompagné, en dépit des lourds sacrifices consentis, ou imposés, par la force des choses…

Sa longue maladie, courageusement supportée, l’a finalement vaincu : ce vendredi 26 novembre 2016, Fidel CASTRO est décédé, à l’âge auguste de 90 ans, laissant derrière lui, incontestablement, le souvenir d’un champion de la LIBERTÉ, d’une figure emblématique de la Révolution cubaine, élevée, sans exagération, à la dimension d’une icône adulée…

Cuba est en deuil. Bien d’autres pays aussi, sans doute. Car si, à l’image de tout grand leader, il a eu, à tort ou à raison, de nombreux détracteurs, il n’en demeure pas moins qu’il a suscité également, de par le monde, son lot d’admirateurs.

Fidel CASTRO fut tour à tour Commandant en chef des Forces armées révolutionnaires (1956-2008) ; Premier ministre (1959-1976) ; Premier Secrétaire du Parti communiste de Cuba (1965-2011) ; Président de la République (1976-2008) et Député de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (depuis 1976).

L’OPL salue la mémoire du Géant disparu, qui a marqué l’histoire politique mondiale au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Elle présente ses sincères condoléances à la famille CASTRO, au gouvernement cubain et au vaillant peuple-frère de Cuba, en cette pénible circonstance.

Sauveur Pierre ÉTIENNE ; Coordonnateur Général de l’OPL

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Union Africaine (U. A.) et la République d’Haïti

Admission repoussée

Les Haïtiens manifestaient une certaine fierté à l’idée d’être les fils partis en esclavage dont l’Afrique pouvait s’enorgueillir.  Malgré les lavages de cerveau dont ils furent l’objet, ils ont pu rester attachés à ce continent « aux cheveux crépus », par les mœurs, les arts, en un mot, par la culture.  « Haïti représente une enclave en Amérique ».

Un certain nombre de faits méritent d’être rappelés. Après l’indépendance, arrachée en 1804, un décret permit à tout esclave qui poserait le pied sur le sol haïtien de devenir libre et haïtien.  De même, une disposition fut prise qui offrait une certaine somme d’argent aux capitaines de bateaux pour tout esclave amené d’une plantation située dans un territoire extérieur au pays.

L’abolition de l’esclavage partout où il passerait fut la réponse faite par le président haïtien Alexandre Pétion à Simon Bolivar, le « libertador », qui lui demandait le don qu’il pouvait offrir aux Haïtiens en remerciement de leur aide inestimable aux peuples sud- américains.

Cette île est aussi la terre où, pour la première fois, la « négritude » se mit debout, comme l’a déclaré Léopold Sedar Senghor, le barde de la Poésie Nègre.

Est-il besoin d’insister sur l’œuvre magistrale d’Anténor Formin, intitulée « De l’Égalité des races humaines » au moment où, dans le monde, le racisme battait son plein ?  Sont à mentionner également la défense de l’Éthiopie à la Société des Nations par le représentant d’Haïti, le Général Nemours et, plus tard, le vote du délégué haïtien en faveur de l’Indépendance de la Libye.

« Last but not least », on ne peut oublier l’apport des professeurs haïtiens à l’instruction et à la formation d’une grande partie de l’élite intellectuelle africaine.  Cette mission constitue à elle seule un service inégalable au développement de l’Alma Mater.

On comprendra la déception de tout un peuple qui croyait mériter plus que ce refus d’admission d’Haïti au sein de l’Union Africaine.  Le principe évoqué est celui de la situation géographique hors d’Afrique. Le statut de membre observateur dont il jouissait depuis deux ans n’a pu se transformer en celui de membre.  Il faut espérer que cet espoir ne s’est pas irrémédiablement envolé.

Dr Daniel Talleyrand

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Ousmane SOW n’est plus

Honneur et respect à la mémoire de ce Sénégalais, sculpteur-médecin, décédé le 1er décembre 2016 à l’âge de 81 ans dans la capitale de la République du Sénégal : Dakar.

Le grand d’esprit, Ousmane Sow, a toujours vu le monde en grand, surtout son Africa. Ces sculptures géantes comme la série NOUBA lui ont servi à magnifier les guerriers Nuba du Soudan. Il s’est évertué à camper dignement les guerriers Masaï, Zoulou, puis les Peuls. Sculpteur exceptionnel, le monde entier lui rend hommage.

Pour Haïti

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Actualités Haïtiennes

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Elections Présidentielles du 20 novembre 2016

La tâche du nouveau Conseil Electoral Provisoire

Sous l’impulsion du président intérimaire, Jocelerme Privert et du gouvernement provisoire dirigé par Enex Jean-Charles, un Conseil Electoral Provisoire (CEP) a été mis en place à la fin du mois de mars 2016. Il s’en est suivi la création d’une nouvelle Commission Indépendante d’Evaluation et de Vérification Electorale des élections du 9 août 2015 afin d’organiser le 2ème tour des élections présidentielles entre les candidats Jovenel Moïse et Jude Célestin. Cette commission a recommandé au CEP (KEP en créole haïtien) de reprendre intégralement le processus électoral compte tenu des profondes irrégularités observées. Le président de la République et son Premier Ministre, le CEP et les différents mouvements et partis politiques, à l’exception du parti de Monsieur Jovenel Moïse, se sont rangés derrière les recommandations de la Commission indépendante.

Le CEP a publié en juin un calendrier électoral fixant au 9 octobre 2016 le premier tour des élections présidentielles, le 2ème tour des législatives complémentaires et le 1er tour des élections sénatoriales, soit le 1/3 du Sénat (10 sénateurs).

Les élections du 9 octobre 2016 n’ont pas pu avoir lieu. Le féroce Ouragan Matthew a dévasté tout le Sud d’Haïti, soit 3 départements : la Grande Anse (Ville principale Jérémie), le Sud (Ville principale les Cayes) et le Sud-Est (Ville principale Jacmel). Plus d’un 1 million de personnes sont concernées. Des routes sont coupées et des ponts nombreux emportés ; des bâtiments, des écoles et des maisons de toutes sortes sont endommagées. La décision du Conseil Electoral Provisoire de reporter les élections au 20 novembre 2016 paraissait raisonnable et bien réfléchie.

La journée du 20 novembre, de l’avis, d’abord des organisateurs, des partis et mouvements politiques et ensuite des observateurs nationaux et étrangers, a été exceptionnelle. Les élections se sont bien déroulées. On a enregistré quelques incidents mineurs qui n’ont pas affecté le déroulement des élections présidentielles, législatives et sénatoriales.

Les électeurs, soit 6,5 millions de personnes, étaient invités à voter dans 1534 centres comprenant 11 993 bureaux. La sécurité était assurée par 9 400 agents de la police nationale haïtienne et par 2 016 policiers et 1 460 militaires de la MINUSTAH. L’utilisation des drones pour survoler les centres et bureaux de votes a dû impressionner plus d’un. Le résultat des courses, les élections haïtiennes du 20 novembre 2016 du point de vue organisationnelle se sont bien passées.

Les candidats aux élections présidentielles

Voici la liste des candidats (dont 3 femmes) qui ont participé aux élections présidentielles du 20 novembre 2016.

-        André Amos – Front uni pour la renaissance d’Haïti

-        Bertin Jean – Mouvement d’union républicaine

-        Bretous Joseph Harry – Konbit pou ayiti

-        Charles Jean Hervé – Parti pour l’évolution nationale haïtienne (Penh)

-        Célestin Jude – Ligue alternative pour le progrès et l’émancipation haïtienne (Lapeh)

-        Cornely Jean Ronald – RPH

-        Dalmacy Kesler – Mopanou

-        Desir Luckner – Mobilisation pour le progrès d’Haïti

-        Drouillard Marc-Arthur – Parti unité nationale

-        Durandisse Joseph G. Varnel – Retabli ayiti

-        Dupiton Daniel – Cohésion nationale des partis politiques haïtiens (Conapph)

-        Duroseau Vilaire Cluny – Mouvman pou endepandans kiltirel sosyal ekonomik ak politik an ayiti

-        Gautier Marie Antoinette – Plan d’action citoyenne

-        Gerard Dalvius – Parti alternative pour le développement d’Haïti

-        Jean Poincy – RESULTA

-        Joseph Maxo – Rassemblement des nationaux démocrates volontaires pour l’unité salvatrice

-        Magloire Roland – Parti démocrate institutionnaliste

-        Narcisse Maryse – Fanmi lavalas

-        Sampeur Jacques – KLE

-        Beauzile Edmonde – Fusion

-        Jeune Jean-Chavannes – CANAAN

-        Flecourt Nelson – OLA Moise Jovenel – PHTK

-        Moise Jean-Charles – Pitit Desalin

-        Ceant Jean Henry – Renmen Ayiti

-        Renois Jean Clarens – UNIR

-        Monestime Diony – Indépendant


Va-t-on vraiment s’en sortir ?

Juste après la journée du 20 novembre 2016, les partisans des candidats Jovenel Moïse, Moïse Jean-Charles et Maryse Narcisse n’ont pas hésité à revendiquer la victoire pour leur leader.

Le CEP a dû publier un communiqué rappelant à chacun que lui seul est autorisé à donner les résultats préliminaires des élections du 20 novembre 2016. En effet, le lundi 28 novembre au tour de 23 h (en Haïti) les résultats préliminaires officiellement étaient communiqués. Les voici :

Jovenel Moise         595 430 votes 55,67%

Jude Célestin           208 837 votes 19,52%

Moise Jean Charles 118 142 votes 11,04%

Maryse Narcisse          96 121 votes 8,99%

Jean Henry Céant          8 075 votes 0,75%

Il y a lieu de faire au moins deux remarques.

La première consiste à observer que les 5 premiers postulants comptabilisent à eux-seuls 95,97% des voix. Les 22 autres auraient pu s’abstenir.

La deuxième porte sur la participation des électeurs qui est excessivement faible (21%), soit environ 1,365 millions de votants sur 6,5 millions d’électeurs. Le président qui entrera en fonction le 7 février 2017 donnerait un signal fort au peuple haïtien, à la nation haïtienne et au monde en contribuant à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Les difficultés d’Haïti sont immenses et très importantes. Pour les aborder et essayer de les résoudre, il faudrait compter sur toutes les compétences et les bonnes volontés. Attendons la proclamation officielle du résultat des élections présidentielles par le CPE le 29 décembre 2016.

Rappel

« Pour être élu au premier tour, un candidat doit obtenir plus de 50% des suffrages ou disposer d’une avance de plus de 25 points sur le candidat arrivé en deuxième position. A défaut, les deux meilleurs prétendants s’affronteront lors d’un second tour prévu le 29 janvier. Le vainqueur devrait prendre ses fonctions en février ».

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Ouragan Matthew Solidarité

Domination étrangère et fragilité structurelle

Non, le peuple haïtien n’est pas responsable de la situation du pays !

Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO)

Nous nous inclinons devant l’immense perte en vies humaines et la dévastation causée par le cyclone Matthew. Devant de telles souffrances, les mots manquent pour exprimer notre compassion et notre sympathie envers les victimes et les laissés-pour-compte de cette terrible tempête.

Comme d’habitude, c’est le peuple qui fait les frais de cette catastrophe, c’est lui qui attend, seul, abandonné, l’aide d’un État incapable et impuissant. C’est lui encore, comble d’ironie ! qu’une certaine presse internationale, en mal de sensations, accuse d’être à l’origine de son malheur et de celui du pays.  Une « journaliste » d’une chaine de télévision nord-américaine n’a-t-elle pas expliqué la déforestation en disant que ce sont des enfants affamés qui ont bouffé les arbres !

Ainsi le peuple est victime et en même temps responsable de sa propre situation, de sa propre désolation. Les clichés pleuvent de partout : « Haïti : pays le plus pauvre de l’hémisphère », « Haïti : pays dirigé par des corrompus », « Haïtien veut dire haïr les siens », etc. Que n’a-t-on pas dit pour illustrer notre incapacité « génétique » à nous prendre en main ? C’est pourquoi, la déréliction, le sentiment d’abandon du peuple est perçu avec un certain sadisme qui ne dit pas son nom.

Dans une lettre qu’il fait parvenir à son épouse peu de temps avant de mourir, Patrice Lumumba écrit : « C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. »

La métaphore de la cage nous sied parfaitement en ce début du 21e siècle, après plus de 210 ans d’indépendance. On nous regarde du dehors, les yeux embués par des larmes de crocodile et le regard obstrué par une épaisse brume qu’entretient la grande presse, et on se demande pourquoi ce petit pays dirigé par des Noirs ne peut effectuer aucun progrès. Un petit pays qui a été secouru tellement de fois par l’international ! Qui a reçu des millions de dollars d’aide ! Pourquoi cette destinée ? Cette malédiction ?

Il fut un temps où l’Occident, imprégné de l’idéologie de la suprématie blanche, clamait haut et fort qu’un pays composé de Noirs ne pouvait réussir sans l’aide du Blanc. C’était l’époque du colonialisme. Aujourd’hui cette idéologie est bel et bien vivante ; on la voit à l’œuvre de façon insidieuse, subtile, dans les entrelignes d’un article consacré à l’aide, dans les poignées de main, le regard de ces coopérants qui veulent enseigner aux Haïtiens les multiples façons dont fonctionnent les « pays civilisés », etc.

Pourtant l’histoire est là, et elle nous enseigne que cette fragilité structurelle est le résultat d’un long processus de saccage et de pillage, que ce processus est lié à l’occupation et la domination étrangère. Du système esclavagiste, en passant par l’occupation américaine, à l’imposition des politiques néolibérale, la destruction de notre environnement se poursuit d’une échelle à l’autre.

On oublie souvent que « La perle des Antilles » ne fournissait pas seulement du sucre, du café à l’Europe, elle produisait aussi des centaines de milliers de tonnes métriques de bois pour meubler le vieux continent. Entre 1770 et 1804, plus 60 000 tonnes métriques sont envoyées en Europe1. À partir de 1820 jusqu’au début du 20e siècle, le paiement de la dette de l’indépendance allait constituer la raison principale pour continuer à exploiter à outrance nos terres et nos paysans.

Tout au long du 20e siècle, le pillage se poursuit sous l’occupation et la domination américaine. L’un des éléments les plus emblématiques de cette destruction est la mise à sac de la forêt des pins. Cette destruction effectuée par la Société Haïtiano-Américaine de Développement Agricole (SHADA) a été justifié par l’Oncle Sam au moyen d’arguments liés à ses besoins en matière de production de caoutchouc.

Au cours des années 1980 et 1990, l’imposition des mesures d’ajustement structurel a renforcé la fragilité de notre environnement. À l’instar des entreprises locales, l’économie paysanne a été systématiquement détruite. Sa survie est plus que jamais compromise malgré les efforts héroïques des paysans et de plusieurs compatriotes pour la sauvegarder.

Il faut donc remonter à l’histoire pour comprendre les causes de cette fragilité, de ces dévastations causées par la moindre tempête, alors que près de nous Cuba, seul, résiste, surmonte, ouragans, cyclones, tempêtes et…embargo.

Notre histoire est celle d’une domination étrangère continue ! Qu’elle prenne la forme du colonialisme, de l’occupation ou du néocolonialisme avec une classe dirigeante totalement antinationale, aliénée ou d’un État assujetti, elle est fondamentalement la même, par ses objectifs et par son contenu.

Seule la prise en charge de nos ressources, de notre agriculture, de nos terres, de notre culture, de notre territoire, de notre environnement, de notre mémoire de peuple martyr mais résistant peut nous aider à construire une nouvelle Haïti !

Renel Exentus

Ricardo Gustave - rehmoncohaiti1915@gmail.com

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Environnement : Haïti, l’un des cas les plus désespérés au monde

Aborder les dégâts de l’ouragan Matthew en Haïti par un malentendu est la façon la plus honnête d’indiquer au lecteur qu’il entre dans un champ de mensonges, d’irresponsabilités et de manipulations. Le gouvernement haïtien annonce un bilan contesté par la presse : « 473 morts, 75 disparus, 339 blessés et plus de 175500 personnes dans 224 abris ». Les organisations non gouvernementales publient des chiffres différents qui renseignent sur la géographie de leurs interventions, la ville de Jérémie : « La ville d’environ 30 000 habitants « est complètement détruite », a affirmé Jean-Michel Vigreux, directeur de Care Haïti, cité dans un tweet. « Les accès sont complètement coupés et les gens seront bientôt à court de nourriture et d’argent », (Libération,7 octobre 2016). Le sort de Jérémie confirme justement le mépris que lui affiche le président de la République qui observe de son avion le cauchemar des habitants. Jérémie et l’ensemble des villes de la Grande Anse sont coupées du monde, abandonnées à elles-mêmes, presque, (au moment où nous écrivons ce texte) livrées à la débrouille et à la survie comme des âmes en guenilles, malgré l’activisme des ONG et du gouvernement haïtien.

Pour un pays normal, un tel bilan aurait suffi à mettre à bas un gouvernement, un président de la République dont la responsabilité serait engagée. Il aurait mobilisé de façon intense, chef d’État, chef de gouvernement, d’un côté ; et de l’autre, ministres et sous-secrétaires d’État. Certes, Port-au-Prince gesticule, procrastine, gênée aux entournures, envoie des signaux contradictoires, communique, mais la mobilisation étatique n’est pas à la hauteur de la catastrophe et c’est l’

État haïtien encore une fois qui vient de confirmer sa faiblesse et l’impéritie de ses dirigeants. De l’autre, des médias emportés par le choc émotionnel ne contribuent pas encore à la compréhension des causes et des enseignements à tirer de cette catastrophe. « Sans doute trop tôt ».

En Haïti, bien avant le tremblement de terre du 12 Janvier 2010, qui renvoie à une lecture cauchemardesque de l’humain se trouvant en permanence dans un passé douloureux, les vivants acquièrent le statut de morts. Le respect pour le vivant, comme acteur central de la vie, comme agent actif, être agissant contre l’innommable, l’inacceptable, semble derrière nous. Plus les catastrophes accusent des morts, plus le degré d’indifférence croît dans la société. C’est une société en état d’anomie, celle d’Haïti, et au-delà de ce que Durkheim décrit, une société en perdition consciente, une société en voie de disparition avec la bénédiction et l’immobilisme des élites présentes et passées au pouvoir.

Les dégâts causés par l’ouragan Matthew ne sont en rien nouveaux, inutile d’établir « la litanie des saints saisis de rage », à intervalles réguliers, de la fureur de sanctionner les Haïtiens (Hazel, Flora, David, Allen, Jeanne…). Ils s’inscrivent dans un contexte rituel de répétitions dramatiques, de reproduction de souvenirs aux accents lugubres. Ils ciblent les occupants (les mêmes depuis des années) des vieilles masures que la compassion et la prévision météorologique « consacrent aux cadavres inconnus », tolérés par les différents gouvernements qui n’ont jamais eu de considérations humaines pour leurs concitoyens. Normalement ces derniers sont hantés, aux moindres averses, par la disparition d’un enfant emporté par le réveil des pierres en tumulte et des terres en colère, un léger coup de vent, plus redoutable que les autres. La mort guette au quotidien les Haïtiens, à tort ou à raison, dans la capitale et dans les provinces, qui improvisent des cabanes sur le lit d’une rivière, des canaux, des terrains appartenant à l’État, investis au mépris des lois. Même si leurs dirigeants s’installent dans des villas cossues, juchées sur des collines, d’où ils regardent avec dédain les conditions deshumanisantes vécues par ceux-là qui les ont élus, sacrifiés sans contrepartie, sur l’autel de la démocratie électorale. Ces « habitants » s’attendent à ce que l’État les prenne en charge, pliés sous le poids des contraintes matérielles, rongés par l’incapacité à répondre aux tarifs prohibitifs des logements à Port-au-Prince, et dans les villes de provinces, se laissent instrumentaliser par des politiques, pérennisant à jamais leurs conditions de misère, inacceptables à l’humanité, au XXIème siècle.

C’est un lieu commun de le dire, mais nous devons condamner, blâmer les citoyens quand ils recherchent l’exagération dans l’expression de cette misère. Le tragique n’est pas dans la misère, mais dans l’instrumentalisation. Les candidats (élections présidentielles, sénatoriales) y voient un terreau nécessaire au populisme et à l’électoralisme. Michel Martelly ne reprochait-il pas à Mirlande Manigat de n’avoir pas porté un sac de riz sur son dos pour alléger les souffrances des citoyens pauvres, au lendemain du tremblement de terre ? Mettant à la disposition des victimes de l’ouragan Matthew, quelques vivres alimentaires estampillés de leurs photos de campagne, certains candidats, soutenus par l’oligarchie de Port-au-Prince, tentent de tirer des gains politiques de la désolation de leurs compatriotes. Ces derniers sont demandeurs de générosité saine des hommes politiques, Ils découvrent des mendiants de voix, convertis en semeurs de passions malheureuses, en rentiers de compassion.

Quand l’acte compassionnel est associé à la quête de gains politiques….

L’assistance à un citoyen en difficulté est anonyme. Elle n’a pas partie liée avec la récupération. Et quand on le fait, c’est une faute morale et donc condamnable. On pourrait dès lors penser que certains politiques ne rêvent que de maintenir les affamés dans leur état de citoyens vulnérables, ce qui alimente le discours démagogique et les promesses folles. Pourtant, la misère, inacceptable, est une violation de l’Etat de droit, puisque les droits de l’homme rangent au premier des droits de l’individu celui de vivre dans des conditions de sécurité et de décence. Quel dirigeant de cœur préfère la déshumanité à l’abandon ? Quel dirigeant engagé affectionne les boues, les pauvres, les lanternes, ce mélange répugnant d’immondices, de matières fécales, d’eaux stagnantes, dans lesquelles survivent des enfants ventrus et affamés, des adultes humiliés plus bas que les vers de terre ? Pour y tisser un programme politique, c’est un gage d’imposture, d’absence de profondeur et de sottises. La misère ne doit en aucune façon être une apothéose au populisme : le populisme est ici entendu comme cette capacité illusoire de s’approprier les habits de la proximité avec le peuple, les gueux, les miséreux contre les élites et les habitants des quartiers sécurisés et proprets. Et l’investissement du champ compassionnel de façon grotesque par certains candidats est stratégique afin de ne pas les accabler davantage : leur offre programmatique accorde un faible intérêt à l’environnement.

Pourquoi la problématique de l’environnement ne va pas au-delà du marketing électoral comme le régime précédent l’a si bien illustré dans sa symphonie des Cinq E (Éducation, Environnement, État de droit, Énergie, Emploi) ? Parce que les mesures qu’elle appelle font obstacle à la défense des intérêts catégoriels ; il y a une économie de la destruction de l’environnement avec ses ramifications, ses réseaux, ses patrons et ses ouvriers. Le paysan, par nécessité, coupe des arbres, mais, pourtant, il n’est pas le vrai responsable. Le vrai responsable est celui qui organise à la capitale l’économie réelle du charbon de bois. Ces commerçants ont pignon sur rue et sont connus de tous. De même, le marché illicite du bois se développe au su et au vu de tous :

Les entreprises de blanchisseries, les boulangeries, les « guildives* », les usines de transformation sont les principales bénéficiaires de cette destruction programmée de la faible couverture végétale. Il y a également ces entreprises qui ont le monopole de l’importation des produits alimentaires, elles n’ont guère d’intérêt à limiter la déforestation, pour que l’agriculture haïtienne en soit dépendante.

Certes, des expériences isolées sont tentées avec plus ou moins de succès, mais elles sont si limitées qu’elles sont privées de tout soutien des autorités politiques, qui n’ont pas encore l’intelligence d’inscrire la lutte contre le déboisement sous forme d’une politique publique de lutte contre le déboisement. De plus, la compréhension de ce problème ne saurait échapper des dispositifs législatif, répressif et règlementaire : combien de projets et de propositions de lois ont été discutés au cours de cette législature où brillent davantage des parasites, des cancres préoccupés par l’accumulation aux rapines, aux expédients, aux trafics d’influence, excellentes dans la chienlit et dans l’opprobre ? Alors qu’il y a urgence. Urgence de mettre fin à ces coupes d’arbres. Urgence d’instaurer des agents forestiers chargés de reboiser, de sévir, de réprimer. Urgence de réprimer les externalités négatives sur l’environnement en décidant des mesures d’accompagnement, des solutions alternatives aux formes d’énergies pour les guildives, les blanchisseries, les boulangeries. Urgence de réformer l’enseignement et de l’associer à la protection de l’environnement. En effet, la lutte contre la destruction de l’environnement est le combat du siècle. Urgence de définir un plan d’occupation des sols accompagné d’une politique de logements sociaux :il ne s’agit pas de ces bicoques qui portent atteinte à la dignité des bénéficiaires, mais des résidences décentes, qui sont productrices d’égalités sociales, qui distinguent les maisons durables des éphémères. « Les catastrophes, écrivait Victor Hugo, ont une sombre façon d’arranger les choses ». L’opportunisme de compassion est illustré par les comportements des acteurs : le séisme du 12 janvier 2010 et l’ouragan Mathieu sont mis à profit par les gouvernements, les ONG mais ces colères de la nature inscrivent dans la durée la désolation des catégories les plus pauvres des départements sinistrés.

Ni la compassion, ni la nature comme bouc émissaire, en aucun cas, ne saurait être la principale réponse à ce défi majeur qui se pose aux dirigeants actuels. On sait très bien que les ONG s’approprient ce vide pour imposer des solutions artificielles qui finissent par attester l’hypothèse d’une nouvelle forme de colonisation. Il n’est guère utile de servir les mêmes soupes indigestes : distribution de subsides qui sont détournés par certaines municipalités, et parlementaires, commisération de ministres, d’ancien président et d’ancienne « première dame » qui se donne une image de sœur Theresa dans un costume « péroniste » et de Michèle Bennett, spectacle de la misère au ministre ennuyé dans son agneau bureau. Le dirigeant politique qui est rémunéré en conséquence, a pour obligation de réparer les catastrophes par la recherche des moyens et par la volonté. Ce qui distingue le politicien de l’homme d’Etat c’est d’assumer les conséquences des problèmes dont on il n’est pas l’auteur. Et être en capacité d’inventer, d’innover, de repousser la facilité, c’est héroïque. A ce sujet, les haïtiens attendent désespérément le mammouth qui prône le respect de l’environnement, le magicien qui propose des lois, le cormoran qui réforme les rapports des haïtiens avec l’environnement.

L’enjeu est crucial, comme nous le rappelle Jared Diamond, dans son livre « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie », Gallimard, Paris,2006). Au terme de cette enquête qui doit alimenter la réflexion de tout acteur intelligent, Diamond a indiqué, à titre d’exemples, comment les sociétés du passé ont connu un effondrement rapide. Appliquant à son étude cinq critères d’analyse, savoir dommages environnementaux, changements climatiques, perte de contacts amicaux…,développement de rapports d’hostilité…, implantation politique et sociale …il a pris  d’abord, pour exemple la société maya, qui avait une population de dizaines de millions d’habitants qui « entretenait des liens commerciaux avec d’autres sociétés avancées », d’autres sociétés comme celle de l’Ile de Pâques « un cas pur d’effondrement dû à des facteurs écologiques- ici la déforestation totale qui conduisit à la guerre, au renversement des élites et des fameuses statues de pierre, ainsi qu’à une disparition massive de la population. » (J. Diamond, p. 36)

Ensuite, il a tenté de comprendre comment les changements climatiques interagissent avec la croissance démographique, telles la société autochtone des Amazis, le Groënland Viking, l’Islande. Enfin, en dehors de ces sociétés du passé, Diamond analyse les difficultés qui se posent dans certaines sociétés contemporaines telles la Chine, le Rwanda, l’Australie, la République Dominicaine et Haïti. Il invite à tirer les renseignements des sociétés effondrées, des « leçons » à mettre en pratique aujourd’hui ; les sociétés actuelles font face à ces mêmes dangers « qui nous paraissent aujourd’hui si évidents ». Diamond considère qu’« Haïti est l’un des cas les plus désespérés du monde, alors qu’il existe des signes d’espoir en République Dominicaine ». Au-delà de tout ostracisme, il laisse à la méditation des responsables le constat implacable : « le processus décisionnaire d’un groupe peut être entravé par toute une série de facteurs à commencer par l’incapacité à anticiper ou à percevoir un problème, puis par des conflits d’intérêts qui font que certains membres du groupe vont poursuivre des objectifs qui leur seront profitables mais qui seront nuisibles au reste du groupe. » (J.Diamond,p.39).

Comme en politique, les dirigeants haïtiens se cachent derrière des faux prétextes, des fausses explications pour fuir leurs responsabilités. En matière d’environnement, au-delà des approches faciles, les erreurs et les errements présents et passés, conjugués à la gabegie généralisée, se paient, si ceux qui sont en responsabilité continuent de banaliser la problématique de l’environnement dans sa complexité, son interaction avec la culture, l’éducation, le système politique, les relations internationales, le système économique.

* Nom que l’on donne dans les îles d’Amérique à l’établissement industriel de production (fabrique) de l’eau de vie qu’on tire des gros sirops de sucre et de l’écume des premières chaudières.
Jacques NESI - Jacques_nesi@hotmail.com

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Le programme de Jovenel Moïse

Nous reproduisons dans la suite le programme de Jovenel Moïse qui d’après les dernières informations serait le nouveau président d’Haïti. Son programme repose sur quatre axes : Agriculture, Tourisme, Construction et infrastructures et Entrepreneuriat.

Politique agricole :

L’agriculture est le secteur clé du développement économique d’Haïti. Il propose de :

-  Construire des barrages d’irrigation ;

-  Créer 10 zones d’agro-production dédiées à l’exportation ;

-  Créer des zones de transformation des produits agricoles ;

-  Installer 570 serres dans les sections communales ;

-  Rendre le pays autosuffisant en matière de production d’œufs dans 18 mois ;

-  Assurer l’autosuffisance alimentaire ;

-  Créer beaucoup d’emplois dans le secteur agricole ;

-  Remettre Haïti sur la carte mondiale des pays exportateurs ;

-  Sécuriser les sections communales par la création d’une Unité de Police rurale ;

-  Calmer la tension haïtiano-dominicaine via le développement de zones agro-industrielles, lesquelles donneront du travail aux paysans et les retiendront alors dans le pays.

Politique touristique :

Le tourisme est, selon lui, l’un des secteurs les plus dynamiques du pays. Il faut repositionner le pays sur la carte touristiques dans les Caraïbes comme dans les années soixante-dix. Il compte :

-  Promouvoir le Tourisme de la découverte (historique et culturel) ;

-  Construire un téléphérique reliant Labadie à la Cicadelle Laferrière ;

-  Construire des Villages de retraite (parc et centre d’attraction, centre commercial, centre hospitalier) ;

-  Promouvoir l’Eco-tourisme ;

-  Faciliter la construction d’hôtels.

-  Créer des emplois dans le secteur touristique ;

-  Faciliter la rentrée de devises au pays via le secteur touristique.

La construction et les infrastructures :

Pour lui le déficit d’infrastructures, bâtiments appropriés d’habitation pour la classe moyenne, de Bureau pour les petits et moyens entrepreneurs et d’usines pour les industriels. Il pense que les cadres administratif et légal du pays sont des freins aux développement entreprises productives.

Il propose de :

-  Construire de logements d’habitation et de bâtiments tertiaires dédiés aux activités de Bureau ;

-  Régler le problème foncier ;

-  Proposer un plan d’aménagement du territoire d’occupation du sol ;

-  Créer une Autorité nationale de la Construction réunissant les organismes d’Etat (CIAT, ONACA, UCLBP, EPPLS, Direction du domaine de la DGI, etc.) intervenant dans les domaines de l’aménagement du territoire, de la construction et de gestion de bâtiments publics, de régulation foncière ;

-  Instituer une Conférence ministérielle sur la sécurité juridique des titres de propriétés (MEF, chaque 3 mois) ;

-  Affecter un Notaire par commune (attaché au territoire) ;

-  Libérer le secteur du marché de logements en octroyant des incitatifs fiscaux aux développeurs immobiliers ;

-  Promouvoir le crédit-bail ;

-  Elaborer et faire voter une loi sur les compagnies de construction exigeant que les Compagnies de construction étrangères sous-traitent au moins 30% de leurs activités à des compagnies haïtiennes, ce qui créera des emplois et permettra le transfert de technologies ;

-  Mettre en place d’un Plan social d’accès aux services d’ingénierie et d’architecture pour aider les classes populaires à avoir de belles maisons, en plaçant des ingénieurs et des architectes dans les mairies ;

-  Donner accès aux logements à la classe moyenne à travers la viabilisation des terrains de certaines zones d’habitation en faisant des travaux de voirie et en amortissement le coût de construction sur 25 ans ;

-  Revaloriser les actifs informels en matière du foncier et de logement ;

-  Ouvrir l’exploitation des mines de ciment du pays, notamment celle de Morne Lapierre des Gonaïves afin de faire baisser les coûts de construction ;

-  Résoudre les différends haïtiano-dominicains via l’industrie de la construction, et ce en leur donnant du travail dans les compagnies de construction œuvrant en Haïti.

La politique entrepreneuriale :

-  Réformer en profondeur l’Administration publique afin d’augmenter son rendement à environ 40% (modernisation, déconcentration et décentralisation) ;

-  Faire de l’Etat un catalyseur des investissements et du développement économique ;

-  Promouvoir le Business Process outsourcing (BPO) ou externalisation en Haïti des services de firmes internationales ;

-  Mettre en place un dispositif fiscal pro-Business (pas d’augmentation de taxes durant le mandat) ;

-  Mettre en place une ligne Internet dédiée à haut débit (fibre optique) afin de faciliter l’externalisation des services de firmes internationales en Haïti ;

-  Parvenir à l’autonomie économique et financier ;

-  Renforcer le système judiciaire, condition sine qua non pour la création d’un Etat de droit ;

-  Fournir une Education de qualité (création d’un Lycée d’excellence dans chaque Département du Pays) afin de mettre le système éducatif en adéquation avec les besoins de développement du pays.

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Arts et Lettres

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Poésie

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Sister

En haut de la butte,

Quand la nuit

Chevauche la campagne,

Une flamme,

Comme une fleur au vent,

Vacille

Là où la dalle

S’est ouverte

Dans le petit cimetière

Du couvent.

Les sœurs,

Dos voûté,

Gravissent

La colline sacrée.

Leurs chants

Annoncent le sourire

De la vierge sélène.

Est-il spectacle

Plus mystérieux

Et plus bouleversant ?

La discipline,

Ma frangine

En a toujours eu.

Elle suivra humblement

Le cortège.rier

C’est son domaine.

Son chapelet,

Patiné d’avoir été trop égrené

Sous ses doigts obéissants

Se love

Dans la grande poche

De sa robe grise.

Ces sorties nocturnes

Honorent

Le Roi du monde ;

Les religieuses de la butte

Sont ses soldats.

Elles sont

Les filles du Sacré-Cœur,

Qui rentrent avant le chant du coq

Les bras chargés de fleurs.

Ma terre,

Ravagée par la misère

Et le pillage de ses fils

Et de ses amis

A tant besoin

De douceur, de prières

Et d’amour.

NEL (octobre 2016)

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Livres à lire

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Ludwig Wittgenstein par Saint-Fleur Joseph

…Pendant des années patientes de recherche, Joseph Saint-Fleur va tenter de donner sens et d’incarner tout à la fois dans son action cette éthique figurale qu’il avait cernée dans sa thèse doctorale comme un legs fondamental de Wittgenstein. C’est sur la base de cette intuition qu’il abordera tout autant les réflexions esthétiques de son auteur que son œuvre pédagogique, redécouvrant progressivement cet engouement patient de Wittgenstein pour les vertus du langage ordinaire. Quatre conférences et quatre études viennent illustrer ce parcours magistral. Celles-ci reflètent un programme d’éthique figurale d’abord soucienx de reprendre la question essentielle des limites et de la disqualification des absolus dans une théorie du signe antisubstantialiste. Ensuite s’ouvrent des horizons nouveaux vers la pédagogie et vers l’esthétique, comme en témoigne le magnifique article publié en son temps dans La part de l’œil On comprend progressivement grâce à ces traves rassemblées en unités performait e et signifiante comment la pensée de Wittgenstein peut devenir en ce XXIème siècle enfin « une philosophie pour la vie » construite par « un philosophe de notre temps ».

Marc Maesschalck

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Joseph P. Saint-Fleur est professeur honoraire de philosophie à l’Académie de Lille et chercheur au Laboratoire CIREL (Centre Interuniversitaire de Recherche en Education) de l’Université de Lille-Hauts-de-France. Docteur ès lettres et agrégé de philosophie, il a consacré l’essentiel de ses travaux de recherche à l’élucidation de la pensée de Ludwig Wittgenstein dont il nous présente aujourd’hui dans son livre une manière de synthèse.

Considéré à juste titre comme un des penseurs majeurs de la modernité, Wittgenstein n’est pas d’une lecture aisée. Un commentateur avisé a pu voir en lui à tort ou à raison, la Terreur des Lettrés, tant son ouvrage capital, le Tractatus logico-philosophicus, ainsi que ses autres écrits – bien que ce soit dans une moindre mesure – se révèlent déconcertants : la philosophie de Wittgenstein, a fasciné plus d’un, désorienté bien d’autres quand elle ne les a pas tout simplement révulsés.

Faisant le pari qu’une approche progressive, à pas lents et mesurés, permettra d’entre dans les arcanes de cette pensée réputée difficile d’accès, mais combien captivante une fois que l’on s’y est engagé, Joseph P Saint-Fleur s’est proposé d’accompagner le lecteur de son livre, refaisant avec lui, modestement et patiemment, le long chemin qu’il a lui-même parcouru. Ce livre se veut un pèlerinage à travers un paysage qu’il appartiendra au voyageur de poursuive lorsqu’il sera parvenu à la dernière page. Mieux armé pour aborder les textes de Wittgenstein, il se rendra compte au final que le chemin ne préexiste pas à l’acte de cheminer, indépendamment du parcours qui rétrospectivement le dessine. Qui se propose d’apprendre à nager doit se jeter à l’eau sans trop attendre….

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Manuel de théologie dogmatique et autres écrits par

James Théodore Holly

En 4ème de couverture de ce Manuel, on y lit : « La publication par Les Éditions du CIDIHCA d’une nouvelle édition du Manuel de théologie dogmatique de James T. Holly est un événement digne de célébration. D’abord, en republiant pour la première fois cette œuvre pratiquement inconnue et âgé de près de 140 ans, cette publication apporte aux spécialistes de théologie un premier aperçu d’un bijou de pensée religieuse depuis longtemps enterré. Pour un lectorat plus général, l’œuvre offre une nouvelle introduction sur l’histoire extraordinaire de son auteur. James Théodore Holly, fondateur et chef de longue date de l’Église Apostolique Orthodoxe haïtienne, fut un des Afro-Américains les plus éminents du 19è siècle.

L’œuvre de la vie d’Holly exprime en miniature plusieurs facettes contradictoires de l’expérience américaine : Inégalité raciale et quête de liberté ; mobilité et isolation, autonomie et dépendance économique ; interaction entre sécularité et religiosité ; démocratie vs. Esprit du peuple élu ».

Le Manuel est une brochure de 116 pages qui se lit d’un trait et permet de mieux saisir les rapports des Noirs-américains avec Haïti que Claire Bourhis-Mariotti a révélés dans son livre : L’Union fait la Force.

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Histoire du Style musical d’Haïti par Claude Dauphin

Cette histoire du style musical est publiée par Mémoire d’encrier et en quatrième de couverture, on apprend que « Histoire du style musical d’Haïti » représente l’ouvrage le plus considérable qui ait jamais été écrit sur la musique haïtienne et sur la diversité de ses pratiques, L’auteur y aborde les traditions paysannes- le vaudou, les instruments coutumiers, le conte chanté rural-, la musique populaire de danse urbaine, les genres et les formes de la musique classique.

Ecrire sur la musique d’un pays, c’est être attentif aux répertoires, aux instruments, aux conceptions du beau et de la création ainsi qu’aux moments charnières de l’histoire. Ouvrage fondamental pour découvrir et comprendre la musique des Haïtiens. Histoire du style musical d’Haïti conjugue recherche, analyse anthologie et réflexion critique ».

Cette histoire du style musical d’Haïti est publiée au second trimestre 2014. C’est un ouvrage de 375 pages qui se lit assez facilement et qui enchante les lecteurs. Mémoire d’Encrier et Claude Dauphin méritent notre reconnaissance et notre sympathie.

Professeur associé au Département de Musique de l’Université du Québec (Montréal), auteur de nombreux travaux sur la musique et sur l’évolution des styles musicaux européens du XVIIIème siècle, il le spécialiste et référent des questions musicales haïtiennes.

Pour acheter ce livre, adressez-cous à : info@memoiredencrier.com

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L’Écho de leurs voix par Gigi Dominique (Roman)

« Claire, Lisa et Hans vivent à Montréal. Les familles de Lisa et Hans ont dû fuir la dictature des Duvalier, tandis que Claire ignore tout du passé de sa mère. Parler d’Haïti est un sujet tabou et les secrets de famille bien enfouis. Grâce au carnet intime de Claire, nous sommes amenés à démêler le fil de ce récit poignant construit comme un Puzzle, et nous découvrons au fil des pages l’histoire et l’identité d’une génération qui s’est emmurée dans le silence. Nous revivons les années terribles du régime duvaliériste et les combats du peuple haïtien pour recouvrer sa dignité et sa liberté ». Les éditons du remue-ménage publie ce troisième roman de Jan J. Dominique, il y a peine deux mois (4ème trimestre 2016). Le 10 décembre, l’auteure a participé à une vente signature à la Librairie « La Pléiade » de Port-au-Prince. En France, le roman « L’écho de leurs voix » est vendu à la Librairie du Québec au Quartier Latin.

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Vie Associative

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PAFHA

Madame, Monsieur,

La 11ème édition de la Journée Portes Ouvertes des Associations Franco-Haïtiennes organisée par la Plateforme des Associations Franco-haïtiennes a connu un Franc succès. De nombreux visiteurs ont pu apprécier les efforts des acteurs associatifs engagés en France et en Haïti.

Cette année, la PAFHA a souhaité rendre hommage aux femmes : Femmes d’Haïti «potomitan » de l’entrepreneuriat et de l’environnement.  Madame George Pau-Langevin, ancienne ministre et ancienne présidente du groupe d’amitié France-Haïti à l’Assemblée nationale, nous a fait l’honneur d’être la marraine. Dès l’ouverture elle a visité tous les stands associatifs et médias communautaires. Dans son discours d’introduction de la journée, elle a félicité ces efforts et encouragé cet engagement de la diaspora haïtienne en France qu’elle côtoie depuis de nombreuses années.

La Présidente de PAFHA, Madame Esther Saint-Ville, dans mots ses de bienvenue a invité les acteurs associatifs à s’approprier cette journée dont le thème est une invitation à l’action. Au côté de ses membres et de ses partenaires, la PAFHA va œuvrer pour porter de nouveaux projets et contribuer à influer dans les domaines environnementaux et sociaux du pays. La cérémonie d’ouverture a pris fin avec un « Krik-krak » du conteur Jude Joseph.

Durant l’exposition des associations, deux tables rondes, animées respectivement par Paul BARON et Jacques NESI, ont permis de réfléchir sur la problématique de l’environnement en Haïti et des catastrophes naturelles. Tel a été le thème développé par Fleurimond W. Kerns, écrivain et auteur de « l’état de la nation ». Lorfils Réjouis, Président de l’Association ARCHE, a appelé à la construction d’espaces de citoyenneté en vue de s’approprier les zones urbaines et rurales. Dr. Gracieuse Paget-Blanc, pour sa part, a montré avec brio le poids des femmes comme élément de transmission des valeurs propres à la compréhension du reboisement. D’un autre côté, Violande Toussaint de l’association des Femmes haïtienne de France, invite chacun-e à réfléchir à la transmission des valeurs porteuses d’égalités. Dr. Inesse Joseph, venant directement d’Haïti a défendu le rôle assigné aux femmes comme actrices de la création, en étroite corrélation avec le récit biblique.

Jacquelin Calixte, quant a lui, s’appuie sur l’expérience de l’entreprise Kaleos dans la Grande Anse (grand sud d’Haïti), dont 85% du personnel sont des femmes avec des emplois qui peuvent mettre fin aux conditions indignes de celles-ci en Haïti. Une mention spéciale pour le public qui a activement participer au débat. Cest un encouragement pour l’avenir.

La journée a pris fin sur une note de musique, animée par Sergot CHARLES, avec les artistes comme Atissou Loko, Amos et Antoine Coulanges, Turgot Théodat, Kecita Madaleno, Prince Yno, Ninja Naplay… et sans oublier le défilé de mode de créateurs multiculturels.

La PAFHA, par la Voix de sa Présidente, Mme Esther SAINT-VILLE, remercie :

-        La Maraine, Madame George Pau-Langevin

-        Les associations qui ont tenus un stand

-        Les visiteurs

-        Les artistes

-        Les écrivains (Eric Sauray, Fleurimond Kerns …)

-        Tous les intervenants des différentes tables rondes

-        Tous les Bénévoles

-        Tous les Partenaires (Le Consulat d’Haïti, l’Ambassade d’Haïti, FORIM, AFD…)

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Fondation UNOGA

Un profond cri d’alarme en faveur de la Grand’ Anse, lance l’ancien sénateur Maxime Roumer.

L’ancien sénateur et candidat au sénat Jean Maxime Roumer, également recteur de l’Université de la nouvelle Grande Anse (une partie du Sud-ouest), lance un cri d’alarme « extrême » aux autorités étatiques pour qu’elles viennent en aide aux sinistrés de ce département, un mois après le passage de l’ouragan Matthew.

Les personnes sinistrées notamment dans les zones situées dans les mornes n’ont reçu aucune aide depuis presqu’un mois, rapporte l’ancien sénateur, invité à l’émission TiChèzBa, prévue pour être diffusée les samedi 5 et dimanche 6 novembre 2016 sur la station en ligne AlterRadio (samedi : 7hAM, 3hPM ; dimanche : 7hAM, 1hPM, 5hPM).

« C’est quelque chose d’atroce. Il n’y a ni abri, ni nourriture dans les mornes. C’est une situation terrible », déplore-t-il.

Il ajoute que, même si, à Jérémie, l’aide circule, mais, elle est absente dans les zones situées dans les mornes comme Doko, Fon Kochon et Castiyon.

Des sinistrés ont passé plus de 25 jours sous la pluie dans plusieurs zones où toutes les maisons ont été détruites, alerte-t-il.

Durant son intervention en première partie de l’émission, Maxime Roumer indique aussi que dans trois sections communales situées en haute montagne, 600 morts auraient été dénombrés sans compter les personnes disparues, indique Roumer.

Les autorités haïtiennes font à dessein une sous-évaluation des chiffres, estime le recteur, qui dit, toutefois, éviter toute polémique « qui n’est pas nécessaire quand un peuple est à genoux ».

Le nombre de morts pourrait être évalué à plus de 1200 pour le département de la Grand‘Anse uniquement, informe-t-il.

546 morts, 128 disparus et 439 blessés ont été enregistrés lors du passage de l’ouragan Matthew, indique le président Jocelerme Privert, en conférence de presse, ce vendredi 4 octobre.

Certaines autorités affirment subir des pressions du pouvoir central pour ne pas dévoiler les chiffres réels de cette catastrophe, rapporte l’ancien sénateur.

Ces chiffres montreraient une faiblesse considérable dans la gestion de la préparation au passage du cyclone Matthew, affirme-t-il.

Des ravages ont eu lieu notamment dans les montagnes et zones côtières qui n’ont pas été préparées pour faire face au cyclone, selon l’ancien sénateur.

Les actions mises en œuvre par le gouvernement pour répondre aux besoins sont insuffisantes, critique-t-il, appelant les autorités à collaborer avec les communautés paysannes de certaines zones en vue d’une meilleure gestion de la catastrophe.

Lors du passage de Matthew, la population n’était pas réceptive aux messages des autorités parce que la mémoire des catastrophes passées n’est pas entretenue en Haïti, déplore-t-il.

En plus de l’exode rural qui s’effectue au niveau de la Grand ‘Anse, il dit observer aussi l’inverse de ce phénomène en l’occurrence la venue d’« aventuriers » dans des zones affectées à cause de la présence de l’aide et le marché noir.

Il critique l’irresponsabilité de l’État qui ne fait rien par rapport à la hausse des prix des produits comme la gazoline.

Roumer qui dit craindre une fuite des agriculteurs vers d’autres lieux appelle à une véritable politique agricole car c’est « le moment idéal ». [emb gp apr 04/11/2016 16 :20]

Haïti debout !

Campagne au profit de La Fondation de l’Université Nouvelle Grand’ Anse à Jérémie

On estime à un million le nombre de personnes affectées par l’ouragan Matthew en Haïti

500 victimes dans la seule région de Jérémie.

Malgré l’état d’urgence dans lequel se trouve la ville, aucune aide concrète n’a été reçue par les habitants. La nourriture manque dans le département reconnu avant la catastrophe pour être le grenier du pays tant l’agriculture y prospérait. Les travaux de reconstruction des maisons n’ont pas débuté en raison du manque de matériaux. L’hôpital de la ville n’est pas fonctionnel et l’eau potable est encore inaccessible pour la majorité de la population.

L’on craint une famine à l’échelle non seulement du grand sud mais également dans le reste du pays ainsi qu’une explosion des cas de choléra.

L’Université de la Nouvelle Grand’Anse, la seule de tout le département, a mis en place une cellule de crise et intervient à tous les niveaux pour la survie de la population.

Une aide directe leur sera acheminée et leur permettra :

• De fournir des aliments à la population et de l’eau potable

• De construire un puits sur leur site installé sur plusieurs hectares de terre

• De se procurer des médicaments, des pastilles pour purifier l`eau et des semences

• De reconstruire maisons, écoles et leurs locaux détruits par l’ouragan ainsi que de racheter le matériel et des fournitures

• De reprendre les cours et les activités pour les nombreux étudiants.

Notre objectif immédiat et de leur faire parvenir des fonds ! Merci !

UNOGA – Sogebank – SOGHHTPP 4416000661 $ 4406003055 Gds

FONDATION UNOGA Inc

501(c)3 -500196150415

N11000002067

Tax ID= 27-5192427

PayPal account mastertraderyy@gmail.com

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IN MEMORIAM

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Une mère fière et digne est partie

Les membres de l’association « Pour Haïti » ont appris avec beaucoup de tristesse le décès de Madame Sernise MORIN survenu le 9 octobre 2016 à Montreuil (Région Parisienne). Née le 15 mars 1935, elle est décédée à l’hôpital André Grégoire de Montreuil à l’âge de 81ans 7mois et 24 jours.

La cérémonie religieuse a eu lieu à l’église Saint-Etienne de Noisy-le-Sec le vendredi 21 octobre 2016 à 14 h suivie de son inhumation dans le cimetière de la même ville.

Tous les amis de Jean Roger Joseph et de la famille de Paris et des environs étaient présents ainsi que des amis venant spécialement d’Haïti dont Jean Henry Céant et son frère Harry.

Pour Haïti présente ses sincères condoléances émues à Roger Joseph, à Georgette Laguerre, à Duverne Laguerre et Saintyl Laguerre et leurs proches. Honneur et respect à Mme Sernise Morin qui avait fait de l’éducation de ses enfants la grande bataille de sa vie, bataille qu’elle a gagnée.

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Geneviève Marie-Brutus nous a quittés

Nous, des Associations France-Haïti et Pour Haïti, avons reçu la nouvelle du décès de notre grande amie avec une immense et douloureuse tristesse. Ce fut, pour nous, un grand désarroi et un bouleversement inimaginables. Nous ne cesserons jamais de penser que cette épouse, cette mère, cette Haïtienne devenue française, cette exception même d’une patrie meurtrie, aurait fait le dernier saut au moment où nous espérerions le bond salutaire pour la République haïtienne. Soulignons qu’elle appartenait à la descendance du précurseur de l’Indépendance d’Haïti, le Général Toussaint Louverture. Son engagement pour un meilleur rapprochement et une bonne compréhension entre la France et Haïti était total. Secrétaire générale depuis environ 6 ans de l’association France-Haïti, créée en 1954 à Paris, à l’occasion du Cent cinquantenaire de l’Indépendance d’Haïti, elle n’avait pas ménagé ses forces dans la perspective de développer des échanges économiques, scientifiques, culturels, éducatifs, artistiques entre la France et Haïti. Elle se demandait souvent comment répondre aux attentes et aux priorités des Haïtiens de notre époque en collaboration avec la communauté haïtienne de France ? Quant à ses rapports avec Pour Haïti, ils étaient exceptionnels. Non seulement elle soutenait l’association et surtout la revue financièrement, mais encore elle encourageait une bonne et franche collaboration entre la revue « Pour Haïti » et le « Bulletin trimestriel de France-Haïti ».

Les deux associations auraient pu fusionner compte tenu de leur proximité. Mais, le poids de l’histoire n’a pas disparu.

Geneviève Marie-Brutus est décédée à son domicile, à NEUILLY, le 28 octobre 2016 à l’âge de 70 ans. La cérémonie religieuse a été célébrée le vendredi 4 novembre 2016 à 11 heures en la chapelle haute de l’Eglise Saint-Pierre de NEUILLY sur Seine, 1 Bd Jean Mermoz. Tous les ami(e)s qui le pouvaient étaient présent(e)s. Des fleurs et des fleurs pour lui dire un dernier adieu.

Selon sa volonté, son corps a été incinéré au cimetière du Père Lachaise à 14h30.

Une deuxième cérémonie religieuse a bien eu lieu à Port-au-Prince, le mardi 28 novembre 2016.

« France-Haïti » et « Pour Haïti » expriment leurs plus sincères condoléances à Jacques Marie, l’époux accablé, à ses filles terrassées Véronique et Vanessa, à son fils éprouvé Fabien ainsi que Jean-Loup Bévierre, aux petits enfants : Noémi, Emilien, Damien et à toutes et tous les ami(e)s proches de la famille Marie profondément attristé(e)s.

Au Père Lachaise, le 4 novembre 2016, Dr Laurence Andreu-Boutin nous a dit ce qui suit :

:

Honneur à Geneviève de ses filles de cœur

Puisque l’ombre gagne BEA

Puisqu’il n’est pas de montagne

Au-delà des vents plus hauts que les marches de l’oubli

Puisqu’il faut apprendre

A défaut de le comprendre

A rêver nos désirs et vivre des « Ainsi soit-il »

Et puisque tu penses VERO

Comme une intime évidence

Que parfois même tout donner n’est pas forcément suffire

Puisque c’est ailleurs

Qu’ira mieux battre ton cœur

Et puisque nous t’aimons trop pour te retenir

Puisque tu pars…

Que les vents te mènent VANESSA

Où d’autres âmes plus belles

Sauront t’aimer mieux que nous puisque l’on ne peut t’aimer plus

Que la vie t’apprenne

Mais que tu restes la même

Si tu te trahissais nous t’aurions tout à fait perdu

Garde cette chance CELINE

Que nous t’envions en silence

Cette force de penser que le plus beau reste à venir

Et loin de nos villes

Comme octobre l’est d’avril

Sache qu’ici reste de toi comme une empreinte indélébile

Sans drame, sans larme DAURA

Pauvres et dérisoires armes

Parce qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur

Puisque ta maison

Aujourd’hui c’est l’horizon

Dans ton exil essaie d’apprendre à revenir

Mais pas trop tard…

Dans ton histoire LAU

Garde en mémoire

Notre au revoir

Puisque tu pars

Dans ton histoire

(Dans ton histoire)

Garde en mémoire

(Garde en mémoire)

Notre au revoir….

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Commémoration du 12 janvier 2010

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Les associations APESE Haïti et Pour Haïti appellent à célébrer
le 12 janvier 2017 le 7ème anniversaire du tremblement de terre de 2010.
Nous pensons que cette catastrophe ne doit pas être oubliée.
Nous espérons que les associations haïtiennes de la région parisienne soutiennent et participent à cette commémoration.
APESE Haïti et Pour Haïti
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Sommaire :

Editorial 3

La nouvelle est belle finalement bien que tardive. 3

Actualités Internationales. 3

Nuit debout. 3

La France toujours en ligne de mire !. 3

L’Europe et le BREXIT. 3

Les jeux Olympiques de 2016 à Rio de Janeiro. 3

Les élections américaines de 2016. 3

Actualités Haïtiennes. 3

Haïti : Comment sortir de la crise ?. 3

Le scepticisme pré-électoral comme mode d’action. 3

Haïti vue de la France. 3

Distinctions. 3

Gérald BLONCOURT. 3

Lorfils REJOUIS. 3

Rene DEPESTRE. 3

Prix de l’Ambassade d’Haïti 3

Les pages du CIDIHCA. 3

Campagne de financement 2016. 3

Un patrimoine musical à sauver. 3

Médecine. 3

Thèse de Madame MOISSET. 3

Arts et Lettres. 3

CUBA, Festival de Théâtre. 3

Poésie. 3

Vie Associative. 3

Compte rendu de mission en Haïti – MFR. 3

Forage manuel – ATPESFORC. 3

GAFE. 3

Vente de tableaux haïtiens à Drouot. 3

Soutient à la FNGA. 3

Production de l’Huile de Palma Christie – APESE Haïti 3

IN MEMORIAM.. 3

Achille DEJEAN.. 3

Willems EDOUARD.. 3

Vanicia LOUISSAINT GUERRIER. 3

Marie-Cécile RENE. 3

Divertissement  Mathématique. 3

SUDOKU de PH n°93. 3

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Editorial

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La nouvelle est belle finalement bien que tardive

L’Organisation des Nations Unies (ONU) reconnaît leur responsabilité dans l’épidémie de choléra qui sévit en Haïti depuis 2010. C’est le secrétaire générale de l’organisation, Ban Ki-moon, lui-même, qui l’a souligné le vendredi 19 août 2016. Ce n’est pas un hasard si cette prise de position  est rendue publique ces jours-ci. Dès que les premières victimes étaient recensées, il a été notifié aux représentants des Nations Unies en Haïti que la maladie était introduite dans le pays en 2010 par des casques bleus népalais de la MINUSTAH. Une responsabilité que l’ONU s’était toujours refusée à assumer jusque-là, en dépit du fait que des experts américains, français, haitiens et autres, ont  tous démontré la responsabilité des casques bleus. La veille, le jeudi 18 août, le porte-parole adjoint des Nations unies, Farhan Haq, avait reconnu la responsabilité de l’ONU dans le foyer initial de l’épidémie de choléra, déclenchée selon des experts indépendants par des déjections dans des rivières provenant d’une base de casques bleus népalais de la Minustah. Or, il est de notoriété publique que la population haïtienne des campagnes consomme l’eau des rivières directement, sans aucune précaution particulière. La MINUSTAH, les autorités haïennes et leurs complices ne s’étaient inquiétés de rien. D’où cette nouvelle catastrophe sans précédent,

La déclaration de Ban Ki-moon constitue une première victoire pour le peuple haïtien. Il ne faut pas oublier que l’on a dénombré entre 2010 et 2011 plus 10 000 morts de choléra en Haïti et plus de 700 000 personnes atteintes par cette maladie. Le porte-parole de Ban Ki-moon a déclaré à la presse dans la foulée que :

« Le Secrétaire général regrette profondément les terribles souffrances que le peuple haïtien a subies à la suite de l’épidémie de choléra ». Il a renchéri en disant :

« L’Organisation des Nations Unies a une responsabilité morale envers les victimes de l’épidémie de choléra et doit aider Haïti à surmonter l’épidémie et à construire des systèmes d’eau, d’assainissement et de santé solides ».

Ne soyons pas dupes. Ce n’est pas un hasard si la position de l’ONU a évolué.

En reconnaissant ses responsabilités, l’ONU échappe à des sanctions financières très lourdes au profit des victimes du choléra en Haïti. Par ailleurs, il se peut que son engagement de réparations soit minimisé si le prochain gouvernement suit les traces des précédents. Il se peut aussi que ses engagements de dédommagement et de réparation soient conditionnels, à savoir le maintien de la MINUSTAH dans le pays. Car l’idée que la MUNUSTAH doit quitter Haïti dans le meilleur fait son chemin.

Par ailleurs, la reconnaissance de la responsabilité de l’ONU via la MINUSTAH  casse le cou à une série de croyances nuisibles dans la société haïtienne. Le choléra est une punition divine; le choléra d’origine diabolique est manipulé par des vodouisants contre les chrétiens. Les conséquences sont terribles et regrettables. Des dizaines de paysans ont été massacrés sous le prétexte d’être des vecteurs du choléra dans la société haïtienne.

Enfin, la question du choléra sera-t-elle résolue en Haïti dans les dix prochaines années grâce aux engagements de l’ONU? Ce n’est pas dit.

D’abord, il faudrait que l’ONU respecte ses engagements financiers et moraux comme indemniser les victimes; créer et financer les infrastructures pour la distribution d’eau potable dans le pays, mettre aux normes les bases des casques bleus sur tout le territoire. Ensuite, il faut que les victimes du choléra et leurs familles soient constamment mobilisées. Enfin, il faut que les associations de la société et leurs avocats maintiennent leur vigilance pour que l’ONU respecte ses engagements financiers et moraux. L’éradication du choléra en Haïti est une cause nationale.

Souhaitons que l’État haïtien et la société haïtienne toute entière se donnent la main pour cette noble cause.

Paul BARON

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Actualités Internationales

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Nuit debout

Nuit debout

Un oiseau improbable

S’est posé place de la République

Et nous a invités à prendre le thé

Avec dame Liberté

Un communiste iranien

Échappé des prisons

Du shah et des mollahs

Donnait des leçons de boxe

En virevoltant comme un derviche

Et en racontant des histoires de soufi

À dormir la nuit debout

Les enfants légitimes d’Ivan Illich

Affrontaient le fantôme de Marighela

Et Mimi Barthélémy

« Messieurs Dames la société Bonsoir ! »

Proclamait depuis la tombe

Que nous étions à jamais vivants

La foule applaudissait

Comme un vol de papillon

Et un jeune homme

Au teint de cannelle et de gingembre

Arborait ses taches de rousseur

Comme des étoiles

En attente de la nuit

Au milieu de la place

Brûlaient nuit et jour

Les bougies des martyrs

Un arlequin jonglait

Avec des fleurs bleues

Accrochée à un arbre

Une affiche me conseillait

De naviguer à vue

Et de ne pas renoncer

À mes rêves

Des flics débonnaires

Tentaient de faire peur

Et des amoureux prenaient rendez-vous

Pour faire demain la révolution

Demain le 34 mars 1984

La nuit debout attendait le matin

Le matin attendrait le jour

Le jour attendrait le grand soir

Où nous pourrions rêver la vie

TTL  le 6 mai 2016

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La France toujours en ligne de mire !

Le terrorisme à Nice

L’attentat dans la soirée du 14 juillet 2016 à Nice sur la promenade des Anglais relève-t-il d’un calcul sérieux  des terroristes et de leurs commanditaires ? En d’autres termes, les terroristes ont-ils choisi délibérément cette date à cause de sa signification historique et symbolique ?

Le 14 juillet 1789 s’inscrit dans l’histoire universelle comme : « jour de liberté », jour du « renversement de l’absolutisme » et de la « première grande révolution » du monde.

De surcroît, le 14 juillet est le jour de la fête nationale de la France. Il est évident que la volonté de faire un grand nombre de victimes, 85 morts et 434 blessés à date, est affirmée. Le choix de Nice, la promenade des Anglais, s’expliquerait par l’affluence des touristes en été en ces lieux. Aussi par le fait que le feu d’artifice dans cette ville a toujours attiré beaucoup de gens. Peut-être aussi en jouant sur l’effet de surprise. Cette ville est bien connue pour son dispositif de sécurité qui dissuaderait toute tentative d’y commettre des attentats. Le Tunisien, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, au volant de de son poids lourd, en s’attaquant à une foule de civils le jour de la fête nationale française sur ordres, pensait mettre à genoux tout un peuple. Il n’en est rien et il n’en sera rien.

La France ne se laissera jamais abattre et se diviser à l’initiative des fous, des criminels dépravés et des déchets de la société.

La mort du père Jacques Hamel de l’église Saint-Etienne-du-Rouvray !

Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, les assassins du Père Jacques Hamel, sont-ils saint d’esprit ?

Le 26 juillet 2016, deux jeunes français de 19 ans font irruption dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray manifestement pour éliminer physiquement le père Hamel. Ils l’ont fait d’une façon atroce et révoltante. Pourquoi ? Dans quel but ? Comme toujours, certains experts en religions ont la réponse. C’est le début ou la poursuite de la guerre entre l’islamisme et le catholicisme. C’est l’incontournable guerre de civilisations qui est en marche. Dépêchons-nous de nous défendre en éradiquant les ennemis de la nation française, de la civilisation européenne. D’ailleurs, ces assassins se définissent eux-mêmes comme des Djihadistes au service d’un soi-disant État Islamique et prônent leur guerre  »sainte » contre la religion catholique et contre la République Française. On ne peut qu’être stupéfait devant cet acte de barbarie perpétré dans une église et contre un homme dont la mission principale, sa mission première était de prôner l’amitié, la fraternité et la tolérance entre les hommes. Oui, Adel Kermiche et Abdel Malik Petijean, en choisissant d’égorger le père Jacques Hamel, âgé de 86 ans, dans son église le 26 juillet 2016, ont porté atteinte ouvertement au fondement de la République Française: la laïcité. La République détient les moyens de se défendre en combattant les discours de haine propices à la guerre civile qu’à la solidarité nationale.

Le 2 août 2016, aux funérailles du père Jacques Hamel à la cathédrale de ROUEN, les dignitaires de toutes les religions de France ont relevé le défi en condamnant unanimement l’assassinat du père Jacques Hamel. Une façon pour eux d’affirmer et de condamner les deux terroristes : Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean.

La République a le devoir absolu de combattre la violence gratuite, en un mot, le terrorisme.

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L’Europe et le BREXIT

Les Britanniques et l’Union Européenne.

On ne se gêne pas pour déclarer et écrire que les Anglais ont quitté l’Europe ou l’Union Européenne en votant le Brexit.

La Grande-Bretagne ou le Royaume-Uni se trouve géographiquement en Europe. L’Angleterre est une partie intégrante de cette entité, mais elle ne la représente pas toute seule.

Donc, par référendum, le 24 juin 2016, les Britanniques ont voté à 51,9% des voix le Brexit. Ce vote indique le retrait de la Grande Bretagne de l’Union Européenne.

On oublie souvent que l’ opposition à l’intégration du Royaume Uni à l’ Europe des marchés existait déjà dans les années 1970. Cette opposition se fondait en partie sur des données économiques,  financières et sociales en perspectives. Le Brexit indiquerait que la Grande-Bretagne tirerait avantages à l’avenir que de rester au sein de l’U.E. Il a été présenté par Berlin et Paris comme une véritable catastrophe pour l’Union Européenne et pour la Grande Bretagne également. Après les résultats du référendum, le 24 juin 2016, on sommait le Premier Ministre britannique, David Cameron de concrétiser la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Il se trouve que personne, dans l’état actuel des choses, ne sait comment faire pour que le processus de sortie de la Grande-Bretagne de l’U.E. soit effective rapidement. Personne non plus ne peut affirmer que le R.U. court vers la catastrophe. Il semble judicieux de dire les dirigeants européens doivent tout mettre en œuvre pour refonder l’Union Européenne et créer une Union des peuples et non des technocrates.

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Les jeux Olympiques de 2016 à Rio de Janeiro

Du 5 août au 21 août, une partie de la jeunesse du monde a rendez-vous à Rio de Janeiro du Brésil.

La République fédérative du Brésil en organisant les XXXIème Jeux Olympiques d’été joliment et avec beaucoup de fierté a tout l’air d’un colosse aux pieds d’argile. Cette République est gangrenée par la corruption. Economiquement, socialement et politiquement, le pays touche le fond. Il n’échappe à personne que ces J.O. coûtent très chers, plus de 4 milliards de dollars américains alors que la pauvreté dans ce pays n’a jamais été aussi grande, aussi visible. Rio de Janeiro, n’est-elle pas la ville des favelas? C’est la première fois que ces Jeux Olympiques se déroulent en Amérique du Sud. Le Brésil en avait besoin pour son image de marque et pour conforter sa place et son rôle dans le monde. Avec ces 205 millions d’habitants pour une superficie de 8 514 8746 km², il est le 5ème plus grand pays de la planète derrière les États-Unis d’ Amérique, la Chine, le Canada et la Russie. Il avait besoin de ces J.O. pour se montrer, se faire connaître et se faire respecter. L’ouverture officielle des jeux le 5 août 2016 était magnifique, mais le président par intérim fut hué, conspué copieusement.

Pour une catégorie de Brésiliens, Mr Michel Temer est un président de facto issu d’un coup d’état anti-démocratique, à l’encontre de la présidente légitime, Mme Dilma Rousseff, suspendue, en attendant son procès en destitution par le sénat brésilien le 25 août 2016. D’ordinaire, les jeux, c’est la fête; c’est l’enthousiasme, la bonne humeur; c’est la fraternisation, etc. Ces J.O. de 2016 sont boudés par les habitants de Rio de Janeiro qui ne sont pas sur les lieux de compétitions. Que de billets non vendus!. Que de places vides dans les tribunes ! La fête, c’est pour les visiteurs, les étrangers. Les Cariocas n’ont pas montré leurs intérêts pour ces jeux qui se sont déroulés sans eux. Quant aux médailles, elles sont également pour les pays nantis: d’ailleurs les mêmes que d’habitude.  USA 121 ; Grande-Bretagne 67 ; Chine 70 ; Russie 56 ; Allemagne 42 ; France 42 ; etc.

Quant-à la République d’Haïti, elle était bien présente à ces XXXIèmes J.O. Son drapeau a flotté dignement comme les autres au stade Maracana de Rio de Janeiro. Ses 10 participants ce sont répartis comme suit: 3 en Athlétisme; 2 en Natation; 1 en Boxe; 1 en Judo ; 1 en Lutte, 1 en Haltérophilie et 1 en Taekwondo. Elle n’a eu aucune médaille  à Rio. Les prochains J.O. auront lieu dans 4 ans, en 2 020 à Tokyo au Japon.

Il ne sera pas facile de gagner des médailles non plus au Japon, mais Haïti peut prendre  l’engagement d’y envoyer une quinzaine d’athlètes.

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Les élections américaines de 2016

Que de regards tournés vers les Etats-Unis d’Amérique !

Personne n’ose imaginer que les élections présidentielles américaines du mardi 8 novembre 2016 n’auront pas lieu. Si les regards se portent vers les USA, c’est surtout à cause de la posture et des déclarations des deux prétendants à la présidence: Mme Hilary Clinton et Mr Donald Trump. Le fonctionnement ou le jeu politique américain est bien rodé par l’alternance des deux partis au pouvoir depuis l’indépendance: le parti démocrate et le parti républicain. Mais, suivant les convictions et la personnalité du président américain, les dirigeants des pays étrangers alliés ou non des Etats-Unis peuvent éprouver certaines difficultés par rapport à leur opinion publique, par rapport à leur politique économique, culturelle et sociale, surtout, par rapport à leur politique  étrangère. Mais, en définitive, le choix de l’un ou de l’autre dépend entièrement du peuple américain  à travers de son système électoral. Cependant, le climat dans le monde et aux Etats-Unis ne sera pas  le même si la personne élue s’appelle Donald Trump ou Hillary Clinton. Vive l’Amérique !

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Actualités Haïtiennes

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Haïti : Comment sortir de la crise ?

Parler d’Haïti en ce moment et dans les jours qui viennent, c’est parler des élections, de toutes les élections qui n’ont pas été organisées depuis au moins 5 ans. Des élections, il y en a eu, mais elles n’ont rien réglé par ce qu’elles étaient frauduleuses, malhonnêtes et contraires aux aspirations des Haïtiens, surtout des couches les plus démunies. Devant l’impasse que connaît le pays, la responsabilité des Haïtiens est très grande. Certaines institutions haïtiennes existent bien, mais leur fonctionnement est inefficace. Les Constitutions haïtiennes ne sont jamais plus mauvaises que celles des autres pays des Amériques. Elles ne sont, pourtant, jamais appliquées. Celle du 10 mars 1987 qui a suivi les 29 ans de la dictature des Duvalier n’a pas été respectée et n’a eu aucun début d’application honnête. En fait, les politiques, l’intelligentsia et les forces vives haïtiens ont failli.

La souveraineté haïtienne est hypothéquée depuis 1915, date de l’occupation du pays par les Américains. La présence de la Mission Internationale des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) s’est traduite par une immixtion dans les affaires haïtiennes à tous les niveaux. La MINUSTAH s’est imposée en marge de la crise politique de 2004, tendance autoritaire du pouvoir en place et perte de crédibilité dans la gestion des affaires économiques et sociales. Elle symbolise la mise sous tutelle directe d’Haïti par l’ONU et l’OEA. La présidence de Mr Michel Joseph Martelly, en ce qui concerne le respect des institutions haïtiennes, a été, à plus d’un titre, médiocre. Pendant 5 ans, aucune élection n’a été organisée. La fin de son mandat approchait, il était sommé par les pays amis d’Haïti (la France, les États-Unis, le Canada…), d’organiser des élections dites inclusives et démocratiques à l’attention de leur opinion publique. Dans la précipitation et avec des arrière-pensées, le Président Martelly lançait la machine électorale financée par la communauté internationale.

Le 9 août et le 25 octobre 2015 Haïti a connu le fiasco électoral le plus retentissant de son histoire. Les tentatives diverses et variées pour que le départ de Martelly coïncide avec la présence d’un Président élu normalement ont échoué. Cet échec est dû au refus catégorique de Mr Jude Célestin, en dépit de toutes les pressions nationales et internationales, de participer le 24 janvier 2016, à un second tour de la  présidentielle téléguidé par Mr Michel J. Martelly, son Premier Ministre, leurs amis et alliés. La position de Mr Célestin a été soutenue fermement et activement par une grande partie des forces politiques haïtiennes et de la société civile. Un compromis boiteux a été trouvé pour éviter un vide constitutionnel au niveau du Pouvoir Exécutif. C’est ainsi que Mr Jocelerme Privert, président du Sénat de la République, a été choisi afin d’assurer l’intérim du président Martelly pour 4 (quatre) mois : du 7 février 2016 au 14 juin 2016. Il devrait tout faire, dans le temps imparti, pour organiser le second tour des élections présidentielles entre Jovenel Moïse du Parti Haïtien Têt Kalé (PHTK) du président sortant et Jude Célestin de la Ligue Alternative pour le Progrès et l’Emancipation Haïtienne (LAPEH). [Voir l'édito de Pour Haïti N°91].

Mais, Mr Jocelerme Privert a souhaité faire les choses dans la règle de l’art. Son mandat de 4 mois est bien confirmé par l’Assemblée Nationale  comme « Président intérimaire » et seule l’Assemblée Nationale peut le remplacer ou prolonger son mandat au besoin. Jouant son rôle comme il se doit, il a mis en branle le processus devant conduire à des élections souveraines et démocratiques en Haïti.

Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a été constitué le 29 mars et a prêté serment le 30 mars 2016.

Le 21 avril 2016, la nouvelle Commission Indépendante d’ Evaluation et de Vérification Electorale (CIEVE) a vu le jour. Le rapport de la CIEVE remis au CEP le mardi 30 mai 2016, a recommandé de reprendre l’élection présidentielle controversée de 2015 ainsi que la révision de plusieurs dizaines de sentences, prononcées par les Bureaux de contentieux électoraux.

La Président Privert, le gouvernement et le CEP (KEP en créole) se rangent derrière les recommandations de la CIEVE. Cette prise de position est partagée par la grande majorité des partis, mouvements et personnalités politiques du pays. Parmi les partis et mouvements opposés aux recommandations du CIEVE, se trouve le PHTK de Mr Jovenel Moïse.

Nouveau calendrier des élections

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a publié officiellement, le lundi 6 juin 2016, le nouveau calendrier électoral 2016-2017. Il s’échelonnera du 31 mai 2016 au 02 avril 2017.

Le dimanche 9 octobre 2016 auront lieu :

- 1er tour de l’élection présidentielle;

- 2ème tour des législatives complémentaires ;

- 1er tour pour 1/3 du Sénat.

Le dimanche 8 janvier 2017 auront lieu :

- le 2ème tour, peut-être, de l’élection présidentielle ;

- le 2ème tour pour 1/3 du Sénat ;

- les élections locales.

Campagne électorale

Elle s’étendra du 24 août au 7 octobre 2016.

Le 30 janvier 2017 est la date retenue pour la publication des résultats définitifs de la présidentielle.

Le Président intérimaire Privert est-il légitime?

Il le serait par défaut ou par machiavélisme. En effet, l’Assemblée Nationale a la possibilité de se prononcer sur la prolongation de son mandat par intérim ou son remplacement. Or, cette assemblée a choisi de ne pas se réunir malgré la demande de l’OEA et des forces politiques hostiles à son maintien à la présidence du pays. Faut-il croire que ses amis à la chambre et au Sénat sont aussi nombreux que ses opposants?

Par ailleurs, au sein de la société haïtienne, le Président Privert et son gouvernement viennent de marquer un point important en défendant l’idée de la souveraineté du peuple haïtien. L’organisation des élections dans le pays est une prérogative de la souveraineté nationale. Il est anormal que les  élections soient financées par la communauté internationale. Il ne suffit pas de le dire, il faut montrer que l’on peut le faire. Cela demande de s’en gager et de prendre le taureau par les cornes. Et il s’explique : «En choisissant d’engager 55 millions de dollars dans l’organisation des prochaines élections nous avons fait le choix de renoncer à la construction de 55 lycées, de 110 écoles nationales, de 55 kilomètres de routes…»

C’est en ces termes que  le président provisoire Jocelerme Privert s’est exprimé sur l’enjeu que représente la réalisation  des élections du 9 octobre prochain.

Les élections présidentielles du 9 octobre 2016

Le CEP (KEP en créole), mode Privert, a reconduit la liste des 58 candidats établie par le CEP précédent. Cependant, ces personnes  sont appelées à confirmer leur candidature pour le premier tour du 9 octobre 2016. Le 23 juin 2016, le nombre de candidats avait diminué de moitié à deux noms près.

Il semble que certains rapprochements se sont produits parmi les postulants et que la liste définitive comprendrait moins de 20 candidats au lieu de 27 qui avaient confirmé leur participation au paravent.

Voici la liste des candidats (dont 3 femmes) qui ont confirmé leur participation à l’élection présidentielle du 9 octobre 2016

André Amos – Front uni pour la renaissance d’Haïti

Bertin Jean – Mouvement d’union républicaine

Bretous Joseph Harry – Konbit pou ayiti

Charles Jean Hervé – Parti pour l’évolution nationale haïtienne (Penh)

Célestin Jude – Ligue alternative pour le progrès et l’émancipation haïtienne (Lapeh)

Cornely Jean Ronald – RPH

Dalmacy Kesler – Mopanou

Desir Luckner – Mobilisation pour le progrès d’Haïti

Drouillard Marc-Arthur – Parti unité nationale

Durandisse Joseph G. Varnel – Retabli ayiti

Dupiton Daniel – Cohésion nationale des partis politiques haïtiens (Conapph)

Duroseau Vilaire Cluny – Mouvman pou endepandans kiltirel sosyal ekonomik ak politik an ayiti

Gautier Marie Antoinette – Plan d’action citoyenne

Gerard Dalvius – Parti alternative pour le développement d’Haïti

Jean Poincy – RESULTA

Joseph Maxo – Rassemblement des nationaux démocrates volontaires pour l’unité salvatrice

Magloire Roland – Parti démocrate institutionnaliste

Narcisse Maryse – Fanmi lavalas

Sampeur Jacques – KLE

Beauzile Edmonde – Fusion

Jeune Jean-Chavannes – CANAAN

Flecourt Nelson – OLAH

Moise Jovenel – PHTK

Moise Jean-Charles – Pitit Desalin

Ceant Jean Henry – Renmen Ayiti

Renois Jean Clarens – UNIR

Monestime Diony – Indépendant

De l’Université d’Etat d’Haïti (UEH)

Des élections ont bien eu lieu à l’UEH le 30 avril 2016. Un Conseil Exécutif a bien été élu, cependant, rien n’est rentré dans l’ordre. On a du mal à admettre que des universitaires puissent se livrer à des élections bidon, anti-démocratiques pour doter l’UEH d’un Conseil Exécutif. Le nouveau Recteur est contesté par des étudiants, des professeurs et des employés de l’Université. Qui sont ces étudiants? Il est évident que les problèmes de cette institution sont inhérents à la crise générale que traverse le pays? Il est, peut-être, temps que les différents protagonistes se mettent autour d’une table, sans tabou, pour analyser la situation de l’UEH et rechercher des pistes de sortie de crise. Le budget de l’UEH ne représente que 1% du budget de la Nation.

Dans ces conditions, l’existence même de l’UEH, n’est-elle pas menacée?

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Le scepticisme pré-électoral comme mode d’action

Tout indique qu’Haïti avance à grands pas vers les élections présidentielles et sénatoriales du 9 octobre. Le Conseil Electoral chargé de réguler le scrutin est à pied d’œuvre. Le parlement, acteur de la fabrication du pouvoir de Jocelerme Privert semble être sur le point de perdre son bras de fer avec celui-ci. Ni le morceau de tissu bicolore exigé par les parlementaires radicaux, ni les ambiguïtés de la communauté internationale, ni la mobilisation contestataire attendue par les pêcheurs en aux troubles ne sont plus à même d’arrêter les efforts engagés. Pourtant, d’autres acteurs se rangent à une autre stratégie : la diffusion dans l’opinion d’un scepticisme pré-électoral. C’est un mode d’action associé à  une opération psychologique qui s’appuie sur des démonstrations oiseuses, des hypothèses les plus saugrenues, des fantasmes les plus fabuleux visant à discréditer le scrutin, délégitimer le Conseil électoral, affaiblir la participation politique, façonner dans l’imaginaire le statut d’un exécutif partisan. Ce scepticisme pré-électoral porté par des acteurs politiques est soutenu par trois croyances.

La première, c’est le caractère utilitariste des élections et leur assignation totalisante, c’est-à-dire que tout dans la société haïtienne dépendrait de celles-ci. Elles  ne seraient destinées, qu’une fois réalisées, à transformer les conditions de vie des électeurs, porteurs d’une légitimité transférable. Enoncées de cette façon, les élections sont réduites à une procédure simpliste qui viderait l’acte citoyen de sa capacité de renforcer la démocratie, d’adhérer à un projet et l’instrumentaliserait, forcé de rentrer chez lui attendant la prochaine échéance.

La deuxième croyance, c’est l’accusation que les agents politiques et administrateurs qui sont au cœur de la machine administrative électorale ne sont que des exécutants placés aux ordres du président de la République. Il est soupçonné d’être le faiseur de roi et de monarque d’origine lavalassienne. Lui seul aurait la capacité de peser sur les résultats des élections présidentielles, renvoyant l’analyste au passé, marqué par la prise du pouvoir selon des modalités non -démocratiques. Le scepticisme prend alors racine dans un difficile équilibre entre « mémoire et oubli ». Le passé duvaliériste resurgit alors et laisse apparaître des craintes. Les adeptes du scepticisme pré-électoral revisitent, de nos jours, la stratégie de François Duvalier, le soutien de l’armée, son attachement aux valeurs d’Estimé. Une fois arrivé au pouvoir,  Duvalier liquide, élimine, massacre ceux-là qui l’ont aidé à y parvenir. Et même après le départ de Duvalier, la prudence est animée par la volonté de ne plus connaître les tensions, les violences, les disparitions qui sont les effets d’un régime autoritaire duvaliériste composé certes avec une once de légitimité mais qui est construit sans une opposition forte, responsable. Ces condamnations à perpétuité, ces disparitions dans les geôles de l’intolérance constituent autant de signes, de représentations d’une servitude qui accompagne la construction de la démocratie actuelle. Aussi est-ce une volonté de précaution de s’assurer que tout scrutin repose sur une idée de « conjuration du passé » duvaliériste et, par la même occasion, se présente non seulement comme une opération de souveraineté politique mais également celle qui vise à forger une rédemption. C’est sans doute cette finalité paradoxale qui sacralise les élections dans la démocratie, et les enracine dans le mal politique haïtien même si celle-ci ne se résume pas aux élections, fussent-elles acceptables ou irréprochables.

La troisième croyance est de montrer que les élections peuvent être constitutives d’impasses. Cette opinion n’est pas souvent exprimée avec réserve. Elle écarte toute contradiction, toute vérification. On est dans le monde des qualifications les plus farfelues, qui écarte avec condescendance les critiques les plus sages. On trouve là une tonalité, une expression, une suffisance qui habitent l’acteur politique éprouvant toujours du mal à accepter les pratiques manœuvrières d’autrui. Est ainsi esquissée une version intégriste des élections comme voie de malheurs et de pénitence forgée par différents acteurs réunis en une catégorie spécifique. Pour reprendre le sens métaphorique de Guillebaud, parlant de l’extension de l’économie libérale, ces acteurs du scepticisme s’apparentent à un nouveau clergé qui prend chaire, accompagné d’une liturgie « par l’usage d’une langue d’Eglise et de récitations rituelles, inlassablement répercutées dans les médias, par l’emploi d’instruments d’évaluation et d’évocation hermétiques et propres à intimider les fidèles » (J-C. Guillebaud, A quoi pouvons-nous croire ? Seuil, 2005, p.168)

Pour reprendre la métaphore ecclésiale, il y a le « haut clergé » formé des partenaires internationaux, qui craignent que toute mise hors-jeu des périls électoraux, ne fut-ce que provisoire, ne s’accompagne d’options stratégiques inventées et non maitrisées. Habitués à des théâtres d’opérations guerrières où les positions des acteurs sont tranchées, les « nouveaux cardinaux »  (Core Group, Etats-Unis d’Amérique, CARICOM, OEA, République Dominicaine…) multiplient interventions, communiqués, voyages, rencontres ; ils sont les « managers » du conjoncturel, pratiquent un langage manipulateur et cynique, écrasant de leur masse insolente le paria. Il y a ensuite, le « bas clergé » qui s’impose comme des dragons de la peur, de l’intoxication.

Les différents moments du scepticisme

Les différents moments du scepticisme pré-électoral marquent l’histoire politique des trente dernières années. En 1987, l’opposition, malgré sa méfiance, contestait la capacité politique de l’armée de faciliter la désignation d’un gouvernement civil : le scepticisme paradoxal. En 1988, les candidats qualifiés de pro-démocratiques, mis à part Leslie Manigat, décidaient de bouder les élections dirigées par l’armée : le scepticisme frondeur. En 1989, les tergiversations à réussir des élections acceptables à l’initiative  de Prosper Avril, incarnation du duvaliérisme répressif, étaient perçues comme une volonté de celui-ci de pérenniser la transition et alimentaient la lutte politique : le scepticisme de reconquête. En 1990, Ertha Pascale Trouillot et l’armée, malgré leurs faiblesses, leur secret conservatisme garantissaient la sincérité des résultats du vote. Pourtant au milieu d’un volontarisme politique, certains acteurs  avaient mobilisé les excès de l’anti-duvaliérisme résiduel pour soupçonner la magistrate d’un vote partial au profit des macoutes: le scepticisme immotivé, c’est à dire arbitraire.

Ces différentes mutations du scepticisme et leurs formes renouvelées aujourd’hui s’expliquent par quatre facteurs : la pression humiliante des Etats-Unis d’Amérique associant le retrait de leur assistance financière aux spasmes d’une nouvelle crise politique, la dégradation des conditions sécuritaires notamment à Port-au-Prince, la faiblesse réactive de l’Etat haïtien, la fin du mandat de Jocelerme Privert comme objet de tensions entre acteurs politiques. Ces facteurs l’emportent sur l’expression d’une politique  autonome nourrie par la quête d’une rupture avec la dépendance et les habits neufs du dessalinisme.

Qu’ils appartiennent au « haut clergé », au « bas clergé », ces acteurs réunis par la mobilisation d’une rhétorique, comme une proclamation de foi destinée « à emporter la conviction » mobilisent les mêmes élans passionnels (il n’y aura pas d’élections), les mêmes formules ( les élections sont dirigées dans l’intérêt d’un parti politique), les mêmes jérémiades et objurgations ( le Conseil électoral est partisan), les mêmes surenchères (les délégués et les juges sont aux ordres). Ils maîtrisent l’art de la dissimulation, font le contraire de ce qu’ils annoncent. Ce « clergé » compte en son sein des « prédicateurs médiatiques » qui empoisonnent l’espace public d’un enseignement inspiré par les mêmes recettes du passé.

Deux types de scepticisme sont à distinguer : le scepticisme élitiste est constitué par les logiques oligarchiques et se déroule dans un cadre concurrentiel. Les hommes politiques en Haïti aspirent à la professionnalisation de leurs activités « vivre de la politique », à la perpétuation d’une économie de la rente. Ils sont des rivaux, alliés, associés, ennemis, concurrents. Comme l’accès aux ressources en étant détenteur d’un pouvoir, procure prébendes et gains accumulés, les hommes politiques mènent entre eux un combat impitoyable, notamment quand l’issue des compétitions politiques est incertaine. Comme le rappelle François Bourricaud qui  a produit une observation de la société française, mais qui est valable dans l’univers politique en Haïti, « les associés-rivaux » aspirent à pérenniser leur domination dans l’espace politique, entretiennent des relations féroces. (F. Bourricaud, Esquisse d’une théorie de l’autorité, Paris, Plon, 1961). Les compétiteurs se préoccupent moins des intérêts du pays que l’échec de leurs adversaires aux élections. Ils ne souhaitent pas des conditions politiques idéales pour leurs rivaux, esquissant des combines éliminatoires (physiques, juridiques, politiques). Tel est le cas des associés de PHTK, les hommes de KID, d’AAA évidemment  souhaitent que Privert enregistre un échec aux élections d’octobre.

Tandis que le scepticisme plébéien, développé par les médias autour de l’inefficacité et des dysfonctions des institutions, s’exprime d’abord à l’égard du personnel politique qui parvient au pouvoir, se renouvelle au gré des opportunités, s’épuise contre les attentes des populations. Le foisonnement partisan, la volatilité des partis politiques, leur niveau d’irresponsabilité, les pratiques liées à la politique du ventre donnent des représentations négatives de la politique notamment à travers les pratiques des parlementaires (absentéisme, vénalité, privilèges exorbitants, parasitisme, paresse, incompétence, collusion entre l’argent et la politique …) et expliquent la méfiance des citoyens envers les politiques. Pour les premiers le régime démocratique n’est qu’une façade pour assurer la domination et  les gains aux seconds. L’alternance produite en 2011 par l’imposition de Michel Martelly renforce la méfiance, l’a rendu permanente, a instauré le fossé entre les populations et les politiques, a rendu difficile tout espoir qu’auraient les citoyens dans une société civile même réduite à ses musiciens les plus médiocres. La méfiance est nourrie par les promesses des élus forcés de rechercher l’adhésion par la conception d’une offre tissée de mensonges et d’illusions et l’impunité dont jouissent des élus prévaricateurs et kleptocrates.

Ces « récitations, ces hymnes », ces  homélies, ces versets, expliqués précédemment, participent d’une stratégie de diabolisation qui a deux effets structurants : le premier effet,  le scepticisme pré-électoral peut dans un premier temps affaiblir la participation politique, expliquer des stratégies gagnant-perdant dans le jeu des rapports de force. Des électeurs sont pris dans l’étau du doute et de la suspicion, par adhésion aux logiques partisanes. Ils risquent de rejeter toute participation politique, le jour du vote, sachant que les dés sont jetés. Tandis que  les douteurs sont perdants. C’est par le scepticisme que Leslie Manigat a  pu mettre à contribution l’embarras des militaires. Tel a été le cas en 1988 qui par un concours de circonstances conduisit Leslie Manigat au pouvoir. Il expliquait que « les militaires après le 29 novembre étaient à la recherche d’une sortie honorable parce que le 29 novembre les avait placés sur une difficile défensive. Certains n’en menaient pas large et se sont réjouis comme d’un ouf de soulagement, quand ils ont appris, comme tout le monde et en même temps que tout le monde, ma décision de participer aux élections. En plus, le boycott était irréaliste parce que ses avocats n’avaient ni les moyens matériels ni les ressources politiques pour chasser les militaires du pouvoir, impuissance tragique du rache manyok à cause du rapport brut des forces dans une  lutte frontale contre les forces armées directement détentrices du pouvoir. » (Leslie F. Manigat, La crise haïtienne contemporaine, Port-au-Prince, éditions des Antilles, 1995,p.92)

Le second effet : les douteurs sont gagnants. En effet, certains acteurs politiques ont instrumentalisé le scepticisme pour dynamiser la participation populaire. Il peut conduire certains électeurs à construire un vote de rejet des acteurs porteurs du grand récit de la matrice malheureuse. Ils peuvent être amenés, s’il y a une mobilisation des partis politiques, à former un vote protestataire, un vote de rejet du système politique, par désaffection, un mélange de haine antimilitaire et macoute, d’aspirations utopiques et d’anti- capitalisme. C’est ce qui s’est passé en 1991, malgré l’opposition des « tuteurs démocratiseurs » (L. F. Manigat).. Un tel scénario risque de se répéter : le peuple saura prendre son courage à deux mains, en démocratie, pour reprendre l’idée de l’économiste Pascal Salin, « il faut du courage pour être libre…dans ce monde de fausses valeurs, d’alibis douteux, de compromis idéologiques, de mimétisme intellectuel et de démagogie politicienne » Et c’est contre cette pesante démonstration annoncée des périls et des ténèbres que les électeurs installeront de nouveaux remparts, le 9 octobre 2016.

Jacques NESI

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Haïti vue de la France

La perception d’Haïti par les Français est un vaste et sensible sujet. L’histoire de ces deux pays est étroitement liée et elle est entachée de souffrances, violences, injustices et d’échecs. Mais malgré ces terribles blessures, le lien entre ces deux pays ne peut être ni nié, ni rompu. Il existe, il est fort, même si l’incompréhension est bien présente.

L’incompréhension est en effet le mot qui décrit le mieux l’attitude de la France d’aujourd’hui vis-à-vis d’Haïti. Une incompréhension complexe, changeante selon les milieux culturels Français : la perception d’Haïti change si on se place du côté du grand public, du côté de l’intelligentsia culturelle ou du côté du monde des ONG.

Le grand public connaît très, très mal Haïti. Les médias en parlent principalement lors des catastrophes : cyclones, émeutes, séismes… peu d’émissions traitent de la culture haïtienne. Faites un sondage dans la rue, la plupart des gens confondront avec Tahiti, puis, une fois compris « Haïti », ils vous parleront de pauvreté, de catastrophes… Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, les médias ne contribuent pas à donner une bonne image d’Haïti. Au contraire, ils mettent l’accent sur la misère ce qui au mieux invite à l’indifférence, au pire suscite un misérabilisme mal placé. Ces images colportées par la presse et la télévision ne sont pas compensées par l’éducation. En effet, Haïti est totalement absente des programmes scolaires, personne n’a appris à l’école que Saint Domingue était la plus riche des colonies de l’ancien régime et qu’elle est devenue indépendante en 1804…après que des esclaves révoltés aient infligé une défaite à Napoléon. Ce silence de l’Education nationale a donc effacé Haïti de la mémoire collective. L’humiliation qu’a subie Bonaparte est tombée dans l’oubli, peu de gens en parlent. Un exemple flagrant : la série en quatre épisodes « Napoléon » avec Christian Clavier ne mentionne même pas cet évènement…alors qu’elle est riche en détail sur la vie de l’Empereur. Etrange oubli qui est symptomatique de cette absence d’Haïti dans l’offre culturelle offerte au plus grand public. Une des rares exceptions à cette règle fut la diffusion du téléfilm Toussaint Louverture en février dernier. Ce beau film diffusé en prime time sur France 2 a connu un certain succès. Hélas, les libertés prises avec l’histoire, dont certaines très maladroites, ont suscité d’inutiles polémiques…polémiques dont le film aurait pu se passer car l’auteur a mis sept ans à convaincre les producteurs.

L’intelligentsia culturelle a, de son côté, une perception radicalement différente et éminemment positive du pays. Beaucoup d’écrivains, de journalistes, d’intellectuels, de journalistes connaissent, de près ou de loin, la République d’Haïti. La culture haïtienne est très prisée : les écrivains haïtiens sont publiés par les meilleures maisons d’édition, leurs livres sont beaucoup lus et certains ont eu des prix littéraires très prestigieux : Dany Laferrière a eu le Prix Médicis en 2009, Jean Metellus a reçu le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2010. D’autres auteurs ont été décorés par le ministre de la culture : Lyonel Trouillot et Frankétienne sont respectivement chevalier et commandeur des Arts et des Lettres. Et ça ne s’arrête pas à la littérature, la peinture haïtienne est très appréciée, les expositions ne manquent pas et les artistes ont beaucoup de succès. Enfin, le cinéma n’est pas en reste car le directeur de l’école française du cinéma, la FEMIS, est l’haïtien Raoul Peck. Les talents d’Haïti sont donc reconnus et cette culture a toute la reconnaissance qu’elle mérite au sein des élites.

Enfin, l’intérêt des élites pour Haïti n’est pas nouveau. Au XIXeme siècle, de grands auteurs se sont intéressés à Haïti et à son libérateur. Le premier roman de Victor Hugo, Bug Jargal, est inspiré de Toussaint Louverture. Hugo l’a écrit à seize ans, quelques années après que Toussaint ait été enfermé au Fort de Joux dans les montagnes du Jura, non loin de la résidence de la famille Hugo. Lamartine est allé plus loin, en 1850 il a composé une pièce de théâtre sur la vie de Toussaint Louverture. Une pièce en trois actes qui, hélas, n’est plus jouée ni éditée depuis longtemps… Lamartine avait écrit une œuvre politique sur le défenseur de la liberté des noirs, car il était opposé à toute forme d’esclavage. L’homme qui a aboli l’esclavage en 1848, Victor Schœlcher, a aussi écrit en 1889 une Vie de Toussaint Louverture. L’indépendance d’Haïti a marqué de nombreux esprits et a discrètement influencé l’idéal républicain français.

Les Français qui découvrent Haïti par sa culture s’attachent très vite à ce pays et ils évitent soigneusement tout misérabilisme. En effet, on ne peut résumer un si beau pays aux épreuves qu’il traverse. Peu de Français viennent en Haïti pour faire du tourisme. La plupart des visiteurs sont des coopérants, des diplomates, des militaires, des journalistes, des missionnaires, ou ceux qui ont un lien familial avec le pays. Bon nombre d’entre eux reviennent avec des propos positifs. Malgré la misère qu’ils ont vue, malgré la tristesse qu’ils ressentent devant le calvaire d’Haïti, ils parlent avec émerveillement de la culture haïtienne, des paysages magnifiques et d’un peuple courageux et amical.

Replacer Haïti dans la mémoire collective française n’est pas une cause perdue. Bien au contraire, ce serait faire œuvre de vérité historique que d’intégrer l’histoire de l’indépendance d’Haïti dans l’histoire de la Révolution française et donc dans l’histoire de France. Mais comment ? L’élite culturelle française peut jouer ce rôle. Elle connaît et aime Haïti. Elle peut donc transmettre cette connaissance au grand public. Mais c’est aussi à l’Etat de mettre dans les programmes scolaires un chapitre sur la décolonisation de Saint Domingue, qui est une conséquence de la Révolution. Avec recul, sans stigmatiser aucun acteur de cet épisode, faire découvrir aux élèves français la genèse d’Haïti serait un moyen, efficace et juste, de créer un pont entre Haïti et la France, de réformer cette fausse perception et même de réconcilier ces deux peuples à l’histoire commune.

Charles Vaugirard

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Distinctions

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Gérald BLONCOURT

Discours de Champigny

Champigny – 11 Juin 2016

Voilà le texte de l’intervention que je me proposais de dire, mais le protocole ne m’a pas permis de le faire. Je vous invite à le partager.

Monsieur le Président de la République Portugaise,

Mes amis portugais et français,

Réunis ce jour, sur les lieux mêmes où j’ai découvert, pour la première fois,  en 1964, il y a 52 ans — plus d’un demi-siècle !… les conditions de vie innommables, imposées aux immigrés portugais, je ne peux m’empêcher de vous dire l’émotion qui m’étreint.

J’entends encore les bruits des pas, les bruits des casseroles et les cris joyeux des enfants qui jouaient au milieu des taudis… J’entends encore les voix et les murmures de cette langue étrangère pour moi, qui étaient celles des fils et des filles des Grands Découvreurs, celles de ces héros qui nous ont ouverts le Monde, celle de Magellan, d’Henri le Navigateur, de Vasco de Gamma…

Je tremble au fond de moi, comme si m’habitaient les tremblements de terre qui ont bercé mon enfance, ma jeunesse, et finalement détruit tout ce que j’avais connu, aimé et partagé. C’est un véritable séisme qui m’habite, c’est une joie démesurée, une fierté désemparée, devant l’honneur qui m’est fait.

J’accepte humblement cette décoration que je partage avec ceux et celles dont j’ai été immédiatement solidaire et dont j’ai pénétré profondément les destins…

Des plaies béantes des bidonvilles de la région parisiennes, à celles des bas-fonds de Lisbonne, des Pyrénées d’hiver glacial aux bancs des salles d’attente de Hendaye,  du petit berger au manteau de paille à celles de ces arrivants épuisés en Gare d’Austerlitz, chargés comme des bêtes de sommes de valises sur leur dos, de ces enfants dormant dans les trains, sur les genoux de leur grand-mère, au fabuleux jour du premier 1er mai de la Liberté à  Lisbonne, éclatante, lumineuse, glorieuse de la chute d’une dictature  sordide, celle de Salazar. Derrière chacun de ces visages en joie,  il y avait le Portugal son demi-siècle d’obscurité, de misères, d’oppression …

Ce 2 Mai 1974, je suis revenu de Lisbonne… J’ai ramené, fiché sur ma casquette,  un œillet rouge du premier 1er mai de la Liberté… Je suis rentré les mains pleines de toutes ces mains tendues. …. Peuple tranquille et honnête tu venais de mettre à bas, avec tes fils soldats, ouvriers, paysans, tes militants torturés, le régime fasciste de Salazar et de son successeur Caetano..  Je suis rentré avec encore ces larmes de joie… Avec la confiance et l’espoir cueilli au coin de toutes ces rues où l’on n’en finissait plus de se rencontrer…

Je ne remercierai jamais assez ce peuple qui m’a accueilli  et aidé dans les banlieues de Lisbonne, à Porto, sur les chemins de Chavès, dans les petits villages du nord, qui m’a comblé de sourires, d’amitié, qui m’a fait découvrir sa cuisine, son fameux « vinoverde », qui m’a permis d’être des siens, de vivre sa détresse, de caresser l’espoir en une vie meilleure, de raffermir en moi cette conscience de solidarité et de volonté de lutte pour un monde nouveau… de justice et de paix…

Avec moi ce sont tous ces immigrés, tout un peuple, qui acceptons cette distinction…  Comment me serait-il possible de supporter seul le poids de cet immense hommage ?… Ensemble, nous nous réjouissons que soit ici honoré, dans cet espace, la mémoire de ceux qui y ont vécu, trimé, espéré…

Ce peuple a l’âme universelle. Il est héritier et porteur d’un grande civilisation… Il l’a prouvé, de façons irréfutables, en prenant dignement place dans cette France, qui malgré les vicissitudes et les contradictions, est porteuse malgré tout, des grandes idées du siècle des Lumières…

Merci, Monsieur le Président de la République Portugaise, merci à toutes et à tous.

Vive le Portugal, Vive Haïti, Vive la France…

Ola a toudouch

O brigado

Chto mouito Féliche

Vivé ou povou portuguèse

Vivé ou povou haitianou

Vivé ou povou de frança

Y viva a oumanidade intaera

Gérald BLONCOURT

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Lorfils REJOUIS

Après son adoption le 16 février 2011 par le Sénat français, le 31 mai a été consacré comme Journée de l’Amérique latine et des Caraïbes. Depuis 5 ans, le Sénat français, rejoint par la suite par la présidence et le gouvernement, organise plusieurs activités pour décorer les personnalités de l’année venant de l’Amérique latine et des Caraïbes choisies par leur ambassade. Cette année, c’est le président de l’ARCHE, Lorfils Réjouis, qui a été désigné par l’ambassade d’Haïti à Paris pour ses multiples engagements tant en Haïti qu’en France pour le rayonnement culturel d’Haïti.

Au Sénat français lundi, M. Réjouis et plusieurs autres personnalités issues de l’Amérique latine et des Caraïbes ont eu un déjeuner officiel avec le président du Sénat français, Gérard Larcher, dans les salons de la Présidence en présence de l’ambassadeur d’Haïti à Paris, Vanessa Matignon Lamothe. Pour l’ambassadeur d’Haïti à Paris, la décision de proposer M. Réjouis au Sénat a été motivée par les multiples initiatives qu’il a menées à la tête de l’ARCHE. « Par cette décoration, je voudrais également encourager vos nobles actions en faveur du développement durable en Haïti à travers notamment de nombreux projets de reboisement, de captage d’eau potable, d’éducation, ainsi que vos efforts continus à la consolidation des liens historiques entre Haïti et la France », a mentionné l’ambassadeur qui a souligné les différentes activités réalisées par l’ARCHE ces derniers mois en France.

Pour le principal concerné, cette décoration du Sénat français signifie la reconnaissance du travail accompli depuis toutes ces années. « Le président Gérard Larcher m’a attribué la médaille du Sénat pour ma contribution éminente aux relations entre Haïti et la France, mais aussi pour nos actions en faveur de l’environnement, a-t-il dit. Je partage cette distinction avec tous les membres de l’ARCHE et avec tous ceux qui nous ont toujours soutenus», remerciant par ailleurs l’ambassadeur d’Haïti à Paris et les autres membres de l’ambassade qui ont fait choix de lui cette année pour cette distinction. Durant ces derniers mois, les actions de l’ARCHE tournent autour du festival des arts haïtiens et de la mémoire. « Nous avons rendu hommage à Toussaint Louverture le 7 avril à Massy Palaiseau avec la participation des élèves de la ville qui ont pris part à cette manifestation. Du 10 au 14 mai 2016, nous avons aussi réalisé toute une série d’actions autour de l’esclavage et de ses abolitions », a-t-il expliqué avant d’annoncer que l’association qu’il dirige organisera le 2 juillet 2016 un gala pour soutenir un projet en Haïti qui vise le développement culturel, social et économique à Colline Deslandes (Léogâne).

Après sa décoration lundi dernier, Lorfils Réjouis et les autres personnalités décorées ont été reçus mardi à l’Élysée par le président français, François Hollande, qui a voulu en personne les féliciter pour le travail qu’elles réalisent en France en vue de faire fructifier les relations entre les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes et la Cinquième République. Parallèlement, Monsieur Réjouis a déclaré qu’il n’avait pas besoin de prix pour faire ce que le devoir et le bon sens commandent. « Je mets sur le même plan la rencontre avec le président Hollande que la rencontre avec une personnalité moins importante lorsque le devoir l’exige. C’était un honneur dû à mon sens du devoir», a conclu le président de l’Arche, qui n’arrête pas de trouver des mots d’encouragement et de soutien de la part des amis haïtiens et français depuis cette décoration

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Rene DEPESTRE

Haïti – Littérature : René Depestre, Lauréat du Grand Prix SGDL 2016

Vendredi, la Société des Gens De lettres (SGDL) a dévoilé les lauréats de ses différents Prix. Cette année, le Grand Prix SGDL de littérature a récompensé le poète et écrivain haïtien René Depestre pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la parution de son dernier livre « Popa Singer », publié aux éditions Zulma et notamment connu pour « Hadriana dans tous mes rêves » récompensé par le prix Renaudot en 1988.

Le jury présidé par Corinna Gepner, était composé des auteurs membres du comité : Mohammed Aïssaoui, Gérald Aubert, Christiane Baroche, Jean Claude Bologne, Mathieu Brosseau, Belinda Cannone, Evelyne Châtelain, Georges-Olivier Châteaureynaud, Sophie Chauveau, Fabrice Colin, Edith de Cornulier, Chantal Danjou, Christophe Deleu, Pierrette Fleutiaux, Françoise Henry, Emmanuelle Heidsieck, Mathias Lair, Dominique Le Brun, Laure Limongi, Véronique Ovaldé, Marie Sellier, Mathieu Simonet, et Carole Zalberg.

Palmarès :

Grand prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre : René Depestre, Popa Singer (Zulma)

-     Grand prix SGDL de poésie pour l’ensemble de l’œuvre : Michel Butor, Ruines d’avenir (Actes Sud/Ville d’Angers)

-     Grand prix SGDL du roman : Monica Sabolo, Crans-Montana (JC Lattès)

-     Grand prix SGDL de l’essai : Jean-Claude Guillebaud, Le tourment de la guerre (L’Iconoclaste)

-     Grand prix SGDL de la nouvelle : Gilles Verdet, Fausses routes (Rhubarbe)

-     Prix de poésie Charles Vildrac : Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens (Verticales)

-     Prix Paul Féval : Bénédicte des Mazery, Les oiseaux de passage (Anne Carrière)

-     Grand prix SGDL de la fiction radiophonique : Caroline Guilea Nguyen, Antoine Richard, Alexandre Plank, Le Chagrin, Jules et Vincent (France Culture, 2015, 55’)

Dotés de 1,500 à 6,000 euros, les Prix SGDL seront remis à l’hôtel de Massa, le mardi 21 juin à 19h30.

En savoir plus sur la Société des Gens de Lettres :

Fondée en 1838 par Louis Desnoyers et plusieurs écrivains, La Société des Gens de Lettres a pour vocation de défendre les droits, les statuts et les intérêts de tous les auteurs. Au fil des ans, l’association regroupera de nombreux auteurs célèbres dont Victor Hugo, George Sand, Maupassant, Emile Zola ou encore Alexandre Dumas. Au printemps, l’association remet plusieurs prix littéraires destinés à récompenser des ouvrages de langue française de qualité.
En savoir plus sur René Depestre :

Poète et écrivain haïtien né en 1926 à Jacmel, René Depestre publie en 1945 ses premiers vers dans le recueil « Étincelles ». Engagé dans la vie politique de son pays, il est incarcéré, puis doit partir en exil en France, puis à Cuba. Il y exerce pendant près de vingt ans d’importantes fonctions aux côtés de Fidel Castro et Che Guevara. Il continue à écrire des poésies et publie notamment « Minerai noir » en 1956, dans lequel il évoque les souffrances et les humiliations de l’esclavage. Dans les années 1970, il fuit Cuba, et s’installe à Paris où il travaille de nombreuses années pour l’UNESCO. René Depestre poursuit son œuvre d’écrivain-poète à Lézignan-Corbières où il s’est installé dans les années 1980. Son roman « Hadriana dans tous mes rêves » (1988) reçoit le Prix Renaudot, le Prix du roman de la Société des gens de lettres et le Prix du roman de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, alors que son recueil « Alleluia pour une femme-jardin » reçoit en 1982 le Prix Goncourt de la nouvelle. En avril 2007, il est lauréat du prix Robert Ganzo de poésie pour ses oeuvres poétiques complètes, « Rage de vivre », éditées chez Seghers.

Haïti Libre

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Prix de l’Ambassade d’Haïti

L’Ambassade d’Haïti en France honore 8 personnalités le 6 juillet 2016.

Sept personnalités franco-haïtiennes et un ami d’Haïti ont été honorés le 6 juillet 2016, à l’occasion de la 3e édition du « Prix de l’ambassade » d’Haïti en France. Cette cérémonie s’est déroulée à la maison de l’Amérique latine au boulevard Saint-Germain (Paris), avec la participation de plusieurs artistes haïtiens dont le chanteur de DISIP, Gazzman Couleur, et de l’artiste d’origine haïtienne, Phyllisia Ross.

Les lauréats posent avec les membres de la mission diplomatique d’Haïti à Paris / Jean Patrick Dormeil

L’Ambassade d’Haïti en France, par le biais de son ambassadeur, Mme Vanessa Matignon Lamothe, a  convié les Haïtiens de France et les amis d’Haïti à assister à la 3e édition du « Prix de l’Ambassade ».

Pour expliquer le bien-fondé de ce prix, Son Excellence, Mme Vanessa Matignon Lamothe, a souligné que la diaspora haïtienne de France figure parmi les 5 communautés haïtiennes de l’étranger les plus importantes en termes de transfert d’argent en Haïti. « La diaspora haïtienne de France envoie des milliers de dollars en Haïti tous les ans. Ces argents ne sont pas seulement destinés à la consommation dans les foyers, ils permettent aussi à de nombreuses familles bénéficiaires d’investir dans l’éducation de leurs enfants, de répondre à certains besoins sanitaires et de créer aussi de petites entreprises ».

Voici la liste des bénéficiaires

Prix de l’Ambassade d’Haïti en Fance : 3éme Edition

Prix du doyen de la Communauté: Paul Baron

Prix Culture : Michèl Driay

Prix de l’association : Raymond Kernizan

Prix de l’innovation : Evens Nicolas

Prix Honneur et mérite : Monsieur et Madame Arnoux

Prix de l’Entrepreneur : Massaryk Duclos

Prix de l’Artiste de la communauté : Amos Coulange

Prix amis d’Haïti : Patrice Caradec

Monsieur Patrice Caradec, l’ami, a expliqué que la rencontre de Look Voyage avec Haïti, qui opérait depuis 25 ans dans plusieurs pays des Caraïbes, fut un événement heureux. Ce fut un vrai coup de foudre pour lui personnellement. Toutefois, il a déclaré qu’il reste encore des choses à faire pour mettre Haïti au centre de la carte touristique du monde. Ainsi, il a souligné que les responsables haïtiens doivent tout mettre en œuvre afin de faire de ce pays une vraie destination touristique. Car, selon lui, Haïti possède une énorme potentialité touristique inexploitée.

« Nous avons fait le premier pas en vendant une bonne image d’Haïti à travers Look voyage et à travers nos différents entretiens sur les radios et les télévisions françaises comme TF1, par exemple. Nous espérons que le pays jouera aussi sa partition en vue de dire et de montrer au monde entier que la violence n’est pas en Haïti, mais ailleurs», a-t-il dit. Ces deniers propos furent salués par un tonnerre d’applaudissements de la salle.

La jeune artiste d’origine haïtienne, Phyllisia Ross, venue directement des États-Unis, a clôturé la soirée en interprétant ses tubes à succès dont « Only For you », « Konsa » et « Ma vie sans toi » pour le bonheur des participants à cette 3ème édition du Prix de l’Ambassade d’Haïti en France. Phyllisia a charmé le public, de surcroît par sa belle voix. Sacrée soirée donc !

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Les pages du CIDIHCA

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Un patrimoine musical à sauver

En Haïti, un patrimoine musical à sauver : Cri d’alarme du célèbre guitariste Amos Coulanges

dimanche 14 août 2016

P-au-P., 14 aout 2016 [AlterPresse] — Le célèbre guitariste haïtien Amos Coulanges lance un cri d’alarme en faveur de la préservation du patrimoine musical haïtien, notamment des œuvres pour voix, qui risquent de se perdre.

Face au risque que ces créations tombent dans l’oubli, il interpelle les autorités étatiques, dans une interview accordée à la station en ligneAlterRadio.

« Il faut que l’État s’y mêle, parce que c’est notre patrimoine », encourage-t-il.

Amos Coulanges, qui évolue à l’étranger, vient de séjourner en Haïti où il a donné plusieurs concerts.

Reconnu comme l’un des meilleurs guitaristes de sa génération, il a également animé un atelier à la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal).

Faisant part de son travail à AlterRadio, le musicien a indiqué avoir conduit une grande recherche sur la musique vocale en Haïti et dans la Caraïbe.

« Dans nos iles, il y a des créateurs et de la musique pour voix… J’ai collecté beaucoup de morceaux », souligne-t-il, en s’exclamant : « il n’y a pas que le gospel ».

Il faudrait pouvoir réunir les moyens pour pouvoir préserver ce patrimoine.

« Il y a un travail sérieux à faire », préconise-t-il. Les ministres de la culture devraient, dit-il, être au courant de tout ça, « mais, on s’ait qu’ils ne sont pas au courant ».

En oûtre, « il y a tellement de choses à faire, tellement de fatras à nettoyer, quand est ce qu’on va s’occuper de Do dièse, de Si bémol et de Fa dièse », s’interroge le musicien, évaluant les diverses priorités socio-économiques qui s’imposent dans le pays.

« La beauté… un acte révolutionnaire »

Né en 1954 à Port-au-Prince, Amos Coulanges s’est consacré entièrement à l’étude de la musique à partir de 1976, après avoir été salué comme la révélation du Festival de Guitare de la Martinique et avoir enregistré un premier album intitulé Musique Haïtienne pour Guitare.

« Je n’avais pas l’impression de faire une œuvre qui allait traverser l’histoire », confie Coulanges.

A l’époque, le pays vivait encore sous la dictature des Duvalier, ayant pris fin en 1986 avec la chute du régime de Jean-Claude, qui, comme son père François, a dirigé le pays d’une main de fer.

C’était « un contexte tendu », Duvalier tuait et « les intellectuels (…) n’avaient pas le droit de parler », se souvient le musicien.

« A l’école (Collège Jean Price Mars), on avait le sens de la liberté, sans faire trop de politique, parce que j’avais un frère déjà menacé par les macoutes (la milice de Duvalier) et qui avait dû s’exiler », se souvient-il.

Pendant ces années de terreur, on pouvait être tué « parce qu’on prononce un mot. On dit Maspero on est mort, on dit barbe de Fidel Castro on est mort, on dit Jean-Jacques Rousseau, on est mort, on dit Voltaire, on est mort… Dans Voltaire, il y a déjà le mot révolution ».

« Mon engagement, c’était l’art (…) », confie Amos Coulanges. Pour lui, « la beauté c’est un acte politique, c’est un acte révolutionnaire ».

« Il n’y a pas de petite musique »

Le guitariste, qui a étudié au Canada et en Europe, enseigne aujourd’hui la musique et mène une carrière de concertiste à Paris, mais aussi dans le monde entier (Belgique, Canada, Cuba, Etats-Unis, Haïti, Jamaïque, Japon, Turquie).

Amos Coulanges est en charge de 18 heures de cours d’éducation musicale par semaine en France, des cours axés sur l’appréciation de la musique au-delà des frontières, des époques et des styles.

« On ne devient pas plus bête parce qu’on s’ouvre à un autre chant. Et même on s’enrichit à écouter un bon Coupé Cloué, le Jazz des Jeunes, T Vice, Carimi (des orchestres populaires haïtiens) … Il n’y a pas de barrière ».

« On devrait aller vers la fusion », prône le guitariste.

« Il n’y a pas de petite musique. Dans n’importe quel style, on peut avoir une œuvre achevée », soutient-il, arguant qu’en art « les termes progrès et décadence n’ont pas de sens ».

Amos Coulanges a remporté le premier prix de composition au 7e Carrefour Mondial de la Guitare en 1986, puis une Médaille d’or en guitare classique au Conservatoire de Saint Germain en Laye (France), en 1989.

Le célèbre musicien estime qu’on ne peut pas vivre sans musique. « On ne peut pas ne pas être sensible à la musique. S’il y a une grève de la musique, notre cœur arrête de battre. Les oiseaux arrêtent de chanter. » [gp apr 14/08/2016 06:00]

Par Gotson Pierre

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Arts et Lettres

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CUBA, Festival de Théâtre

Le festival international de La HAVANE et La Casa de Americas

Mayo Teatral  2016

Cette année le festival international « Mayo Teatral  XVI »  (La Havane, 13-23 mai 2016) présentait 17 pièces de théâtre de huit pays, dont dix de Cuba, des soirées de danse moderne cubaine, trois jours de tables rondes et discussions entre artistes et universitaires venus de nombreux pays et régions hispanophones des Amériques. Cet événement annuel est devenu une véritable plongée dans des cultures hispanophones/lusophones d’Amérique latine avec incursions dans le monde francophone, en l’occurrence la présence de Lucette Salibur, fondatrice du théâtre du Flamboyant en Martinique.

Ce festival a fait état des rapports entre la création scénique et la  résistance culturelle en insistant sur les rapports entre le théâtre et la paix. La troupe de la Candelaria (de Colombie) dirigée par la metteure en scène  Patricia Ariza, a présenté Camilo, un spectacle dédié au prêtre Camilo Torres (1929-1966) qui a donné sa vie pour la lutte des opprimés et dont l’engagement est devenu depuis emblématique de la théologie de la libération au pays.  L’intervention de Patricia Ariza a témoigné non seulement de sa passion pour le travail théâtral mais de la conscience de cette guerre tragique qui ravage son pays depuis si longtemps et l’importance de la figure de Camilo dans la conscience collective.

Le festival a aussi marqué le cinquantième anniversaire  de la création de la Candelaria et rendu hommage à  Santiago Garcia, créateur de la compagnie en collaboration avec le grand homme de théâtre Enrique Buenaventura, une des figures importantes de la rénovation théâtrale dans le pays (Teatro experimental de Cali) qu’avait rencontré Aimé Césaire.  La pièce sur le Roi Christophe de Buenaventura a précédé l’œuvre de Césaire et certains se demandaient si l’œuvre colombienne avait inspiré  le chef d’œuvre du Martiniquais. Les compagnies haïtiennes étant absentes du Festival, on se doit de mentionner un lien important avec le spectacle de Mimi Barthélémy et sa fille Élodie, « Une très belle mort » (Avignon 2001) car elles ont travaillé étroitement avec le fils de Buenaventura, Nicolas Buenaventura-Vidal sur la mise en scène de ce conte en Avignon.

Quant à la pièce Camilo, qui présente moins une approche biographique que la métaphore d’une lutte spirituelle et physique pour la survie, elle pose des questions sur la nécessité de prendre les armes et sur la malheureuse inutilité du dialogue pour résoudre la situation au pays. Il s’agit surtout d’un rituel entre le mysticisme catholique et la corporalité d’un engagement envers le peuple pris par cet homme qui s’est sacrifié pour les pauvres. La création collective et une réflexion sur le travail du corps sont au centre de cette vision. Dans une scène en particulier, les acteurs défilent en chantant des bribes de liturgie catholique sous des parasols déchirés et multicolores, vision d’un carnaval en pleine dégénérescence, signe de ceux qui souffrent. La description du défilé où l’église catholique des riches se distingue de l’église des pauvres exploités incarne cette nouvelle théologie devenue une forme de contestation légitime qui associe le marxisme et le catholicisme. La mise en scène d’Ariza illustre cette prise de position d’une manière émouvante et brillante. La coïncidence paraît inouïe mais le 23 juin, le gouvernement colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé un accord historique sur un prochain cessez-le-feu définitif lors d’une cérémonie officielle à La Havane, après cinquante-deux ans de conflit. Dans ce contexte de théâtre politique, on ne peut qu’admirer la ténacité et l’engagement de la Candelaria depuis les dernières années, incarnés par leur forme de théâtre et en particulier, la création de Camilo.

Tout aussi important est le travail de la Cubaine Nelda Castillo, fondatrice de la troupe El Ciervo Encantado (Le Cerf Enchanté) dont le parcours est la suite d’une réflexion sur les rapports entre l’art, l’histoire cubaine et les idées de l’ethnologue Fernando Ortiz, questions de colonisation et de guerre de libération entre autres. Ce théâtre hautement politique à sa manière est un phénomène unique à Cuba.  Le nom de sa troupe vient d’un conte où le cerf est évoqué comme figure  métaphorique de la liberté par le poète, auteur de contes et mambi, Esteban Borrerro Echeverría , (« El Ciervo Encantado », Narraciones, Letras Cubanas, La Habana 1979). Le conteur veut faire comprendre que l’indépendance cubaine (il se réfère à la deuxième guerre d’indépendance de 1895-98) était difficile parce que les habitants de l’île ne pouvaient pas se mettre d’accord sur leurs projets. Ayant fait intervenir des voisins pour vaincre ce cerf impossible à abattre, en fin de compte les voisins partent avec le cadavre tandis que les habitants de l’île restent à discuter comment cuisiner le cerf qui ne leur appartient plus. Cette vision sarcastique cache une colère sourde et donne son impulsion au travail de la troupe de Castillo car les deux spectacles (« Triunfadela » et « Guan Melón, Tu Melón ») que la compagnie a présentés au festival sont l’expression intelligente, efficace, aussi divertissante que critique, des stéréotypes et du vide de certains discours politiques.

« Triunfadela » est composé de deux mouvements. Dans un premier temps nous suivons une parodie du réalisme socialiste où la metteure en scène s’inspire de documents authentiques : discours d’ouvriers lors de rencontres de travail, un peu réorganisés pour créer un effet d’aliénation, des bruitages urbains, la musique officielle retentissante et une bande sonore hétéroclite qui évoque l’héroïsme de l’ouvrier.  Ensuite, on voit arriver un Ubu cubain!  Une créature  monstrueuse vêtue d’un uniforme militaire délabré, un seau sur la tête en guise de coiffe militaire, des mouvements de poupée mécanique et les yeux écarquillés, cerclés de noir pour mettre en évidence un regard de hibou qui surveille sa proie.  Surtout, son gros ventre porte deux micros attachés à la ceinture pour mieux capter son « discours » constitué de  grognements, de ronflements, de hurlements, de gargouillis sortis de cette petite tête effarante.  Encore plus surprenant, la totalité du discours de  « Triumfadela» dont on capte des bribes au fur et à mesure, consiste en des articles tirés des quotidiens cubains (Granma et Juventud Rebelde) sans le moindre changement!  Devant cette figure de démagogue bête et méchant qui crache les textes pris tels quels dans la presse quotidienne reconnus par tous, le public paraissait inquiet, se demandant s’il fallait rire ou s’ils avaient mal compris quelque chose.  La démonstration était parfaite.

Décidément Shakespeare était la vedette du festival, avec entre autres une nouvelle vision d’Otelo présentée par Viajeinmóvil, une troupe de marionnettes du Chili sous la direction de Jaime Lorca. Côté Mexique, on donnait une nouvelle adaptation de Macbeth intitulée Mendoza par la troupe Los Colochos, sous la direction de Juan Carrillo : Carrillo a capté un moment de la guerre d’Indépendance (1910), où le chef d’une bande de rebelles, Mendoza, cherche à prendre le pouvoir dans le chaos de la guerre nationale, en assassinant ses rivaux.  La langue et la chorégraphie  étaient puissantes, cernant la violence, le machisme, l’obscénité et la physicalité des relations dans le contexte des propriétaires qui veulent assurer leur pouvoir sur la terre. Les rapports avec Rosario, l’épouse de Mendoza, sont transformés car on évoque un lien entre la sorcière (il n’y en a qu’une ici et elle est masquée!) et cette femme, dans ce monde masculin.  J’ai pensé à une excellente adaptation d’un Macbeth haïtien (français-créole) présenté au centre Ségal de Montréal (2010) où les jeunes diplômés du conservatoire de Montréal, d’origine haïtienne, étaient dirigés par Stacey Christodoulou, et où Rodney Saint-Eloi avait collaboré à l’adaptation. De la même manière, cette interprétation mexicaine nous a coupé le souffle (le sang giclait de partout!) car le jeune Carrillo a trouvé des parallèles remarquables entre Shakespeare et l’histoire mexicaine de sorte que le passage d’une situation  historico-culturelle à une autre allait de soi, tout en respectant la structure de l’original.  Carrillo a un avenir prometteur.

Les dix œuvres d’origine cubaine, créées par des troupes basées à la Havane et ailleurs dans le pays, étaient  d’une excellente qualité. Un colloque de trois jours a permis à tous les responsables de ces compagnies de production d’expliquer leurs démarches scéniques. Compte tenu de l’ensemble du programme, le Mayo Teatral est devenu un espace de rapprochement par la création théâtrale, d’une très grande importance. Il faut féliciter la Casa de las Americas!

Alvina RUPRECHET

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Splendeurs et misères …  Impressions cubaines

Juillet 2016

Une dizaine de jours à la Havane, quatre à Santiago, ne fournissent guère matière à brosser un tableau magistral des capitales cubaines, l’ancienne et l’actuelle, mais seulement à partager quelques impressions.

Peu de points de comparaison entre les deux villes -sinon leurs splendides forteresses militaires.  Santiago fait un peu figure de Belle endormie avec ses rares bâtiments de plus de deux étages.  Les quartiers populaires peuvent rappeler la vieille ville de Saint-Louis du Sénégal, par une architecture coloniale héritée du tronc commun méditerranéen.  Partout des maisons et espaces “nationaux” à demi vides pour abriter une administration protéiforme et d’apparence léthargique. Seule la vivacité de couleurs intempestives nous dit que nous sommes dans la Caraïbe.  Santiago jouit d’une anse sur le port exceptionnelle avec sa couronne de collines de la Sierra Maestra, sa large plazza fort bien aménagée, avec zone wifi et cafés sur l’eau, son quai de débarquement pour les paquebots de croisière, son immense brasserie de style populaire et cette rue Enramadas qui monte tout droit jusqu’au centre-ville.  C’est une rue entièrement restaurée, arborant des terrasses, des boutiques et des halles désertes mais prêtes pour les artisans et vendeurs de souvenirs plus ou moins mondialisés.  De toute évidence la Belle s’éveille, la jeunesse trépigne d’impatience et le grand cimetière de Sainte-Iphygénie est digne des plus belles capitales et des héros nationaux qui y dorment.

Santiago, rue Enramadas, un samedi après-midi: toutes les places de la ville haute sont animées par des groupes organisés ou de simples rassemblements de tous âges, touristes compris. La culture populaire est très vivante: on danse, on chante, on trinque et on grignote. Dès qu’il se tient debout le petit Cubain sait se déhancher avec joie en compagnie d’une grand-mère.. Les fillettes prennent gracieusement la pose pour une photo, de jeunes garçons ou filles prennent leur courage à deux mains, empoignent un micro et poussent la chansonnette, en solo, en duo. Des groupes d’adolescents, masculins, féminins ou mixtes, font un numéro visiblement travaillé, le fruit de nombreuses répétitions.  Tout se passe comme s’ils voulaient devenir danseurs professionnels dans les hôtels ou sur des paquebots de croisière car ce n’est pas au Club Med qu’ils ont appris à danser.  Et tout le monde est ravi.

On est pourtant dans une société un tantinet schizophrénique. A La Havane comme à Santiago, on vous parle de “magasins de CUC” où l’on règle les achats en pesos convertibles [indexés sur un dollar US mal accepté ] et de magasins “nationaux” beaucoup moins achalandés.  J’ai observé un magasin de chaussures où l’on ne proposait qu’une seule pointure pour un modèle: trouver chaussure (ou sandale) à son pied tient dès lors de la loterie. Certains commerces de nature très populaires (glaciers, boulangeries, sandwicheries) ne font pas la distinction des monnaies qui reste rigoureuse pour les taxis: taxis jaunes “officiels” en CUC aux tarifs lourds pour la bourse, et les taxis collectifs à 10 centimes d’euro la course (ce sont souvent d’incroyables survivances de mécaniques états-uniennes des années cinquante et soixante) mais il faut apprendre à les repérer et à les interpeller à la criée.  Les lignes de bus en ville sont extrêmement économiques et utiles, là encore cela peut devenir une aventure si l’on ne s’est pas bien renseigné.

L’alimentation reste problématique car si l’on mange visiblement à sa faim, c’est avant tout de riz et de haricots noirs peu relevés, et de féculents divers y compris toutes les variations, formes et couleurs, de boulange à base de la même farine de blé blanche et insipide.  Seuls les sous-produits de l’élevage du porc sont perpétuellement disponibles surgelés sous forme de saucisses de taille et de couleurs variées, mais la viande fraîche dans les superettes ou supermarchés reste introuvable au milieu de produits plus hétéroclites les uns que les autres. Le réalisme de la scène de la boite vide (boite à sucre, boite à café) dans des films récents tels que Viva ou Chala, une enfance cubaine n’est pas surfait, même dans les maisons plus aisées où on loge chez l’habitant. L’approvisionnement est peu fiable: on sort toujours, remarque une amie, armé d’un filet à provisions pour saisir les occasions. Certains produits, le précieux café en particulier, restent rationnés et standardisés: il m’a fallu faire cinq magasins pour trouver du Nescafé et presque autant pour trouver du yogurt “nature” très acide et très liquide. Et l’on ne parlera pas des impressionnantes murailles de toutes les variétés de rhum qui accueillent les clients à l’entrée de tous les commerces d’alimentation.

Ailleurs que dans les restaurants de type “occidental” pour touristes nantis, les légumes verts ne paraissent pas au menu, on n’échappe guère à l’alternative porc ou poulet (la pêche privée demeure interdite) et si l’on dîne facilement pour l’équivalent de trois euros, on n’échappe pas aux fritures tandis que les sodas sans sucre sont quasi introuvables. Conséquence d’une alimentation haute en sucres, pauvre en légumes et produits frais, le surpoids d’une partie de la population est perceptible.  Les femmes, en vêtements synthétiques collants, révèlent des formes souvent généreuses; elles ne portent que rarement des cotonnades ou jeans mais les hommes se font peu remarquer et les enfants ravissent le regard, tous égaux dans leurs frais uniformes scolaires aux couleurs variées.

“Habana Vieja” où s’entremêlent taudis et ruines et splendeurs restaurées des palais coloniaux et des constructions baroques et/ou gigantesques des années folles, façades repeintes ouvertes sur le vide, c’est la ville aux mille colonnes (cinquante mille sans doute en réalité).  Le paradoxe se concrétise tout spécialement sur son fameux front de mer, le mythique Malecon: autoroute urbaine sans le moindre passage protégé pour les piétons, les Havanais le considèrent toutefois comme refuge, berceau de leurs rêves d’évasion et d’air pur, et espace d’intimité limitée pour les amoureux.  Pas de roman, pas de film situé à La Havane qui n’en fasse état.

Naguère, la ville fut courtisane, elle est désormais gestionnaire efficace d’un tourisme en passe de devenir la première ressource du pays, avec la double tarification (citoyen/ étranger) à l’entrée de certains théâtres et musées.  Et l’offre culturelle satisfait tous les espoirs.  A Santiago, le spectacle du grand Hotel de la Place de la Cathédrale n’offrait que des réjouissances plutôt carnavalesques, mais le petit musée colonial (Musée Diego Velasquez) est une merveille absolue.  Il en va de même du musée des Arts coloniaux de la Havane, comme du Musée de la ville sur la place d’Armes, ancien palais du gouverneur, et les deux imposants bâtiments qui constituent les Beaux-Arts ne sont pas en reste.

Si l’on ne va pas à Cuba pour le cinéma euro-américain, on ira au contraire pour la danse et le théâtre de la Caraïbe et d’Amérique latine.  Nous avons assisté à des prestations dignes des plus grandes scènes internationales au Grand Théâtre de La Havane-Alicia Alonso sur le Parque Central, tout juste réouvert après de splendides restaurations. La compagnie Danza Contemporanea de Cuba, “mère nourricière de la danse dans l’île”, y créait un sompteux programme à l’occasion du Mayo Teatral.  Dans ce même cadre du festival, la compagnie nationale de danse folklorique mettait les traditions populaires à l’honneur au Teatro Mella du Vedado avec, pour sa pièce de résistance finale, une vision sophistiquée et humoristique de traditions yoruba, sorte de “crépuscule des dieux” du Panthéon de la tradition africaine dominante dans l’Oriente et la région de Santiago.  Les dieux (mais ne sont-ils pas des hommes?) y sont mis en déroute par une jolie fée/sorcière à l’irrésistible rire en cascades.  Une autre tradition de l’Orient cubain (encore et toujours métissé) était présentée à l’ouverture de ce spectacle par une superbe tumba francesa: héritée de Saint-Domingue, cette danse fut récemment portée au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Je ne saurais oublier parmi les moments forts, deux derniers événements marquants de cette escapade cubaine: l’avant-première du film de Gloria Rolando, cinéaste établie, qui décida un beau jour d’empoigner le thème redoutable et longtemps réprimé de l’esclavage (celui des femmes, celui des Africains) en tenant des conversations avec sa grand-mère. On espère voir très vite à Paris ce “Dialogue avec mon aïeule” qui fit salle comble au cinéma Charlie Chaplin de la rue 23 du Vedado: pour cette journée de l’Afrique, il y avait au parterre tous les ambassadeurs africains de La Havane en grands costumes traditionnels. Rappelons que cette courageuse cinéaste afro-cubaine a récemment consacré un long métrage à la question des Haïtiens “ré-embarqués” juste avant la Seconde Guerre mondiale (Reshipment, 2014). L’événement a bien entendu alimenté force conversations sur le préjugé de couleur -en voie de régression accélérée- dans cette Havane qui fut une grande métropole espagnole jusqu’au vingtième siècle.

Enfin, la fête du 14 mai faisait écho au nouveau film de l’Irlandais Paddy Breathnach filmé à La Havane: Viva, déjà mentionné, et qui vient de sortir à Paris. Ce très beau film est un drame de la lutte pour la survie, un psycho-drame entre un fils à la touchante ambiguïté sexuelle et un ancien boxeur de père, assassin et alcoolique, qui surgit de l’inconnu pour ne pas mourir seul.  Entre le Malecon et la rue 23, le 14 mai 2016, se tenait la Gay Pride de La Havane. C’était avant la tragédie d’Orlando du 12 juin, et rien n’est venu gâcher une fête étonnante pour ses costumes, ses groupes folkloriques joliment parés, les divers rassemblements de militants (machos ségrégationistes mais très “bon enfant”, lesbiennes et trans confondues), les individus créatifs (tel ce solitaire Canadien avec son drapeau national) et les charmants exhibitionnistes de toutes variétés, bi-, trans-, et hétéros sympathisants.  Je reste éblouie par la beauté de certaines étranges créatures, la bonne humeur et l’énergie à défiler au rythme des musiciens divers, dans une chaleur écrasante, en plein milieu du jour… Ce n’est rien, paraît-il, à côté du carnaval de Santiago qui se tient en juillet, en pleine canicule!  Je veux voir dans cette joyeuse Gay Pride de La Havane -où ne manquait même pas une sympathique pasteure évangéliste qui a dirigé un service – le signe le plus avancé d’une société et d’un pays en voie de reconstruction dans un grand élan d’espérance.

Christiane MAKWARD

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Vie Associative

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Compte rendu de mission en Haïti – MFR

Du 27 avril au 09 mai 2016 / Odile Déjean, Frantz Cadet, Benjamin Duriez, Emmanuel Cléro

Contexte et objectifs de la mission :

Depuis 2015, des contacts ont été pris avec 2 organisations rurales intéressées par la formation professionnelle rurale et le « système MFR » : Aflidepa (Association des femmes de Limonade pour le développement de la production agricole) et MPP (Mouvement paysan de Papaye).

Après un accompagnement de la réflexion à distance, un voyage d’étude auprès des MFR de Guyane a été financé pour 4 représentants de ces organisations. L’intérêt étant confirmé, la présente mission de prise de contact entre les acteurs français et haïtiens a été réalisée.

Cette mission a permis de présenter en détails les spécificités partagées par les MFR dans le monde :

-     la responsabilité des familles et acteurs locaux dans une association,

-     la volonté de contribuer à l’éducation globale et citoyenne des personnes,

-     la formation générale et professionnelle selon la pédagogie de l’alternance, de préférence, en internat,

-     l’implication dans le développement local via l’engagement des jeunes et des adultes.

Accompagnement du MPP (Plateau central) :

Depuis 1973, c’est un mouvement politique et social avec une identité forte, une présence importante et une reconnaissance considérable du local à l’international.

Son accompagnement de milliers de groupements d’agriculteurs lui permet de mesurer les besoins existants en matière de formation agricole pour les jeunes. Le MPP dispose d’un grand centre de formation (Lakay) pour ses animateurs, ses techniciens et les leaders paysans. Le MPP souhaite accompagner l’émergence de centres de formation pour les jeunes ruraux, de manière décentralisée.

Il y a aussi l’intérêt de créer de l’emploi dans d’autres secteurs ruraux car les jeunes ne sont pas tous intéressés par l’agro-écologie.

Suites à donner par le MPP pour avancer vers une ou des MFR dans le Plateau central :

-     Constituer un comité de pilotage « MPP/MFR » : pour que des acteurs de la base du mouvement soient directement représentés.

-     Identifier une ou des localités motivées pour mettre en place par elles-mêmes un centre de formation de type MFR.

-     Accompagner la démarche de création de MFR (choix des formations, légalisation d’une association…) en veillant à ouvrir la composition pour un portage par le territoire.

Le centre Lakay pourrait servir à terme pour des formations pédagogiques des moniteurs de MFR.

Accompagnement d’Aflidepa (Nord) :

Depuis 2004, cette association de Limonade regroupe 480 femmes et 325 jeunes filles de 9 à 25 ans. L’association leur permet de se regrouper pour conduire des activités productives (agriculture, artisanat) et de loisirs, en proposant des services variés (semences, formations ponctuelles avec des partenaires extérieurs (Veterimed notamment), mutuelles de crédit). Les questions de la citoyenneté et de l’éducation populaire sont au cœur de son action, pour renforcer leur intérêt porté à la ruralité et aux problématiques de genre de manière inclusive.

Suites à donner pour avancer vers une ou des MFR dans le Nord :

-     Constituer un comité de pilotage élargi aux acteurs du territoire (Aflidepa, associations, ONG, commune…) et ne pas limiter le public à former aux jeunes filles.

-     Mobiliser ces acteurs dans la durée et mener une étude de milieu en s’appuyant sur les membres

-     Identifier le ou les secteurs de formation, son organisation (durée, public…) et les compétences nécessaires

-     Légaliser une association MFR et rechercher les moyens pour démarrer les formations en janvier ou septembre 2017.

MPP et Aflidepa vont continuer à échanger entre eux sur leur processus respectif de création de MFR afin de se renforcer mutuellement et poser les jalons d’un futur réseau.

Rencontres avec d’autres acteurs :

INFP et ministère de l’Agriculture :

L’INFP est l’organe régulateur en matière de formation professionnelle, logé dans le ministère de l’Education nationale. Chaque ministère sectoriel a des écoles techniques. L’accréditation de centres de formation se fait par l’INFP et pourrait être intéressante pour les MFR.

Ambassade de France et AFD :

Les priorités de la coopération française en Haïti portent sur l’éducation, l’environnement et la gouvernance. Les MFR ont donc toute leur place en associant éducation et rural. L’AFD prépare en particulier un projet sur la formation professionnelle, avec un volet de formations agricole et rurale.

Société civile nationale et internationale :

Des ONG locales comme Veterimed, Soil, Papda, Procedh peuvent soutenir de différentes manières les initiatives MFR : dans les comités de pilotage, dans la diffusion et l’identification de lieux d’implantation de projets MFR, dans la recherche de moyens, dans la conduite des formations et la facilitation de l’insertion ainsi que dans le plaidoyer.

Des ONG internationales comme AVSF, Frères des Hommes et Agrisud peuvent accompagner la réflexion du processus de création ainsi que la recherche de fonds pour le démarrage.

L’ensemble de ces acteurs se sont montrés vivement intéressés par l’originalité et la cohérence de l’approche des MFR, alliant formation et insertion, éducation citoyenne et pédagogie.

Pour les MFR françaises, il ressort formellement de cette mission que toutes les conditions d’un partenariat international sont réunies. Les besoins sont évidents (relèvement de la production agricole et artisanale, lutte contre l’exode, redonner du pouvoir d’agir aux acteurs locaux…). MPP et Aflidepa partagent des valeurs avec les MFR françaises et font preuve d’une grande crédibilité.

Ce partenariat est à formaliser rapidement en précisant les modalités d’appui technique dans le démarrage des premières MFR haïtiennes (vie associative, pédagogie, réseautage, gestion…).

Pour la partie financière, quand la réflexion aura avancé, il sera envisageable de monter des dossiers auprès des bailleurs de fonds (AFD, ambassades…), avec l’appui d’ONG comme AVSF ou FdH afin de décloisonner les approches. A la différence de l’approche de la coopération internationale en Haïti depuis le séisme de 2010, les projets de MFR se veulent fortement ancrés dans les territoires et reposant sur l’engagement des acteurs locaux.

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Forage manuel – ATPESFORC

Pour Haïti et la question de l’eau en Afrique, en Asie, en Amérique mais aussi en Haïti

En Haïti, la question de l’approvisionnement en eau potable est toujours d’actualité et demande une réflexion globale sur les différentes approches et technologies.  L’association « POUR HAITI » se propose donc de présenter une expérience actuellement en cours en République Démocratique du Congo (RDC), menée par l’Association Tchadienne pour la Promotion des Entreprises Spécialisées de Forage à faible Coût, l’ »ATPESFORC », et à l’initiative de l’UNICEF.

Le but de ce programme est la professionnalisation des acteurs du secteur, principalement les entreprises de forage manuel et l’introduction d’une nouvelle technique de forage telle qu’elle est pratiquée au Tchad: le forage manuel au lançage à eau.

Présentation de la stratégie de professionnalisation du secteur du Forage Manuel  par l’Association Tchadienne ATPESFORC

En Afrique, les principaux modes d’approvisionnement en eau potable en milieu rural sont les puits et les forages équipés d’une pompe. La population n’ayant pas d’accès à l’eau potable utilise majoritairement les eaux dites de surface, la plupart du temps insalubres et polluées.

Les ressources en eau souterraine provenant de systèmes aquifères plus ou moins profonds constituent donc une solution pour l’approvisionnement en eau, offrant des systèmes de distribution, plus ou moins importants, plus ou moins sophistiqués, en fonction de la nature de l’aquifère et des moyens financiers disponibles.

Nous, ATPESFORC, optons pour nous placer dans le contexte rural essentiellement, sans aucune restriction d’application pour les autres zones : urbaine et péri-urbaine.

Pour les zones éloignées d’un centre urbain ou administratif, la situation apparaît complexe et difficile d’autant que le niveau socio-économique de la population est faible. En terme d’objectifs de Développement Durable dont notamment le volet sur l’accès à l’eau potable, il est nécessaire de prêter attention à l’environnement institutionnel, aux tâches et responsabilités des organes d’État existants et à la présence de professionnels garantissant ainsi dans le respect des lois nationales, des normes et standards adoptés, la pérennité de l’accès à l’eau en établissant d’ouvrages de qualité.

Notre association propose, pour favoriser l’accès à l’eau potable et dynamiser le secteur du forage manuel en Afrique, une stratégie de professionnalisation basée sur la notion de renforcement des capacités. Celle-ci a été proposée et développée au cours d’un programme mené en République Démocratique du Congo avec le concours de notre association depuis 2013.

Nous vous proposons donc de suivre notre approche et nos démarches basées sur notre expérience sur le terrain, pour envisager l’idée de professionnalisation du secteur de forage manuel par la formation de professionnels, œuvrant pour augmenter le nombre de points d’eau aménagés, améliorant de ce fait plus rapidement les conditions de vie des populations concernées.

Dans les zones dites « favorables », le forage manuel au lançage à l’eau semble aujourd’hui être la technologie la plus appropriée pour approvisionner les populations en eau potable.

C’est la plus appropriée dans la mesure où nous parlons de sols sédimentaires (tendres), sols alluviaux ou sols fortement altérés. Il en est de même quand nous abordons les zones non desservies par les réseaux des transports, peu accessibles, de budgets peu élevés, de villages et le tout, par rapport aux forages mécanisés (ou semi-mécanisés).

Si nous nous référons à ce qui ce passe chez nous au Tchad, le forage manuel au lançage à l’eau n’est ni plus ni moins qu’une technique complémentaire au forage mécanique, offrant un panel d’accès plus large à la population, aux familles, ne serait-ce que d’un point de vue financier. Là où le camion ( l’atelier mobile) ne peut aller, le forage manuel peut se faire. Là où la technique de forage manuel n’est pas recommandée ou appropriée, les entreprises de forage mécanique peuvent intervenir. Il en résulte une véritable complémentarité d’action.

Nous soulignons ici, que le terme « manuel » désigne à motricité humaine. Pour des profondeurs ne dépassant pas les 60 mètres, une fois le trou de forage réalisé, les autres phases sont semblables et le résultat final équivalent, et ce quelque soit la technique utilisée au préalable. Les entreprises de forage manuel n’offrent donc pas une qualité d’ouvrage plus mauvaise. Si nous regardons la question d’approvisionnement en eau en terme logistique et financier, nous pouvons dire que le forage manuel augmente les capacités de réponse aux besoins en eau des populations tout en offrant une alternative financière, à des coûts moindres, à faible coût.

Une des difficultés qu’il est possible de rencontrer en milieu rural ou dans les zones isolées, c’est l’approvisionnement en outils, matériels et équipements. L’approche de la stratégie de la création d’un secteur professionnel inclut la question d’accessibilité au kit de forage manuel. L’expérience de terrain nous a conduit à fabriquer nous-même nos outils à partir de pièces et matériaux disponibles localement.

Nous avons contacté les ateliers de soudure locaux et à partir de plans, fabriqué notre kit de forage. Il en résulte que notre matériel peut être qualifié d’« à faible coût » par rapport à l’achat de matériel équivalent sur le marché hors d’Afrique et les coûts d’acheminement. Donc, à faible coût mais pour un outillage performant et adapté aux conditions locales. La rédaction et l’approbation de normes et de standards pourront encadrer le secteur et obliger les entreprises à utiliser le matériel adapté et réglementaire.

Dans chaque pays, pour chaque gouvernement, la question de l’eau et de son approvisionnement est modulée par les lois nationales, la tradition et les principes culturels. L’activité de forage manuel est déjà pratiquée dans un bon nombre de pays africains aujourd’hui. Ce n’est qu’en tant qu’activité professionnelle reconnue, réunissant les petites et moyennes entreprises (PME), nationales ou internationales que le secteur pourra être encadré de façon harmonieuse et pourquoi pas, à travers toute l’Afrique.

Pour ce faire, la participation du gouvernement est nécessaire, indispensable et obligatoire.

Dans un premier temps, tout gouvernement doit, d’abord, reconnaître que la technique de forage manuel au lançage à l’eau est une solution suffisante et pratique pour les points d’eau de profondeur de moins de 60 mètres, puis adopter des normes et des standards pour la pratique de cette technique et assurer le contrôle à pied d’œuvre grâce à des agents publics (contrôleurs) présents sur les chantiers.

Dans un deuxième temps, suivant sa volonté de développer le secteur de forage manuel, tout gouvernement pourra, avec la collaboration de partenaires, s’il le souhaite, mettre en place et fixer les étapes pour obtenir une certification pour les petites et moyennes entreprises, exiger de ces dites entreprises les données techniques relatives aux ouvrages et à leur réalisation, et interdire la réalisation des forages par les Organisation non- gouvernementales (ONG).

Enfin, grâce aux données, l’élaboration de cartes plus précises des zones favorables pourra être faite. D’un point de vue de restriction du nombre des acteurs pour l’approvisionnement en eau, tout gouvernement pourra obliger les partenaires multilatéraux et ONG Internationales qui financent le forage manuel de faire le suivi de la réalisation et de s’assurer de la qualité du travail des PME œuvrant pour elles.

Grâce à l’appui du gouvernement, en adoptant la technique de forage manuel au lançage à l’eau, en la promouvant et en l’enseignant, le marché du forage manuel devrait pouvoir se doter de professionnels qualifiés et reconnus pour leurs capacités à fournir des ouvrages de qualité, de manière rapide et à faible coût. Telles sont les raisons principales de la mise en place de la certification des PME en forage manuel.

Pour ce faire, une formation globale pour un développement des connaissances et/ou un renforcement des capacités a été définie et proposée. Les objectifs et les attentes directes et dans le temps seront la garantie d’une meilleure gestion de la ressource et la pérennisation des ouvrages. Nous pouvons comprendre l’idée de renforcement des capacités et du développement des connaissances par un développement du marché en tant que secteur professionnel, mais aussi par la réhabilitation ou la création d’un environnement institutionnel, par une évolution des ressources humaines et de leur capacités techniques, aboutissant à une efficacité plus grande et menant le secteur vers une réelle autonomie.

L’outil de suivi-évaluation de notre stratégie de certification permettra, par exemple, au gouvernement ou aux autorités locales d’encadrer au mieux l’activité du secteur, d’anticiper plus justement les situations à risques et d’éviter les complications.

Une autre application, une fois l’évaluation des PME faite et leur certification prononcée, serait la mise en place d’une autre évaluation, une évaluation annuelle de contrôle des capacités et des techniques. Il en découlera un meilleur contrôle de la présence des entreprises sur le marché. Uniquement les entreprises certifiées et maintenues certifiées pourront exercer.

En accroissant les capacités et les connaissances des différents acteurs du secteur, en promouvant et en enseignant les nouvelles techniques, en formant de nouvelles entreprises, le développement du secteur professionnel en forage manuel sera soutenu et favorisé, augmentant de ce fait les possibilités à la population d’avoir un accès à l’eau potable.

La présence d’entreprises certifiées et professionnelles, conjointement à celle des services de contrôle et de suivi, permettront au gouvernement d’augmenter et de mieux garantir la sécurité sanitaire, de favoriser la pérennisation de l’accès à l’eau en offrant à la population des ouvrages réglementaires et certifiés de très bonne qualité.

En parallèle, l’entretien et le suivi des ouvrages en seront d’autant facilités. D’autant qu’une entreprise est redevable devant la loi et se doit d’assumer les responsabilités de son activité.

C’est pourquoi, l’adoption de normes et de standards s’appuyant sur une loi relative à l’eau et à son usage obligeront les entreprises à travailler correctement, dans le sens de la sécurité sanitaire en tant que professionnelles.

Un des objectifs principaux est d’obtenir des entreprises professionnelles certifiées, en excluant les entreprises dites du secteur informel, c’est à dire les amateurs jetant du discrédit sur la profession. Il est donc nécessaire que ce processus de certification soit conduit et contrôlé par le gouvernement, même s’il  fait appel à une expertise venant de la société civile.

La stratégie de professionnalisation du secteur du forage manuel repose sur un ensemble de volets répartis suivant les 4 principaux acteurs (ou groupes d’acteurs) que sont, le gouvernement, les entreprises de forage manuel, les magasins d’approvisionnement et les ateliers de fabrication du kit proposé.

Nous résumerons notre approche par acteurs.

Pour les acteurs du gouvernement ou le gouvernement lui-même, nous formulons des recommandations et indiquons les dispositions nécessaires pour encadrer correctement le secteur du forage manuel

Tout gouvernement devrait pouvoir élaborer des normes et des standards pour l’activité de forage manuel. Ils pourront être ensuite intégrés dans la stratégie de certification.

L’existence d’un établissement ou d’un service de collecte des données des ouvrages réalisés permettra la création d’une base de données fiable. Le traitement de ces données permettra, entre autre, la mise à jour des cartes hydrogéologiques et des anciennes bases de données, d’offrir un meilleur suivi des points d’eau, d’optimiser la gestion de la ressource.

Tout gouvernement devra aussi mettre en place un système de suivi et de contrôle. Pour ce faire, des contrôleurs à pied d’œuvre seront diligentés et contrôleront le travail de chaque entreprise, pour chaque ouvrage. Ils deviendront les garants du respect des normes et de la bonne qualité de l’ouvrage et de l’eau.

Pour les entreprises de forage, le processus de certification suit plusieurs étapes. Dans un premier temps, il est mené une évaluation des capacités et du potentiel des entreprises candidates à la certification, en forage manuel.

Dans un second temps, les entreprises candidates suivront une formation en hydrogéologie appliquée au forage manuel, une formation pratique à travers les forages de démonstration et de coaching et une formation à la création ou au développement d’une entreprise dont un module sur la création d’entreprise, un module de gestion administrative et un de gestion financière.

Une fois tout ce processus effectué, l’entreprise candidate sera évaluée, notée puis certifiée ou reconduite.

Pour les ateliers comme pour les magasins d’approvisionnement, une étude de marché est d’abord nécessaire afin d’identifier les potentiels techniques et technologiques et la disponibilité des matériaux et des matériels

Pour les ateliers retenus, après avoir identifié leurs capacités et leur savoir-faire en matière de fabrication métallique, un accompagnement technique et pratique est conduit pour permettre la production locale des pièces du kit de forage

Dans un même temps, nous conseillons les magasins d’approvisionnement sur la gamme et le type de matériaux et matériels de forage. Ceci permettra d’encourager la mise à disposition pour les entreprises d’équipements et de matériaux adaptés et de meilleure qualité. C’est aussi un moyen de sensibiliser les magasins sur un secteur professionnel naissant.

Concrètement « sur le terrain », avec une expérience en cours au Congo, la mise en place du secteur professionnel en forage manuel en eau, encadré par le gouvernement congolais, offre de nouvelles perspectives réjouissantes tout en dynamisant un peu plus l’économie locale voire nationale.

A ce jour, pendant la formation pratique et les forages d’évaluation, avec la technique au lançage à l’eau, plusieurs forages ont atteint plus de 40 mètres de profondeur dans un délai de réalisation d’une journée avec le kit de forage adopté et valorisé par l’association tchadienne : ATPESFORC

Le Président de l’Association Pierre NGOLSOU

Proposé par R. BARON

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GAFE

Pour Haïti a rencontré le GAFE en plein Paris! Le connaissiez-vous? Les Kenscovites sûrement.

Le Groupe D’Action Francophone pour l’Environnement (GAFE) est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) haïtienne créée en novembre 2002 et enregistrée auprès du Ministère de la Planification et de la Coopération Externe le 22 mai 2003. « Encourager la gouvernance locale afin que la communauté prenne en charge la gestion de son propre développement ; participer à la fondation d’une société équilibrée et harmonieuse », tels sont les principaux objectifs poursuivis par le GAFE qui s’est spécialisé en développement local et en éduction à l’environnement.

Le GAFE à travers ses interventions cherche à véhiculer ses valeurs et principes fondateurs :

-  Interventionnisme minimum : Le GAFE apporte un appui méthodologique au développement local, en apportant des outils et des compétences

-  Responsabilisation des autorités locales : La démarche du GAFE vise à responsabiliser les élus locaux et les conforter dans les rôles et les fonctions qui leur incombent.

-  Volontarisme : La collaboration des acteurs locaux sur la base du volontariat représente pour le GAFE une garantie de pérennité de l’action et contribue à la responsabilisation des acteurs sur le terrain.

-  Neutralité : Le GAFE ne s’exprime pas sur la politique menée au niveau local. Le GAFE collabore avec l’ensemble des acteurs volontaires et motivés.

-  Concertation

-  Participation

-  Transparence

Partout où il intervient le GAFE impose son code d’éthique et sa politique environnementale. Par exemple, l’utilisation d’ustensiles en plastiques non recyclable est absolument interdite. La cohérence entre le discours et l’action est effectivement fondamentale dans un contexte ou la démagogie est de mise.

12 ans après sa création, les membres fondateurs du GAFE font le bilan, envisagent l’avenir et laissent la parole à leurs partenaires, collaborateurs et sympathisants.

Ils ont pris le risque de demander à un journaliste de collecter les opinions. Chacun était libre d’exprimer son témoignage en toute liberté et de jeter un regard critique sur le chemin parcouru en 12 ans par le GAFE. Chacun était interviewé séparément. Des personnes vivant à l’étranger, des professionnels, des professeurs d’université ou spécialistes dans les champs d’intervention de l’organisation ont volontiers répondu au questionnaire leur a été soumis.

Les interviewés sélectionnés sont des partenaires, des collaborateurs, des consultants, des bénéficiaires et des observateurs du travail de l’organisation. Chacun avance une raison de son attachement au GAFE. « Le sérieux, la transparence, le respect de la parle données, la ponctualité dans les réunions, l’obsession du travail bien fait, le dynamisme » sont quelques-unes des qualités attribuées au GAFE.

Les responsables du GAFE peuvent être fiers de cette bonne note qui lui est attribuée. Cela doit être un signe d’encouragement pour aller plus loin. Dans une atmosphère où les ONG locales et internationales sont (parfois à juste titre) décriées, le GAFE peut s’enorgueillir de la confiance placée en lui. Il est rare d’entendre de tels propos au sujet d’une ONG en dehors d’un espace de distribution d’aide.

Comment le GAFE a-t-il pu gagner le cœur de ceux qui l’ont côtoyé ? Comment le GAFE a-t-il pu mener à bien ses projets ? Quel bilan pour le GAFE en 12 ans ? Quels sont les défis que le GAFE doit relever dans les prochaines années ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles ce document tente de répondre.

Conseil d’Administration

David TILUS, Président                                 Ingénieur Civil, Expert international en Ingénierie du développement local

Michel DES ROCHERS, Vice-Président           Psychologue

Elisabeth CORIOLAN, Secrétaire                     Administratrice

Maxeau EDOUARD, Trésorier                         Gestionnaire

Darlène BLAISE, Conseillère juridique             Avocate

Nadeige CAJUSTE, Chargée de communication  Animatrice et programmatrice radio

Jane WYNNE, Conseillère                              Administratrice

Jacques Camille JOSEPH, Conseiller                Economiste

Yves-André WAINRIGHT, Conseiller               Agronome

Sylvette BIGOT, Conseillère                           Secrétaire

Romel SIMON, Conseiller                              Informaticien

Publication de décembre 2015

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Vente de tableaux haïtiens à Drouot

Les Artistes haïtiens s’invitent :

149 œuvres Hôtel Drouot Richelieu (9, rue Drouot, 75009 Paris) – Salle 10

Jeudi 29 septembre 11h – 21h (nocturne),

Vendredi 30 septembre 11h – 18h,

Samedi 1er octobre, vente à partir de 14h : « Eve Auction »

Commissaire-Priseur : Alain LEROY, assisté de Antoinette JEAN

66 Artistes prestigieux parmi d’Autres: Fritzner ALPHONCE ; Gesner ARMAND ; Georges AUGUSTE ; Serge AUGUSTE ; Pierre-Sylvain AUGUSTIN dit PAYAS ; Jules BELIZAIRE ; Wilson BIGAUD ; Saint-Louis BLAISE ; Serge-Moléon BLAISE ; Ludovic BOOZ ; Seymour-Étienne BOTTEX ; Claudy BOUCICAUT ; David BOYER ; Bourmond BYRON ; Dieudonné CÉDOR ; Jean-Marc CHARLES dit GERMEIL ; Gary DARIUS ; Georges DESARMES ; Abner DUBIC ; Lherisson DUBREUS ; Préfète DUFFAUT ; A. DUVERNOIS ; Levoy EXIL ; Célestin FAUSTIN ; Lafortune FÉLIX ; Jean-Claude GAROUTE dit TIGA ; Alexandre GRÉGOIRE ; Calixte HENRY ; Saincilus ISMAËL ; Pierre JACQUES ; Eugène JEAN ; Jean-Baptiste JEAN ; Sébastien JEAN ; Camille JEAN dit NASSON ; Carlo JEAN-JACQUES ; Maxan JEAN-LOUIS ; Boniface JORESSE ; Silva JOSEPH (Atelier) ; Reynald JOSEPH ; Ruth KREMER ; Everland LALANNE ; Fritzner LAMOUR ; Joseph-Jean LAURENT ; Luckner LAZARD ; Jean-Claude LEGAGNEUR ; Gabriel LEVEQUE ; Antoine OBIN ; Henri-Claude OBIN ; Philomé OBIN ; Dieuseul PAUL ; Lionel PAUL dit ONEL ; André PIERRE ; Fernand PIERRE ; Prosper PIERRE-LOUIS ; Louisane SAINT-FLEURANT ; Roland SAINT-HUBERT ; Murat SAINT-VIL ; Lamarre SANON ; Jean-Claude SÉVÈRE ; Julio SMITH ; Wadner SMITH ; Camille TORCHON ; Saint-Pierre TOUSSAINT ; Gérard VALCIN ; Frantz ZEPHIRIN ; Yves BERGERET & Maxan JEAN-LOUIS  ; Yves BERGERET & PAYAS.

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Production de l’Huile de Palma Christie – APESE Haïti

Un projet d’avenir, la production de l’huile de Palma Christie en Haïti

L’Association APESE Haïti a été créée en 2004 par un groupe de sept personnes d’origines haïtiennes et non haïtiennes. Les objectifs de l’association sont la découverte de la culture haïtienne en France et le soutien de micro-projets à l’initiative locale en Haïti. Cette dernière notion est primordiale : le micro projet doit toujours répondre à un besoin exprimé sur place.

Nous avons décidé d’intervenir à la campagne et dans les montagnes pour garder une cohérence de taille entre la structure APESE Haïti et les structures des interlocuteurs de nos projets. Nous travaillons dans la localité de Fond Melon Kay Sel (au Sud Est de Jacmel) depuis mai 2010. Il s’agit d’une localité reculée de montagne où les conditions de vie restent précaires.

Les femmes de cette localité étaient organisées en groupement qui est devenu par la suite Association Femmes Solidaires de Fond-Melon Kay Sel (AFSF). Nous les avons accompagnées et soutenues financièrement dans leurs démarches administratives. Elles souhaitaient notre soutien pour la mise en place d’un micro-crédit afin de développer leurs activités marchandes. Ce premier projet avec le groupement des femmes sur la localité de Kay Sel a été lancé en mai 2013 pour une durée initiale de 18 mois. Il a été renouvelé et étendu permettant aujourd’hui à 48 femmes d’accéder à un micro-crédit allant de 5 000 gourdes (100€) la 1ère année et pouvant atteindre 15 000 gourdes la 3ème année.

Parmi les demandes de AFSF,  il y a avait aussi l’aide à la valorisation des produits transformés. L’huile de Palma Christie, obtenue à partir des graines de ricin (huile de ricin ou « Palma Christi ») est utilisée à des fins thérapeutiques et cosmétiques. Elle tient une place importante dans le développement de la zone. C’est ainsi que le projet « Soutien à l’entreprenariat des femmes dans la transformation de l’huile de Palma Christie » est né. Ce projet s’inscrit dans la continuité des projets menés jusqu’à présent sur la localité et dont l’enjeu est l’amélioration des conditions de vie des femmes d’AFSF, le développement de leurs leaderships et de leurs compétences et par extension le développement de l’ensemble de la localité. Ce projet a été présenté lors de l’appel à projet du PRA|OSIM 2015 et a été subventionné.

Lancement du projet

Le projet a démarré en janvier 2016 en présence de la présidente Mme Linda François et de la trésorière Mme Laure Stouder de l’association, appuyé par le coordinateur local Mr James François (en poste depuis avril 2013). Au cours de ce séjour, nous avons finalisé le recrutement d’un agronome pour mener à bien notre projet. C’est ainsi que l’agronome Mr Cadet Jean Michel a rejoint l’équipe APESE Haïti, en Haïti.

Lors de la réunion de lancement du projet, les comités de gestion financière, de gestion de la qualité de l’huile et de gestion des terrains ont été constituées avec des membres du projet. Ces comités assurent le suivi du projet pour AFSF et viennent en appui du coordinateur et de l’agronome d’APESE Haïti.

Le projet « Soutien à l’entreprenariat des femmes dans la transformation de l’huile de Palma Christie » comporte différents volets qui répondent aux différentes problématiques identifiées.

1er volet - le kit de lancement

La moitié des bénéficiaires cibles a été équipé de son kit de lancement. Nous procédons toujours ainsi lors du déroulement de nos projets : commencer avec 50% des bénéficiaires permet d’ajuster si nécessaire les détails en cours de route. Ce mode de fonctionnement avait été appliqué pour le micro-crédit et est bien accepté par tous aujourd’hui.

Le kit est composé de l’ensemble des ustensiles nécessaires à la transformation et au conditionnement de l’huile, mais également d’un « Doum » ou  « Droum » d’une capacité de stockage de 400 litres d’eau nécessaires pour la transformation des graines de ricin en huile.

S’approvisionner sur le marché local :

Afin d’appuyer l’économie locale, nous avions décidé de nous approvisionner directement  sur le marché de la ville de Jacmel.  L’achat en grand nombre de chaudières et autres ustensiles de cuisine n’a pas été une chose simple.  Mais après des longues discussions et négociations, nous avons fini par tisser des liens avec les commerçantes du marché qui ont su répondre à nos besoins.

Acheminer le matériel vers Morne Casimir :

La deuxième étape était l’acheminement du matériel au plus près des bénéficiaires, là encore nos relations sur place nous ont  permis de trouver un chauffeur de camions grand travaux à nous louer ses services pour monter le matériel sur la piste qui mène à Morne Casimir.  Le point positif est que pour le second groupe, nous avons tous ces contacts qui devraient nous faciliter la vie.

2ème volet : mettre en place des points de vente pour la commercialisation de l’huile

Nous avons profité de notre séjour sur place pour initier les partenariats avec les magasins de Jacmel identifiés en amont par James, potentiels revendeurs de l’huile. Afin d’appuyer notre démarche, des prototypes de flacon avec l’huile et l’étiquette comportant le label qualité AFSF avaient été réalisés. Huit mois après le lancement du projet, quatre revendeurs de la ville de Jacmel ont décidé de faire confiance à l’huile transformée par les femmes d’AFSF.

3ème volet : produire du Palma Christie localement

L’agronome Cadet a pris ses fonctions en janvier 2016. Il a acheté des graines de Palma Christie sur le marché local et les a fait germer. Les premiers semis ont été livrés aux agriculteurs partenaires du projet qui les ont plantés dans leur champ sous les conseils de l’agronome. Huit mois plus tard, les plans sont de belle taille et promettent une bonne récolte. Les résultats ne sont cependant pas homogènes selon les environnements : les plants mis à l’ombre des arbres ou sous les maïs ont eu du mal à se développer. Il en est de même pour ceux qui se trouvaient sur des parcelles dont le cerclage a été réalisé sans précaution. Pour les prochaines cultures il sera nécessaire de bien retravailler avec les agriculteurs les associations les plus bénéfiques entre le Palma Christie et leurs cultures.

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IN MEMORIAM

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Achille DEJEAN

Tout arrive quand on s’y attend le moins.

Le 27 juillet 2016, dans la matinée, l’horrible nouvelle s’est répandue avec une violence inouïe au sein de l’ Association Culturelle Franco-Haïtienne : Pour Haïti. Notre fidèle ami, notre diffuseur, membre bienfaiteur et défenseur hors norme de la revue « Pour Haïti » n’est plus. Il venait de succomber à une crise cardiaque le mardi 26 juillet dernier. Le début de phrase de l’ E-mail : « Je voudrais vous informer de la mort subite du Professeur Achille Déjean de la Faculté d’ Education… » de Jean-Elie Gilles, PhD, Recteur de l’UPSEJ (Université Publique du Sud-Est à Jacmel) a été reçu comme un terrifiant coup de massue par les uns et les autres. Nous, membres et amis de « Pour Haïti » qui le connaissions, nous étions loin de penser à cette fin brutale, injuste, et traumatisante.

Achile Déjean est né le 25 septembre 1942. Dans deux mois, il aurait eu 74 ans. Ce que nous savons et avons appris de lui nous inclinent à dire qu’il a fait honneur au genre humain et à la génération des jeunes Haïtiens des années 60 luttant et dénonçant le duvaliérisme. Après son Doctorat en Sociologie à la Sorbonne en 1971, il regagna Haïti dans l’idée d’être utile à son pays au niveau de l’enseignement. Mais, malgré la mort de François Duvalier (avril 1971), sa présence à Port-au-Prince était devenue dangereuse. Il a subi l’assaut de tous les Déjean pour qu’il s’en aille ailleurs.

De retour à Paris en 1973, l’Université gabonaise de Libreville n’a pas hésité à lui ouvrir ses portes où il a enseigné toute une vie. En 2008, le retour à la maison Haïti s’est produit dans une certaine indifférence. Il a fallu le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010 pour que l’attitude des uns et des autres se modifie à son égard. Ce qu’il a bien rendu en s’investissant pleinement jusqu’à sa mort. Soulignons un passage de l’intervention du recteur de l’UPSEJ à la soirée d’hommage à notre ami Achille Déjean, le dimanche 7 août 2016 : « Quand il était dans une salle de classe, il devenait le grand prêtre officiant sur l’autel de la connaissance et du partage de la vie, de ses expériences et de la beauté de savoir et du savoir. Ses étudiants de l’UPSEJ vont vraiment le manquer, car il voyait en lui un père, un guide, un ami, un grand frère. Et, en le choisissant comme : Parrain de la première promotion de la Faculté d’Éducation, le mois dernier, ils ont voulu affirmer leur amour pour sa personne et ils en sont si fiers. Aussi, pour nous ici, sa mort est une célébration de son esprit de service à la communauté, de son engagement citoyen pour donner à la jeunesse une éthique de leur futur métier d’enseignant ». Les funérailles du Professeur Achille Déjean ont eu lieu le jeudi 4 août 2016 et il a été incinéré.

L’association : Pour Haiti et ses amis de Paris présentent leurs sincères condoléances à ses frères et sœurs, à ses enfants, à sa compagne, Mme Michaële Berrouët et à toute la famille Déjean.

Dès que possible, Pour Haïti et ses amis organiseront un hommage à son honneur à Paris.

Pour Haïti

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Willems EDOUARD

Les assassins frappent toujours lâchement

Pour Haïti a appris avec consternation et horreur l’assassinat, le 8 juillet 2016, de Willems Edouard, écrivain talentueux et brillant juriste spécialiste des droits d’auteur. Willems Edouard, connu pour sa simplicité, maîtrisait des compétences qui l’appelaient à réaliser un parcours exemplaire aux plus hautes sphères de la fonction publique.

Ancien directeur général des Presses Nationales d’Haïti, ancien directeur du Bureau haïtien du droit d’auteur (Bhda), Willems Edouard a été abattu à l’angle des rues Gabart et Rébecca, à Pétion-ville, par des individus armés circulant à moto.

Willems Edouard a été assassiné à  51 ans, à la force de l’âge donc et de la mise de son savoir au service de son pays. Ce crime plonge sa famille et ses proches dans le deuil comme de nombreuses familles haïtiennes alors que l’Etat confirme son incapacité à protéger la vie des citoyens.

Pour Haïti a appris que ce énième révoltant assassinat a provoqué la mobilisation de maints amis et connaissances de Willems Edouard. Ils ont fondé une structure « Atis kont vyolans » (Artistes contre la violance) qui veut contribuer à la lutte contre cette insécurité grandissante. Cette initiative ne fera certes pas revivre Willems Edouard, mais puisse-t-elle aider à empêcher, freiner cette déferlante d’insécurité.

Les funérailles de Willems Edouard ont été chantées, dans la matinée du samedi 6 août 2016, à l’église « First United Méthodiste Church », à Coral springs de Floride aux États-Unis.

Pour Haïti présente ses plus sincères condoléances à sa veuve, Marthe Carline Edouard, à ses deux enfants désormais orphelins de père, à ses frère et sœurs, alliés et proches.

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Vanicia LOUISSAINT GUERRIER

Ochan pour Vanicia LOUISSAINT GUERRIER : Héroïne de la vie quotidienne

Malakoff, France

Avec ta mère, Chantal, disparait une HÉROÏNE DE LA VIE QUOTIDIENNE. Pour l’avoir bien connue, je peux l’affirmer haut et fort !

J’ai eu le bonheur de l’avoir comme collaboratrice durant les années 80, au Centre Social du M.H.E.E. (Mouvement Haïtien pour l’Epanouissement de). L’attention,  l’affection, la compétence et la compassion avec lesquelles elle a entouré et accompagné les enfants déshérités du Centre de Delmas 19, resteront éternellement dans ma mémoire.

Femme du peuple d’une très grande moralité, de grande dignité et d’une fidélité sans faille envers notre chère HAÏTI! Sur ce dernier point, beaucoup de nos illustres intellectuels  et écrivains célèbres ne lui arrivent et arriveront pas à la cheville.

De cela, tu peux être fière, Chantal! Puisse¬-tu garder en héritage ces valeurs qui  furent siennes ;  Puisses–tu les cultiver au plus profond de ton cœur! Car c’est cela l’essentiel… Tout le reste peut n’être que fumisterie et forfanterie hélas!

Je salue le départ d’une femme d’exception qui aimait autrui plus qu’elle-même; et qui t’adorait, Chantal! J’ai souvent regardé son visage illuminé de Joie, quand, absente, elle te voyait revenir…

Avec sa disparition, j’ai perdu un être cher, très cher, qui a su m’insuffler, à distance, la force et le courage nécessaires pour  »atteindre » les sommets du dépassement de soi, à une période très difficile et douloureuse de ma vie personnelle.

Je m’associe à la profonde tristesse qui doit être la tienne aujourd’hui, à celle de ton  papa, d’Alexis, son petit-fils adoré, à celle de toute la famille et des amis. Et je salue avec beaucoup de respect et d’amour, la dépouille d’une mère haïtienne qui fut, comme, beaucoup d’autres anonymes, une HÉROÏNE DE LA VIE QUOTI-DIENNE !

Que la terre te soit légère, Vanicia!

Michaële LAFONTANT

Ochan pour Vanicia LOUISSAINT GUERRIER : Héroïne de la vie quotidienne

Creil, le vendredi 13 mai 2016

Ma petite maman chérie

Ton dernier mot avant que l’on t’emmène

dans la salle d’opération

a été « Je t’aime Chantou »

« Je t’aime Chantou » « Je t’aime Chantou »

Ces  « je t’aime », tu les as dit et redit

à moi mais aussi à mon père, ton époux,

et également à Maricile, Lucette et Mathilde
qui étions à ton chevet,

ce jeudi soir 5 mai

Tu as pris le soin de demander pour Alexis,

ton petit-fils, dont tu es très fière

et aussi pour chaque personne dont tu t’es souvenue

et que tu aurais aimé revoir une dernière fois

Comme si tu sentais que tes forces t’abandonnaient,

tu as fait beaucoup d’effort, en dépit du masque à oxygène,

pour dire à chacun de nous « Je t’aime »

Maman chérie,

Tu es partie loin de ta terre natale, de ton Haïti chérie

Mais peut-être l’as-tu voulu ainsi

car tu as créé une nouvelle famille, ici à Creil

à côté de ton époux, ton petit-fils, moi et tous mes amis

pour lesquels tu étais devenue une deuxième maman

et qui aimaient te faire rire aux éclats.

Les membres de l’association où tu étais
une bénévole très active

quand ta santé te le permettait,

de nombreux amis, proches, collègues, connaissances
ont salué la mémoire d’une personne généreuse

Ta nombreuse famille en Haïti est très éprouvée

et triste de ne pouvoir être présente pour te dire adieu

Toi l’ainée de tes frère et sœurs

Ils gardent de toi l’image d’une sœur, d’une tante,

d’une belle-sœur aimante et protectrice

Ma petite maman chérie,

Les mots me manquent pour te dire mon immense amour

Ma tendresse et mon affection

Tu as fait de moi la femme et la mère que je suis aujourd’hui

Tu as été un exemple pour moi

de courage, de détermination, de sagesse

Malgré les nombreuses années pendant lesquelles

nous avons été séparées, nous avons toujours gardé

des liens affectifs très fort

Rien ne pourra jamais combler le vide

que tu laisses dans ma vie

Je connais ta profonde croyance

Aussi, que le Dieu Tout-Puissant t’accueille dans sa miséricorde

Et que tu reposes en paix mon adorable petite maman chérie

Tu m’as confié TON « Tèn »,

Ton unique amour

mon papa désormais inconsolable

Je prendrai soin de lui maman

Tu restes pour toujours dans mon cœur,

dans notre cœur

Merci Maman, Je t’aime maman

Chantal GUERRIER

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Marie-Cécile RENE

C’est par un message de Mr Hermann Jean que Pour Haïti a appris la nouvelle du décès de Mme Marie Cécile René, née Laguerre. Marie Cécile Laguerre a vu le jour le 29 juin 1938 et décédée le 30 juillet 2016, à l’âge de 78 ans et un mois.

Jeune enseignante dans les années 70, elle a dû fuir la dictature des Duvalier qui sévissait en Haïti comme beaucoup de jeunes de sa génération. C’est à Paris que Frank René, le combattant infatigable de la dictature duvaliériste et Marie Cécile Laguerre se sont mariés le 25 mars 1972. Ensemble, ils ont éduqué leurs enfants dans la fraternité, le respect des autres et dans l’amour d’Haïti. Dans ce vaste projet, le rôle de Marie Cécile, l’éducatrice, s’était révélé déterminant. Elle a soutenu de toute sa force l’incessant combat de son époux. Elle s’est distinguée plus particulièrement au sein de l’Association «  Bourgeons pour Haïti » créée à la suite du terrible tremblement de 2010 qui a secoué sérieusement Haïti. Elle avait assuré efficacement son rôle de secrétaire de cette association. La présidente de l’association « B.H. », Mme Marie Saint-Hilaire, nous en a parlé le 20 août 2016 lors de l’hommage organisé à Drancy (Salle Paul Eluard, 142 rue Roger Salengro) en honneur de Marie Cécile René, de ses actions et engagements pour venir en aide aux Haïtiens. Elle avait bénéficié de l’admiration et des félicitations de tous.

Les funérailles de cette mère de famille exceptionnelle ont été célébrées le 5 août 2016 à l’Eglise Saint Martin d’Orly-Choisy à Choisy-Le-Roi, en présence de ses enfants et leurs conjoints, de ses amis Haïtiens et Français venus nombreux. Elle repose en paix au cimetière de Choisy-Le-Roi.

L’Association Culturelle Franco-Haïtienne : Pour Haïti présente ses condoléances émues, sincères et patriotiques à son époux Frank René ; à ses enfants : Guy Frantz René, Mme Josiane René-Bilieth et son époux, Mme Edelyne René-Chipin et son époux, et  Katiana René et ses 8 petits-enfants ainsi qu’à leurs proches.

Pour Haïti

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SOMMAIRE :

Editorial 3

A quand la fin des élections truquées en Haïti ?. 3

Faits internationaux. 4

Solidarité avec le Venezuela. 4

Le Brésil et le coup d’État constitutionnel 6

La Belgique aussi dans la Tourmente. 6

Actualités Haïtiennes. 7

Note des professeurs (es) de la FASCH à l’adresse du Conseil de l’Université d’État d’Haïti. 7

HAITI-UEH: Double crise institutionnelle sur fond d’une lutte  » intergénérationnelle « . 8

Lettre de Roosevelt MILLARD.. 9

Gouvernement Provisoire : CEP. 10

Les pages du CIDIHCA. 12

Hommage à Karl LEVEQUE. 12

Karl LEVEQUE : un bâtisseur. 12

Karl LEVEQUE : impressions d’un retour d’exil (Pages retrouvées) 14

Montréal rend hommage à Anthony PHELPS. 16

Histoire. 17

Pour Haïti et Angela DAVIS. 17

Les combats d’Angela DAVIS. 18

Médecine. 21

Thèse de Madame MOISSET. 21

Arts et Lettres. 27

Poésie. 27

Livres à lire. 28

Vie Associative. 30

Bibliothèque aux Trois DUMAS. 30

APESE Haïti – Inauguration du local associatif 31

ISIS Arts et Cultures pour la Paix. 32

IN MEMORIAM.. 34

Au revoir Patrick. 34

Divertissement  Mathématique. 35

SUDOKU de PH n°92. 35

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Editorial

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A quand la fin des élections truquées en Haïti ?

Dans les républiques latino-américaines, plus personne ne conçoit la prise du pouvoir par la lutte armée comme ce fut le cas à Cuba en 1959 et, dans une moindre mesure, au Nicaragua en 1979. La Colombie qui faisait encore illusion, il y a quelques années, n’est plus dans cette voie. Comment arriver au pouvoir désormais en Amérique Latine? Par des élections depuis la fin des coups d’état sanglants au Chili, au Brésil, en Argentine, en Bolivie, au Guatemala, etc. Mais les élections ne sont pas la panacée dans la démarche de la prise du pouvoir. Elles peuvent être truquées, anti-démocratiques, entachées d’irrégularités, manipulées par les autorités en place, par les mafias et être soumises à des trafics infâmes et de toutes sortes de corruption. Des élections honnêtes, sincères et inclusives sont des manifestations de la souveraineté nationale, de la démocratie, de la liberté d’expression et du respect des institutions, des droits politiques et syndicaux des citoyens. De bonnes élections dans un pays mettent hors-la-loi toute forme de dictature, dictature rampante ou tyrannique.

Quelle est la situation politique, économique, sociale et culturelle de la République d’Haïti depuis 10 ans environ? Haïti fait face à une situation économique détestable, une crise sans précédent. Les différentes facettes de cette République se désorganisent et engendrent des crises dans tous les domaines, affaiblissent l’Etat, les institutions et la société haïtienne dans son ensemble. La vulnérabilité de ce pays a entraîné sa dépendance financière et budgétaire par rapport à la communauté internationale et aux organismes et institutions des Nations Unies et des Etats Américains. Haïti n’est pas une colonie, mais ne jouit pas non plus de sa souveraineté pleine et entière. La tutelle, dit-on, est légère, cependant suffisante pour que l’ingérence étrangère soit présente et incontournable.

Ce n’est pas surprenant que les élections haïtiennes soient problématiques, anti-démocratiques  et boycottées par les électeurs haïtiens majoritairement. Les élections en Haïti relèvent d’un jeu de dupes consistant à éliminer les nombreux petits malins qui participent au premier tour afin de permettre  aux maîtres du jeu, les milieux de l’argent et leurs alliés internationaux d’imposer leur propre choix en dépit du bon sens.

Le 7 février 2016, Michel Joseph Martelly a quitté le pouvoir à la suite d’un accord signé le 5 février avec le président du Sénat pour la mise en place d’une présidence provisoire de 4 mois ou de 120 jours. La mission de cette présidence provisoire consisterait à organiser le second tour des élections présidentielles entre Jovenel Moïse et Jude Célestin. La date du second tour des élections présidentielles était fixée au 24 avril 2016 et la passation du pouvoir au président élu devrait avoir lieu le 24 mai 2016. Michel Martelly croyait bien faire en confiant l’écharpe bicolore au sénateur Jocelerme Privert. Et Monsieur Privert est devenu président provisoire choisi par la chambre des députés et sénateurs presqu’à l’unanimité. Face à cette victoire surprenante, l’ex-sénateur semble prendre le temps de la réflexion pour rester au pouvoir le plus longtemps possible sans choquer ses ami(e)s, ni la communauté internationale.

Le second tour des élections présidentielles haïtiennes, encore une gageure.

Paul Baron

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Faits internationaux

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Solidarité avec le Venezuela

Communiqué unitaire : Face à la menace impérialiste – Solidarité avec le Venezuela

Lundi 11 04 2016

Nous, les mouvements sociaux, partis politiques, associations, citoyens et citoyennes d´Europe et d´Amérique latine qui vivons en France et accompagnons le projet progressiste bolivarien qui a commencé avec le commandant Hugo Chavez et que se poursuit aujourd´hui avec le président Nicolas Maduro, manifestons notre préoccupation face aux attaques, nationales et internationales, systématiques et incessantes à l´encontre du processus démocratique vénézuélien.

Sur le plan national, les stratégies de déstabilisation ont pour objectif de « faire crier l´économie » du pays, afin de matérialiser l´objectif déclaré de renverser le président Nicolas Maduro. Ces actions ne sont pas sans nous rappeler l´odieuse expérience infligée au peuple chilien, qui a subi les mêmes maux tout au long du gouvernement de Salvador Allende.

Sur le plan international, l´acharnement du gouvernement étatsunien envers le peuple vénézuélien a atteint des niveaux alarmants, comme en témoigne la reconduction du décret gouvernemental qui affirme que le Venezuela constitue « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale des États-Unis ». Cette décision de l’administration Obama est une grave atteinte au droit international et à la politique de prévention des conflits et de solution pacifique des conflits, privilégiée en Amérique Latine.

Ces agressions démontrent l´ingérence ainsi que la volonté hégémonique de récupérer cet espace qui a toujours été considéré comme leur « arrière-cour ». Il s’agit d’une décision qui justifierait toutes sortes d’intervention et qui va à l’encontre des déclarations du président étatsunien, qui a plaidé pour une nouvelle politique en rupture avec les vieilles habitudes des Etats Unis.

La décision unilatérale des Etats Unis, constitue une source de tension qui va dans le même sens que les actions de déstabilisations que mène l’opposition politique et les vieilles classes dominantes au Venezuela. Ces actions cherchent à ébranler la démocratie et la stabilité des pays dont les peuples ont choisi de mener au pouvoir des gouvernements indépendants, souverains et progressistes.

Au nom de nos valeurs internationalistes, face à ces menaces imminentes qui planent sur le Venezuela, comme sur d´autres gouvernements progressistes de la région, nous manifestons notre solidarité envers les processus démocratiques latino-américains d´inclusion et de justice sociale.

A l´heure où en Europe, le néolibéralisme attaque violemment les conquêtes sociales, la République Bolivarienne du Venezuela ne renonce en aucun cas à son engagement en faveur de son peuple. Bien que faisant face à de complexes problèmes d´ordre économique, il continue à lutter irrémédiablement pour la construction d´une société plus juste, mais surtout, plus humaine.

Solidarité avec le Venezuela

Hasta la victoria siempre… Venceremos!

Pour toute information : sol.rev.bol@gmail.com

Premiers signataires au 11 04 2016 :

Argentinos por la Victoria,

Cercle Bolivarien de Paris,

Collectif communiste Polex,

Comité d’Information sur l’Amérique Latine de Nanterre,

Comité Valmy,

Coordination populaire colombienne Paris,

France Cuba,

Parti Communiste Français,

Parti de Gauche,

Pôle de Renaissace Communiste en France

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Le Brésil et le coup d’État constitutionnel

La crise économique que traverse le Brésil, le géant sud américain, est devenue une crise politique très aiguë. Non seulement la popularité de la Présidente Dilma Rousseff est au plus bas dans les sondages, mais encore la corruption est devenue une avalanche qui engloutit tout sur son passage. Un des vecteurs de cette corruption aux contours démentiels est entre autres l’entreprise d’État : Petrobras (Compagnie pétrolière du Brésil).

Madame Dilma Rousseff, après avoir fait ses preuves comme Ministre dans les deux gouvernements consécutifs de Lula (2003-2011), a été adoubée par ce dernier pour lui succéder.

En 2011, elle a été élue au second tour assez facilement. En 2015, sa réélection fut plus laborieuse.

Elle devrait s’attendre à des difficultés sérieuses d’autant plus que l’effondrement du prix du pétrole affecte grandement l’économie brésilienne. Les secteurs anti-démocratiques du Brésil ne pratiquent pas la complaisance envers une présidente qui conduit une politique favorable aux populations déshéritées. D’après eux, sortir des millions de Brésiliens de la misère et de la pauvreté n’est pas un bon objectif. Alors, on lui demande des comptes. Pourquoi ne pas la destituer ?

Cette option est en marche. La chambre des députés a voté sa destitution comme présidente du Brésil. Il n’est que d’attendre le vote de la commission des 21 sénateurs formée par le Sénat brésilien   au mois de mai 2016.

Disons : non ! à la destitution de Dilma Rousseff ; non ! au coup d’État constitutionnel.

Et vive le Brésil démocratique.

Paul Baron

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La Belgique aussi dans la Tourmente.

C’est au nom de l’État Islamique ou DAECH que des attentats terroristes ont été commis en France en janvier et en novembre 2015. D’ailleurs les têtes pensantes ou les donneurs d’ordre de ces monstruosités sur le sol français ne tardent jamais à les revendiquer. Ils rêvent ainsi diviser et terroriser tout un peuple pensant ainsi instaurer leur hégémonie en France et dans d’autres États européens, par la suite.

Mais la France ne se laisse pas faire. Quelque soit le prétexte ou la forme, elle fera échec à ces initiatives démentielles dans l’unité nationale et dans la fraternité.

Le Royaume de Belgique se croyait à l’abri d’un terrorisme aveugle venant des extrémistes d’obédience islamiste. Mais les attentats à l’aéroport international de Zaventem (périphérie de Bruxelles) et à la station de Métro Maelbeek (près de la Gare centrale de Bruxelles) faisant au moins 32 morts et plus de 350 blessés sont la preuve que les terroristes ne sont ni fréquentables, ni compatibles avec la démocratie et l’État de droit.

Pour Haïti condamne énergiquement les odieux attentats de Bruxelles, exprime sa solidarité inébranlable au peuple Belge. Face au terrorisme, Belges, Français, démocrates et humanistes de tous les pays, unissons-nous pour combattre les terroristes et les barbares d’où qu’ils viennent.

Paul Baron

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Actualités Haïtiennes

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La direction de la revue : « Pour Haïti » a décidé de publier trois prises de position parmi tant d’autres sur la crise complexe et inédite de l’Université d’ État d’Haïti (UEH). Quel avenir pour l’UEH?

La première est la note des professeurs de la Faculté des sciences humaines en date du 8 mars 2016. La deuxième est celle du sociologue FELAND Jean en date du 13 mars. Et la troisième émane du professeur MILLARD Roosevelt représentant des Professeurs au Bureau de l’Assemblée Mixte représentative de l’UEH en date du 1er avril 2016.

Par ailleurs, dans une note distincte, le Conseil Exécutif sortant de l’UEH qui n’a pas réussi à organiser l’élection d’un nouveau Conseil au 31 mars 2016, indique  que « le Conseil Exécutif, constitué du Recteur Jean-Vernet Henry et des vice-Recteurs Jean Poincy et Fritz Deshommes, reste en fonction jusqu’à l’installation d’un nouveau conseil élu, conformément aux prescrits de la Fonction Publique et à la résolution du 19 mars 2016 ». Depuis combien de temps, ce trio dirige-t-il l’UEH? Pourquoi n’a-t-il pas démissionné après avoir échoué dans sa tentative de mettre en place un nouveau Conseil?

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Note des professeurs (es) de la FASCH à l’adresse du Conseil de l’Université d’État d’Haïti.

I. – Port-au-Prince le 8 mars 2016

Nous professeurs (es) de la Faculté des Sciences Humaines, réunis (es) en date du 8 mars 2016 en vue de discuter sur la crise à l’UEH, avons résolu de soumettre à l’attention du Conseil de l’Université la présente adresse.

Considérant la situation délétère régnant, depuis environ un mois, au sein de l’Université d’Etat d’Haïti en général et à la FASCH en particulier, situation qui entaché la crédibilité et menace la survie même de l’UEH en tant qu’institution de service public de l’enseignement supérieur.

Considérant le fait que la majorité des entités ou facultés de l’UEH qui ont repris ou poursuivent leurs activités académiques ne pourront plus tenir à brève échéance un fonctionnement normal sans une solution à l’actuelle situation de blocage institutionnel.

Considérant que le Conseil de l’Université demeure l’instance suprême appelée à adopter les mesures appropriées visant à sauvegarder les intérêts supérieurs de l’UEH comme service public de l’enseignement supérieur.

Nous lançons à l’adresse du Conseil de l’Université un appel urgent pour que cette instance assume pleinement ses responsabilités pour le respect intégral des principes fondamentaux qui suivent :

L’Université d’Etat, en tant qu’institution publique, est assujettie au principe de continuité des services publics. Le Conseil est aujourd’hui la seule et dernière instance appelée à prendre les dispositions  pour obtenir sans délai la désoccupation des espaces administratifs du Rectorat et des locaux de l’Ecole doctorale. Le bien-fondé ou la pertinence des revendications des uns et des autres ne peut, en aucune manière, justifier la prise en otage de l’ensemble de la communauté universitaire ni contrevenir à la mission de service public de l’UEH.

L’Université d’Etat d’Haïti se doit de garantir et de protéger le principe de la liberté académique qui constitue l’une des bases intangibles de la vie universitaire. Tout en réaffirmant notre pleine reconnaissance au droit de grève et à la liberté syndicale, la jouissance d’un tel droit ou d’une telle liberté doit être juridiquement encadrée et ne peut en aucune manière entraver le plein respect de la liberté académique.

L’Université d’Etat d’Haïti fonctionne jusqu’à présent sous l’égide des dispositions transitoires adoptées en 1997. Le renouvellement du Conseil Exécutif de l’UEH se réalise depuis lors par voie électorale. Malgré les limites et les imperfections d’un tel processus, il s’agit d’un acquis démocratique indéniable dans le cadre du fonctionnement de notre institution universitaire. Nous invitons le Conseil de l’Université à adopter sans délai de nouvelles dispositions qui puissent garantir l’élection d’un nouveau Conseil Exécutif dans un climat apaisé et avec la pleine participation de toutes les entités de l’UEH. Nous considérons comme inadmissibles les intimidations et agressions exercées par quelques groupes d’intérêt en vue, d’une part, d’obtenir la démission de l’actuel Conseil Exécutif à quelques 20 jours de l’échéance de leur mandat et, d’autre part, d’imposer un Conseil intérimaire ou transitoire à la tête de l’UEH.

L’Université d’Etat d’Haïti doit rester – même dans l’actuelle situation de crise sociale et sociétale – un haut lieu pluriel de débats et de confrontations d’idées. Les pratiques violentes ou d’intolérance visant à mettre en péril cette mission fondamentale de l’UEH ne contribueront qu’à précipiter l’effondrement de la seule  institution universitaire de service public existant dans le pays et ouverte à toutes les couches de la population. Il revient au Conseil de l’Université de travailler à la restauration des conditions pour la reprise du dialogue et des débats entre les différentes composantes de l’UEH, ce pour la sauvegarde des acquis démocratique et institutionnels à l’UEH ; pour la poursuite et le renforcement du processus d’intégration à l’UEH, contre tout retour en son sein à une féodalisation facultaire.

Suivent les signatures : Prof. CADET  Jean-Claude ; DORCELUS Francinor ; ELIE Jean-Rénold ; ETIENNE Jean-Fritzner ; JEANPOIS Hérold ; JOVIN Jacques ; LAFONTANT Jacques-Guy ; LAINY Rochambeau ; REGULUS Samuel ; VATEY Fritz-Gérald

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HAITI-UEH: Double crise institutionnelle sur fond d’une lutte    « intergénérationnelle »

13/03/2016

D’emblée, je dois dire la lutte intergénérationnelle renvoie ( dans le cas de la crise qui sévit actuellement à l’Université d’Etat d’Haïti ) à un antagonisme entre deux états du champ universitaire, ce qui veut dire qu’il n’est pas nécessairement un conflit classique entre jeune ∕ vieux ( bien qu’il peut toujours prend cette forme), mais plutôt une lutte de classement entre deux états de la rareté différentielle des titres scolaires : on se rappelle des articles traitant Du vertige bonapartiste à la nausée doctorat-phobique ( Luné R. Pierre Louis, février 2016) et ∕ ou de l’Election à l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) : de la procrastination stratégique à la stratégie du maintien du statu quo ( Samuel Régulus, janvier 2016) ; l’UEH déchirée entre réformistes et traditionnalistes ( Stephen R. Henri, janvier 2016) apparus dans les colonnes du journal « Le National » dans un moment précis : le timing électoral qui devrait déboucher sur un nouveau conseil exécutif à la tête l’UEH.

Ce qui était pour les anciens acteurs de l’Université d’Etat d’Haïti (un doctorat par exemple, était plus rare et avec un âge relativement élevé) un privilège extraordinaire, est devenu plus  accessible au cours de ces dernières années, ce qui fait que les luttes entre les générations atteignent une grande intensité pour deux raisons : en premier lieu, les trajectoires de deux générations se télescopent, se superposent à cause que le contrôle des cursus et du parcours scolaire échappent aux dominants et que certains dominés cessent de se faire leur complice, en deuxième lieu, la rareté des titres scolaires n’est pas appréciée à sa juste valeur dans le milieu universitaire. En bref, ce que l’opinion publique et la presse rencontrent en ordre dispersé dans la crise de l’UEH peut être classé sous le label d’« une lutte intergénérationnelle ».

Ainsi, la crise à l’UEH est une lutte pour les places, alors je prends ici le mot « crise » dans son sens grec et médical, le terme « crisis » évoque un moment décisif de compréhension du phénomène, d’appréhension de certains éléments qui seraient occultés en temps normal (Morin Edgar, 1984). Il a fallu attendre les revendications du syndicat du personnel administratif (SPA ∕ UEH) pour que puisse venir greffer l’ensemble des problèmes structurels de l’université dans un contexte électoral, c’est-à-dire de renouvellement des places disponibles et celles-ci, du fait de leur insuffisance et des gratifications socio-économiques et symboliques qu’elles confèrent aux acteurs constituent les vrais enjeux de ce conflit entre occupants et prétendants et ∕ ou entre jeunes et vieux.

Le champ universitaire comme espace de luttes a ses propres lois spécifiques de fonctionnement et de vieillissement. En fait, la crise à l’UEH est « normale » et immanente dans la logique des luttes dans le champ comme lieu de forces où les divers acteurs qui en font partie peuvent être décrits comme autant de forces qui, en se posant, s’opposant et se composant afin de s’approprier les profits spécifiques qui sont en jeu dans ce jeu […] (Bourdieu Pierre, 1966). Cette thèse bourdivine traduit adéquatement la situation de crise que nous vivons à l’UEH qui prend la forme d’un couple dia-logique entre anciens ∕ nouveaux, archaïsme ∕ modernité, tradition ∕ réforme, ancienneté ∕ titres scolaires, ancienne UEH ∕ nouvelle UEH, continuité ∕ rupture.

Par analogie, il s’agit d’une guerre froide entre deux catégories sociales : d’une part, les aspirants qui revendiquent une université basée sur la valorisation, l’effort individuel, la libre-concurrence cognitive, l’évaluation honorifique suivant des critères objectifs et clairement différenciés, la hiérarchisation suivant le niveau du grade académique et de la compétence (Dorvilier Fritz, 2012) ; et, d’autre part, la valorisation de l’expérience  (l’ancienneté) avec tout ce qui fait corps, on peut prendre comme exemple l’entente implicite ou le consensus rentier établit entre certains professeurs et responsables de l’UEH tel que souligné par le professeur Alain Gilles dans son article Des professeurs sur le pied de grève ou la rançon de la distinction ?, publié à Haïti Perspectives, vol.2 no 3 (2013). Il s’agit d’une lutte pour la prédominance des logiques du champ scientifique (revendication des nouveaux) sur le champ universitaire (position des anciens), bien qu’ils soient souvent confondus tant ils sont imbriqués (Gingras Yves ∕ Brigitte Gemme).

Et les étudiants-grévistes dans tout cela ?

Par homologie structurale, les étudiants contestataires partagent les aspirations de la nouvelle génération, pour ainsi dire, la nouvelle « vague » : « Ceteris paribus », les cahiers de doléances portés par les professeurs contestataires contiennent en partie leurs désidératas. Par ailleurs, les deux catégories sociales ont des intérêts collectifs de génération : leur situation de jeunesse (dans le sens de nouveauté) leur incline à se poser en s’opposant aux plus anciens de l’UEH. Par conséquent, l’hypothèse de l’existence d’un contrat synallagmatique d’ordre politique entre le trio-contestataire (professeurs [CRNU, SCE∕ UEH], étudiants, personnels administratifs [SPA ∕ UEH) contre l’actuel conseil exécutif de l’université d’Etat d’Haïti, est de mise.

Ceci étant, la compréhension du phénomène ne se réside pas tant dans les formes que prennent la lutte (sit-in, grèves, occupation de certains locaux de l’université par les étudiants contestataires), elle prend plutôt sens (verstehen erklären) dans la lutte entre deux générations avec des idées différentes sur la gestion de la « res universitas » en vue d’une représentation légitime au conseil exécutif de l’université comme nous l’avons montré dans les lignes précédentes ; dans un tel contexte, toute tentative de médiation ou de résolution qui ne tient pas compte de cet enjeu ne peut amener qu’à un seul résultat : le rejet en bloc des propositions de sortie de crise par le trio-contestataire.

Qui sont les victimes de la crise à l’UEH ?

Les étudiants sont les principales victimes de la crise à l’université d’Etat d’Haïti. En premier lieu, leur positionnement différentiel est inférieur par rapport aux professeurs contestataires et responsables dans le champ universitaire, car ils ont moins de capitaux culturels, économique et symbolique ; en deuxième lieu, ils perdent des heures de cours qui rallongeraient leur temps d’étude : c’est le principal effet pervers de leur participation dans ce conflit intergénérationnel. Par voie de conséquence, c’est l’ensemble de la communauté estudiantine qui en souffre, de même les anciens étudiants de l’institution ne peuvent retirer leur document à cause du dysfonctionnement du rectorat et plusieurs entités de l’UEH.

L’université d’Etat d’Haïti est une institution étatique, elle dépend d’une politique publique avec des axes prioritaires, celle-là a une enveloppe qui ne dépasse pas (1%) du budget national, ce qui veut dire que la solution de certains problèmes de l’institution se trouvent en dehors du champ universitaire étant que tel : donc, il faut arracher à la main droite de l’Etat (les finances publiques) ce que les acteurs de la communauté universitaire exige à la main gauche de l’Etat (ici UEH), c’est-à-dire ceux que l’on envoie en première ligne remplir des fonctions dites sociales et suppléer les insuffisances les plus intolérables de la logique du marché sans leur donner les moyens d’accomplir vraiment leur mission, ( Bourdieu Pierre, 1998).

Paradoxalement, la crise à l’UEH suscite un certain rappel de son existence tant du côté de certains acteurs de la société civile ou de la classe politique : c’est comme croiser une personne qu’on ne souhaitait pas rencontrer et qui se tenait devant la porte où se trouvait notre trésor, comme ça ils rencontrent la crise de l’UEH dans les débats publics. Aussi, leur intérêt conjoncturel pour le dossier de l’université prend la forme d’une critique frustrante : ils reprochent à l’université de n’être pas à la hauteur de sa tâche, de surcroît elle ne peut servir de modèle pour la société. En fait, ce qui leur échappe, c’est que l’université en tant que microcosme social n’a qu’une autonomie relative par rapport au monde social, plus finement, l’université d’Etat d’Haïti n’est pas un « deus otiosus » sociétal, mais une institution en « crise » dans une société frappée par une « crise du sens ».
Feland Jean , Sociologue

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Lettre de Roosevelt MILLARD

Port-au-Prince, le 1er avril 2016

Distingué(e)s professeur(e)s,

Par la présente, je lance un vibrant et dernier appel à la participation de vous tous et de vous toutes à l’Assemblée Mixte Représentative de la FASCH qui aura lieu cet après-midi, de 1h à 4h.
L’heure est grave.

Des responsables de la FASCH ont annoncé qu’ils ne resteront plus en poste sitôt leur mandat arrivé à terme le 5 avril courant, en dépit de l’obligation qui leur est faite, en pareil circonstance, de liquider les affaires courantes. Rappelons que le mandat des responsables de département a pris fin depuis l’année dernière et que ce mandat a déjà été prorogé.

Le processus électoral déjà initié a été interrompu dès les premières périodes de turbulence du mois de janvier 2016. La Commission électorale a déjà soumis à notre appréciation une charte électorale révisée.
Le concours d’admission de la FASCH qui devrait avoir lieu à la fin du mois de janvier 2016 attend encore. Autour de 2500 postulants sont dans l’expectative et l’incertitude.

La première session se boucle difficilement et il reste très peu de temps pour la deuxième session. Il faut en ce sens comprendre l’urgence de la situation et sortir d’un statut d’observateur pour assumer pleinement ses responsabilités.
Oui, l’heure est grave.

Alors que les Facultés, Instituts et Ecoles supérieures de l’UEH ont repris leurs activités dans leur quasi-totalité, la FASCH reste dans l’immobilisme. Aucune réunion (d’échange, de discussion ou de négociation) n’a été organisée avec les grévistes et autres contestataires. Aucune disposition ou résolution,  n’a été prise. Aucune référence n’est faite à la situation qui se développe à la FASCH et aux possibilités de médiation et de dialogue à travers une note des dirigeants en collégialité.  Aucune démarche dans la perspective de dégager un compromis n’est envisagée.  On reste avec l’impression que la situation est purement et simplement ignorée.
Le délégué des professeurs de la FASCH au Conseil de l’Université en voyage depuis plusieurs mois,  et pour plusieurs mois encore, n’est évidemment pas disponible. Les professeurs de la FASCH ne sont donc pas représentés dans les importants débats qui  se réalisent  ou doivent se réaliser au sein dudit conseil. Un des représentants des professeurs au Bureau de l’Assemblée Mixte Représentative brille aussi par son absence répétée et continue.
L’insalubrité gagne la cour de la FASCH. A côté des immondices qui s’accumulent « naturellement » des ordures puantes ont été déversées dans des salles, les allées et la cour. Sous l’initiative des étudiants un nettoyage artificiel est organisé çà et là.

La violence est aussi au rendez-vous. Plusieurs vitres du pick-up de la FASCH ont été brisées devant le Rectorat de l’UEH, selon les déclarations du chauffeur. Ce dernier a failli laisser sa peau dans cet incident.
La nature a horreur vide. Ce contexte de désordre, d’anarchie et d’absence d’autorité effective laisse le champ libre à l’occupation de l’espace par des acteurs anti institutionnels qui contribueront à enfoncer la FASCH dans son disfonctionnement. Si rien n’est fait, la loi de la jungle risque de s’établir à la FASCH sur une longue durée.
A côté des dégâts matériels et des sévices psychologiques et morales que crée cette situation, point n’est besoin de souligner que c’est un budget de près de 80.000.000 de gourdes que le fisc  met à la disposition de la FASCH qui part en fumée. L’économie anémiée d’Haïti peut-elle se payer ce luxe à répétition ? On finira par nous considérer comme des irresponsables.

Ce n’est là qu’une présentation partielle de la situation. Aussi, voudrais-je interpeller la conscience de tous et de toutes sur la nécessité de s’engager dans la recherche de solutions viables et durables par la voix de la médiation et de la négociation et en référence à la Constitution et à la loi sur la fonction publique.
Respectueusement votre,

Roosevelt MILLARD (Représentant des professeurs au Bureau de l’Assemblée Mixte Représentative).

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Gouvernement Provisoire : CEP

Du provisoire qui aimerait durer.

Le Président provisoire, Jocelerme Privert à la manœuvre.

Dire que la République d'Haïti est en crise, c'est un lieu commun, c'est une ritournelle. On aimerait bien changer de musique. Comment ?

La crise haïtienne repose sur l'accusation de coup d'État électoral organisé par les hommes du Président Martelly et le CEP dirigé par M. Opont pour faire élire Jovenel Moïse comme futur président d'Haïti. Les accusations d'élections frauduleuses ont été étayées par des faits incontestables qui ont conduit à la nécessité d'évaluer le processus électoral et surtout la journée du 25 octobre 2015.

Les passages obligés sont : la mise en place d'un nouveau Conseil Electoral Provisoire et celle d'une Commission indépendante d'évaluation et de vérification électorale des élections du 9 août et de 25 octobre 2015.

La tâche paraissait facile du fait que la Commission indépendante mise en place par le tandem Martelly/ Paul avait fait un travail que les uns et les autres considéraient comme satisfaisant. On était en droit d'attendre des démarches pratiques de la part du gouvernement provisoire de 4 mois (120 jours) pour sortir le pays de l'impasse, organiser la vérification électorale et déterminer les deux candidats qui participeront au second tour des élections présidentielles. Il aurait été possible de le faire en légalisant le Gouvernement d'Evans Paul, en renouvelant le CEP responsable du fiasco électoral et en demandant à la commission indépendante de poursuivre ses investigations pour rétablir la sincérité des résultats.

Le Président très provisoire a décidé de jouer le temps long. Il lui a fallu 44 jours pour se donner un Premier Ministre provisoire en la personne du professeur Enex J. Jean-Charles, l'ami de tout le monde.

Le gouvernement de Monsieur Jean-Charles.

Il comprend 18 ministres dont trois femmes.

Ce sont : Mme Daphnée BENOÏT, Ministre de la Santé Publique et de la Population ; Mme Marie-Denise CLAUDE, Ministre à la Condition féminine et aux Droits des Femmes et Mme Jessy C. PETIT-FRÈRE, Ministre du Commerce et de l'Industrie.

Le Premier Ministre provisoire n'a pas su nommer 6 femmes dans son gouvernement.

Quelle considération a-t-il des femmes haïtiennes ?

Le CEP en action

Monsieur Léopold Berlanger qui était accompagné de trois autres conseillers électoraux (Marie-Frantz Joachim, Frinel Joseph, Jean Simon St-Hubert) a fait le point devant des parlementaires sur l’état d’avancement du processus électoral.

Le calendrier électoral ne sera pas publié avant la fin du mois de mai, a précisé le président du CEP.

Pour l’heure, aucune date n’est retenue pour la tenue des élections.

Inquiétudes de l'ONU et de la Communauté internationale

Le Secrétaire général des Nations-Unies réitère son ferme soutien à la conclusion sans délai des élections de 2015 et appelle tous les acteurs haïtiens à s’assurer d’un retour rapide à l'ordre constitutionnel, car le pays, faisant face à des défis socio-économiques et humanitaires majeurs, ne peut se permettre une période de gouvernance transitoire prolongée »,

Cette déclaration, dans laquelle le Secrétaire général, Ban Ki-Moon, dit prendre note de la mise en place prévue d’une commission en charge d’évaluer et de vérifier les élections qui se sont tenues en 2015, a été publiée le 25 avril 2016. Il souligne aussi la nécessité de parachever ce processus avec l'urgence requise.

Le Conseil Électoral Provisoire a été finalement constitué. En effet, l’arrêté présidentiel nommant les neuf nouveaux conseillers électoraux a été publié le mardi 29 mars. La prestation de serment et l’installation des membres du CEP ont eu lieu le mercredi 30 mars 2016.

Les 9 membres de nouveau CEP sont :

Carlos HERCULE, représentant de l’Eglise Catholique;

Frinel JOSEPH, représentant des Cultes réformés;

Kenson POLYNICE, représentant du secteur paysan/vaudou ;

Marie-Herolle MICHEL, représentante du secteur patronal ;

Jean DORCELY, représentant du secteur syndical ;

Léopold BERLANGER, représentant du secteur presse;

Lucien Jean BARNARD, représentant de l’Université ;

Marie-Frantz JOACHIM, représentante du secteur femme ;

Jean Simon SAINT-HUBERT, représentant du secteur Droits Humains.

La mission fondamentale de ce CEP est l'achèvement du processus électoral de 2015 tel que prévu par l'accord bipartite du 5 février 2016.

La direction de ce conseil est assurée par : Léopold Berlanger, Président ; Carlos Hercule, Vice-Président ; Marie-Frantz Joachim, Secrétaire générale et Frinel Joseph, Trésorier.

Le 21 avril 2016, la nouvelle Commission Indépendante d' Evaluation et de Vérification Electorale a vu le jour. Elle comprend 5 (cinq) membres : Eric Gaillard, Marc Donald JEAN, Pierre Wilfrid SANON,  Gédéon JEAN et François BENOÎT.

Dans quelle mesure le rapport de cette commission pourra-t-il permettre de sauver le processus électoral haïtien de 2016 ? Déjà le nouveau président du CEP s'est positionné en déclarant : Les recommandations de la commission de vérification  électorale ne seront pas imposables au CEP.

Quant au président Privert, il estime que le second tour des élections ne pourra avoir lieu qu'au mois d'octobre 2016.  Ainsi sa Présidence provisoire se fera sur 9 mois. Est-ce possible ?

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Les pages du CIDIHCA

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Hommage à Karl LEVEQUE

Montréal 20 mars 2016

« Cʼest  de lʼintérieur dʼune  charnelle appartenance à ce pays toujours beau au cœur de la plus grande pauvreté, quʼon mesure  ce qui y a changé, un peu, beaucoup… ou pas du tout.[…] Ce qui a changé depuis quand? Depuis 26 ans ou depuis le 7 février? Le mot révolution  est  régulièrement  employé  par  le peuple  lui-même  pour désigner la rupture réelle  effectuée quelque part dans ce pays entre décembre 1985 et février 1986. […] Il y a bel et bien eu une révolution dans ce pays. Reste à définir dans quel sens.

Pendant trois décennies, le peuple haïtien a marché la tête entre les jambes, zombifié, disait-on, par lʼidéologie noiriste des Duvalier  et quadrillé par un corps de répression extraordinairement  efficace. Or voilà que [ce] peuple non armé, sans organisation politique unifiée, sans idéologie, sans leader nationalement reconnu, en arrive à débouter  cette dictature  que le Département dʼÉtat américain avait bien décider de maintenir en place.

[…]  Le véritable pouvoir était dans la rue. Pouvoir massif, mais inorganisé. Donc pouvoir fragile. Les leaders politiques ont été totalement hors de la course finale qui a mené au « dechoukay » de Jean-Claude Duvalier. Et, puisqu’il y a un réel vide politique, il est probable que certains requins de la Diaspora et des politiciens de lʼintérieur vont y développer, dans les mois qui viennent, leurs campagnes, faites de magouilles, de dénonciations et dʼ excommunications réciproques ; eux qu’on sent plus préoccupés de s’ajuster  aux vœux du Département dʼÉtat américain quʼaux aspirations du peupleʼʼ.

« Ses Impressions d’un retour d’exil, écrites le  14 mars 1986, brossent, en un condensé, les « trois semaines pour retrouver ses racines après 26 ans d’absence ». Mais le premier moment d’émotion passé, l’instinct du militant reprend le dessus et, analysant la situation politique, il n’écarte pas « la menace d’une intervention militaire directe, soit des Etats-Unis, soit d’une force interaméricaine (ou inter caribéenne) suscitée par les Américains et dont personne ne veut en Haïti… sauf bien entendu un certain secteur de la bourgeoisie. »

Lyonel Icart

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Nous, qui avons eu la chance de le connaître de plus près, nous considérons comme privilégiés de l’avoir côtoyé et en gardons un souvenir vivace et encore stimulant, mélangé du regret de l’avoir perdu si brutalement et si tôt, surtout au moment que vivait alors Haïti. Et nul ne pourra jamais savoir quelle contribution Karl aurait pu avoir dans son pays d’origine. Mais la vie de Karl demeure encore pour moi un mystère et un exemple interpellant.

Dominique Boisvert

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Aujourd’hui, dans cette grande débâcle politique, tous les faux leaders se sont révélés de purs maniaques du pouvoir, sous leurs apparences de technocrates, de populistes ou de révolutionnaires. Au milieu des partis fantoches et des discours usés, face à la réalité inchangée de la violence et de l’exploitation, on se souviendra peut-être du Karl militant honnête, amoureux de son peuple, à la parole radicale, sans concession aux démocrates de salon et aux poètes de tout acabit, attentif aux revendications des mouvements de base.

Marc MAESSCHALCK

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Karl LEVEQUE : un bâtisseur

Jeudi 17 mars 2016

Le 18 mars 1986, soit un mois après la chute de la dictature trentenaire et héréditaire et un bref séjour de trois semaines au pays natal et alors qu’il préparait son retour définitif, décédait Karl Lévêque sur la table d’opération dans un grand centre hospitalier de Montréal. Son engagement au service de la libération d’Haïti a pris plusieurs formes au cours de ses années d’exil au Canada après l’expulsion des Jésuites d’Haïti en 1964

Intellectuel accompli et ardent militant politique, le jésuite Karl LEVEQUE est également un bâtisseur. A cet égard, il a fondé au début des années 1970 à Montréal avec Paul DEJEAN et Joseph Augustin, le Bureau de la Communauté Chrétienne des Haïtiens de Montréal (BCCHM) pour venir au secours des compatriotes infortunés qui ont fuit la dictature des Duvalier en Haïti. Il est le fondateur d’un groupe culturel « Mapou Ginen, » et de l’école de karaté. Karl était un des co-fondateurs avec Hérard Jadotte, Jean-Richard Laforest, Carry Hector, Anthony Phelps… de la Revue Nouvelle Optique.

Face aux déboires de nos compatriotes en Amérique du nord, dans les Antilles et en Amérique du Sud il mit en place le Centre International pour les Réfugiés Haïtiens (CIRH).avec les animateurs de la revue SEL de New York (William Smarth, Antoine Adrien, Jean Yves Urfié…), à Montréal, avec Ernst Verdieu et Paul Déjean, avec Max Dominique aux Bahamas, et Jean-Claude Bajeux à Porto Rico. Karl a aussi animé à la radio communautaire de l’Est de Montréal, CIBL, une émission hebdomadaire de très fortement écoutée Kombit Flamboyants Karl fut l’un des dirigeants du mouvement politique haïtien En AVANT, se situant dans l’espace de gauche en vue de lutter contre la dictature et la lutte de libération nationale. Karl était un des animateurs de la Revue de la Compagnie des Jésuites « Relations » avec une production abondante

Parlant de son engagement dans l’action concrète, Ernst Joute écrit :

« Autant il savait prendre sa place et assumer la prise en charge initiale d’une activité, autant, quand il avait la conviction que la relève était assurée, il pouvait s’éclipser sans nécessairement réclamer les étoiles pour le travail accompli »

Son énergie était inépuisable, sa générosité sans limite, son temps extensible. Par contre sa vie religieuse discrète était méconnue de bon nombre gens qu’il côtoyait. Outre son engagement en faveur de la libération d’Haïti, Karl a toujours milité en faveur du développement international, un développement intégral qui soit vraiment au service du peuple. Il était très actif dans le mouvement de solidarité notamment avec l’Amérique latine, la Caraïbes et l’Afrique du Sud. Il a développé et entretenu de multiples relations avec tous ceux qui se situaient dans le courant de la théologie de la libération (les Boff, Gutierez…)

En automne 1982, avec des amis et collaborateurs québécois sensibilisés aux problèmes des réfugiés il mit en place la Société Québécoise de Solidarisé Internationale. Karl a fait partie du premier Conseil de Direction de l’Association Québécoise des Organismes de Coopération Internationale AQOSI, structure crée par l’ACDI pour coordonner l’aide québécoise aux pays du tiers monde Parlant de son engagement l Nicole Riberdy témoigne :

« Dans les milieux de vie et de travail qui furent les siens, les hommages nombreux et vibrants rendus à Karl ont fait état de son combat constant pour la justice, pour la vérité, pour la liberté La communauté des organismes de coopération internationale peut aussi témoigner de son combat pour la solidarité, Sa perspicacité dans l’analyse de la conjoncture internationale, sa rapidité a détecter les fausses pistes et a dénoncer les vaines connivences, sa capacité de produire des idées neuves, son audace de sortir des sentiers battus et quelquefois usés, son art de concrétisation, sa pensée dans des gestes si concrets, dans des participations si réelles et dans des actions si cohérentes ont été mise au service de la solidarité tant a l’intérieur de l’AQOSI que dans les autres groupes nombreux ou Karl s’est impliqué ».

Homme de culture, Karl LEVEQUE, à l’encontre de ceux dont les connaissances sont un instrument de pouvoir, avait fait des siennes un service. Il se tenait informé des derniers développements de la pensée sociale ou théologique.

Homme politique, Karl était habité par Haïti « Il n’avait aucune honte de son pays, malgré Duvalier, le SIDA, Cayo Lobos, et autres avanies. Il transformait tout cela en volonté de travailler à l’émergence d’une société nouvelle à l’image des femmes et des hommes d’Haïti, » a écrit Renaud BERNARDIN ’

Un de ses derniers textes « Impressions d’un retour d’exil écrit 4 jours avant sa mort, le 14 mars 1986 et parut dans la revue Relations # 519 (avril 1986) témoigne de la lucidité du bonhomme, de la profondeur de sa pensée de la connaissance des réalités haïtiennes, pays en fait qu’il n’a jamais quitté .Texte prémonitoire, en effet qui, comme Anténor Firmin en 1911 dans Efforts, le mal prédisait une occupation étrangère, si nous ne nous prenions pas en main par une rupture radicale de notre gestion de la nation et de l’Etat..

Tony CANTAVE

——————————–  vous pouvez lire la suite de l’article dans la version papier de la revue ————————–

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Arts et Lettres

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Montréal rend hommage à Anthony PHELPS

2 avril 2016

Fuyant au début des années 1960 la dictature de Duvalier, Anthony Phelps, comme de nombreux autres exilés de l’époque, a été accueilli à Montréal. Un demi-siècle plus tard, la Ville rend hommage à l’auteur de « Mon pays que voici ».

L’écrivain et poète haïtien Anthony Phelps, auteur du célèbre recueil et disque «Mon pays que voici», a été reçu à l’hôtel de Ville de Montréal pour un hommage soutenu. Le président du conseil de ville, Frantz Benjamin, a profité de la Journée mondiale de la poésie pour glorifier, dit-il, « un homme exceptionnel qui a marqué tant de vies, des Montréalais, des Haïtiens ». Poète et originaire lui aussi d’Haïti, Frantz Benjamin a parlé de l’importance et de l’influence de l’œuvre d’Anthony Phelps pour la communauté haïtienne et la ville de Montréal. Phelps, comme plusieurs autres poètes qui portaient les douleurs de l’humanité, s’était refugié en 1964 dans « une ville qui l’a accueilli à bras ouverts », a indiqué l’hôte officiel à l’occasion de la cérémonie hommage.

En paroles et en chansons, des poètes haïtiens et québécois, notamment Gary Klang, Wesley Rigaud, la conteuse haïtienne Joujou Turenne, et le musicien Toto Laraque s’alternaient sur la scène érigée à la maison des citoyens de Montréal pour saluer l’œuvre de Phelps, une référence de la littérature contemporaine d’Haïti. « Mon pays que voici », œuvre la plus accomplie de l’auteur, résonnait dans le temps comme un hymne à la liberté en Haïti comme dans les Antilles. Ernest Pépin, poète et romancier guadeloupéen, se souvient de l’époque quand les étudiants guyanais avaient dans leur chambre, à l’université, le même poster, celui de Che Guevara ; le même livre, Cahier d’un retour au pays natal de d’Aimé Césaire; et le même disque, Mon pays que voici d’Anthony Phelps.

C’est un homme ému qui a dit « merci » à Montréal, sa terre d’accueil. « Quand je suis arrivé ici en 1964, en exil, j’ai commencé tout de suite à écrire un poème hommage a cette ville », a expliqué Anthony Phelps. Dans l’un de mes poèmes, dit-il, je m’étais adressé à la ville. « Ce soir Montréal me répond !», s’exclame le poète, diseur et romancier d’une voix reconnaissante. À travers sa riche production littéraire, il a fait voyager Montréal à travers les Caraïbes.

« Cet hommage de la ville rejaillit sur nous tous, puisqu’il s’agit du doyen des poètes haïtiens. Mais au-delà de la poésie, je crois que Phelps méritait cet hommage pour sa participation dans la dynamique culturelle des quarante dernières années au Québec où il a fait du théâtre et de la radio entre autres », a apprécié le poète et journaliste Jean Emmanuel Pierre.

L’œuvre du poète et romancier qui a le droit de cité depuis la sortie de Mon pays que voici a déjà été saluée au Canada. Le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration (du gouvernement du Québec) lui a aussi décerné, le 2 février 2011, une plaque d’honneur à l’occasion du forum « Encre noire, littérature et communautés noires ». Plusieurs fois boursier du Conseil des Arts du Canada (bourse de création libre), Phelps a deux fois obtenu le prix de Poésie Casa de las Américas, Cuba.

Mémoire en colin-maillard, un texte fondamental écrit en 1971 dans la riche biographie de l’auteur vient d’être réédité par Le Temps des cerises. C’est un roman charnel, puissant et dérangeant pour les tontons macoutes, la milice armée de l’ère duvaliérienne.

À 88 ans, Phelps s’apprête à ajouter un nouveau titre dans sa biographie dense et diversifiée. Son prochain recueil sera en signature le 20 avril prochain, à la Maison des écrivains.

Claude Gilles

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Poésie

Ne m’appelle pas étranger

(Frère Flaubert 9 Avril 2016 )

Ami,
Ne m’appelle pas étranger.

Ni d’une île,
Ni de la mer,
Ni des fleuves.

Comme toi
Poussière d’étoiles
Et nos ancêtres
Venus des terres d’ébène

Tu t’enfermes
Et me parles de frontières
D’Immigrés
D’immigrants
D’étrangers
De sans-papier
Que sais-je

Qui t’a légué la terre

Je vais
Je viens
Je passe

Arrachés du néant
Nous allons au pays de nulle part
Sans contour et sans nom

Ami Approche
Tends-moi la main
Ne m’appelle plus étranger

Gary KLANG

Chers amis,

Pardon de vous déranger en ce dimanche ensoleillé

comme on me pose la question

je vous dois une précision

ce poème n’a pas été écrit pour Calais spécialement

ce sont des gens en France que je ne connais pas

qui  l’ont visiblement aimé et ont choisi de le mettre en valeur

j’en suis très fier

je l’ai écrit il y a quelque temps

et il s’adresse à tous ceux que l’on exclut

que l’on repousse

que l’on rejette

tous ceux que l’on traite d’étrangers

malgré le fait que nous soyons tous étrangers sur cette terre

qui est à tout le monde et à personne en particulier

car nous sommes tous de passage

juste de passage

venus de nulle part

nous partirons tout seuls un jour on ne sait où

devant cette évidence

que signifient les mots

étranger

nationalisme

identité nationale

des termes qui divisent et nous empêchent de vivre ensemble

de nous ouvrir aux autres

et de les accueillir

j’ai envie de crier merde à tous les politicards

les ringards

et les pseudo-philosophes qui les emploient

mais ce n’est pas le lieu

mon poème est un appel à la fraternité universelle

même si ce mot semble n’avoir aucun sens

malgré la belle devise de la Révolution française… Gary K

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Histoire

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Pour Haïti et Angela DAVIS

Bonne nouvelle : Angela Davis se porte bien et arbore toujours sa célèbre chevelure désormais grisonnante.  En 2015, elle est revenue à Paris à deux reprises au moins, ce Paris où elle avait commencé des études littéraires et imaginé pouvoir faire l’expérience d’une vie libre de racisme en 1960.  Le 4 décembre dernier, elle faisait en anglais, à la Sorbonne, la conférence inaugurale d’une journée d’études et de célébration des vingt ans du MAGE (Marché du Travail et Genre, réseau de recherches du CNRS) sur le thème “Je travaille donc je suis”.

Le Monde du 14 janvier 2016 a publié d’elle un entretien avec Anne Chemin dont je ne peux que recommander la lecture et qui souligne la fidélité à soi-même de la grande activiste, universitaire et philosophe états-unienne.  Elle y parle du 13 novembre, de l’islamophobie en France et de la nécessité absolue de tenir compte de l’histoire des diverses formes de domination européenne. Certains se rappellent sa cavale brève de 1970 et son incarcération abusive de presque deux années, suivie d’un procès et d’un acquittement, péripéties qui avaient ému les intellectuels français, marxistes ou non, et qui ont plus récemment inspiré la pièce de théâtre d’Alain Foix: Pas de prison pour le vent.

A la Sorbonne, Angela Davis s’est montrée fidèle à ses engagements fondamentaux.  Elle a commencé par évoquer le texte et le film de Sembène Ousmane, “La noire de…”, texte énigmatique des années 1960, illustrant le drame de l’exil et l’impuissance des colonisés. Elle a insisté, statistiques à l’appui, sur l’invisibilité du travail domestique non rémunéré, état de fait sur lequel repose encore l’ordre mondial car il rend possible le travail “producteur” rémunéré. Elle a évoqué le rôle fondamental des femmes noires, puis des femmes de couleur dans diverses étapes de l’histoire des droits civiques aux Etats-Unis, à commencer par la grève des blanchisseuses d’Atlanta en 1881 (pour le respect, l’uniforme et l’égalité des salaires).  Elle a également dénoncé l’hypertrophie de l’incarcération aux Etats-Unis: 25% de la population carcérale mondiale pour 5% de la population du globe, et 1/3 de la population carcérale féminine du monde se trouvant dans ce même pays.

La célèbre universitaire socialiste ne manque pas de rappeler qu’un féminisme bien compris se fondera toujours sur le fameux essai d’Engels (“L’origine de la famille…”) mais que dans le monde “mondialisé” d’aujourd’hui il se définira immanquablement à la croisée des catégories conceptuelles de race, classe, genre, nation et sexualité, croisée que la théorie désigne aujourd’hui sous le terme d’“intersectionnalité”.  C’est seulement dans les années 1980,  que le féminisme s’est ouvert à cette configuration pour prendre en compte les différences en question.

Ainsi, concluait inexorablement la belle septuagénaire, le capitalisme a échoué dans la prise en charge des non privilégiés de ce monde, et la mémoire doit se nourrir aux lumières de l’Histoire. Dans son entretien du Monde tout comme dans sa conférence du 4 décembre, Angela Davis martelait: “Il faut évacuer les vestiges du colonialisme et de l’esclavage”.

Christiane Makward

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Les combats d’Angela DAVIS

Elle n’a plus la coupe afro qui l’a rendue célèbre dans les années 1970, mais ses convictions sont intactes  : à 71 ans, Angela Davis continue à se battre en faveur de l’égalité « des genres, des races et des classes ». Elle l’a encore montré, le 4 décembre, à la Sorbonne, à Paris, en prononçant la conférence inaugurale d’un colloque célébrant les 20 ans du premier groupement de recherche du CNRS sur le genre, Marché du travail et genre (MAGE). Devant les chercheurs réunis par la fondatrice du réseau, la sociologue Margaret Maruani, elle a évoqué la condition des employés de maison du monde entier – des femmes, souvent de couleur, toujours pauvres. C’est dans ce lieu, où elle a étudié au début des années 1960, que nous l’avons rencontrée.

Née en 1944 à Birmingham (Alabama), Angela Davis est une icône de la rébellion américaine. Après des études de philosophie en Europe et aux Etats-Unis, elle rejoint les Black Panthers et le Parti communiste américain – elle sera deux fois candidate à la vice-présidence américaine, en 1980 et 1984. Au début des années 1970, après une cavale de quinze jours, elle est arrêtée par le FBI. Accusée d’avoir fourni les armes d’une prise d’otages, elle est incarcérée pendant plus d’un an avant d’être acquittée en 1972. Près de 100  000 personnes défilent alors à Paris, autour de l’écrivain Louis Aragon, pour demander sa libération. John Lennon et Yoko Ono ainsi que les Rolling Stones composent des chansons en son honneur (Angela et Sweet Black Angel).

« Une ténacité bouleversante jusqu’à l’étrangeté »

Angela Davis, aujourd’hui professeure émérite à l’université de Californie à Santa Cruz, est aussi une intellectuelle. Après des études de littérature et de philosophie, elle prépare une thèse dirigée par le philosophe marxiste Herbert Marcuse. Exclue en 1969 de l’université de Los Angeles en raison de ses activités politiques – à l’époque, le gouverneur de l’Etat n’est autre que… Ronald Reagan –, elle poursuit sa carrière à l’université de Californie à San Francisco (1980-1984), puis à Santa Cruz (1991 à 2008), où elle enseigne les « ethnic studies » et les « feminist studies ». Son principal combat reste la lutte contre le « complexe carcéro-industriel » américain. Rencontre avec une femme « à la ténacité bouleversante jusqu’à l’étrangeté », selon le mot de l’écrivain Jean Genet.

Au début des années 1960, vous avez étudié à la Sorbonne, à Paris, ainsi qu’à Biarritz. Quelle est votre relation avec la France ?

Quand j’ai découvert la France, j’ai eu le sentiment qu’elle serait pour moi, en tant que femme noire, un lieu d’émancipation. Je raconte souvent ma trajectoire personnelle comme une trajectoire géographique. Je viens du sud des Etats-Unis, un lieu où régnaient le racisme et la ségrégation. Je suis ensuite partie faire des études dans le nord du pays, à New York et près de Boston : je pensais y trouver la liberté mais la réalité a, bien sûr, été très différente. J’ai alors élargi mon horizon : j’ai étudié la littérature française et, à l’époque, la France m’est apparue comme « le » lieu de l’émancipation. Je croyais très sincèrement à la devise française « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Je suis arrivée à Paris en pleine guerre d’Algérie. Je vivais dans une petite chambre de bonne. Mes voisines de chambre, qui étaient guadeloupéennes, m’ont conseillé d’être très prudente parce que je pouvais être prise pour une Algérienne. Cet épisode m’a permis de comprendre ce qui se passait en Algérie. A l’époque, j’ai participé à plusieurs manifestations en faveur de l’indépendance et j’ai découvert la violence de la police envers les Algériens. Je dis souvent que je suis venue en France pour chercher la liberté et l’émancipation et que j’y ai trouvé la solidarité internationale avec la ­révolution algérienne !

Qu’avez-vous ressenti en apprenant les attaques terroristes du 13 novembre ?

La France est un peu devenue ma seconde patrie. Quand j’ai appris les attaques, j’étais terriblement choquée. J’ai passé toute la soirée devant la télévision, j’étais extrêmement peinée. Je pensais à ces jeunes gens qui étaient allés à un concert de rock ou qui dînaient en terrasse, et qui, soudainement, ont été la cible des balles des terroristes. Cela m’a évidemment rappelé les attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Propos recueillis par Anne Chemin

——————————–  vous pouvez lire la suite de l’entrevue dans la version papier de la revue ————————-

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Livres à lire

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Pourquoi un livre sur les femmes haïtiennes du Québec?

Par Alexandra Philoctète

Faire connaître l’apport des femmes d’origine haïtienne au Québec est un vieux rêve que je caressais depuis les années 90, car force m’était de constater qu’on trouvait très peu d’écrits sur leur contribution dans cette partie du Canada où vit la majorité d’entre-elles (1). Ce n’est pas sans intérêt que je suivais le parcours de ces femmes qui évoluaient dans différentes sphères de la société d’accueil à l’insu d’un grand nombre de Québécois. De plus, il m’arrivait souvent de me demander : les générations suivantes connaitront-elles le parcours accompli au Québec par leur mère et leur grand-mère et quel combat ces premières immigrantes ont mené afin de leur assurer des lendemains meilleurs?

Questionnement qui m’a permis de me rendre compte qu’il était impératif d’assurer la transmission de notre apport à la société d’accueil et d’en laisser des traces.

C’est ainsi qu’au début, j’ai pensé rédiger un Yearbook, comportant une section Who is Who (2) où il serait question de quelques brefs renseignements sur l’apport d’un petit groupe de femmes haïtiennes au Québec, notamment à propos de leur engagement et de leur contribution à la lutte pour améliorer la condition de vie des femmes.  Quelque temps plus tard, mon vieux rêve avait fait du chemin et le Yearbook avait été mis au rancart pour faire place à un livre qui me permettrait d’aller chercher un échantillonnage plus important  de femmes haïtiennes (environ une centaine) de 50 ans et plus pour parler  de leur parcours au Québec.

Je n’avais pas d’illusion sur la faisabilité d’un projet si vaste et si ambitieux pour une personne. Le réaliser seule était  énorme. Il fallait trouver des gens intéressés à s’associer à moi. C’est alors que j’ai pensé à faire appel au conseil d’administration du Point de ralliement des femmes d’origine haïtienne de Montréal, groupe qui possède une vaste expérience de la société d’accueil et de la communauté haïtienne.

Durant les quatre années qui suivront cette association, les membres du Collectif, Rose-Marie Gautier, Josette Jean-Pierre Rousseau, Béatrice Longchamp, Maud Pierre-Pierre, Marlène Rateau, Aliette Saint-Jean et moi-même travaillerons d’arrache-pied afin de parvenir au but. Malheureusement, l’horreur du tremblement de terre de 2010 en Haïti et ses conséquences amèneront un long temps d’arrêt dans la poursuite du projet. Priorité sera donnée aux souffrances des victimes de la mère patrie.

En 2012-2013, le Collectif se remet à la tâche : le temps presse. Il faut mettre les bouchées doubles, nous avions trois ans de retard à rattraper. De peine et de misère, nous avons atteint notre objectif en déposant le manuscrit aux Éditions du CIDIHCA.

Et voilà qu’en janvier 2016, c’est la parution du livre. L’ouvrage a un succès qui dépasse nos attentes. Toute la première édition est vendue le soir même du lancement.

Quant à moi, malgré une certaine fébrilité lors de cette soirée, j’éprouve une sensation de devoir accompli, car dorénavant on ne pourra plus ignorer l’apport des femmes haïtiennes au Québec. Les six co-auteurs du livre sont également fiers et satisfaites. Cet ouvrage sur le parcours d’une centaine de femmes haïtiennes représente un premier jalon de l’héritage que nous laissons aux générations futures. D’autres prendront le flambeau, pourquoi pas ! Je le souhaite !

1. En 2001, 54 % de la communauté haïtienne était composée de femmes.

2. Aux États-Unis, les institutions scolaires, les universités et certaines organisations  publient  un yearbook  qui présente des photos de leurs membres mais aussi des anecdotes sur l’institution.

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D’HAÏTI  AU QUÉBEC

«Quelques parcours de Femmes » est publié par LES ÉDITIONS DU CIDIHCA à Montréal-Québec Canada, au 1er trimestre 2016. Ce livre était très attendu par ceux qui étaient au courant du projet impliquant plus d’une centaine de femmes. C’était aussi un défi. Félicitons le collectif  constitué de: Rose-Marie Gautier, Josette jean-Pierre Rousseau, Béatrice Longchamps, Alexandra Philoctète, Maud Pierre-Pierre, Marlène Rateau et  Alliette Saint-Jean Flavien, qui a su mener à bien ce projet inédit dans la diaspora haïtienne.

Nos félicitations s’adressent également à toutes ses femmes qui ont participé à cette heureuse initiative.

Le livre se présente bien. Le format (22cm x29cm) semble s’adapter aux circonstances. Sa lecture est un vrai plaisir. La première édition est épuisée dès son lancement  le 24 janvier 2016. Ce bel ouvrage est préfacé par le 27éme Gouveneur Général du Canada (2005 – 2010) et actuelle Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Madame Michaëlle JEAN.

A travers ses cent quatre vingt dix-neuf pages de témoignages et d’engagements « D’HAÏTI AU QUÉBEC» a fait vivre à tout un chacun et a fait  sortir de l’oubli cinquante années (de 1950 à 2000) d’histoire commune au Québec et à Haïti.

Disons patience à ceux qui rêvent de se procurer ce livre fantastique. Une deuxième édition est annoncée.

Pour  se renseigner, adressez-vous aux Editions du CIDIHCA : cidihca.com ou en téléphonant au 514-845-0880.

Encore Bravo les femmes!

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L’UNION FAIT LA FORCE

Donner ce titre à un ouvrage, c’est  prendre partie résolument pour un État qui mérite d’être mieux connu et pour un peuple qui a jailli sur la scène internationale d’une façon inédite au début des 19 siècles. « L’Union fait la Force », cette devise, ce cri de guerre  figure bien depuis au moins deux cent douze ans sur le drapeau de la Nation haïtienne.

Pour Haïti se réjouit que la thèse de Mme Claire BOURHIS-MARIOTTI ait pu donner lieu à la publication de ce livre, une vraie révélation pour beaucoup d’Haïtiens des rapports entre Haïti et les militants noirs Américains.  Nous avons publié dans deux numéros consécutifs  de PH (87/88 et 89 un résumé que Mme Claire F. Bourhis-Mariotti nous avait confié et qui avait suscité beaucoup d’intérêt de la part de nos amis, lecteurs de Pour Haïti. Déjà le nom de Frederick Douglass prenait de l’importance. Dans son livre, le personnage Douglass est devenu incontournable surtout en relation avec l’exposition universelle de Chicago. A cette occasion, le président  Florvil Hypolite (9 octobre 1889 — 4 mars 1896) et son gouvernement se sont montrés dignes et conséquents  « en choisissant de nommer Frederick Douglass Premier commissaire de son pavillon en 1993 à Chicago» dixit Mme Bourhis-Moretti.

« L’UNION FAIT LA FORCE » et en sous-titre: « Les Noirs Américains et Haïti, 1804- 1893 » est préfacé par Mme Marie-Jeanne Rossignol, historienne, américaniste de l’Université  Paris Diderot. C’est une grande amie et spécialiste d’Haïti. Le dernier paragraphe de sa préface est assez précis quant à la place et le poids de L’UNION FAIT LA FORCE: « En balayant tout le XIXe siècle dans son enquête, Claire Bourhis-Mariotti  nous présente un panorama complexe de l’émergence de l’identité noire américaine au prisme d’Haïti. Comme cette préface a cherché à le montrer, ce magnifique ouvrage, à la langue limpide, s’appuyant sur une multitude de sources, déborde largement du cadre de l’histoire nationale états-unienne, et même des relations entre les Noirs américains et Haïti, pour prendre toute sa place au sein d’une histoire atlantique et globale de la conquête de l’égalité des droits.»

« L’UNION FAIT LA FORCE » est publié par les Presses Universitaires de Rennes (PUR) et est sorti en librairies le 11 février 2016. Cet ouvrage de 280 pages, fait partie de la Collection : « Des Amériques » et est vendu au prix de 19 €.

Pour le commander, adressez-vous :

Aux Presses Universitaires de Rennes

Campus de la Harpe

2  rue du Doyen Denis Leroy   35 044 RENNES cedex.

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Vie Associative

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Bibliothèque aux Trois DUMAS

Jacmel, le 29 février 2016

Lorsque mon ami Paul BARON me demanda d’écrire un article pour la revue «POUR HAITI » j’ai tout de suite accepté. Mais de quels sujets allai-je parler ? Car après une vie de globe-trotter bien remplie, ils étaient nombreux.

Arrivé en Haïti le 30 juin 1970 comme directeur d’Air France, moins de 9 mois après, le 8 mars 1971, je visitais Jacmel grâce aux conseils du Professeur Jean- CLAUDE “MET JAN “ Après un  parcours de 5 à 7 heures par le lit des rivières. On l’appelait : La route liquide….

Ma première nuit fut pour la pension KRAFT qu’Adeline Danies dirigeait avec un savoir faire digne des plus grands hôtels…

La chambre 101 dominait la place TOUSSAINT LOUVERTURE ou l’animation s’entremêlait aux parfums des flamboyants centenaires aux couleurs des tropiques.

Depuis je n’ai jamais abandonné Jacmel, et cela fait maintenant quarante cinq ans.

J’ai déjà réservé l‘emplacement de ma sépulture au cimetière de Jacmel à côté de celle de «METJAN» qui m’attend depuis 1996. Une longueur de bras nous séparera…

Les livres

Ayant hérité de la petite Bibliothèque familiale de 1000 livres en 1998, je profitais d’un déménagement définitif vers Haïti en 2007 pour tout expédier vers Jacmel.

Un seul établissement scolaire possède une bibliothèque.

A la bibliothèque municipale, les livres sont consultables sur place. Par le passé les lycées avaient leurs bibliothèques, mais elles n’existent plus. D’où l’idée d’améliorer cette situation.

En deux ans nous avons pu construire, installer et inaugurer La bibliothèque aux trois Dumas. C’était le 9 octobre 2009.

Le démarrage fut un peu lent. Nous n’étions pas connus, et nous n’avions au 31 décembre 2009 que soixante adhérents.

Le 12 janvier 2010 à 17 h 57 le séisme  mettait tout  par terre.

Moins de 3 mois et 3 jours après l’ouverture initiale tout était à refaire. Dur dur. Mais nous avions la foi. Nous l’avons toujours.

Je faisais intervenir mes réseaux. L’aide reçue d’amis, de parents, de la réserve parlementaire du Sénat français, en un mot, une solidarité exemplaire à notre égard  nous a permis de reconstruire un bâtiment antisismique qui fut inauguré le 09 octobre 2011. Deux ans, jour pour jour, après la première ouverture.

Le bâtiment comprend la bibliothèque au rez-de-chaussée, une salle polyvalente de 120 places «SALLE LOUIS ET AUGUSTE LUMIERE» à l’étage, destiné aux activités cinéma, théâtre, conférences, expositions, ateliers divers…

Voilà maintenant 4 ans que la structure fonctionne avec satisfaction.

Le nombre des volumes en prêt dépasse à cette heure  12.000

Le nombre d‘adhérents essentiellement d’âge scolaire atteint 2000.

Un espace isolé et surveillé a été spécialement réservé aux plus petits de 5 à 11 ans. Ce sont nos meilleurs lecteurs.

Un autre aspect qu’il me faut signaler et que je n’avais constaté au début. La présence de filles est trois fois plus importante que celle des garçons.

Qu’offrons nous à nos adhérents?

Essentiellement de la littérature française et étrangère, mais aussi un grand choix sur Haïti. Des dictionnaires et encyclopédies permettent d’effectuer aux plus grands les devoirs et aux autres les travaux scolaires.

Des biographies, des essais, des albums sur la peinture, des livres sur l’histoire,  la géographie et des guides touristiques.

Mais aussi un grand choix de pièces de théâtre, de la poésie et de l’ésotérisme, la religion et la cuisine. Les adhérents sont gâtés. Le montant de l’inscription pour un an s’élève a 50 gourdes, soit moins d’un euro  et ceci pour la durée d’une année!

Comme vous l’avez compris, le but n’est pas de faire un commerce mais d’aider la jeunesse de Jacmel à accéder à la culture et principalement à la culture française.

Nous avons organisé, voilà plus de 2 ans, un grand concours de dictée qui porte le nom d’un écrivain Jacmelien. Nous avons nommé ce prix de dictée JEAN METELLUS.

Les dictées sur  trois niveaux avaient eu un grand succès et nous recommencerons  à la fin de cette année 2016.

Les plus jeunes avaient un texte tiré des Contes de «BOUQUI et MALICE».

Les moyens travaillèrent  sur un texte tiré «des Lettres de Mon Moulin » d ‘Alphonse DAUDET : «Les trois messes basses».

Quant aux plus grands, ils eurent, nous l’avons déjà écrit, un texte tiré «Des CONTES»  de Jean de LA FONTAINE qui eut beaucoup de succès auprès des demoiselles.

Vous pourrez remarquer sur la photo que la totalité des gagnants furent des gagnantes

La lauréate, une élève du Centre Alcibiade Pommeyrac a publié depuis un recueil de nouvelles de grande qualité. Encourageant  non !

La bibliothèque aux Trois Dumas
Remise de prix pour la dictée JEAN METELLUS

La grande intelligence de certains de mes adhérents est un encouragement et ma grande satisfaction.

Mais tout n’est pas encore terminé.

En effet, équipée d’appareils et de matériels de projection cinématographique de qualité, la Salle L et A LUMIERE n’est pas encore opérationnelle et pour cause…

La Compagnie d’électricité d’Haïti (EDH) nous fournit de l’électricité entre 23 H00 et 04 H00 du matin. Un horaire pas très adapté pour la projection de films.

Vous avez compris que l’acquisition d’une génératrice de qualité est indispensable pour continuer d’œuvrer dans les arts et culture. En un mot: «Pour servir la jeunesse Jacmelienne».

Pour toute information concernant cette initiative vous pouvez faire œuvre de générosité:

La présidente de la FONDATION VOIE LACTÉE :

Carline Colagene  Chignard : cccolagene@yahoo.fr

fondationlavoielactee@yahoo.fr

Ou le trésorier vice président de la FONDATION VOIE LACTEE  Bernard Chignard :

bernardchignard@gmail.com

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APESE Haïti – Inauguration du local associatif

Le 16 avril 2016, nous avions l’inauguration de notre local associatif, situé 10 place Troisdorf à Evry. Le local mis à disposition de l’association depuis janvier 2014 n’avait pas été occupé pendant près de 10 ans. L’électricité n’était plus aux normes, l’aménagement ne permettait pas d’accueillir du public selon les normes en vigueur et le précédent locataire ayant tout laissé en état une grande étape de décapage était nécessaire !

Encouragés par les collectivités locales, nous avons dans un premier temps montés des dossiers de subventions pour nous épauler dans ces travaux titanesques. Ainsi l’ensemble des documents pour les travaux et les aménagements ont été rassemblés : réalisation d’un plan à l’échelle des travaux nécessaires pour remettre aux normes par un architecte retraité et bénévole et collecte de devis auprès des différents corps de métier en essayant de tirer au plus juste les prix. Les dossiers ont été déposés, présentés, défendus au cours d’entretiens … donnés sans suite. Cause évoquée les restrictions budgétaires !

Après tant d’année à souhaiter un local associatif pour développer nos activités et rassembler nos matériels éparpillés dans les garages et box des uns et des autres, nous ne pouvions pas en rester là. Une fois encore nous avons pu compter sur la solidarité de nos bénévoles pour avancer.

Dans un premier, nous avons tout mis à blanc le local pour mieux reconstruire : supprimer les cloisonnements et revêtements (murs et plafond) fortement dégradés puis évacuer les gravats résultants à la déchèterie. Puis il a fallu reconstruire selon les plans : refaire le cloisonnement, l’électricité, la plomberie, les revêtements des murs, carreler l’ensemble de la future cuisine, trouver des fonds pour financer le matériel et les artisans indispensables pour la mise aux normes… et enfin aménager le local. BIP humanitaire, partenaire depuis l’envoi du container pour l’école de Taïfer en 2012 nous a été d’une grande aide en nous mettant à disposition du matériel pour équiper notre cuisine et nos bureaux en matériels professionnels. Des artisans de qualité : Bissey, Samuel et Jean-René nous ont été d’une aide précieuse pour mener à bien ce projet. Et bien sûr l’ensemble des bénévoles qui se sont relayés sans compter leur temps et leur énergie ont permis de faire aboutir notre projet un peu fou de local associatif !

Diego DIAZ, Linda FRANCOIS et Francis CHOUAT

Alors c’est forcément avec beaucoup de plaisir que ce 16 avril 2016 nous avons inauguré notre local associatif en présence Mr Francis CHOUAT (Maire d’Evry), Diego DIAZ (Conseillé municipal), Stéphane LE PERSONNIC (Conseillé municipal), Michel DESBRUYERES (Conseil de Quartier des Champs Elysées), Florence KOBAYASHI (Chef de Projet Politique de la Ville) et nos adhérents et bénévoles.

Le local comporte : un espace accueil qui peut être loué pour des réunions, rencontres ou expositions, un espace de cuisine qui permettra de mener à bien notre service traiteur mais également de développer des ateliers cuisine et enfin un espace de bureaux.

Pour plus d’information :

Web : http://apesehaiti.asso-web.com/

Mail : apesehaiti@hotmail.com

Tel : +33 6 64 37 46 45 / +33 6 72 92 43 12

Laure STOUDER

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n° 91/4è t. 2015-1er t. 2016

SOMMAIRE :

Editorial

Le second tour des élections présidentielles haïtiennes aura-t-il lieu?

Faits internationaux

La France, une année sous tension et ensanglantée: l’année 2015

La  République Dominicaine et  Haïti : le combat continue

Regards sur la migration haïtienne vers le Brésil depuis 2010

Actualités Haïtiennes

La sanction de l’élu vertueux

Vie universitaire

Soutenance d’Habilitation à diriger des recherches (HDR)

Hommage à Joseph ST-FLEUR

Les pages du CIDIHCA

Le premier sportif noir du Monde Olympique

Rodney Saint-Eloi, l’Académicien

Libre Opinion

Le droit à la langue maternelle dans la francocréolophonie haïtienne

Difficulté pour Haïti de se prendre en charge : Haïti face à la communauté internationale

MEDECINE

Thèse de Madame MOISSET

Arts et Lettres

Poésie

Livres à lire

Vie Associative

Lancement de la campagne française de levée de fonds pour PIGraN

APESE Haïti

ISIS Arts et Cultures pour la Paix

IN MEMORIAM

Docteur Wisley  PIERRE, ancien président de l’association : Maison d’Haïti

Divertissement  Mathématique

SUDOKU de PH n°91

Editorial

Le second tour des élections présidentielles haïtiennes aura-t-il lieu?

Rien n’est impossible, mais la date du 24 janvier 2016 n’est plus envisageable. Le rejet de cette date par le  candidat Jude Célestin est définitif depuis sa déclaration du 15 janvier sur les ondes de la radio Kiskeya.

Les élections du quatrième trimestre de l’année 2015 devraient permettre à la République haïtienne de retrouver un semblant de fonctionnement démocratique en dépit d’un état faible, d’une perte de souveraineté et d’une situation socio-économique détestable.

Les élections législatives et sénatoriales du 9 août 2015 furent en dessous de tout. Le Conseil électoral provisoire (CEP ou KEP), l’Exécutif, une partie de la Communauté internationale et les forces politiques engagées se sont rendus compte du fiasco. Mais, ils n’en ont pas tiré les mêmes conclusions.

Les partis et groupes politiques haïtiens, opposés au gouvernement en place, ont demandé l’annulation purement et simplement des élections du 9 août. L’ONU, le « Core Group », l’Union Européenne, la Mission d’observation électorale de l’organisation des états Américains (MOE/OEA) et surtout les USA, reconnaissent que les élections se sont déroulées en dépit du bon sens, cependant, ils se sont prononcés, contre leur annulation.

La deuxième étape, en date du 25 octobre 2015, concerne le premier tour des élections présidentielles, le second tour des élections sénatoriales et législatives et les élections en un tour des Conseils municipaux.

Dès le début du vote, certaines inquiétudes se sont manifestées. L’ambiance dans certains centres était exécrable. Certaines formes de violence et des irrégularités étaient manifestes.  A la fermeture des bureaux, on soupçonnait que le candidat du pouvoir et du Parti Têt Kale (PHTK) aurait bénéficié  de fraudes massives. Très vite, les autres candidats à la présidence d’Haïti  ont compris que ces élections présidentielles n’étaient ni transparentes, ni sincères, mais frauduleuses. Elles ressemblaient plutôt à un coup d’état électoral. Parmi les 54 candidats, seul le candidat Jovenel Moïse paraissait satisfait de l’organisation et du déroulement des élections du 25 octobre 2015. Ce qui laissait supposer qu’il serait le grand bénéficiaire des fraudes et des irrégularités détectées. C’est presque à l’unanimité que les autres candidats à la présidence réclament, exigent l’annulation des élections du 9 août et du 25 octobre 2015. L’ONU, le « Core Group », l’UE, la MOE/OEA et les USA admettent que les élections sont entachées de fraudes et de beaucoup d’irrégularités, mais ils considèrent que le processus électoral doit se poursuivre.

La communauté internationale, considère-t-elle le peuple haïtien comme un peuple mineur qu’il faut humilier constamment ? Peut-être, veut-elle s’assurer que leur ami chanteur et amuseur public quitte la scène exactement le 7 février 2016? Il se peut aussi qu’elle fasse ses comptes en ce qui concerne le coût des élections en Haïti? Enfin, ne se posait-t-elle pas la question de savoir combien lui coûterait l’installation d’un gouvernement de transition qui est encore dans les nuages ?

Quand le CEP a publié, le 5 novembre 2015, les résultats préliminaires du deuxième tour des législatives et ceux du premier tour des élections présidentielles, la colère et l’indignation se lisaient sur les visages. Les opposants au gouvernement reconnaissaient une vaste manipulation du pouvoir, avec l’aide du CEP, pour faire élire comme futur président le candidat Jovenel Moïse. Ces résultats sont : Moïse Jovenel 32,81% ; Célestin Jude 25,27% ; Jean-Charles Moïse 14,27% ; Narcisse Maryse 7,05%. Jean-Baptiste Eric 3,63%…

La publication de ces résultats a donné lieu à des manifestations de rue spontanément et qui sont devenues permanentes, depuis le 6 novembre 2015. L’accusation de coup d’état électoral organisé par le pouvoir avec l’aide du CEP et la complicité de la Communauté internationale était reprise en chœur même par ceux qui, par deux fois, avaient boudé les urnes.

Un groupe formé par huit des candidats à la présidence sous le nom de G8 condamnait énergiquement les fraudes électorales et la mascarade orchestrée par le pouvoir en place, le CEP et ses alliés étrangers.
Les membres du G8 sont : Sauveur Pierre ETIENNE, Jean-Charles MOÏSE, Jude CELESTIN, Jean-Henry CEANT, Steven I. BENOIT, Eric JEAN-BAPTISTE, Mario ANDRESOL et Samuel MADISTIN.

Dans un premier temps, le pouvoir en place, le CEP et le camp du candidat arrivé en tête faisaient la sourde oreille et parlaient de mauvais perdants. Dans un second temps, le G8 et certaines organisations de la société civile ont pu apporter des éléments sérieux de leurs contestations. Leur demande d’une évaluation du processus électoral (surtout la journée du 25 octobre 2015) par une commission indépendante a fait son chemin. Le second tour des élections présidentielles qui devraient opposer les deux candidats arrivés en tête, Jovenel Moïse et Jude Célestin, le 27 décembre 2015, a été annulé. Une commission d’évaluation électorale indépendante a été nommée par le Président Martelly qui, du même coup, avait fixé la date du second tour des élections présidentielles le 17 janvier 2016. Cette nouvelle date n’a pas fait long feu. Le travail de la CEEI a porté le gouvernement à fixer une nouvelle date qui serait le 24 janvier 2016. Cette date est désormais caduque. Que se passerait- il dans les prochains jours ? La seule certitude, c’est que le Président Michel Joseph Martelly quittera le pouvoir le 7 février 2016.

Paul Baron

Editorial

Le second tour des élections présidentielles haïtiennes aura-t-il lieu?

Rien n’est impossible, mais la date du 24 janvier 2016 n’est plus envisageable. Le rejet de cette date par le  candidat Jude Célestin est définitif depuis sa déclaration du 15 janvier sur les ondes de la radio Kiskeya.

Les élections du quatrième trimestre de l’année 2015 devraient permettre à la République haïtienne de retrouver un semblant de fonctionnement démocratique en dépit d’un état faible, d’une perte de souveraineté et d’une situation socio-économique détestable.

Les élections législatives et sénatoriales du 9 août 2015 furent en dessous de tout. Le Conseil électoral provisoire (CEP ou KEP), l’Exécutif, une partie de la Communauté internationale et les forces politiques engagées se sont rendus compte du fiasco. Mais, ils n’en ont pas tiré les mêmes conclusions.

Les partis et groupes politiques haïtiens, opposés au gouvernement en place, ont demandé l’annulation purement et simplement des élections du 9 août. L’ONU, le « Core Group », l’Union Européenne, la Mission d’observation électorale de l’organisation des états Américains (MOE/OEA) et surtout les USA, reconnaissent que les élections se sont déroulées en dépit du bon sens, cependant, ils se sont prononcés, contre leur annulation.

La deuxième étape, en date du 25 octobre 2015, concerne le premier tour des élections présidentielles, le second tour des élections sénatoriales et législatives et les élections en un tour des Conseils municipaux.

Dès le début du vote, certaines inquiétudes se sont manifestées. L’ambiance dans certains centres était exécrable. Certaines formes de violence et des irrégularités étaient manifestes.  A la fermeture des bureaux, on soupçonnait que le candidat du pouvoir et du Parti Têt Kale (PHTK) aurait bénéficié  de fraudes massives. Très vite, les autres candidats à la présidence d’Haïti  ont compris que ces élections présidentielles n’étaient ni transparentes, ni sincères, mais frauduleuses. Elles ressemblaient plutôt à un coup d’état électoral. Parmi les 54 candidats, seul le candidat Jovenel Moïse paraissait satisfait de l’organisation et du déroulement des élections du 25 octobre 2015. Ce qui laissait supposer qu’il serait le grand bénéficiaire des fraudes et des irrégularités détectées. C’est presque à l’unanimité que les autres candidats à la présidence réclament, exigent l’annulation des élections du 9 août et du 25 octobre 2015. L’ONU, le « Core Group », l’UE, la MOE/OEA et les USA admettent que les élections sont entachées de fraudes et de beaucoup d’irrégularités, mais ils considèrent que le processus électoral doit se poursuivre.

La communauté internationale, considère-t-elle le peuple haïtien comme un peuple mineur qu’il faut humilier constamment ? Peut-être, veut-elle s’assurer que leur ami chanteur et amuseur public quitte la scène exactement le 7 février 2016? Il se peut aussi qu’elle fasse ses comptes en ce qui concerne le coût des élections en Haïti? Enfin, ne se posait-t-elle pas la question de savoir combien lui coûterait l’installation d’un gouvernement de transition qui est encore dans les nuages ?

Quand le CEP a publié, le 5 novembre 2015, les résultats préliminaires du deuxième tour des législatives et ceux du premier tour des élections présidentielles, la colère et l’indignation se lisaient sur les visages. Les opposants au gouvernement reconnaissaient une vaste manipulation du pouvoir, avec l’aide du CEP, pour faire élire comme futur président le candidat Jovenel Moïse. Ces résultats sont : Moïse Jovenel 32,81% ; Célestin Jude 25,27% ; Jean-Charles Moïse 14,27% ; Narcisse Maryse 7,05%. Jean-Baptiste Eric 3,63%…

La publication de ces résultats a donné lieu à des manifestations de rue spontanément et qui sont devenues permanentes, depuis le 6 novembre 2015. L’accusation de coup d’état électoral organisé par le pouvoir avec l’aide du CEP et la complicité de la Communauté internationale était reprise en chœur même par ceux qui, par deux fois, avaient boudé les urnes.

Un groupe formé par huit des candidats à la présidence sous le nom de G8 condamnait énergiquement les fraudes électorales et la mascarade orchestrée par le pouvoir en place, le CEP et ses alliés étrangers.
Les membres du G8 sont : Sauveur Pierre ETIENNE, Jean-Charles MOÏSE, Jude CELESTIN, Jean-Henry CEANT, Steven I. BENOIT, Eric JEAN-BAPTISTE, Mario ANDRESOL et Samuel MADISTIN.

Dans un premier temps, le pouvoir en place, le CEP et le camp du candidat arrivé en tête faisaient la sourde oreille et parlaient de mauvais perdants. Dans un second temps, le G8 et certaines organisations de la société civile ont pu apporter des éléments sérieux de leurs contestations. Leur demande d’une évaluation du processus électoral (surtout la journée du 25 octobre 2015) par une commission indépendante a fait son chemin. Le second tour des élections présidentielles qui devraient opposer les deux candidats arrivés en tête, Jovenel Moïse et Jude Célestin, le 27 décembre 2015, a été annulé. Une commission d’évaluation électorale indépendante a été nommée par le Président Martelly qui, du même coup, avait fixé la date du second tour des élections présidentielles le 17 janvier 2016. Cette nouvelle date n’a pas fait long feu. Le travail de la CEEI a porté le gouvernement à fixer une nouvelle date qui serait le 24 janvier 2016. Cette date est désormais caduque. Que se passerait- il dans les prochains jours ? La seule certitude, c’est que le Président Michel Joseph Martelly quittera le pouvoir le 7 février 2016.

Paul Baron

Actualités Haïtiennes

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La sanction de l’élu vertueux

Les diverses révélations dans la presse montrent le poids de la corruption dans le système électoral haïtien. Ce qui est nouveau, c’est la capacité du candidat en Haïti  à intégrer dans ses stratégies les diverses formes que recouvre la corruption. Celle-ci doit être considérée comme un facteur aggravant de la démocratisation et la corruption associée au vote est construite comme « une catégorie de pensée et d’action » appelée à rythmer les conduites du candidat et de l’électeur. Ce phénomène de la déviance électorale s’explique-t-il par le résultat paradoxal  de nombreux scrutins décomposés, contestés, imposés, sanctionnés par les puissances tutrices d’Haïti qui « l’accompagnent » vers la démocratisation ? Quoiqu’on en dise, ce rituel électoral qui ne traduit pas pour autant les avancées d’Haïti vers la démocratie entraîne une double intériorisation des normes et procédures, appropriée selon une lecture  contradictoire : d’une part, plus les élections se renouvellent, plus les normes et procédures se démocratisent, plus le système électoral se recompose, s’invente des sentiers hors morale, se moque des règles qu’il édicte ; de l’autre, celles-ci  contribuent ainsi à une tension entre deux acteurs : les premiers s’approprient l’élection selon une logique conservatrice et utilitariste, tandis que les seconds, rares, iconoclastes, ont des comportements vertueux.

Qu’est-ce qu’un homme vertueux en politique ? Si l’on se place du côté de la philosophie, on dirait que l’homme vertueux est celui qui dispose des connaissances nécessaires au discernement. Ainsi, il n’est pas donné à tout le monde  d’être vertueux, ce qui risque d’apparaître comme un élément déterminant de l’appartenance à une élite, celle de la connaissance. Deux conceptions complémentaires de la vertu en politique sont éclairantes mais différentes : d’abord, Nicolas Machiavel considère que le prince doit toujours paraître vertueux en public. Il est nécessaire qu’il dispose des vertus ; ce qui est la plus importante, c’est de savoir «  dissimuler », c’est-à-dire maîtriser les arcanes de la ruse. « Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État : s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde ». (Léo STRAUSS, Qu’est-ce que la vie philosophie politique », Paris, PUF, 1992, p.46). Pour sa part, Aristote pense que la politique est le seul moyen d’accéder au bien commun, au bonheur, à la justice, à la morale. L’observation des comportements politiques des acteurs haïtiens se rapproche-t-elle d’Aristote ou de Machiavel ? Sans engager le débat entre la politique et la morale, on peut avancer l’idée que ceux qui se sont inspirés des discours « machiavéliens » sont  nombreux en Haïti et la configuration parlementaire qui se dessine semble accorder une place triomphale à des malfrats, des corrompus, des prévaricateurs, des hommes qui a des moments constants de leur mandat excellent dans la marchandisation du vote au parlement. Une dangereuse revanche de la méchanceté sur la vertu ! Pourquoi dans certaines circonscriptions des sénateurs, des députés qui ont eu des comportements irréprochables, mais dont les actions ne se sont pas soldées par un bilan matériel positif ont été rejetés par les citoyens ? Pourquoi des parlementaires qui ont accompli leur mission de contrôle, d’éclaireurs de l’opinion publique sur l’inefficacité de la politique gouvernementale sont sanctionnés par l’électeur parce que châtiés par les ministres dépensiers, dépourvus de ressources, ils n’ont pu concrétiser leurs promesses ? Que de temps perdu, que d’énergies mobilisant des conseillers, des experts à engager des combats au nom de la transparence, à occuper l’espace médiatique où s’entrechoquent des grandiloquentes campagnes de déstabilisation du pouvoir « mickiste » (de Michel Martelly) !  (Il est vrai nous devons nuancer notre jugement en considérant que les résultats des élections publiés par le Conseil Électoral Provisoire ne sont pas crédibles et justes.[i]) Pourquoi les programmes de certains candidats aux élections législatives et présidentielles n’ont-ils pas connu de succès alors que les citoyens aspirent à un changement de leurs conditions matérielles ? Le pouvoir des mots contre le réalisme politique qui illustre un credo simpliste, et régit la conduite en politique en Haïti : s’opposer c’est dénoncer, dénoncer c’est désenchanter! L’énonciation d’opposant passe pour annonciatrice de projets gelés, de villes sinistrées, de sections communales désabusées par le pouvoir de Port-au-Prince. L’électeur se moque des convictions de son représentant, de son bavardage médiatique, de sa vaniteuse prétention à hanter l’espace monopolisé par les écuyers des fonds publics. Comme toute posture politique courageuse, celle du parlementaire vertueux ne connaît nul impact dans le champ partisan. Pourquoi ?

D’abord, l’examen des étiquettes partisanes des candidats s’est éloigné de toute portée symbolique contre la corruption. Des termes abscons, creux, inutiles, oiseux, vides de sens ont dominé le champ lexical : « pa trahi-l », « Ayiti an aktyon »,  « Bouclier», « Vwazinaj »,  « Foss pep la »… Quant à la symbolique des images, la production des symboles, « la manipulation des signes »  mobilisent l’iconographie animale : « cheval », « vache »,  « pigeon »,  « coq »… Pourtant, la corruption qui est l’un des obstacles majeurs au développement d’Haïti, n’a fait guère l’objet d’appropriation de la part des candidats. Ce qui montre que les critiques adressées aux régimes politiques antérieurs caractérisés par le néo-patrimonialisme, en raison de leur propension à la corruption, à la prévarication, comme l’a montré Leslie Péan[ii]ont été de vains mots. Puisqu’il s’agit de comportements utilitaristes : on ne s’engage dans la corruption que si elle ne constitue pas une entrave à l’action politique ou à l’accomplissement des actions facilitant la conservation, le maintien du pouvoir.

Le second facteur explicatif, c’est l’absence de diffusion dans les médias des informations quant aux comportements vertueux des élus. Il fut un temps, en 1980, la presse haïtienne, combative, militante, morale, non-vénale, s’était engagée contre l’ordre néo-patrimonial du duvaliérisme. Elle dénonçait les exactions, les vols, l’esprit de concussion des élus, des dignitaires du régime. Certains journalistes, réputés pour leur intransigeance, n’avaient pas résisté aux assauts du duvaliérisme. Pourtant, les médias, disposant davantage de moyens, de journalistes mieux formés sont plus nombreux aujourd’hui qu’en 1980, mais ils se montrent moins préoccupés des enquêtes au long cours portant sur le bilan des parlementaires, des candidats, des hommes et des femmes politiques. De plus, le réseau des radios communautaires ne permet pas de suppléer à cette attitude prudente ou paresseuse, complaisante de la presse locale, il devrait renseigner les électeurs sur les parlementaires sortants qui n’ont pas honoré leurs promesses. Malgré la présence des ONG aujourd’hui  annonçant leur combat en faveur de la transparence, les électeurs sont totalement désarmés face à la persistance de la corruption, l’impunité des élus. Ce soupçon sur les élus est d’autant plus grand que les députés sous le mandat du Président  Martelly ont été des cumulards. Ils ont rempli des fonctions de maires remplacés par des « agents intérimaires » ; ils ont géré des fonds importants, ont reçu des dons de toutes natures (tracteurs, motocyclettes…), ont réalisé des activités lucratives, au point que le maire a été complètement phagocyté par le parlementaire, bénéficiant de la protection, de la connivence des appareils gouvernementaux et administratifs.

Le troisième facteur qui explique la sanction de l’homme vertueux est le laxisme quant aux enquêtes sur la déclaration de patrimoine des candidats (3) et des élus à laquelle s’ajoute la démission des organismes de contrôle, de vérification des comptes et de veille : l’Unité de Lutte contre la corruption (ULCC), Transparency International, Commission Nationale des marchés publics, Cour des Comptes… La gestion des maires en provinces n’est guère accompagnée de mécanismes de reddition des comptes. Pourquoi ne pas envisager alors, la création d’une chambre régionale des comptes  qui devrait valider les actes des élus qui ont à exécuter des projets confiés par le gouvernement ? Ces chambres devraient être des juridictions administratives exerçant leurs fonctions dans le cadre d’évaluation des politiques publiques : elles conduiraient des enquêtes devant aboutir à des sanctions contre les élus corrompus.

L’impunité dont jouissent les élus corrompus qui sont reconduits, de surcroît, suite aux résultats du Conseil Électoral constitue une excroissance qui exerce des effets négatifs sur la participation politique. Les électeurs rejettent le vote qui légitime les actes de l’élu sortant, entraînant les générations montantes vers une socialisation de la déviance, comme forme d’action politique. Le mécanisme prévu par le décret électoral de fournir la décharge est un document factice qui ne relève que d’un formalisme plat. Le vote étant perçu par les électeurs comme une machination administrative qui vise à inscrire l’action de l’élu sortant dans un cadre de « régulation démocratique », où l’élu rusé parvient à asseoir sa domination suite à sa maîtrise de la non-transparence. L’argument de pacification qui accompagne la réalisation des élections, comme élément de « la civilisation des mœurs politiques » est un indice dont il faut se méfier, puisque les conditions qui entourent le choix d’un candidat corrompu sont critiquables.

Comment limiter la corruption des élus ? Nous sommes tentés par une approche comparative. Le cas du Brésil et  Inde peut être utile à limiter la corruption des élus en Haïti.

Les électeurs des pays indiqués ont obtenu des informations utiles sur les candidats. « Depuis 2003, chaque mois, soixante municipalités, sélectionnées lors d’un tirage au sort retransmis à la télévision, font l’objet d’un audit de leurs comptes. Les résultats sont rendus publics sur Internet et dans les médias locaux. Subir un audit cause du tort aux élus corrompus. Lors de l’élection de 2004, ils avaient 12% moins de chances d’être réélus si les résultats de l’audit étaient rendus publics juste avant le scrutin. A l’inverse, les dirigeants honnêtes avaient 13% plus de chances de remporter les suffrages  » (Esther Duflo, Abhijit V. Banerjee, Repenser la pauvreté, Seuil, 2012, p.212). A New Delhi, des mêmes résultats : les électeurs qui avaient été informés par une campagne de presse du bilan de leurs élus ont rejeté   ceux qui s’étaient avérés incompétents, paresseux ou corrompus.

L’évaluation du travail des parlementaires est aussi importante que le contrôle de l’action gouvernementale dont ils ont la charge. Les  bonnes intentions ne suffisent pas  à faire des hommes politiques des gens vertueux : les contraintes sont nécessaires. Les bonnes volontés des hommes politiques doivent être sans cesse mesurées par des mécanismes contraignants de contrôle. Dans un pays où l’accès au pouvoir est une source d’accumulation de gains, où les perceptions du « chef » renvoient à des comportements autoritaires, comme l’a montré Gérard Barthélemy, dans « les duvaliéristes après Duvalier », quand l’élu non vertueux  n’est  pas sanctionné, le risque de corruption y est permanent, amplifié sans limite et menace la démocratie.

Jacques NESI

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Faits internationaux

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La France, une année sous tension et ensanglantée: l’année 2015.

Au Stade de France, au Bataclan, à la rue de Charonne, etc, ils ont tué des Français innocents. Ils ont commis des attentats odieux, répugnants, barbares, inhumains.

Pour Haïti condamne de la façon la plus énergique ce déferlement de violences contre le peuple français, contre la Nation française. Il n’y a qu’une seule réponse au terrorisme d’ où qu’il vienne, c’est la République une et indivisible, la fraternité et la solidarité.

Les odieux attentats de Paris du 13 novembre 2015

En hommage aux victimes des attentats de Paris, je dédie ce poème qui invoque Paris, la ville lumière, romantique qui sera toujours dans le cœur des Français, des Parisiens ou des étrangers . C’est un poème que j’avais écrit dans les années 80, par amour pour Paris.

Joies Parisiennes

C’est

Regarder en face

Paris

La belle dame

Son visage

Ancien, nouveau

Ses balcons fleuris

Ses toits de cheminée

C’est Notre Dame

Montmartre

Se perdre au Louvre

L’art au Grand Palais

La majesté de Versailles

C’est traverser la Seine

Nuit et jour

C’est la foule des boulevards

Des cafés

Les rencontres amicales

Les crêpes au chocolat

Le vin

C’est la marchande de fleurs

Les muguets du mois de Mai

Ses lilas

Ses congés

C’est le métro parisien

Mon Noêl français

Les yeux verts de Frédéric

C’est dormir dans les bras de Paris

Me réveiller chez elle

Sans savoir l’heure

Ni le jour

Marcher  sans destinée

A travers Paris

Sur ses quais

Serré contre un amour parisien

Paris chez toi

Point de nostalgie

Belle Dame

Michèle Denis-Driay

Concernant les attentats de Paris, je voudrais poser que des questions, car je ne serais pas satisfaite quelles que soient les réponses et les explications fournies par les experts du terrorisme.

Comment en est-on arrivé là? Pourquoi tous ces assassinats?   Qui sont ces assassins?  Comment ces individus ont-ils grandi dans la république? Qu’est-ce qui les motive?

Que veulent-ils accomplir en tuant des citoyens innocents, vivant paisiblement?

Comment a germée dans leur cerveau l’idée de tuer? De s’organiser pour faire autant de victimes innocentes? A qui obéissent-ils? Sachant qu’ils seront probablement tués, pourquoi consentent-ils de se sacrifier? Ils prétendent venger leur prophète, dans quel sens?

Que vont-ils gagner en se livrant à ces actions criminelles, insensées? Réfléchissent-ils à l’impact que leurs actions auront sur leurs concitoyens?

Réfléchissent-ils à la douleur, à la tristesse et à la désolation qu’ils provoquent dans les familles?  S’ils ont des enfants, pourquoi tuent-ils les enfants des autres? Pensent-ils à ce que la société retiendra d’eux? Pensent-ils à la postérité ? Comment peut-on tuer au nom de Dieu ou d’une religion? Ces individus, vivent-ils dans un monde irréel?

Souvent, ils ne donnent aucun signe précurseur de leurs plans diaboliques, mais pourtant, il y a une organisation sophistiquée de leurs attentats; pourquoi personne n’a jamais rien vu venir? Ils agissent  en se proclamant d’être défenseurs de l’islam ?

Pourquoi et comment trouvent-ils dans l’islam un discours radical ? Comment se forme cette radicalisation? A quel moment et pourquoi basculent-ils dans le terrorisme? Comment expliquer que des personnes nées dans une république démocratique et laïque ont tant de haine dans leur cœur pour se livrer à des assassinats en masse en période de paix?

Comment choisissent-ils leur cible? Pourquoi cette cible et pas une autre?

Si le terrorisme s’installe dans la durée en France qui en sera à l’abri? Pourquoi n’avons nous pas de réponses à ce phénomène grandissant et mondialisé?

Michèle Denis-Driay

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La  République Dominicaine et  Haïti : le combat continue

Mes Frères en République Dominicaine

Tristes exilés en leur pays sans mémoires.

Incandescent brasier du racisme pathétique

Consumant l’horizon de nos soleils couchants

Désormais le sang de nos frères obstrue les routes.

Sous leurs pas feutres, d’amertumes, des braillards

Crient vengeances, l’exode des nôtres soumis aux mitrailles imbéciles.

Frères par où nous devons commencer notre fière solidarité

Camarades nous sommes fatigués d’avoir honte.

Nos pleurs s’en vont dans les lagunes desséchées.

Autorités aux masques de délinquants, s’entichent de leurs besognes.

Personne pour entendre nos cris, nos pleurs.

Bientôt notre désespoir se transformera en rivière de sang.

Nos cymbales historiques raisonneront dans les néants

De nos légendaires désunions.

Nous les traversons avec des rivières de sanglots sans miséricordes.

Suffoquant déambulant comme des oisifs.

Nos complaintes s’en vont dans les embouchures de sang innocent.

Dans les méandres de notre misère

Le ciel s’est alourdi de gros nuages.

L’exode à nos pieds se délecte de notre bonne foi

Levez vos yeux sur les pages d’histoire

Vous lirez les 52 000 sans sépultures de 1937.

Maguet Delva

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Regards sur la migration haïtienne vers le Brésil depuis 2010

Eldorado, terre promise, opportunités, espoir, rapprochement, le rêve brésilien à portée de bras et de visas. Plusieurs qualificatifs positifs ponctuent le thème de la migration haïtienne vers le Brésil depuis le séisme de 2010. Plusieurs articles et reportages vidéo soulignent les possibilités d’une vie meilleure offerte par l’accueil à bras ouverts du Brésil pour tous les Haïtiens et leur famille qui voudraient s’installer dans le pays. Toutefois, en examinant plus soigneusement la question, on observe des critiques moins enthousiastes sur l’expérience haïtienne au Brésil.

Au-delà des restrictions levées dans l’octroi des visas pour raisons humanitaires qui permettent de travailler six mois et des 43 781 régularisations pour des Haïtiens à l’automne 2016, la condition des migrants évoque plutôt un état de crise humanitaire, voire d’exploitation qui s’apparente plus à la traite des personnes. Si Eldorado il y a, c’est surtout pour les entreprises brésiliennes et les réseaux de passeurs brésiliens et péruviens entre autres. Les coyotes, surnom donné aux trafiquants, extorquent jusqu’à 7 000 euros aux migrants. Motivés par l’espoir d’une vie meilleure par les possibilités de travail dans la construction ou l’agriculture du géant brésilien et ses promesses de futur prospère, 75 000 Haïtiens ont trouvé refuge dans la septième puissance économique mondiale. Le pourcentage d’homme (79 %) montre l’ambiguïté du discours d’accueil humanitaire pour la population haïtienne et la dimension économique de ces réfugiés. Le besoin de travailleurs pour la Coupe du monde 2014 et l’accès à une main-d’œuvre bon marché pour le développement de ce pays émergent dévoilent les contradictions de ce processus migratoire fragile. En outre, dépassé par l’ampleur du phénomène, le gouvernement doit faire face aux conséquences engendrées par les insuffisances des dispositifs d’accueil et le ralentissement économique transformé en récession. Finis les rêves, les migrants haïtiens entassés dans des camps de fortune brésiliens sont rattrapés par la réalité de l’exil et la dégradation des conditions de vie.

Pour mieux comprendre les caractéristiques de ce phénomène sur la migration haïtienne vers le Brésil depuis 2010 et les enjeux qui en découlent, je propose une série d’articles à suivre dans les prochains numéros. Ces interrogations chercheront à apporter un éclairage sur les opportunités afin d’évaluer les intérêts communs de la coopération entre le Brésil et Haïti, la présence des troupes brésiliennes par sa participation au sein de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustah), les échanges bilatéraux et la visite officielle de la Présidente du Brésil Dilma Rousseff.

À partir de ces éclaircissements, nous proposerons une discussion entre les expériences migratoires et les déclarations sur la politique bienveillante menée par le gouvernement brésilien à l’égard des Haïtiens ayant trouvé refuge au Brésil selon la formule employée dans les médias relayant l’information.

Isabelle Bohard

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Pour Haiti se souvient d’Angela Davis

Bonne nouvelle: Angela Davis se porte bien et arbore toujours sa célèbre chevelure désormais grisonnante.  En 2015, elle est revenue à Paris à deux reprises au moins, ce Paris où elle avait commencé des études littéraires et imaginé pouvoir faire l’expérience d’une vie libre de racisme en 1960.  Le 4 décembre dernier, elle faisait en anglais, à la Sorbonne, la conférence inaugurale d’une journée d’études et de célébration des vingt ans du MAGE (Marché du Travail et Genre, réseau de recherches du CNRS ) sur le thème “Je travaille donc je suis”.

Le Monde du 14 janvier 2016 a publié d’elle un entretien avec Anne Chemin dont je ne peux que recommander la lecture et qui souligne la fidélité à soi-même de la grande activiste, universitaire et philosophe états-unienne.  Elle y parle du 13 novembre, de l’islamophobie en France et de la nécessité absolue de tenir compte de l’histoire des diverses formes de domination européenne. Certains se rappellent sa cavale brève de 1970 et son incarcération abusive de presque deux années, suivie d’un procès et d’un acquittement, péripéties qui avaient ému les intellectuels francais, marxistes ou non, et qui ont plus récemment inspiré la pièce de théâtre d’Alain Foix: Pas de prison pour le vent.

A la Sorbonne, Angela Davis s’est montrée fidèle à ses engagements fondamentaux.  Elle a commencé par évoquer le texte et le film de Sembène Ousmane, “La noire de…”, texte énigmatique des années 1960, illustrant le drame de l’exil et l’impuissance des colonisés. Elle a insisté, statistiques à l’appui, sur l’invisibilité du travail domestique non rémunéré, état de fait sur lequel repose encore l’ordre mondial car il rend possible le travail “producteur” rémunéré. Elle a évoqué le rôle fondamental des femmes noires, puis des femmes de couleur dans diverses étapes de l’histoire des droits civiques aux Etats-Unis, à commencer par la grève des blanchisseuses d’Atlanta en 1881 (pour le respect, l’uniforme et l’égalité des salaires).  Elle a également dénoncé l’hypertrophie de l’incarcération aux Etats-Unis: 25% de la population carcérale mondiale pour 5% de la population du globe, et 1/3 de la population carcérale féminine du monde se trouvant dans ce même pays.

La célèbre universitaire socialiste ne manque pas de rappeler qu’un féminisme bien compris se fondera toujours sur le fameux essai d’Engels (“L’origine de la famille…”) mais que dans le monde “mondialisé” d’aujourd’hui il se définira immanquablement à la croisée des catégories conceptuelles de race, classe, genre, nation et sexualité, croisée que la théorie désigne aujourd’hui sous le terme d’“intersectionnalité”.  C’est seulement dans les années 1980,  que le féminisme s’est ouvert à cette configuration pour prendre en compte les différences en question.

Ainsi, concluait inexorablement la belle septuagénaire, le capitalisme a échoué dans la prise en charge des non privilégiés de ce monde, et la mémoire doit se nourrir aux lumières de l’Histoire. Dans son entretien du Monde tout comme dans sa conférence du 4 décembre, Angela Davis martelait: “Il faut évacuer les vestiges du colonialisme et de l’esclavage”.

Christiane Makward

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Vie universitaire

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Soutenance d’Habilitation à diriger des recherches (HDR)

Madame Gusti-Klara Gaillard- POURCHET, professeure à l’École normale supérieure (Université d’État d’Haïti) et membre du conseil de direction de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie, a soutenu son HDR le lundi 14 décembre 2015, à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne à Bourg-la-Reine.

Le dossier d’HDR, dont le garant est le professeur Michel Margairaz, a pour titre général :

« Haïti-France : une pratique de relations inégales aux XIXe - XXe siècles. Économie, politique, culture. »

Ce dossier comprend trois volumes, dont :

- une synthèse de l’itinéraire scientifique, intitulée : « De la dette et du commerce extérieurs d’Haïti aux questions politiques et culturelles (1825-1976) » (90 pages),

- un recueil de publications  (194 pages),

- et un manuscrit inédit intitulé : «  Une domination centenaire en question ou les intérêts français en Haïti (1915-1958) » (428 pages).

Le jury était composé de :

- M. Olivier COMPAGNON, Professeur, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, Directeur de l’IHEAL

- Mme Armelle ENDERS, Maître de conférences HDR, Université Paris 4 Sorbonne

- M. Robert FRANK, Professeur émérite, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Secrétaire du Comité International des sciences historiques

- M. Christian GIRAULT, Directeur de recherche émérite au CNRS, CREDA-IHEAL Paris 3 Sorbonne Nouvelle

- M. Laënnec HURBON, Directeur de recherche honoraire au CNRS et Professeur à l’Université d’État d’Haïti

- M. Michel MARGAIRAZ, Professeur, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, Directeur de l’IDHES-CNRS

- M. Samir SAUL, Professeur, Université de Montréal.

Résumé du manuscrit inédit

Les assises des relations franco-haïtiennes ne résistent pas aux bouleversements qui succèdent au débarquement desmarines en Haïti en 1915. S’associant aux pesanteurs traditionnelles des liens franco-haïtiens, les référentiels progressivement institués perdurent jusqu’à l’avènement de Duvalier en 1957. Subordination financière d’Haïti, contentieux de l’emprunt extérieur 1910, dissymétrie des échanges commerciaux et dépendance du café haïtien au Havre orientent le rétrécissement des rapports économiques bilatéraux. Un peu en décalage chronologique, un double phénomène culturel intervient. L’omniprésence du clergé catholique français est contestée tandis que s’amplifie la revendication des marqueurs identitaires culturels (religion vaudou et langue créole). Au final, la prépondérance étasunienne sur Haïti prend la relève, y écartant toute influence européenne.

Le rétrécissement des échanges bilatéraux entre 1915 et 1950 puis leur reprise partielle a partie liée avec l’évolution des deux pays concernés et avec la politique du géant étasunien dans la Caraïbe. Inscrite dans l’échiquier politique et économique international, cette orientation mobilise des rouages diplomatiques comme ceux des organismes internationaux.

Nous présentons nos félicitations les plus sincères à notre amie et collaboratrice, Mme Gusti-Klara Gaillard-Pourchet pour son HDR.

Pendant environ 4 h, de 9 h à 13 h, face à un jury de haute facture et un public attentif, acquis et fier, elle a fait une excellente soutenance*. Les critiques élogieuses du jury sont presque unanimes. Le président du Jury, M. Robert FRANK, Professeur émérite, a déclaré entre autre que le dossier présenté est bien un dossier de HDR, mais pas seulement. C’est une œuvre cohérente, une œuvre dense et érudite. On peut dire que la candidate a fait preuve de talent ou a du talent.

Concluons en paraphrasant le garant de la soutenance : M. le Professeur  Michel MARGAIRAZ que le manuscrit inédit de la candidate est « l’œuvre d’une historienne érudite et en prise sur la vie intellectuelle et civique de son pays (Haïti) ».

Nous sommes déjà certains que le travail de notre amie suscitera en Haïti et à l’étranger « des échanges et des débats fructueux ».

Paris,  16 décembre 2015

* En présence:

De deux représentants de l’Ambassade d’Haïti en France, Mme Anne-Louise Mesadieu et M. Assad et de Aubourg Gérard, Carlos Célius, Antoine Fritz Pierre, Mme Maryse Ambroise, Jacques Leon-Emile, Mme Nathalie Brisson Lamaute, Paul Baron, Bernard Gainot, Marcel Dorigny, Mme Evlyne Pressoir, Frantz Lofficial, Mme Claire Bourhis-Mariotti, Daniel Talleyrand, etc, des membres de sa famille dont son jeune fils Loïs.

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Hommage à Joseph ST-FLEUR

Notre compatriote, Joseph P, Saint-Fleur, a été nommé, par décret du 10 juillet 2015, chevalier  dans l’ordre des Palmes Académiques pour services rendus à l’Education Nationale.

Saint- Fleur, après une courte période d’enseignement à l’Université de Libreville (Gabon), a fait l’essentiel de sa carrière professionnelle dans divers établissements scolaires et universitaires de l’Académie de Lille.

Cet Agrégé hors classe, après sa thèse de doctorat sur Ludwig Wittgenstein,  a écrit plusieurs livres sur ce philosophe et il est considéré par ses pairs comme étant l’un des meilleurs connaisseurs de Wittgenstein.

Nous félicitons notre compatriote et ami pour cette distinction dont la décoration lui sera remise le samedi 6 février 2016 à Lille.

NB : Quelques publications de Joseph St- Fleur

-        Logiques de la Représentation – Essai d’épistémologie wittgensteinienne. Louvain-La neuve, Belgique 1988.

-        L. Wittgenstein : Une pensée des Limites. Bulletin de liaison des professeurs de philosophie de l’Académie d’Amiens N° 7 CDRP de Picardie, Février 1994

-        L. Wittgenstein : De l’éthique de la pédagogie à la pédagogie de l’éthique. Revue de Recherches en Education  N° 11. Université de Lille III 1998.

-        Popper contre Marx et Wittgenstein (en collaboration avec H. Philipson). Cahiers Lillois d’Economie et de Sociologie, Publications de l’Université des Sciences et Techniques de Lille.

-        Ludwig Wittgenstein, Une pédagogie en acte (en collaboration avec F. Danvers). Santé et Education, Binet Editions 2010

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Vie Associative

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Lancement de la campagne française de levée de fonds pour PIGraN

Paris – le 15 décembre 2015 – GRAHN-France, l’une des quatre branches nationales du Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN-Monde), a officiellement lancé, le mardi 15 décembre dernier à la Maison de l’Amérique Latine de Paris, la campagne française de levée de fonds en vue de la réalisation du Pôle d’innovation du Grand Nord (PIGraN) – La Cité du Savoir. Avec l’appui de l’Ambassade d’Haïti à Paris, l’association culturelle « Pour Haïti », la plate-forme de Fonds participatifs Booster-France et la station télé KAP509, le président de GRAHN-France, M. Raymond Kernizan et toute l’équipe de direction ont présenté un  programme haut en couleur auquel plus d’une cinquantaine de personnes ont participé. L’objectif de la campagne est de recueillir 500 000 € à travers l’Europe sur une période de trois (3) ans afin d’ériger la bibliothèque du Grand Nord sur le site de PIGraN. L’objectif global de GRAHN-Monde est de collecter 50 millions de dollars sur dix (10) ans afin de bâtir La Cité du Savoir, laquelle comprendra 18 édifices—le projet le plus ambitieux jamais conçu par la Diaspora haïtienne pour Haïti.

Dans ses propos d’introduction, Paul Baron, vice-président de GRAHN-France, a fait observer une minute de silence à la mémoire de Guy Lavaud décédé le vendredi 7 août à Paris et a invité Jacques Marie à lui rendre hommage après avoir remercié les différents organismes et organisations participants. Puis ont suivi les présentations des présidents de GRAHN-France et de GRAHN-Monde. Raymond Kernizan commença par présenter le GRAHN, sa vision et ses réalisations. Ensuite, Samuel Pierre, président de GRAHN-Monde a parlé du projet PIGraN et son importance pour le développement d’Haïti par l’économie du savoir et pour créer de la richesse. Il a particulièrement insisté sur l’aspect collectif de ce projet rassembleur en invitant chaque personne présente dans la salle à devenir partie prenante de cette opportunité unique de transformer la région du Grand Nord d’Haïti et de démarrer une entreprise collective au potentiel multiplicateur extraordinaire pour le pays tout entier.

Raymond Kernizan a ensuite présenté la campagne de financement de GRAHN-France avec son objectif de doter PIGraN d’une grande bibliothèque pour le Grand Nord. Au cours de son allocution, il a bien expliqué l’importance d’investir nous-mêmes d’abord, d’exposer notre savoir-faire avant d’aller demander ailleurs. Pour illustrer ses propos, il a présenté un modèle de financement dans lequel 800 donateurs, individus ou associations, s’engageraient à verser 640 €, sur une période de 3 ans afin de récolter 500 000 € pour la construction d’un (1) mètre carré (m2) de bâtiment. Pour donner l’exemple et pour inviter l’assistance à contribuer, il a présenté un don collectif des membres du CA de GRAHN-France de 10 000 € au projet.

La soirée fut agrémentée par des performances artistiques de Beethova Obas et Grégory Chéry ainsi que par la présentation d’un documentaire de 15 minutes sur PIGraN.

Après une courte période d’échange et de questions au cours de laquelle plusieurs participants  exprimèrent leur désir de supporter le projet, le Professeur Pierre clôtura la soirée en offrant d’inspirantes observations à propos de la vision et de l’esprit de partage, de générosité et de transparence animant non seulement le projet PIGraN, mais encore les divers projets mis sur pied en Haïti par GRAHN-Monde depuis sa création, une semaine après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Il fournit des détails concernant la vigueur de la campagne canadienne de levée de fonds, laquelle a déjà recueilli plus de 160 000 dollars en donations et promesses de donation au cours des quatre derniers mois. Les autres campagnes américaine et haïtienne sont également en cours et progressent rapidement.

L’ordre du jour une fois épuisé, il y eut à nouveau un rappel sur l’objectif de cette campagne de financement en signalant à l’assistance qu’il fallait collecter 500 000 € sur 3 ans.

À la fin de la soirée, l’optimisme était palpable et a même fait l’objet d’un témoignage d’une des participantes qui publiera un texte dans le mensuel du Collectif Haïti de France, Nouvelles Images d’Haïti.

La soirée se termina, avec quelques-uns, de façon informelle autour d’un verre dans un bistrot voisin « Le Saint Germain ».

La mission de PIGraN est de réduire la pauvreté dans le pays et de stimuler des activités génératrices de revenus par la promotion d’interactions productives et synergiques entre, d’une part, un réseau d’entreprises indépendantes (petites, moyennes ou grandes) et, de l’autre, des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Construite sur un terrain de 28 hectares (21 carreaux) à Génipaillers, une section rurale de Milot, près du Cap-Haïtien, la Cité du Savoir comprendra quatre secteurs: Université, Services, École fondamentale, secondaire et professionnelle, et Agriculture.

Source : GRAHN-Monde, http://www.grahn-monde.org

Contact : james.fethiere@grahn-monde.org, Vice-président, Communications et services aux membres

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ISIS Arts et Cultures pour la Paix

Vous invite cordialement à célébrer la Paix avec une centaine de poètes des cinq continents qui chantent la Paix dans sept langues.

Haïti est notre invité d’honneur

Le mardi 8 mars 2016 (10h-18h)

À la maison de l’Amérique Latine

217, Boulevard Saint Germain

75007 Paris Métro Solferino – ligne 12

Nous aurons le plaisir d’avoir parmi nous Madame Monique Dupont Guetta, Présidente, avec des poètes de grande renommée nationale et internationale

L’ouverture se fera par un film surprise sur un sculpteur Béninois

Dès 17 heures la soirée débutera avec des artistes et des comédiens qui chantent la poésie française et une harpiste de l’orchestre Boulez. Elle se poursuivra avec des contes du Sénégal dans plusieurs dialectes d’Afrique accompagnés du Tam Tam magique, de Guitare de l’Amérique Latine et d’autres surprises.

La présidente, les amis et les sympathisants de l’association ISIS Arts & Cultures pour la Paix présentent :

Leurs meilleurs Vœux et leur reconnaissance à Son Excellence Madame l’Ambassadeur d’Haïti à Paris

Madame Vanessa Matignon

Un grand merci à Madame Jocelyne Béranger

Venez nombreux et invitez vos familles et vos amis

Bonne Année 2016 de Poésie et de Paix

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LA MARCHE DES CRAYONS

par  Nel  (janvier 2016)

 »Je suis Charlie »

Tel était le mot du jour.

Il était placardé sur les murs

Imprimés sur les tee-shirts

Rouges.

La liberté d’expression avait été blessée.

La mort idiote avait frappée.

Paris en colère

Se mobilisait

Pour la marche solennelle

Des grands jours de la nation.

Les crayons,

Fusils des soldats de la liberté

d’expression

Etaient à l’honneur

Pour dire NON!

Crayons qui prolongez la pensée

Du cerveau allumé

Jusqu’à la feuille blanche;

Crayons qui mariez la pensée

De l’Orient

A celle de l’Occident

Et nous rappelez

L’égalité des hommes;

Crayons qui luttez contre l’impunité

Qui tue l’éclosion

De tous les possibles;

Crayons qui permettez l’explosion

Généreuse

De la culture et de la vie

De  toute société;

Crayons de l’humour qui libérez

La vérité de l’individu

Des passions morales et religieuses;

Crayons qui agrandissez le cercle

Des passionnés de l’écriture;

Crayons

Dès que je vous ai vus

Pointés vers le ciel

Au dessus de la statue,

De la République;

Crayons

Dès que je vous ai vus

Sur les épaules citoyennes

Avancer

Au milieu d’une forêt, de drapeaux

Flottants et jubilants

Aux quatre vents,

J’ai cru

En la victoire de la nation.

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In Memoriam

L’association culturelle franco-haïtienne « Pour Haïti » et la direction de la revue du même nom

ont appris avec beaucoup de tristesse et d’ émotion le décès du Dr Wisly Pierre survenu le19octobre 2015. Elles présentent leurs sincères condoléances à Marie-France Marchal, veuve du Dr Pierre, à ses enfants et amis proches et aussi à l’ association « Maison d’ Haïti ».

L’un des piliers de cette association et grand ami du disparu, le Dr Daniel Talleyrand, a bien voulu nous  en parler.

« Dr Wisly Pierre , notre ami, âgé de 64 ans, nous a quittés en cette fin d’ année 2015 à Paris,

Né en Haïti dans le département de l’Artibonite où il fit ses études primaires et secondaires, il a mené une vie familiale heureuse. Planteurs, ses parents ont pu, grâce au travail de la terre, offrir à leurs enfants une vie digne, honnête et leur servir de modèle. Wisly s’est toujours plu à rappeler son origine paysanne.

C’est en Belgique, à l’Université libre de Bruxelles (ULB) qu’il a étudié la médecine et fut diplômé avec mention. C’est en Belgique également qu’il rencontra et épousa Marie-France Marchal, infirmière.

Rentrés tous deux en Haïti, ils y restèrent trois ans à accorder leurs bons soins à la population locale. Dr Pierre envisageait aussi la création d’un programme intitulé : Bronzer utile dans lequel ses collègues venus d’ Europe pour les vacances, assureraient bénévolement, le matin, des consultations et pourraient consacrer l’ après midi à leurs loisirs. Il contribua à la création et à construction d’une école maternelle et primaire actuellement gérée par le Ministère de l’éducation nationale haïtienne.

De retour en Europe, le Dr Pierre et son épouse connurent une suite d’ événements heureux. Premièrement: Installation d’ un cabinet médical et développement d’une clientèle fidèle. Deuxièmement : création d’ une association franco-haïtienne dénommée «  Association Maison d’ Haïti ».

La clientèle :

Une formation professionnelle de qualité, une bonne éducation, un respect d’ autrui, son appartenance au monde paysan, ce dont il était très fier lui permettant une proximité bienfaisante avec ses compatriotes provenant du même territoire que lui, une ardeur au travail remarquable étaient autant d’ armes précieuses dans son carquois.

C’est avec la même simplicité qu’il accueillait ses patients étrangers. Il devenait de jour en jour un appui précieux et fort apprécié de ces patients de la diaspora toujours en quête de reconnaissance et de considération.

Association Maison d’ Haïti :

Créée en 1997, elle devrait être un local accueillant où les Haïtiens pourraient se rencontrer, discuter de leurs problèmes, se distraire et redécouvrir les bons plats d’ Haïti, son histoire, sa géographie, ses arts florissants. Cette structure enfin trouvée, mais en piteux état, fut entièrement rénovée, nettoyée et entretenue par Wisly et ses amis. Peinture, carrelage, maçonnerie, aucun des travaux ne lui était étranger. Intellectuel et manuel, tel était notre compatriote artibonitien qu’aurait apprécié le roi Christophe.

Excellent manager et animateur, il suscita des activités précieuses telles que : « Allo, Docteur » et les dîners-débats mensuels.

Son départ nous a profondément affectés.

Homme de cœur et de foi , le Dr Wisly Pierre demeure pour nous le père fondateur de la Maison d’ Haïti nous laissant ainsi orphelins. »

Dr Daniel H.Talleyrand

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URGENT

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s abonné(e)s,

Nous constatons que certain(e)s d’entre vous n’ont pas honoré leur abonnement depuis un certain temps. Nous vous disons que votre soutien est indispensable pour la poursuite de cette aventure qui dure depuis 27 ans déjà.

Nous reconnaissons votre fidélité de plus d’un quart de siècle et nous comptons sur votre compréhension par rapport à cette petite note.

Direction de Pour Haïti


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n° 90 – 3ème tri. 2015

SOMMAIRE :

Editorial 3

L’année 2015 et la République d’Haïti 3

Faits internationaux 4

Migrants ou réfugiés 4

Rapprochement des États-Unis d’Amériques et de Cuba 4

L’Iran/ la Perse: la République Islamique d’Iran 5

Actualités Haïtiennes 5

Elections 5

Les pages du CIDIHCA 6

Hommage à Paul Dejean 6

La future Maison d’Haïti de Montréal 7

Histoire 7

Les 100 ans de l’occupation américaine 7

La République Dominicaine : un Casus belli 13

Jean-Jacques D. AMBROISE et Mario RAMEAU 15

Libre Opinion 19

Le droit à la langue maternelle dans la francocréolophonie haïtienne 19

MEDECINE 21

Thèse de Madame MOISSET 21

Arts et Lettres 24

Poésie 24

Livres à lire 33

b.Géographie du développement local et politiques diasporiques 35

b.i.16.Vie Associative 36

c.Projet pour les NIPPES 36

d.GRAHN 37

APECE 40

Apprends-moi à la Maison de l’Amérique Latine 40

IN MEMORIAM 42

Guy LAVAUD 42

Domestoire S. JEAN-FRANCOIS 43

Marie PIERRE-LOUIS, née FILS-AIME 43

Max Gesner BEAUVOIR 43

Divertissement  Mathématique 43

SUDOKU de PH n°90 44

Correction PH n°89 44

Editorial

L’année 2015 et la République d’Haïti

La première guerre mondiale de 1914-1918 entrait dans sa première année. Le théâtre principal se trouvait en Europe avec des incidences en Afrique et dans le Caucase. Les États-Unis d’Amérique n’y étaient pas encore impliqués, mais ils suivaient attentivement son déroulement. Le 28 juillet 1915, dans la nuit, des troupes américaines (les Marines) du bateau de guerre « Washington » débarquèrent à Port-au-Prince. Ainsi, l’occupation  militaire, administrative, financière et économique de la République d’Haïti venait de commencer. Le prétexte fut la mort du président haïtien en exercice, Vilbrun Guillaume Sam, massacré par une foule en colère. Les forces d’occupation américaines mirent en pratique tout de suite leur politique de répression. La première victime de cette volonté répressive fut le jeune soldat, Pierre Sully âgé de vingt-et-un ans, qui refusa de céder aux Américains le poste militaire haïtien où il se trouvait. Les occupants américains y restèrent en Haïti jusqu’ en 1934.

L’opposition à l’occupation américaine se renforçait, s’intensifiait, au fur et à mesure que les exactions et les répressions contre le peuple haïtien s’amplifiaient. Les résistants et combattants (des paysans armés du Nord dénommés : les Cacos) se sont mobilisés militairement par milliers sous la direction de deux patriotes : Charlemagne Péralte, et Benoît Batraville. L’appel à la mobilisation contre l’occupation américaine a été lancé et soutenu par les représentants des groupements politiques de toutes tendances et, en particulier, par le président de l’Union Patriotique. Les Cacos et leurs chefs furent massacrés sans pitié. Le 28 juillet 2015 marque l’anniversaire des cents ans de cette occupation barbare et sanglante. Cette ignominie aurait dû donner lieu à des manifestations grandioses dans tout le pays. Malheureusement les autorités haïtiennes actuelles préféraient regarder ailleurs. Quant aux autres composantes de la société haïtienne, plusieurs ont répondu positivement à l’appel de la Société haïtienne d’histoire et de géographie (SHHG) portant fermement le drapeau de la remémoration des 100 ans de cette occupation.

Le pouvoir en place depuis 2011 n’a pas voulu organiser des élections sénatoriales, départementales, locales et municipales ou n’a pas su qu’il fallait en organiser. Par exemple, le Sénat est soumis au renouvellement par tiers, tous les deux ans. Le premier tiers n’a pas été renouvelé, ni le second. De fait, le Sénat s’est trouvé dysfonctionnel depuis décembre 2014. Ainsi le pouvoir exécutif se croyait en droit d’agir à sa guise. Malheureusement pour lui, les temps ont changé. La tentation autoritaire ou dictatoriale a été contenue par des mouvements importants et violents de contestation. En un mot, la République haïtienne est en crise. Pour éviter le pire, à la fin de l’année 2014, le président Michel Martelly, la communauté internationale et les forces politiques haïtiennes se sont mis d’accord sur la mise en place d’un gouvernement d’ouverture ou de coalition (de transition, dans les faits) et d’un Conseil électoral provisoire (CEP). Le (CEP) a vu le jour au début de l’année 2015 ainsi que gouvernement de coalition. En ce qui concerne les élections, le rôle de la communauté internationale est primordial. Car, c’est elle qui financera prioritairement ces élections qui se tiendront en trois étapes. La première étape a eu lieu le 9 août 2015 et elle concerne les élections législatives et sénatoriales. Cette première étape est diversement appréciée par les protagonistes. Certains dénoncent avec véhémence des élections frauduleuses et parlent de coup d’état en faveur d’un secteur du pouvoir. Ils demandent l’annulation purement et simplement  des élections du 9 août. Les autres, au contraire, reconnaissent des cas de fraude, de sabotages de violence et de dysfonctionnements regrettables dans plusieurs endroits. Mais, ils souhaitent la poursuite du processus et la correction des défauts et des erreurs qui ont été enregistrés.

La division de la société nationale rend Haïti vulnérable par rapport à la République dominicaine où il existe un anti-haïtianisme sur une base xénophobe et raciste. Le gouvernement dominicain est en droit de contrôler ses frontières et exiger des étrangers les documents nécessaires pour les franchir. Vouloir rendre apatrides des milliers de citoyens dominicains du fait que l’un de leurs parents serait d’origine haïtienne depuis 90 ans est contraire aux droits de l’homme. Les autorités dominicaines devraient y réfléchir sérieusement.

L’année 2015 est problématique pour les Haïti. Elle l’est également pour les Européens avec l’afflux des réfugiés (migrants) syriens, irakiens, afghans, érythréens, etc, victimes des guerres, des violences et des crises diverses au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Peut-on ignorer que de grands mouvements migratoires ont jalonné l’histoire de l’humanité ?

Paul Baron

Faits internationaux

Migrants ou réfugiés

La question syrienne et ses conséquences

Le mois de septembre 2015 est, comme on dit, historique en Europe du fait de l’afflux en nombre des hommes, des femmes et des enfants arrivant du Proche-Orient, du Moyen-Orient et de l’Afrique essentiellement. Qui sont ces hommes considérés d’emblée comme des envahisseurs de l’Europe, de l’Union Européenne (U.E.). Ce sont des Irakiens, des Afghans, des Africains et surtout des Syriens. Ces hommes et ces femmes avec leurs enfants fuient la guerre civile, les persécutions, les violences, le chaos, en Afghanistan en Érythrée et les horreurs et la barbarie de Daesh (de l’État islamique) en Syrie et en Irak.

La panique et  la xénophobie d’État

Depuis 2011, la Syrie de Bachar-Al-Assad est secouée par un mouvement de révolte qui s’inscrivait dans la logique du printemps arabe, lequel a triomphé en Tunisie, en Egypte…

Quatre années après, le dictateur syrien est toujours en place et l’opposition syrienne se trouve divisée et affaiblie. La répression exercée par le régime de Bachar-Al-Assad a atteint des sommets dans l’horreur et a conduit à « un sauve qui peut » généralisé dans le camp des opposants syriens. Ils se sont réfugiés en Jordanie (800 000 environ), au Liban (environ 900 000) et en Turquie (plus d’1 million) et se sont retrouvés dans des conditions exécrables. La zone Europe pourrait  offrir des conditions meilleures de vie  à ces migrants-réfugiés, surtout à leurs enfants.

Dans un premier, ils recouraient au service de passeurs criminels qui les promettaient des visas européens et des emplois dans les pays d’accueil. Ces passeurs leur vendaient des places très chères sur des bateaux poubelles afin d’atteindre l’Europe via l’Italie, au départ de la Libye. En fait, ces bateaux étaient de vrais cercueils navigants. La moitié d’entre ont péri pendant la traversée. Le monde entier ne tardait pas à s’émouvoir. Des mesures contre ces trafics sordides ont été prises avec succès.

Quand les bateaux italiens surtout, récupéraient les corps des noyés, hommes, femme et enfants, dans la Méditerranée et dans la mer Égée, la question de leur religion ou de leur pays d’origine ne se  posait pas. Faut-il croire que les frontières de l’Europe sont ouvertes surtout aux  cadavres des autres, parce qu’ils n’incarnent ni religion, ni nationalité et n’impliquent aucune assistance économique, culturelle et sociale.

Dans un second temps, refusant l’optique d’une mort très probable par noyade contre paiement, ces hommes et ces femmes avec leurs enfants ont choisi de marcher vers l’Europe du Nord et de prendre d’assaut les frontières extérieures de l’Espace Schengen. Ils ont constitué ainsi des colonnes compactes et pacifiques avançant vers les pays de l’Union Européenne (U.E.) pensant qu’ils seraient accueillis avec une certaine bienveillance. Les Européens ont réagi brutalement et violemment  non seulement en parole mais aussi dans les faits. Ils considèrent ces migrants comme des envahisseurs  barbares en tenant un discours xénophobes, racistes et méprisants. La Hongrie n’a pas hésité un seul instant pour indiquer à ces malheureux migrants qu’ils étaient  « personae non gratae » sur son territoire. La Slovaquie, la République Tchèque et la Roumanie, à l’exemple de la Hongrie, ont  affiché leur xénophobie au grand jour et leur manque d’humanité. Deux arguties évoquées sont : l’islamisation de l’Europe et la perversion de la race  « européenne ».

En France, les vociférations de la droite dure paraissaient désespérantes. On se demandait même si elle n’allait pas pousser la provocation à son paroxysme, jusqu’à l’affrontement.

D’ailleurs, la Hongrie proche n’en était pas loin. Mais, la prise de position favorable de la Chancelière allemande, de son gouvernement et une partie de la société allemande à l’accueil des réfugiés a redoré le blason l’UE. L’Allemagne d’Angela Merkel ne veut ni barbelés, ni panzers, ni les canons à eau. Elle a ouvert ses frontières et ses portes pour accueillir des victimes de la guerre, des persécutions et des violences de toutes sortes avec des miches de pain, des boissons fraîches et des sourires francs. L’Autriche a rompu quelque peu avec son passé en montrant sa grande compréhension face aux réfugiés-migrants. Mme Merkel a confirmé sa volonté d’accueillir 800 000 réfugiés ou migrants en y mettant les moyens financiers.

La France « socialiste » qui hésitait, a pris en marche le train de la solidarité en dépit de la violence dans les propos de son opposition de droite.

La grande majorité des réfugiés-migrants sont des Syriens. En 2013, d’après le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), 90% des 4 millions des déplacés syriens sont des réfugiés. La guerre civile syrienne dure depuis 4 ans déjà. La population vivant en Syrie actuellement serait de 16,5 millions d’habitants au lieu de 22, 85 millions. Les victimes du pouvoir syrien et de son dictateur Bachar Al-Assad s’élèveraient à 600 000 personnes. La République arabe syrienne est une société ou un conglomérat de peuples que les spécialistes européens et américains n’ont pas pris la peine d’analyser. Certaines oppositions comme celles entre les Chiites et les Sunnites sont minimisées et considérées comme mineures au prétexte qu’ils appartiennent à la même religion: l’Islam. D’autres composantes de la société syrienne comme les chrétiens, les Kurdes, les Alaouites, etc.., auraient un rôle mineur et leur poids dans la crise syrienne serait négligeable. Quant à l’État islamique, personne n’en veut réellement. Et pourtant, la grande coalition qui devrait faire obstacle à cette construction machiavélique a du plomb dans l’aile. Les soutiens de la Syrie et de Bachar-Al-Assad sont essentiellement la Russie et l’Iran. On connaissait l’hostilité des pays arabes de la région à la Syrie et à son président. La France de François Hollande se place sur une ligne dure à propos de la Syrie qui n’exclut pas un regain de tension avec la Russie de Poutine.

Jusqu’où veut-on aller ?

Paul Baron

Rapprochement des États-Unis d’Amériques et de Cuba

Cuba Si ; Yankee No. Nous vaincrons !

Il a fallu 55 ans pour apurer les grandes divergences entre l’impérialisme américain et la révolution castriste cubaine. Lorsque les révolutionnaires cubains (les barbus) ont pris le pouvoir en 1959 à la Havane, capitale de Cuba, personne ne s’attendait à une épreuve de force qui durerait plus d’un demi-siècle. Les Américains ne pouvaient imaginer une période de résistance et de combativité aussi longue compte tenu des forces dont ils disposaient et de leur détermination à réduire à sa plus simple expression cette mascarade de révolution. Les anticastristes croyaient fermement à l’anéantissement du castrisme fort de l’appui militaire américain et de leur engagement propre. Les révolutionnaires cubains et Fidel Castro ne s’attendaient pas, de la part des Américains, à cette ahurissante hostilité. Les deux peuples se connaissaient bien et ils étaient deux peuples amis

Comment assurer la survie de la révolution cubaine ?

Cette révolution généreuse s’était construite sans idéologie véritable, si ce n’était que contre la dictature de Batista, contre les injustices et la corruption, pour le bien-être et un avenir meilleur pour tous à Cuba. Les castristes ont été surpris et scandalisés par l’opposition frontale et systématique des Américains aux nationalisations des entreprises américaines en 1961.

D’abord, Cuba fut chassé de l’Organisation des États américains (OEA) le 25 janvier 1962 à la faveur de la Conférence de Punta del Este (Uruguay). Ensuite, le 23 février 1962, les États-Unis d’Amériques décrétèrent l’embargo total de Cuba. Ce fut un embargo économique, commercial et financier de ce pays entraînant du même coup la rupture des relations diplomatiques, scientifiques, culturelles et humanitaires entre les deux pays.

La réaction des dirigeants cubains s’inscrivait dans une logique de survie : obtenir de l’aide du camp socialiste.

La fin de la guerre froide

Le peuple cubain et ses dirigeants allaient payer un lourd tribut à la guerre froide en dépit du soutien des pays socialistes, plus particulièrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et de la République Populaire de Chine (RPC).

Mais la guerre froide, depuis la disparition de l’URSS (1991) s’est estompée. Cependant Cuba restait encore sous embargo américain et le peuple cubain continuait à manquer de tout et à vivre en autarcie. Le monde entier s’est rendu compte que la situation faite à la République cubaine était anachronique. La révolution cubaine ne menaçait personne, ni aucun État. Cuba, malgré ses faibles moyens, proposait un modèle de développement qui pourrait être profitable à de nombreux pays en voie de développement. Toutefois, il a fallu des circonstances nouvelles comme la fin de la guerre froide et des hommes de bonne volonté et d’une clairvoyance exceptionnelle comme Barack Obama et Raúl Castro pour que le rapprochement entre Cuba et les USA se produisît. On a assisté à la reprise du dialogue entre les deux chefs d’État; le rétablissement des relations diplomatiques, économiques et financiers entre les deux pays. C’est ainsi que le 14 décembre 2014, le drapeau étoilé des États-Unis d’Amériques a de nouveau flotté sur la Havane et le drapeau cubain sur Washington.

Le plus surprenant dans tout cela, c’est l’appel commun de Barack Obama et de Raúl Castro du 29 septembre 2015 demandant la levée du blocus de 50 ans de Cuba dans le cadre du 70ème anniversaire des Nations Unies.

Cuba Si ; Yankee si. Nous nous accommoderons !

L’Iran/ la Perse: la République Islamique d’Iran

La Perse ou l’Iran est un pays de l’Asie de l’Ouest de plus de 80 millions d’Habitants et d’une superficie de 1 648 195 km². Ce pays a une frontière commune avec les pays suivants : l’Afghanistan, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Irak, Pakistan, le Turkménistan et la Turquie.

La révolution iranienne a changé la donne en Asie de l’Ouest et au Moyen-Orient. L’Iran n’était-il pas devenu le grand Satan depuis l’année 1979 et surtout en affichant sa volonté de devenir une puissance nucléaire ? La communauté internationale perçoit très mal le rôle d’un Iran détenteur de l’arme nucléaire et a signifié fermement aux autorités iraniennes leur opposition à leur programme nucléaire. C’est ainsi que depuis 12 ans, les relations entre la communauté internationale et l’Iran étaient très tendues. L’Iran était soumis à une série de sanctions qui ruinait son développement économique, scientifique et social, nuisait à ses relations commerciales, diplomatiques et culturelles. La République islamique d’Iran  vivait en quelque sorte un blocus international qui faisait penser à celui de Cuba. L’arrivée à la présidence de l’Iran le 4 avril 2013 de Hassan Rohani, le réformateur, a changé la donne dans les relations de l’Iran et les grandes puissances sur son dossier nucléaire. Après de longues négociations à Vienne (Autriche) entre les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne) et l’Iran, un accord a été trouvé le 14 juillet 2015 pour résoudre cet épineux dossier nucléaire. La levée des sanctions internationales est sur le point d’être effective. La république Islamique d’Iran va retrouver sa place sur le plan international. C’est tant mieux. A bas la guerre !

Actualités Haïtiennes

Elections

Haïti : le 9 août 2015, la mauvaise surprise ou le fiasco électoral

Pouvait-on s’y attendre ?

Le 9 août 2015, dès le début du scrutin, hélas, le vent du naufrage des élections législatives et sénatoriales a soufflé dans les bureaux de plusieurs départements. Mais, on pensait à des manquements mineurs typiques des pays moyennement développés comme : Ouverture en retard du bureau, matériel de vote incomplet, des électeurs mal orientés, absence de feuille d’émargement, etc. Un peu plus tard dans la journée, on s’est aperçu que la situation est franchement mauvaise. La violence s’est installée dans 40% des départements entraînant la destruction des centres et des bureaux de vote. Dans d’autres départements, ce sont des irrégularités qui ont été observées telles que bourrage des urnes, absence de feuille d’émargement et des représentants des partis et mouvements politiques inscrits officiellement, mauvaise orientation des électeurs. Et, à la fin de la journée, la colère, la déception, la frustration et la consternation se sont instaurées. Face à cette situation chaotique, de nombreux électeurs se sont trouvés dans l’impossibilité de voter. Pourquoi ce premier tour des élections législatives et sénatoriales est-il devenu un vrai cauchemar, une mascarade? A qui la faute? Le Conseil électoral provisoire (CEP ou KEP) présidé par Pierre-Louis Opont est montré du doigt ainsi que le camp de Michel Martelly par ceux qui réclamaient surtout le départ du président et la formation d’un gouvernement de transition.

Faire sauter le verrou Martelly

D’après eux, pour qu’il y ait des élections correctes, honnêtes, démocratiques et inclusives, il faut la démission du président Martelly, la formation d’un gouvernement de transition et la mise en place d’un nouveau Conseil électoral provisoire. Les partisans de cette ligne ont la mémoire courte et ne tiennent aucun compte des expériences antérieures. Le Conseil électoral provisoire mis en place le 21 janvier 2015 est le fruit d’une grande et longue concertation. Il est l’émanation des secteurs les plus performants de la société haïtienne. Les conseillers sont des personnalités bien connues de tous ceux qui s’occupent des affaires politiques haïtiennes. Leur sérieux et leur dévouement n’étaient pas mis en cause.

Le CEP et la suite des événements

Des partis ou des mouvements politiques opposés à la ligne précédente ciblent également le CEP en lui demandant d’assumer ses responsabilités. Le CEP et son président doivent prendre les mesures qui s’imposent à l’égard de tous ceux qui ont saboté les élections du 9 août par la violence, par la destruction du matériel, des centres, des bureaux de vote et par le bourrage des urnes. Dans plusieurs pays dits moyennement développés, les élections ne se déroulent pas toujours correctement. Elles peuvent déboucher sur des affrontements armés faisant plusieurs centaines de morts. La Côte d’Ivoire en est une illustration  ainsi que la Guinée Conakry. Il se trouve que la grande majorité des politiques haïtiens, arrivée au pouvoir, souhaite y rester le plus longtemps possible. Elle veut bien organiser des élections, mais pour les remporter par tous les moyens. Elle ne peut organiser que des élections truquées, antidémocratiques et pourries. Cela se mesure aussi par le fait que les candidats, même quand leur nombre est démentiel pour un poste de sénateur, de députés ou pour la présidence du pays, ne conçoivent pas qu’ils puissent être battus. Le 9 août et le 25 octobre 2015, il s’agit d’élire 119 députés et 20 sénateurs. Les candidats à la députation sont au nombre de 1249 et au sénat 178. En d’autres termes, ils privilégient, les uns, les autres, les moyens de faire un coup d’état ou d’arriver au pouvoir frauduleusement et avec la bénédiction de la communauté internationale et du pouvoir en place. Ces élections du 9 août 2015 ont présenté tous les défauts que l’on ne cesse de dénoncer et de vouloir combattre par tous les moyens. Ces élections, tant attendues, sont caractérisées par une très faible participation des électeurs (18%, d’après le CEP) par une somme de violences inconcevables, par des fraudes massives et par une organisation administrative et technique défaillante. On peut déplorer la piètre mobilisation des partis et groupements politiques haïtiens et celle de la société civile. Elles étaient dans les faits ni libres, ni honnêtes, ni démocratiques.

Les résultats officiels préliminaires

Les résultats officiels publiés par le Conseil Électoral Provisoire (CEP ou KEP) le 20 août 2015 confirment tous les défauts mentionnés plus hauts tels que: des violences excessives, des irrégularités massives, des fraudes grossières, aucun respect des règles élémentaires de vote, etc. Ces résultats permettent de voir, par la même occasion, les départements et les zones où le premier tour de ces élections sera repris le 25 octobre 2015, date du premier tour des élections présidentielles. Ils indiquent qu’il y aurait très peu d’élus au premier tour et ainsi une  grande majorité de candidats serait éliminée. Soit 1169 personnes dont 1031 à la députation et 138 au sénat). Pourquoi en est-il ainsi? Où se trouvent les responsabilités? Comment réaliser des élections éminemment politiques dans un pays où les partis politiques n’existent le plus souvent que dans l’imaginaire de leur président ou de leur représentant à vie? Les différents acteurs, à tous les niveaux, sont responsables. Les autorités haïtiennes, les chefs des partis et des mouvements politiques, les autorités religieuses, la société civile, les représentants patronaux, les dirigeants des organisations des droits humains, le mouvement syndical, le monde universitaire et surtout la communauté internationale qui se préoccupe de montrer à son opinion publique qu’elle œuvre en Haïti pour la démocratie, l’état de droit et la justice sociale. Est-il possible d’organiser de bonnes élections dans un pays placé sous tutelle ? Est-il possible d’avoir de bonnes élections sans souveraineté? Est-il possible d’organiser des élections libres, honnêtes, démocratiques, inclusives financées par des pays-tiers soi-disant pays amis? Est-il possible d’avoir des élections honnêtes, régulières, démocratiques dans un pays rongé jusqu’ aux os par la corruption ? Le fiasco du premier tour des élections législatives et sénatoriales semble surprendre plus d’un. Les protagonistes n’ont tenu aucun compte des élections précédentes. La faible participation, le nombre exagéré de candidats et des résultats qui n’ont été que le fruit des magouilles et des faiblesses avérées d’une société. Mais, peut-être, il y a un combat à mener à l’occasion de ces élections, quel que soit la date à laquelle elles auront lieu ? C’est le combat pour une société moderne du 21ème siècle, plus juste, plus solidaire, plus démocratique et plus humaine.

Paul Baron

Dernière minute: Les résultats définitifs du premier tour des élections législatives et sénatoriales du 9 août 2015 rendus publics le 27 août 2015 font état de deux sénateurs élus sur 20 et de 8 députés sur 119.

Les pages du CIDIHCA

La future Maison d’Haïti de Montréal

La Maison d’Haïti prend une nouvelle allure … Après un temps qui nous a paru trop long, débuteront enfin les travaux du nouvel édifice. C’est donc grâce à l’appui de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec Secrétariat de la région métropolitaine, au soutien de la Caisse d’Économie Solidaire Desjardins, la Fiducie du chantier de l’économie sociale et l’engagement de la Société de Développement Angus et des architectes Rayside Labossière que ce projet prend forme.

Fondée en 1972 par un groupe de jeunes professionnels haïtiens afin d’accueillir des compatriotes fraîchement arrivés à Montréal, la Maison d’Haïti est devenue aujourd’hui un point d’ancrage incontournable, puisqu’elle offre maintenant  annuellement des services d’intégration, d’éducation et d’activités culturelles à plus de 5000 personnes de toutes origines!

Déjà espace de vie, la nouvelle Maison d’Haïti sera de plus un lieu de développement et de diffusion culturel bref, un lieu de référence pour l’ensemble de la communauté montréalaise.

Nous sommes très fiers de souligner ce nouveau départ et serons heureux d’accueillir toute la communauté montréalaise dans un an dans nos nouveaux locaux. Affirme Marjorie Villefranche la Directrice générale de la Maison d’Haïti

Un nouvel édifice au style contemporain, sécuritaire et respectueux des plus hautes normes environnementales. La nouvelle Maison d’Haïti, avec ses bureaux fermés et ses salles d’activités adaptées aux besoins des usagers, offrira à davantage de personnes l’accès à des outils pour développer leurs compétences dans un cadre accueillant.

Un espace de vie : Foyer, café-bistro, jardin caraïbes, salle de réunion, ateliers modulables, halte-garderie, salle d’ordinateurs

Un espace de travail : Bureaux administratifs et salle des employés

Un espace culturel : Une salle de diffusion multifonctionnelle de 200 places

Votre contribution est importante!

Histoire

Les 100 ans de l’occupation américaine

Port-au-Prince, le 24 juillet 2015

Une année de manifestation

La Société Haïtienne d’histoire, de géographie et de Géologie se réjouit de l’état d’esprit qui se développe dans la communauté haïtienne  à la veille du centenaire de la désastreuse intervention américaine en Haïti, le 28 juillet 1915.

La Société haïtienne d’Histoire de géographie et de géologie se joint à ce concert de voix et de cris, afin de saluer cette volonté générale de remémoration de l’occupation américaine qui a tant changé notre Pays.

La Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie juge que l’occasion est enfin arrivée de procéder à une évaluation subjective et objective  des relations tissées  depuis cent ans déjà avec cette grande nation et nous.

Car, en 1915, les États-Unis d’Amérique étaient encore une puissance régionale, qui s’est peu après le Seconde Guerre Mondiale, transformée en une puissance planétaire dont a profondément  perturbé l’évolution des peuples comme le nôtre.

Toutefois la Société Haïtienne d’Histoire de Géographie et de Géologie, fidèle à sa vocation, sa mission et en référence aux circonstances à l’origine de sa fondation, tient à rappeler que depuis le 17 décembre 2014 (correspondant au centenaire du débarquement d’un commando de marines qui ont procédé à la confiscation des réserves d’or de la Banque Nationale de la République d’Haïti), elle avait déjà annoncé, lors de la présentation des membres du Comité National du Centenaire, les différentes dispositions arrêtées pour cette remémoration.

Dès maintenant, la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie est en mesure d’informer la presse et le public en général, le programme prévu pour la journée du mardi 28 juillet 2015 et celui devant couvrir toute l’année pour s’arrêter en novembre 2016.

Programme du mardi 28 juillet 2015

  • Minute de recueillement devant le Pénitencier National en souvenir des prisonniers politiques massacrés avant le débarquement américain (9 h AM)
  • Visite à Bizoton à la Base navale Amiral Hammerton Killick (10 h AM). Sonnerie aux morts.
  • Pèlerinage au site où se trouvait l’Arsenal pour honorer la mémoire des défenseurs de cette place. Sonnerie aux morts (11 h AM).
  • Offrandes florales devant la maison des anciens présidents de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie Roger Gaillard et Alain Turnier et du vice-président Georges Corvington en hommage à leurs travaux consacrés à cette période. Minutes de recueillement (entre midi et 3 heures).
  • Offrandes florales devant la maison de l’ancien président d’honneur de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie et ancien président de la République d’Haïti Leslie F. Manigat en hommages à ses travaux sur l’occupation américaine d’Haïti (entre midi et 3 heures).
  • Exposition à travers certaines rues de Port-au-Prince (images et textes de l’époque de l’occupation américaine d’Haïti).
  • Exposition de photographies au local de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie présentant différents aspects et figures historiques de l’époque (ouvert au public durant toute la journée).
  • Spectacle (musiques, poésies, slam) au local de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie à partir de 5 heures. Adresse : 28, rue Chériez (Port-au-Prince).

Programme du 28 juillet 2015 à novembre 2016

  • Pèlerinage sur les grands lieux de mémoire à Port-au-Prince : offrandes florales, pose de plaques ou érection de monuments en hommage aux grandes figures de cette époque (Gérard Jolibois Fils, Georges Sylvain, Élie Guérin, Ernest Chauvet, Jean Price Mars, Catts Pressoir, Edmond Mangonès, Antoine Pierre-Paul, Georges Petit, Jacques Roumain, etc.).
  • Pèlerinage sur les grands lieux de mémoire de la province : offrandes florales, pose de plaques ou érection de monuments en hommage aux grandes figures de cette époque : Horace Pauléus Sannon / Cayes et Pétion-Ville ; Rameau et ses troupes à Fort Rivière ; Pierre Sully à Aquin ; Mizraël Codio à Fonds Verettes et Mont-Organisé ; Charlemagne Péralte à Sainte Suzanne, à la Prison du Cap-Haïtien, Hinche et Chabert ; Benoît Batraville à Savanette et Cimetière de Mirebalais.
  • Plaques d’honneur et mérite : Aux membres d’honneurs de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie, encore vivants, ayant travaillé sur cette époque (Suzy Castor et Claude Moïse).
  • Réalisation de documentaires consacrés aux lieux de mémoire et aux acteurs : Chabert ; Damien ; Marchaterre ; Fort-Rivière ; Fort-Capois ; Raymond Cabêche ; Charlemagne Péralte ; Benoît Batraville ; Élie Guérin ; Rosalvo Bobo ; Rameau ; Germain Chéry ; Antoine Pierre-Paul
  • Conférences, colloque international, journées d’études, tables-rondes, débats dans les médias sur divers aspects de l’occupation américaine d’Haïti
  • Présentation d’une brochure qui est une chronologie des différents événements ayant marqué la période de l’occupation américaine d’Haïti. Distribution de cette brochure dans les écoles haïtiennes.
  • Production de bandes dessinées sur l’histoire de l’occupation américaine racontée aux enfants haïtiens
  • Réédition et publication d’ouvrages consacrés à la période de l’occupation américaine d’Haïti

Ce programme sera graduellement exécuté. Pour ces différentes activités, la presse et l’opinion publique seront régulièrement informées.

Liste des partenaires du comité national de remémoration du centenaire de l’occupation américaine d’Haïti

  • Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie SHHGG;
  • Centre de Recherche et de Formation Économique et Sociale pour le Développement (CRESFED) ;
  • Fondation Roger Gaillard (FORG)
  • Société Capoise d’Histoire et de Protection du Patrimoine ;
  • Université d’État d’Haïti (UEH) ;
  • Université Quisqueya (UNIQ) ;
  • Centre Culturel Anne-Marie Morrisset (CCAMM) ;
  • Fondation Culture et Liberté (FOKAL) ;
  • Fondation UNIBANK ;
  • Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) ;
  • Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN).

Personnalités impliquées dans les provinces :

  • M. Antoine Éliacin (Jérémie) ;
  • Docteur Michel Thozin (Jacmel) ;
  • Professeur Louissaint Pierre (Jacmel) ;
  • M. Michelet Divers (Jacmel) ;
  • Me Marie-Carmelle Beaulieu (Jacmel) ;
  • Frantz Voltaire (Montréal) ;
  • M. Wenchel Jean-Baptiste (Cayes) ;
  • M. Fritz Jean (Sainte-Suzanne).

Quelques exemples de dates significatives pour juillet à septembre 1915

28 juillet : Joseph Pierre, sentinelle à l’Arsenal, est tué par les forces d’intervention américaine.

1 août : Départ de la Commission de Paix, à bord du Jason. Membres : Mgr. Conan, l’ex-président Légitime, MM. Zamor, Polynice, Chevalier (ce dernier comme interprète), le lieutenant Coffey, représentant de l’amiral, et ayant le titre de chairman de la Commission.

2 août : Caperton prévient la Navy que l’Assemblée Nationale haïtienne, terrorisée par les Cacos, est prête à élire Bobo. Il ajoute qu’il est indispensable de « briser le pouvoir des Cacos, si l’on veut négocier un traité pour le contrôle financier d’Haïti ».
Dartiguenave annonce qu’il est candidat à la présidence.
Le chef caco Joseph Dessources, déposé en prison sur ordre du Comité révolutionnaire de Port-au-Prince, est relaxé par un officier américain. Cette intervention directe dans les affaires haïtiennes, présentée comme l’opposition à un abus de pouvoir, est bien accueillie par l’opinion.

Le Jason arrive au Cap.

3 août : Un émissaire de la Commission remet à Terrier-Rouge, au général Bobo, une lettre dans laquelle la Commission l’invite à la rencontrer.
Charles Zamor, à Bord-de-Mer-de-Limonade, prie le chef caco Antoine Morency d’exhorter, de sa part, Rosalvo Bobo à accepter les propositions de la Commission de Paix.

Télégramme de Caperton à la Navy : « Le temps est venu pour le règlement de la question haïtienne ; pour que ce règlement soit définitif, et pour que le gouvernement d’Haïti par la terreur et fa révolution puisse cesser, on doit écraser les bandes cacos ».

4 août : Au Cap-Haïtien, à 6 heures du matin, le Eagle, repousse à coups de canon des troupes bobistes qui, à partir de Petite-Anse, voulaient rentrer dans la ville.

Bobo confère à Caracol avec la Commission de Paix. Il est entendu que le leader ira à Port-au-Prince, discuter avec Caperton des moyens de rétablir la paix et l’ordre.

Euphorie au Cap : les consulats se vident de leurs réfugiés ; on crie dans les rues : « Vive Bobo ! vive cacos ! » Blot et les autres généraux vilbrunistes quittent le Cap pour Monte-Cristi, par le Pacifique ; les soldats se réfugient à l’évêché, tandis que les marines américains débarquent pour protéger la ville.
Le Connecticut débarque à Port-au-Prince cinq compagnies de marines, soit 528 enrôlés.
Les Casernes Nationales sont occupées ; la porte d’entrée a été forcée, et le drapeau national foulé aux pieds.

5 août: Entrée triomphale de Bobo au Cap. Il accepte de prendre place à bord du Jason pour se rendre à Port-au-Prince et conférer avec Caperton.
L’assemblée nationale convoque ses membres pour le 7 août, dès l’arrivée de Bobo À Port-au-Prince, pour élire le président de la république. Sur ordre de Caperton, la séance est ajournée.

Le Fort National est saisi par les marines.
Réunion (probablement ce jour-là) entre Beach et Dartiguenave chez Furniss. La rencontre se déroule sous la forme d’un tête-à-tête.

Caperton, dans un télégramme à la Navy, présente les caractéristiques des candidats Dartiguenave et Bobo. Il est souligné que ce dernier ne sera élu que sous la pression des cacos, et qu’alors les révolutions recommenceront. L’amiral recommande Dartiguenave.

6 août : Le bateau de guerre haïtien, Le Pacifique, est saisi, les marins licenciés.

Les cacos ont l’ordre de quitter la ville avant onze heures du matin. La mesure est appliquée.
Bobo arrive à Port-au-Prince, et, avant d’être autorisé à descendre à terre, rencontre Beach et Caperton sur le bateau-amiral. Il accepte de débander ses troupes, de renoncer à ses titres politiques et militaires, de renvoyer ses ministres.
Bobo débarque ; ovation du peuple de Port-au-Prince.
Beach est chargé de toutes les questions non-militaires à Port-au-Prince. La Légation allemande proteste. Le Matin titre en grande manchette : « L’occupation américaine ».

7 août: Visite de Bobo aux journaux, qui le félicitent de se présenter, en tant que citoyen, et non comme général d’armée, devant l’assemblée nationale.
À la Villa Sambour (avenue John Brown), Beach rencontre autour de Dartiguenave, des députés et sénateurs. Sa demande de cession du Môle Saint-Nicolas est mal accueillie. Il la laisse en suspens.

8 août: Arrivée à Port-au-Prince des 766 volontaires de l’ancien gouvernement Vilbrun. Ils avaient quitté le Cap le 6 août, à bord du Nord-Alexis. Caperton fait remettre à chacun dix gourdes et les licencie.
Beach met en présence, à la Légation américaine, sur un pied d’égalité, Dartiguenave et Bobo. Au cours de la conférence, Dartiguenave accepte de servir Bobo s’il est élu, tandis que Bobo annonce que si Dartiguenave est élu, il lui refusera tout concours.
Caperton télégraphie : « J’ai assumé le contrôle militaire à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien ».

9 août: Caperton prend possession de toutes les armes et munitions à bord du NordAlexis.
Caperton fait savoir au Comité révolutionnaire, à Simmond Frères et à la Banque Nationale, que le trésor haïtien doit être remis à la Banque Nationale d’Haïti.

9 août : Caperton publie une Proclamation du gouvernement américain au peuple haïtien, assurant que les États-Unis n’attenteront pas à la souveraineté nationale haïtienne. La Navy télégraphie à Caperton : « Le Département d’État préfère l’élection de Dartiguenave ».

10 août : Caperton autorise le bureau de l’Assemblée nationale à convoquer les députés et sénateurs pour le 12 août, afin d’élire le président de la République.
Le Matin annonce que Georges Sylvain a convoqué en son cabinet plusieurs citoyens pour former une ligue des patriotes.

11 août : Le Comité révolutionnaire dissout les Chambres, convoque une assemblée des comités pour l’élection d’un gouvernement provisoire de sept membres, constitué par les membres du Comité révolutionnaire ayant à leur tête Rosalvo Bobo.
Carpeton convoque le Comité révolutionnaire à la Légation américaine, et lui fait apprendre par Beach qu’il le dissout. La décision est accompagnée de menaces d’exécution sommaire au cas où elle serait violée.
Des mesures de sécurité exceptionnelles sont prises pour protéger les parlementaires.

Beach, au Ciné Parisiana réunit les sénateurs et députés, et leur lit la dépêche du State Deparment qui précise que le président élu devra accorder aux États-Unis le contrôle des finances haïtiennes
Bobo fait ses adieux à ses partisans.

12 août : Dartiguenave est élu président de la république.
Bobo se réfugie à la Légation britannique.

14 août : Le Nouvelliste annonce la fondation de l’Union Patriotique (président Georges Sylvain), qui se donne pour but de lutter contre l’occupation, par l’agitation à l’extérieur, et l’éducation patriotique du peuple de l’intérieur.

Fondation de L’Union Patriotique (président Georges Sylvain), qui se donne pour but de lutter contre l’occupation, par l’agitation à l’extérieur, et l’éducation patriotique du peuple à l’intérieur (Roger Gaillard). François Blancpain donne le 10 août comme date de fondation de l’Union Patriotique.
Télégramme de Caperton à la Navy : « Bobo est à la Légation britannique dans un état pitoyable ; je suis enclin à le croire fou » (insane). Carpeton estime que « Bobo est entièrement éliminé, pour l’instant, des rangs politiques haïtiens ». L’amiral reçoit de la Navy le texte de la Convention à imposer au gouvernement haïtien.

Premier cabinet de Dartiguenave (Mayard, Élie, Dornéval, Sansaricq, Sannon, Leconte).

15 août : Le texte de la Convention est acheminé à la Légation américaine. Dans l’après-midi, Bobo s’embarque sur l’Ab-del-Kader. Le Tennessee débarque un nouveau contingent de marines : automobiles et motos sont en nombre impressionnant.

16 août : Le colonel Waller assume le commandement des forces navales américaines à terre. Le colonel Eli K. Cole est transféré à la tête du Premier Régiment.

Bobo fait escale à Jérémie. Accueil émouvant de ses partisans.

17 août : Le colonel Cole est envoyé avec un bataillon du Premier Régiment au Cap-Haïtien. Il sera, en fait, gouverneur militaire de cette ville.

17 août : Des troupes américaines arrivent à Léogâne. François Borgia Charlemagne Péralte, commandant d’arrondissement, ne leur livre pas la ville, et se réfère à Dartiguenave.

Débarquement américain à Saint-Marc ; la ville est mise sous contrôle des « marines ».

Le chargé d’affaires américain fait parvenir à Dartiguenave le texte traduit en français de la Convention, en précisant que le traité doit être voté tel que, sans discussion, par les députés et sénateurs haïtiens.

18 août : La Navy donne l’ordre à Caperton d’occuper les douanes des villes suivantes : Jacmel, Cayes, Jérémie, Miragoâne, Petit-Goâve, Port-au-Prince, Saint-Marc, Gonaïves, Port-de-Paix, Cap-Haïtien.

20 août : Le colonel Waller prévient Le Matin : « Mettez-vous en garde contre ceux qui vous apportent de fausses nouvelles ; je serais en droit d’exercer des poursuites contre vous ».

23 août : Élie Guérin, directeur d’Haïti Intégrale, est arrêté chez lui, par quatre soldats américains, non porteurs de mandats, qui le conduisent au colonel Waller, lequel lui déclare qu’il doit désormais lui communiquer, avant publication, toute noter mettant en cause l’occupation. Puis il est relâché.
Le cabinet et le président menacent de démissionner si les États-Unis insistent sur la question du « contrôle des douanes ».

Bobo est en rade de Santo-Domingo. À la requête du ministre des États-Unis, le gouvernement dominicain l’oblique à continuer pour Santiago de Cuba, le prochain port que doit toucher son bateau.

24 août : Le ministre américain, après une rencontre avec le cabinet et le président, les trouve plus conciliants.

27 août : Le gouvernement haïtien remet à la Légation des États-Unis son propre projet de Convention. Ce projet est immédiatement jugé irrecevable.
Saül Péralte arrive au Cap-Haïtien et déclare qu’il a de l’influence pour obtenir le désarmement des Cacos. Dartiguenave l’invite à venir conférer à Port-au-Prince.

30  août : Le Matin annonce que Charles Maubert Cassy remplace Charlemagne Péralte aux habitants de Léogâne, Petit-Goâve et Grand-Goâve.

31 août : Publication d’une lettre d’adieu de Charlemagne Péralte aux habitants de Léogâne, Petit-Goâve et Grand-Goâve.

Rosalvo Bobo arrive à Santiago de Cuba.
Arrivée à Port-au-Prince, venant de Monte-Christi et du Cap-Haïtien, de l’ex-président Davilmar Théodore, du général Blot, du général Saül Péralte.

1er septembre : L’occupant assure le contrôle total sur les douanes de toutes les provinces d’Haïti.

2 septembre : Une escouade de marines prend possession des douanes de Port-au-Prince. Dartiguenave proteste. Le ministre américain confirme la décision. Le ministre haïtien des finances Émile Élie, dans un avis, avertit les fonctionnaires des douanes qu’il désavoue toute aide ou assistance que ces derniers donneront à l’occupant.

3 septembre : Caperton proclame sa loi martiale, et précise : « Je suis investi du pouvoir et de la responsabilité du gouvernement dans toutes ses fonctions et dans toutes ses branches ».

4 septembre : Le capitaine Williams, grand-prévôt, convoque les directeurs des journaux. Il leur annonce que les auteurs d’articles « mensongers ou incendiaires » seront « déférés aux tribunaux militaires ».

Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie (SHHGG)

La République Dominicaine : un Casus belli

Jeudi 2 juillet 2015

Des organisations de la société civile haïtienne écrivent au haut-commissaire des droits de l’homme, l’Honorable Zeid Ra’ad Al Hussein des violations flagrantes de droits humains commises par la République Dominicaine à travers l’arrêt 168-13 de la Cour Constitutionnelle.

Pour Haïti juge utile de porter à la connaissance de ses amis lecteurs ladite lettre tout en exigeant l’annulation de l’arrêt 168-13 du 23 septembre 2013 de la Cour Constitutionnelle dominicaine.

La lettre :

« Nous, organisations et personnalités de la société civile haïtienne, saluons votre action en faveur du respect, de la défense et de la protection intégrale des droits humains au niveau du continent Américain et de la Caraïbe. Nous vous adressons cette correspondance en vue d’attirer votre attention sur des violations flagrantes de droits humains commises par la République Dominicaine qui, à travers l’arrêt 168-13 de la Cour Constitutionnelle de cet État en date du 23 Septembre 2013, a décidé de déchoir de leur nationalité dominicaine plus de 250.000 (deux-cent cinquante mille) dominicains d’origine haïtienne.

Cette décision qui fait de ces citoyens automatiquement des apatrides dans leur propre pays est une forme de génocide social et rappelle tristement un autre génocide commis par la République Dominicaine contre des Haïtiens en 1937. A l’époque, entre quinze (15.000) à vingt-mille (20.000) haïtiens furent massacrés par des extrémistes dominicains sous la férule de l’Etat de ce pays qui opéraient un nettoyage ethnique.  Aujourd’hui encore, ce nettoyage ethnique se poursuit sous une autre forme, d’autant que le gouvernement dominicain s’est donné une couverture  légale à travers  l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle qui n’est autre qu’un instrument  inique et déshumanisant.

Depuis l’adoption de cet Arrêt, des actes de xénophobie et de barbarie visant essentiellement des Haïtiens ou dominicains d’ascendance haïtienne se sont multipliés de manière exponentielle. En effet, des migrants haïtiens ont été pendus en plein jour dans des endroits publics,  d’autres ont été ligotés, battus, humiliés et dont certains ont été amputés de leurs bras. La barbarie dominicaine a atteint son paroxysme.

Parallèlement, en attendant des déportations massives planifiées par le gouvernement dominicain, des haïtiens et ou dominicains d’origine haïtienne ont été contraints de fuir la République Dominicaine  pour se réfugier en Haïti- un pays où ils n’ont plus, pour la plupart, de repère. Ces réfugiés arrivent dans un pays qui ne dispose pas de moyens logistiques et infra-structurels adéquats pour les accueillir. La déportation de ces personnes va certainement provoquer une crise humanitaire en Haïti qui peine encore à se remettre des conséquences du séisme du 12 Janvier 2010.

En plus de votre solidarité, nous sollicitons votre urgente intervention  afin de ramener l’État dominicain à la raison et de le porter à cesser sa politique raciste, xénophobe et haïtianophobe qui viole tous les traités et conventions relatifs aux droits humains qu’il a lui-même signés. Le gouvernement dominicain viole notamment la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille des Nations-Unies.

Par ces violations répétées du droit de la personne, la République Dominicaine se trouve donc en rébellion contre les lois et les instances internationales chargées de veiller au respect des droits humains.  Et un tel comportement ne doit pas rester impuni. C’est pourquoi, nous appelons à votre solidarité afin d’empêcher la République Dominicaine de mettre en œuvre cette politique raciste à jamais révolue de manière à éviter que d’autres pays suivent ce mauvais exemple.

Sincèrement

Francklyn Geffrard     Rév. Ernst Pierre Vincent

Chairman/Alliance Citoyenne    Chairman/ Conférences Pasteurs Haïtiens

Hugues Montoban Chairman/ Plateforme Toussaint Louverture /Daniel Eugene »

P-au-P, 1er sept. 2015 [AlterPresse]

La Commission interaméricaine des droits humains (Cidh) appelle la République Dominicaine à prendre toutes les mesures nécessaires, pour garantir le droit à la nationalité des Dominicaines et Dominicains d’ascendance étrangère, dans un communiqué en date du 27 août 2015 et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Cette action permettrait aux milliers de personnes – frappées, de manière arbitraire et rétroactive, par l’arrêt de la Cour constitutionnelle dominicaine – de recouvrer leur nationalité et d’éviter leur expulsion du territoire dominicain, estime la Cidh.

Un arrêt 168-13, pris le 23 septembre 2013 par la Cour constitutionnelle dominicaine, a enlevé la nationalité dominicaine à plusieurs milliers de Dominicaines et Dominicains, pour la plupart d’origine haïtienne.

Les expulsions collectives sont manifestement contraires au droit international qui exige que les politiques, les lois et les pratiques en matière de la migration visent le respect des droits humains de tous les migrants et de leurs familles, rappelle la Cidh.

Tous les Etats ont le droit de contrôler leurs frontières, de définir les conditions d’admission de séjour et d’expulsion des étrangers de leur territoire et, en général, d’établir leurs politiques migratoires, reconnaît la Cidh.

Cependant, elle exhorte l’État dominicain à veiller à ce que les migrants – qui sont soumis à des procédures d’expulsion sur le territoire dominicain – bénéficient des garanties minimales, issues des normes internationales régissant la matière.

Le droit d’être entendu par l’autorité compétente et d’avoir l’occasion adéquate d’exercer son droit de défense, le droit d’accès à un recours effectif pour contester la décision d’expulsion, le droit de recevoir un avis de la décision ordonnant son expulsion, le droit d’avoir recours à un effet suspensif sur la décision d’expulsion, doivent être garantis par la République Dominicaine, insiste la Cidh.

Dans l’intervalle, la République Dominicaine continue d’intensifier le processus, réinitié depuis la fin du Plan nationale (dominicain) de régularisation des étrangers (Pnre), le 17 juin 2015, de rapatriement des migrants vers Haîti.

Du 1er au 20 août 2015, 246 cas de rapatriements – au niveau de la frontière de Jimani/Malpasse et Cornillon/Grand-Bois (Ouest) – et 623 cas de retours volontaires au niveau de la commune de Savanette (bas Plateau central) et Cornillon /Grand-bois, ont été répertoriés, selon un décompte du Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr).

Les procédures, qui peuvent conduire à la déportation des migrant(e)s, doivent prendre en considération le principe de l’intérêt supérieur des enfants, rappelle la Cidh.

L’organisme régional de droits humains souhaite que les engagements, pris par la République Dominicaine et Haïti – en ce qui concerne le protocole d’accord sur les mécanismes de rapatriement en 1999 -, soient respectés.

Les deux pays doivent engager un dialogue sincère pour améliorer le contenu et les garanties du protocole, de sorte que les droits humains des rapatriés soient garantis, encourage la Cidh.

Organe principal et autonome de l’Organisation des États américains (Oea), dont le mandat découle de la charte de l’Oea et de la Convention américaine des droits humains, la Commission interaméricaine des droits humains – qui a pour mandat de promouvoir le respect des droits humains dans la région – agit comme un organe consultatif de l’Oea en la matière. [emb rc apr 1er/09/2015 09:50]

Le 18 septembre 2015 à 19h00, le Comité d’actions contre la décision 168-13 vous invite à la Perle retrouvée pour une soirée culturelle de solidarité avec les dénationalisés de la République dominicaine.

Dénationaliser des êtres humains? Non, ça ne se fait pas!

Bien plus qu’un slogan, cette phrase est un cri du coeur qui a été lancé par des défenseurs des droits humains en République dominicaine suite à l’adoption de l’arrêt 168-13 qui légalise le retrait de la citoyenneté de centaines de milliers de Dominicains d’origine haïtienne dans ce pays. Depuis, partout dans le monde, d’autres voix se sont élevées contre la dénationalisation.

La République dominicaine persiste dans l’application de cette loi raciste qui nie l’existence légale d’enfants qui sont nés en sol dominicain ainsi que celles de familles entières qui y vivent depuis plusieurs générations. Dernièrement, au mois d’août, Me Manuel Dandre, un célèbre avocat d’origine haïtienne né en RD a appris que son acte de naissance était annulé!

En solidarité avec Me Dandre et tous les dénationalisés dominicains, une brochette d’artistes vont livrer des prestations: le conteur Jean-Claude Koralen Martineau, la poétesse Natasha Kanapé Fontaine, la chanteuse Pascale Leblanc, le duo Thia et Coco, la danseuse Turenne Joseph, le poète Ronald Osias, l’auteur Karim Akouche, la chanteuse Elena Stoodley, le poète Pierre Emmanuel et la troupe de danse Ekspresyon, entre autres.

Plusieurs personnalités connues pour leur engagement envers la cause prendront la parole. Un hommage sera rendu à Joseph Perard, pionnier de la lutte pour les droits des coupeurs de canne dominicains, ainsi qu’à feue Sonia Pierre, Dominicaine d’ascendance haïtienne, qui a consacré sa vie à la défense des droits humains.

Repas et boisson seront servis au coût de 10,00$. L’admission est gratuite et les contributions volontaires sont suggérées. Perle retrouvée: 7655, 20e Avenue, Montréal, Québec, H2A 2K8.

Jennie-Laure Sully – Pour le Comité d’actions contre la décision 168-13

Libre Opinion

Le droit à la langue maternelle dans la francocréolophonie haïtienne

2ème partie

Au même titre que le patrimoine architectural, littéraire et musical, le patrimoine linguistique, « bien de la nation et héritage commun à tous les locuteurs » unilingues et bilingues, a une histoire et s’exprime tant à travers ses corpus oraux et écrits que dans des institutions et des textes fondateurs. Ainsi, rédigé et proclamé uniquement en français, l’Acte de l’Indépendance du premier janvier 1804 appartient au patrimoine linguistique et littéraire du pays et il peut être considéré comme étant au fondement de la première intervention implicite de l’État dans la vie des langues en Haïti. En instituant le nouvel État en 1804, les Pères de la nation, auparavant officiers de l’armée française, ont institué un usage dominant de la langue française –sans toutefois la proclamer langue officielle–, dans toutes les sphères de l’Administration publique, dans les relations entre l’État et ses administrés et dans les embryons du système scolaire hérité de la France. Le passage d’une société esclavagiste et coloniale à une République indépendante de la France s’est donc effectué dès les premiers instants sur le mode du refoulement et de la minorisation de la langue maternelle des nouveaux libres, le créole, vers les mornes et dans le système de plantations reconstitué presqu’à l’identique pour répondre aux exigences de la centralisation administrative du pays et aux besoins de la militarisation à grande échelle du nouvel État encore menacé par l’Europe esclavagiste. De 1804 à 1987, la configuration des rudes rapports économiques et sociaux du pays, d’abord sur le mode de la servilité semi-féodale puis sur celui d’un capitalisme import-export prédateur, a permis la reproduction d’une société de castes et de classes ancrée dans l’exclusion sociale, l’exil dans sa langue et dans « l’en-dehors » de la majorité paysanne créolophone, l’accaparement des pouvoirs économique et politique par les « ayants droit » d’un système verrouillé dès 1804, ainsi que le maintien de l’usage dominant du français dans les appareils d’État, dans l’École de la République, dans l’administration de la justice et dans les autres sphères de la vie de tous les jours. En 1918, pour la première fois de l’histoire nationale, un statut constitutionnel est accordé à l’une des deux langues du  pays : le français est proclamé langue officielle dans la nouvelle Constitution –rédigée à Washington, sous occupation américaine d’Haïti. Le partage inégal du patrimoine linguistique haïtien par la minorisation historique et de fait du créole, « langue qui unit tous les Haïtiens », prend formellement fin  –je dis bien formellement fin–, avec la Constitution de 1987 qui accorde le statut de langue officielle et au français et au créole. S’il est convenu d’admettre qu’il s’agit là d’une indéniable conquête historique de la nation haïtienne, il est également établi que cette Constitution de 1987 n’a pas résolu d’un coup de baguette magique la question de l’usage dominant du français et de la minorisation du créole dans une société qui n’a pas encore fait sienne la notion de droits linguistiques au titre d’un droit constitutionnel reconnu. (Première Partie)

IV. La perduration d’une École haïtienne à deux vitesses qui engendre l’exclusion sociale, qui pratique la discrimination linguistique en contexte d’échec quasi-total des trois réformes du système éducatif haïtien à 80 % gouverné et financé par le secteur privé national et international.

En dépit de la réforme Bernard de 1979 qui a introduit le créole –avec un lourd handicap de compétences et instruments didactiques préalablement bâtis–, comme langue enseignée et langue d’enseignement dans notre système éducatif, l’École haïtienne, lieu de la transmission et de la reproduction des savoirs et des connaissances, assure cette transmission et cette reproduction non pas dans la langue maternelle et usuelle des apprenants, le créole, mais plutôt dans une langue, le français, qui leur est seconde et qu’ils doivent acquérir en même temps que lesdites connaissances. C’est bien à cette enseigne que réside, parmi d’autres qui lui sont liées, la cause première du naufrage à la fois didactique et citoyen de notre système éducatif national.

Aujourd’hui, en Haïti, malgré les trois « réformes » successives du système éducatif — à savoir la Réforme Bernard de 1979le PNEF (Plan national d’éducation et de formation) de 1997-1998; la Stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous de 2007–, l’enseignement du créole et en créole demeure très limité et s’effectue selon un rapiéçage de « méthodes » diverses. Le matériel didactique de qualité pour l’enseignement du créole et en créole est dérisoire, peu diffusé et fait encore très largement défaut à l’échelle nationale. Et l’enseignement du français langue seconde demeure la plupart du temps traditionnel, lacunaire, inadéquat, sans lien avec la culture et les réalités du pays et, à terme, cet enseignement aboutit à la reproduction de la sous-compétence linguistique des élèves et des étudiants. La plupart des analystes du système éducatif haïtien s’accordent à dire qu’un très grand nombre d’élèves qui parviennent à achever leurs études secondaires ne maîtrisent ni créole ni le français à l’aune de la compétence écrite et orale… Ce n’est pas parce que ces élèves sont des locuteurs natifs du créole qu’ils seraient, à priori, compétents dans la maîtrise du créole… Ce qu’il faut rigoureusement prendre en compte, c’est que l’offre scolaire actuelle –que l’État, d’ailleurs, ne contrôle qu’à environ 20%–, est largement insuffisante, « rapiécée », inadaptée, essentiellement sous-qualifiée tant pour les matières du cursus général qu’au plan de la didactique des deux langues officielles, et elle ne permet pas aux enfants haïtiens d’accéder à une scolarisation de qualité.

En dépit des conquêtes réelles du créole dans les médias3, qui pourraient donner l’illusion d’un aménagement irréversible de cette langue en Haïti, la configuration sociolinguistique de l’École haïtienne est donc encore enchâssée dans les mêmes traits définitoires qui produisent les mêmes effets : le système éducatif national accorde encore une place secondaire et accessoire à la langue maternelle, le créole, et enfante un nombre élevé d’échec et de déperdition scolaires. Aujourd’hui, dans le secteur public de l’éducation, l’État haïtien assure une offre scolaire limitée et de qualité souvent médiocre dans un système d’exclusion linguistique. La sous-qualification des enseignants et l’obsolescence des structures et programmes de l’École haïtienne dirigée et financée à 80% par le secteur privé, les ONG nationales et internationales, ainsi que la quasi-absence d’outils didactiques standardisés et de haute qualité en créole ou dans les deux langues nationales, demeurent les caractéristiques principales du système.

En ce qui a trait à la coexistence inégale du créole et du français dans les salles de classe, ce diagnostic se confirme dans la totalité de notre système scolaire. Un tel diagnostic explique et éclaire le quasi-échec des trois réformes de ce système. Pire: les trois réformes se chevauchent, sont parfois menées en parallèle dans certaines écoles, ou encore sont taillées à la pièce par d’autres écoles en fonction de leurs clientèles ou de leur niveau de « borlettisation » dans un contexte où le Ministère de l’Éducation, lui-même mis sous perfusion financière par l’aide internationale, ne gouverne et ne contrôle qu’une faible partie du système. Il faut aujourd’hui oser prendre la mesure du fait que l’État haïtien se trouve à hauteur de 80% en dehors de la gouvernance d’un système éducatif financé et administré par le secteur privé de l’éducation avec lequel il aura à négocier la généralisation de l’utilisation du créole à parité statutaire avec le français.

On retiendra donc, avec l’analyse de ce segment de la configuration sociolinguistique d’Haïti, qu’il n’existe pas encore un plan d’aménagement et de didactique des deux langues officielles en salle de classe –alors même que la Stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous de 2007 en énonce des embryons–, et que le patchwork linguistique qui continue d’avoir cours dans la transmission des savoirs et des connaissances dans notre système éducatif national constitue, in fine, l’une des principales causes de l’échec de l’École haïtienne. (A suivre)

Robert Berrouët Oriol

Arts et Lettres

Livres à lire

1- Encore un livre sur Jacques Roumain qui aurait pu s’appeler : « Mon Roumain à moi personnellement».

On s’en souvient qu’en 2007, à l’occasion du centenaire de sa naissance 31 auteurs haïtiens, 8 femmes et 23 hommes, ont rendu un vibrant hommage à Jacques Roumain, l’intellectuel, le poète, le patriote, l’auteur de « Gouverneurs de la Rosée » et surtout le communiste et rédacteur de l’« Analyse schématique 1932-1934 » de la société haïtienne.

Ce nouveau livre s’intitule:  «Jacques Roumain [1907-1944] : un communiste haïtien ». En sous-titre, on y lit : « Le marxiste de Roumain ou le commencement du marxisme en Haïti » de Yves Dorestal. Le philosophe, le professeur  Dorestal s’explique: « Roumain est au marxisme haïtien ce que José Carlos Mariátegui est au marxisme péruvien, Luis Emilio Recabarren au marxisme chilien, Julio Antonio Mella au marxisme cubain…

Il faut « déshaïtianiser» Roumain et le placer dans un contexte mondial et latino-américain. C’est à cette condition que l’on peut commencer à comprendre comment le marxisme haïtien, à ses débuts dans le marxisme de Jacques Roumain est un moment original et enrichissant dans le marxisme universel et latino-américain et à poser la question d’actualité de la survie et de la durée de cette impulsion originaire dans les étapes postérieures de l’ histoire du marxisme dans le pays de Dessalines.» Nous pensons que Monsieur Dorestal en publiant son livre n’a pas l’ambition de sacraliser Jacques Roumain, mais plutôt de le mettre à la portée de ceux qui veulent comprendre son engagement et de poursuivre son combat au XXI ème siècle. Le débat est ouvert…

L’Impression de Jacques Roumain [1907-1944] un communiste haïtien est réalisée par Imprimerie BRUTUS, Mai 2015 Port-au-Prince, Haïti. Il est vendu au prix de 12 dollars américain.

On peut le commander au « C3 Éditions, 7 bis rue Vernet  Delmas 31 ou en contactant : 3editionshaiti@gmail.com

2- Jeanne Marie présente :Quince poetas franceses contemporáneos

Edition bilingue espagnol-français; Libros del Aire, Colección Jardín Cerrado 5/2014 232 págs. 18,00 €

Avec Quince poetas franceses contemporáneos Jeanne Marie nous invite à une promenade, une traversée de presqu’un demi-siècle, depuis la fin des années 30 à nos jours, dans la poésie française contemporaine. Une période agitée qui englobe deux guerres mondiales et pendant laquelle la majorité des poètes ont dû assumer, à leur manière, l’héritage du surréalisme qui bouleversa l’approche de la littérature au début du XXème siècle.

Promenade littéraire, mais pas dans un jardin à la française avec ses allées bien dessinées, ses repères, sa construction cimentée par une logique classique ; au contraire, les choix de Jeanne-Marie sont instinctifs, intuitifs, sans préoccupations didactiques, le lecteur de cette anthologie cheminera dans un jardin anglais où il pourra construire son propre itinéraire et s’attarder où bon lui semble. (extrait de la préface de Philippe Biget). De son travail comme traductrice, Jeanne Marie dit : « … J’ai choisi de faire cette anthologie bilingue parce qu’il m’a semblé important d’ajouter une passerelle à celles qui existent déjà, afin que le lecteur espagnol puisse découvrir des œuvres de poètes français peu connus ou inconnus en Espagne, dans une anthologie qui montrerait la poésie française du XXe siècle au début du XXIe, avec ses innovations et ses tendances. Bien que dans les critères qui interviennent pour inclure ou exclure un poète ou un autre dans une anthologie, les décisions des agents littéraires, des éditeurs, des directeurs de collection, des auteurs et de leurs héritiers influent, le critère principal de sélection a été personnel, poétique et sentimental, évidemment, c’est-à-dire subjectif dans le sens existentiel de Kierkegaard « la subjectivité est la vérité » : couleurs et mélodies  des images brillantes du surréalisme, intensité tragique dans la passion patriotique et dans la passion politique, beauté ou élégance des élégies, intellectualisme dans certaines formes modernistes…. Ceux-là furent mes plus profonds critères.

Un autre fut technique : car même si les vers rimés m’enchantent dans leur dépouillement romantique que Hugo, Bécquer et Hölderlin écrivaient avec tant de beauté, j’ai laissé de côté à mon grand regret les rimes, privilégiant les vers libres ;  la traduction littéraire étant la réécriture d’un texte original, elle implique nécessairement un risque dans l’interprétation de ce texte. Afin de minimiser ce risque inévitable, j’ai préféré être humble et fidèle à la parole originale du poète, à l’esprit de chaque voix poétique dans mon désir d’ouvrir un chemin vers un autre pont lancé à travers les Pyrénées. » (Extrait de l’Introduction)

Jeanne Marie vit à Paris où elle exerce comme traductrice et journaliste. Elle a traduit en français les recueils de poésie Amanece (Un autre jour se lève), d’Ilia Galàn et Guia de lugares inexistentes (Guide de lieux inexistants) de José M. Paz Gago. Auteur de « Ce bon Père Monsieur de Larnay (1802-1862) » & « Chroniques des Sœurs sourdes Oblates de la Sagesse de Larnay ». Actuellement, elle prépare l’anthologie « Un siècle de poésie ibéro-américaine ».

3- Un nouveau livre de Claude Moïse vient de paraître aux Éditions du CIDHICA intitulé :

La Question Électorale Jeux de pouvoir, péripéties et enjeux démocratiques.

« La question électorale haïtienne tourne autour de dates charnières révélatrices de discontinuités successives dès la mise en œuvre du nouveau système électoral issu de la Constitution de 1987.

A travers les six moments électoraux identifiés et le processus de la normalisation démocratique recherchée, Claude Moïse fait ressortir toutes les caractéristiques des luttes de pouvoir ainsi que les relations entre les acteurs à la fois internes et externes… ».

La Question Electorale est une lecture indispensable,

Commandez ce livre au 514 845 0880 ou bien à : cidihca@yahoo,com au prix de 25$ américains.

Géographie du développement local et politiques diasporiques

par Dr. Clara Rachel Eybalin Casséus

« Il appartient à la volonté politique et à l’initiative citoyenne de transformer une grande faiblesse en force : la Carte maîtresse »

Georges Anglade, 20071

Cet ouvrage, qui est le fruit d’un long cheminement universitaire, est destiné principalement aux chercheurs, aux acteurs du monde politique et de la société civile, ainsi qu’aux étudiants s’intéressant aux dynamiques migratoires dans une mise en relation avec le développement du pays d’origine. Issu d’une thèse doctorale, il ambitionne de partager un savoir en prise avec les réalités dramatiques du moment à la suite du séisme du 12-01-10 en Haïti.

A ce jour, peu de travaux académiques traitant du fait migratoire caraïbéen ont une approche comparative et sont dotés d’un important répertoire bibliographique. Notre travail entend combler cette lacune en établissant un parallèle entre les expériences de migrants (originaires d’Haïti et de la Jamaïque) dans des cadres socio-institutionnels et culturels (France, Royaume-Uni) à la fois convergents et différents. Notre bibliographie de près de 780 références pourra, par ailleurs, être un outil utile pour les chercheurs et universitaires qui travaillent sur les migrations caraïbéennes.

On peut constater que l’attention accordée aux évolutions de la migration comme enjeu de développement pour les pays d’accueil et les pays d’origine n’a cessé de croître, mais il convient de reconnaître que la politique suivie par le pays d’émigration mériterait d’être mieux étudiée au regard des multiples travaux sur les politiques migratoires des pays d’accueil. Bien qu’on constate une évolution des mesures des pays d’émigration envers leurs ressortissants [Ma Mung, 2009 : 51], de Wenden souligne le peu de place faite à l’analyse des migrations du point de vue de l’État de départ par rapport à une riche littérature traitant de l’État d’accueil dans les relations internationales [2010 : 80], alors que certains États, par exemple, tentent de mener une politique d’ « attention et de lien » envers leurs populations dispersées à travers le monde [Dufoix, 2010 : 17].

Le choix de deux pays comparables (France et Royaume-Uni) dans leur statut d’anciennes puissances coloniales replace dans une perspective historique le lien entre migration et fait colonial au sujet des populations haïtienne et jamaïcaine, illustrant des spatialités évolutives, des dynamiques migratoires et associatives différenciées. A la lumière de ces différents processus, nous nous interrogeons sur la place véritable (étendue et limites) du migrant comme acteur incontournable du développement, au-delà des situations d’urgence générant des actions spécifiques s’inscrivant difficilement dans un processus de développement structurel. La perspective analytique utilisée ici s’inscrit d’abord dans un panorama des éléments contextuels propres aux pays de départ, en traitant de la migration caraïbéenne qui associe mobilité sociale et spatiale transnationale, pour progressivement arriver à la situation sociopolitique et économique spécifique de la Jamaïque et d’Haïti (chapitre 1). Ces deux pays, séparés par un bras de mer (Passage de la Jamaïque), confrontés à d’énormes disparités économiques dans le Bassin caraïbéen, génèrent des flux migratoires substantiels tant dans la région que vers des pôles nord-américains et européens (France, Royaume-Uni). Cette mise en perspective large permet ensuite d’aborder les liens postcoloniaux et les enjeux économiques de ces migrations vers la France et le Royaume-Uni (chapitre 2).

En second lieu, nous abordons le contexte français et britannique, dans lequel les associations sont amenées à apparaître et à se développer, avant d’engager une discussion sur l’émergence de la « communauté », source d’appartenance réelle ou supposée, et les facteurs expliquant la mobilisation collective pour des projets de développement au pays natal (chapitre 3). En quoi l’implication citoyenne du migrant, en s’inscrivant au cœur de l’engagement associatif, est-elle porteuse de développement ? En quoi la double appartenance d’un migrant, en prenant forme dans l’action associative, peut-elle expliquer l’intensification de l’action associative à des fins de reconnaissance des pouvoirs publics de la société d’accueil et du pays d’origine ? Ces interrogations nous amènent à aborder certains travaux autour de l’évolution de la citoyenneté dans son rapport à l’État et, par là même, à interroger la nature d’un sentiment d’appartenance constitutif de la participation citoyenne (chapitre 4).

En considérant l’évolution des stratégies mises en œuvre par les migrants d’origine caraïbéenne évoluant dans des grandes villes européennes, sont mises en perspective de nouvelles façons d’« être » et d’« appartenir » dans l’espace associatif transnational où se déploie, à travers différents processus, une nouvelle dimension spatiale du développement (chapitre 5). Le triptyque espace associatif – État- participation citoyenne, s’appuyant sur la structure associative du migrant en lien avec les pouvoirs locaux, s’articule comme alternative possible de développement local. Il convient de souligner l’importance des interactions entre le champ associatif haïtien et jamaïcain et les institutions municipales dans le pays d’origine ainsi que le rôle des associations haïtiennes et jamaïcaines dans les mobilisations collectives, comme la manifestation de juin 2011 à Ocho Rios (Jamaïque). Ce qui nous amène par ailleurs à déterminer dans quelle mesure les instances étatiques contribuent à structurer ce champ associatif et à donner forme à ces initiatives développementalistes qui ne font pas forcément consensus au sein des « communautés ». Dans un regard croisé avec le cadre institutionnel jamaïcain, sont abordés les facteurs qui peuvent expliquer la nature du rapport entre État et diaspora (chapitre 6). Logique migratoire et logique financière apportent un éclairage sur des aspects différenciés de la relation migrant / État d’origine, objet d’une véritable collaboration dans le cadre d’une stratégie étatique jamaïcaine auprès d’entrepreneurs privés au Royaume-Uni ou expression d’une simple reconnaissance de l’État haïtien dans le cas d’une initiative associative d’Haïtiens de la Guyane. L’activisme politique est une forme de mobilisation favorisant l’investissement du migrant ailleurs et renforçant sa capacité à bousculer la notion de citoyenneté « ici et là-bas » (chapitre7). Ainsi, à travers le prisme de cette relation ternaire, espace associatif-État-participation citoyenne, sont examinées les pratiques associatives dans la réalisation des projets de développement inscrits dans un cadre décentralisé. Dans l’articulation de la relation entre l’association de migrants, « matrice des ressources des migrants », et l’État, se crée un partenariat véritable mettant en action une citoyenneté revisitée vis-à-vis d’un État pouvant devenir diasporique à l’échelle locale. Ce dernier chapitre propose des pistes de travail pour une nouvelle dimension spatiale du développement. (chapitre 8).

Du début à la fin de notre terrain, le constat de la déficience des théories du développement, impuissantes à expliquer et à changer la réalité rendait nécessaire une réflexion débouchant sur un modèle plaçant le migrant au cœur d’un dispositif utile au développement du pays d’origine. Entre l’association de migrants, « matrice des ressources des migrants », et l’État peut se créer un partenariat véritable, tributaire de la relation existante entre les deux parties, mettant en action une citoyenneté revisitée vis-à-vis d’un État devenant diasporique dans le cas jamaïcain.

Dr Clara Rachel Eybalin Casséus, Ph.D. géographie politique (Université de Poitiers), MPA Strategic Public Policy, MA sociologie des conflits, est chercheur indépendant spécialiste des migrations internationales (Caraïbe-UE-Golfe).Ses travaux sur les notions de mobilité-citoyenneté-territoire se situent à l’intersection du spatial et du politique.

IN MEMORIAM

Guy LAVAUD

Guy nous a quittés, Honneur et Respect

L’association France-Haïti est en deuil.

Il nous a quittés ce vendredi matin 7 août 2015, sans bruit, avec cette élégance qui était sa manière d’être. Il ne nous a jamais dit qu’il était malade, peut-être, gravement. Nous qui le trouvions amaigri, ces derniers temps, en nous inquiétant. Il répondit qu’une méchante grippe et de fortes fièvres en étaient responsables. Nous avions cru aux explications de notre grand sportif. Comment douter de sa parole, l’ami fidèle, attentionné, raffiné, cultivé, jamais sectaire, drôle, qui aimait tant la vie, qui aimait passionnément Haïti, son pays natal et la France, son pays d’adoption ? Le bulletin France-Haïti, c’était lui, nous suggérant les articles, écrivant lui-même nombre d’entre eux, réalisant les interviews, les corrections et la mise en page. Nous y apportions tous notre touche bien sûr, mais l’âme du bulletin c’était lui. Guy, la seule fois où tu nous auras causé du chagrin c’est en nous quittant. Guy tu seras toujours avec nous… autrement.

L’association Pour Haïti est aussi en deuil.

La nouvelle du décès de Guy nous a surpris grandement. Nous l’avions apprise avec beaucoup de tristesse, beaucoup de douleur. C’est un ami exceptionnel qui nous a quittés; c’est un collaborateur, un membre bienfaiteur et un chaud défenseur de la revue trimestrielle « Pour Haïti » qui est parti. Tu nous manques déjà. Notre baobab s’est affaissé sans raison et nous ne pourrons ni le relever, ni le remplacer. Nous ne t’oublierons jamais.

Le GRAHN-France (Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle) est aussi affecté par ton départ soudainement. Nous comptions fermement sur toi, Guy, pour avancer dans l’idée d’une Haïti nouvelle. Tu nous paraissais enthousiaste et prêt à t’engager. Cette idée, c’était le combat permanent de ta vie. Déjà, certains contacts prenaient forme et nous n’attendions que la rentrée traditionnelle de septembre pour des rencontres prometteuses. Puis, la grande faucheuse est passée par là. Et notre tristesse et notre douleur sont immenses. Tant qu’il est possible, nous poursuivront notre lutte pour une Haïti nouvelle, justement en ta mémoire.

France-Haïti, Grahn-France et Pour Haïti présentent leurs condoléances émues à Bénédicte, Virginie, Frank-Edouard et Grégoire, nièces et neveux de Guy, aux familles Lavaud, Gatbois,  Nadal et à tous les amis proches de Guy Lavaud.Nous reprenons l’éditorial de « La Lettre de France-Haïti du mois d’août 2015 » rédigé par Guy.

« Les immortels savent que les langues sont mortelles. Elles naissent, vivent et s’éteignent de mort lente quand la force créatrice leur vient à manquer. Gardiens en habit vert de ce Temple où ils agréent les lettres de créance de la langue française d’ici et d’ailleurs, ils ont grandes ouvertes leurs portes au fort peu académique Dany Laferrière, héraut de la littérature haïtienne. Il y est entré à pas cadencés et mots recréés en tête du cortège invisible des esprits tutélaires qui gouvernèrent la rosée et eurent comme compère le général Soleil. Il se fit nouvel ambassadeur du pays du dedans et du dehors ainsi que de ses pairs, frères et sœurs en écriture, familiers du silence des mots. Il fut l’écho à la fois proche et lointain des parlers africains qui, contraints et forcés, traversèrent les mers et, au contact du français des maîtres, se muèrent en créoles fédérateurs des idiomes originels. Dans cette enceinte cinq fois séculaire dont la création est contemporaine de la colonie française de Saint-Domingue, il porta la parole libre de ces lieux de résistance et de vigueur linguistiques que sont notamment le Québec, Haïti et les îles françaises des Nouveaux mondes. Autant de traits d’union qui font la force de la Francophonie dont la pérennité tient à ce qu’elle doit demeurer une symphonie inachevée, ouverte aux apports sémantiques qui font le génie de la langue française. Partager la même langue est gage de meilleurs échanges dont la France et Haïti sont loin d’avoir tiré le meilleur parti sur les plans éducatifs et culturels, mais aussi économiques et même géopolitiques. En toute indépendance. Léopold Sédar Senghor, premier noir vert avant Dany Laferrière, dixit : « Nous politiques noirs, nous, écrivains noirs, nous nous sentons pour le moins aussi libres à l’intérieur du français que dans nos langues maternelles. Plus libres, en vérité, puisque la liberté se mesure à la puissance de l’outil: à la force de la création.”

Guy Lavaud.

Domestoire S. JEAN-FRANCOIS

Pour Haïti et moi-même avons appris la nouvelle du décès de Monsieur Domestoire Serge Jean-François, grand frère de notre président, Dr Paul D. Jean-François, survenu le 14 août 2015, âgé de 62 ans, à Port-au-Prince, Haïti. Nous présentons nos sincères et fraternelles condoléances à notre président, à la famille de Serge Jean-François, à ses sœurs et frères et aux autres membres de la famille Jean-François et leurs ami(e)s.

Marie PIERRE-LOUIS, née FILS-AIME

C’est avec une grande peine que nous avons appris la nouvelle du décès de Mme Pierre-Louis, née fils Aimé, épouse de Félix Pierre Louis, survenu à la fin du mois d’août, à l’âge de 107 ans. Elle laisse le souvenir d’une épouse qui a fait honneur à la famille haïtienne, enchanté ses amis par sa bonne humeur et son souci d’autrui, partout où elle a vécu. Le témoignage de ceux qui l’ont connue en Haïti, en Afrique et ailleurs est élogieux et éloquent. Pour Haïti présente ses sincères condoléances à ses fils : Max, Lionel et Alix et leur famille.

Max Gesner BEAUVOIR

Décès de Max Gesner Beauvoir, l’Ati national de Vaudou haïtien

Max G. Beauvoir est décédé le 12 septembre 2015 à l’ âge de 79 [1936-2015] à Port-au-Prince, Haïti, suite à une longue maladie. Il a été inhumé le 15 septembre 2015 et a eu droit à des funérailles nationales. Parmi les mérites de Max Beauvoir, on peut noter la sortie de la religion Vaudou des mornes et des campagnes d’Haïti et le fait qu’il soit une religion comme toutes les autres.

Pour Haïti salue sa mémoire et présente ses condoléances émues à sa famille et à ses ami(e)s.

Numéro 89  -  2ème trimestre 2015

Editorial 3

Inéligibles selon la loi … 3

Faits internationaux  4

Méditerranée, migrants et Europe 4

Actualités Haïtiennes    5

Haïti en avant !  5

Hervé TELEMAQUE, un artiste peintre extraordinaire 6

Gérald BLONCOURT Chevalier de la Légion d’honneur 10

Dany LAFERRIERE : L’épée d’académicien 12

Dany LAFERRIERE : Un autre noir en Habit vert 14

Elections Haïtiennes en 2015  15

Les pages du CIDIHCA 17

Histoire 18

Manifeste du Parti d’Entente Populaire (P.E.P.) 18

L’expérience haïtienne des militants noirs américains 1804-1893 20

Libre Opinion 22

2014 : L’année ou la contestation par le droit a triomphé 22

Le Développement, c’est Maintenant 23

Le droit à la langue maternelle 25

Arts et Lettres 28

Autour de l’ouvrage de Jean-Claude Brouard Cambronne 28

Poésie 30

Livres à lire 31

Vie Associative 32

Prix d’Histoire 2015 32

Coup de chapeau à Dorothy’s Gallery 33

Lettre recteur Prof Émérite GRAHN 34

Divertissement  Mathématique 35

SUDOKU de PH n°89 35

Correction PH n°87-88                  35

EDITORIAL

Inéligibles selon la loi …

Pendant quelques jours, le C E P  haïtien (Conseil  Électoral Provisoire), après avoir entretenu le suspense pendant quelques jours, vient de publier la liste définitive des candidats pouvant concourir aux prochaines élections législatives qui doivent se tenir (en principe) en Août 2015. Cette formalité est assimilée, ironiquement,  par nos compatriotes, à  « une remise des carnets », car c’est le moment où chaque candidat sait s’il a été reçu ou recalé. Cette fois-ci, le C E P que l’on soupçonnait de travailler pour le pouvoir en place, a surpris tout le monde. Comme aimait à  le répéter l’un de nos ex pères conscrits, pour décrire la corruption en vigueur au parlement haïtien, cette fois-ci « Tout moun jwen » tous les camps ont été servis , à commencer par celui du président de la République dont l’épouse  a vu sa candidature au sénat rejetée au motif qu’elle ne serait pas haïtienne  et n’aurait pas obtenu de décharge en tant que comptable de deniers publics !
On a pris l’habitude, depuis un certain temps, de désigner Haïti comme le pays où l’insécurité est la plus présente. D’ailleurs, les grandes ambassades étrangères installées en Haïti ne ratent pas une occasion pour mettre en garde leurs ressortissants contre les risques qu’ils courent en se rendant dans notre pays. Ces alertes font référence, comme toujours, aux cas de kidnappings et aux vols à main armée auxquels ils sont sensés s’exposer.  La publication de la fameuse liste du C E P vient de mettre à jour la plus grande des insécurités à laquelle s’exposent les Haïtien : l’insécurité légale.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est la loi qui organise chez nous l’insécurité du citoyen. A commencer par la Loi-mère! En effet,  aucun juriste ne peut  confirmer sous l’égide de quelle Constitution nous vivons. Constitution de 1987 ? Constitution 1987 amendée ou falsifiée, version A, B, C ou D ? Nul ne le sait. Toujours est-il, qu’à tout moment, on peut invoquer en votre faveur  ou vous opposer une « version d’opportunité » ! Dura lex, sed lex …  Personne, dans ce pays, ne sait actuellement s’il est vraiment haïtien ou non, sauf si l’Ambassade américaine en atteste!
Il y a eu la fameuse liste de Schindler ; nous Haïtiens, nous pouvons parler maintenant de la liste d’ OPONT (du nom du président de l’actuel CEP). Cette liste a de particulier qu’elle met à jour l’état d’injustice permanent mis en place et entretenu par nos pseudos législateurs. Ce qui, dans un régime de droit, devrait leur valoir d’être traduits devant une haute Cour de  justice pour crime de forfaiture. D’abord, pour avoir falsifié et publié un faux document, ensuite pour n’avoir pas fait le travail pour lequel ils sont grassement rémunérés dans une certaine opacité,  et qui consiste à siéger pour voter les lois, pour délibérer, entre autres  sur l’octroi ou le refus de décharge aux anciens comptables de deniers publics. Mais on ne peut rien contre eux, car ils sont à l’abri du BOUCLIER ! qui leur procure  immunité et donc impunité.
C’est au nom de la loi que d’intègres serviteurs de l’état se voient condamner  à une inéligibilité à vie alors qu’au nom de cette même loi, n’importe quelle petite association de malfaiteurs peut tranquillement envoyer son représentant siéger au parlement pour le rendre, du même coup « Honorable ». C’est à dégoûter les honnêtes gens de mettre leurs compétences au service de leur pays. Mais, peut être, reste- t-il un combat à mener à l’occasion de ces élections, quelle que soit la date à laquelle elles auront lieu. C’est le combat pour que les lois soient justes et surtout qu’elles soient appliquées indépendamment de la personne qu’elles doivent frapper.

Elliott Roy

FAITS INTERNATIONAUX – p. 4-5

Quelle terre promise pour les immigrants ?

De Michèle Denis-Driay

Rien n’est nouveau. Depuis toujours, il y a eu des tentatives d’immigrés de toutes nations à laisser leur pays natal  pour aller ailleurs chercher un lendemain meilleur ou comme le disent certains: pour  fuir la guerre dans leur pays. Certes. Ceux qui ne le peuvent pas légalement ont tout tenté par des voies illégales pour réussir leur projet. Ainsi, des gens venus d’ Afrique, d’Asie ont voulu rejoindre l’Europe en voyageant , payant très cher à des passeurs leur traversée de la Méditerranée, qui les font embarquer soit clandestinement sur des bateaux de commerce, soit sur des embarcations plus ou moins fiables , les surchargeant de surcroît. La conséquence directe de ce traffic lucratif  de transport humain par des mafieux sur ces bateaux  est que beaucoup trop de gens meurent pendant la traversée . Les images de ce drame   ont  alerté la communauté internationale et  scandalisé  les téléspectateurs  : les médias,  le Pape François  qui a reproché à l’Europe de  ne pas acccueillir ces migrants, les Nations Unies, les chefs d’Etat, les responsables politiques , les associations, les citoyens des pays concernés qui sont inquiets et exaspérés par ces arrivées soudaines et massives.
.L’Organisation internationale  des migrations a rapporté que 1750  migrants ont trouvé la mort l’an dernier lors de la traversée de la Méditerranée pour rejoindre le continent européen. En  2014, 283000 migrants ont rejoint l’UE et le nombre de clandestins interceptés à Calais a explosé, selon la police des frontières. Pas un  jour ne passe sans que la presse ne relate des chiffres  de personnes secourues en mer.  Ceux qui arrivent sont dans un état lamentable, épuisés, traumatisés , malades parce qu’ils étaient entassés pendant des heures pour le voyage. L’image de leur sauvetage par les gardes de côte ou la croix rouge  et des cercueils de ceux  qui ont péri en mer a fait le tour du monde des médias  ces jours derniers , suscitant l’indignation et l’exaspération de tous.
Quelle solution proposée en Europe?
Plusieurs solutions ont été proposées  car c’est une question qui divise les pays d’accueil.La France, l’Allemagne, la Suède, l’Italie et la Hongrie sont les 5 pays qui se partagent 75% des candidats à l’exil . Face à ce problème qui s’amplifie, la communauté européenne s’est réunie pour prendre des décisions. Bruxelles a demandé à la fin du mois de Mai que les pays de l’UE se répartissent les 400000 nouveaux candidats à l’asile en prenant en compte le PIB de chaque pays, leur population et leur taux de chômage.  Le président Français François Hollande et Bernard Casseneuve , le ministre de l’intérieur n’ont pas accepté le principe de quotas qu’ils considèrent comme une faute morale et éthique. Plusieurs de ces immigrants qui débarquent en Italie (  qui est débordé d’ailleurs) ne restent pas vraiment sur place, passent par la France,  mais visent l’Angleterre comme  destinée finale . Le 1er ministre anglais Cameron voudrait limiter le nombre de candidats qui veulent s’installer au Royaume uni en rendant le pays moins attractif avec la suppression des  prestations sociales  .   Certains proposent  de renforcer le contrôle aux frontières de l’Europe, en augmentant l e budget alloué à FRONTEX, l’organisation qui surveille les frontières maritimes de l’Europe; d’autres  proposent de réviser les accords de Schengen pour  » que cesse la liberté d’installation des migrants », Le Front national  propose la suppression des aides sociales aux demandeurs d’asile et aux clandestins. Le parlement examine actuellement la réforme du droit d’asile avec une proposition visant à raccourcir de deux ans à neuf mois l’examen des demandes. D’autres voix s’élèvent pour dénoncer les chefs d’etat africains qui sont silencieux  devant ce constat. PLusieurs personnes demandent que les gens soient aidés en amont , pour aider au développement des pays de départ des immigrants pour que les gens puissent rester chez eux, au lieu de fuir la misère.
La situation des demandeurs d’asile
Comme l’avait dit Michel Rocard dans les années 80: La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde . Mais les gens continuent d’arriver vers la terre promise, l’eldorado qu’ils fantasment.  Si beaucoup réussissent, il y a aussi beaucoup de déçus car l’obtention de la carte de séjour les permettant de vivre et de travailler est de plus en plus difficile et reste le parcours du combattant. La plupart de ces candidats économiques qui ne peuvent prouver qu’ils sont des exilés politiques sont déboutés dans leur demandes et restent des années sur le territoire à vivre dans l’illégalité, sans titre de séjour .
Les associations qui aident les migrants  à Calais ont jeté l’éponge, il y a deux jours , face à leur ras le bol devant un afflux ingérable  et pour exiger de l’etat qu’il prenne ses responsabiltés. Reste aussi le problème des exilés climatiques qui va se poser à l’avenir,et qui complique la vie des habitants de certains pays  qui seront victimes du réchauffement climatique , avec la montée de la mer dans les îles, le problème est donc devenu un enjeu planétaire qu’on ne peut pas ignorer pour l’avenir , il faudra faire jouer la solidarité internationale.

Mais depuis la mort du Colonel Khadafi de Lybie qui a tout destabilisé au Moyen Orient et créé des conflits nouveaux, l’afflux des immigrants vers l’Europe a augmenté d’une façon spectaculaire. Les pays d’ accueil  concernés: l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Angleterre  par cette déferlante humaine sur les côtes européennes  ne sont pas tous  d’accord sur la façon de gérer cette situation.

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ACTUALITÉS HAÏTIENNES – p. 5
Haiti en avant !
Depuis le quatrième trimestre de l’ année 2014 jusqu’à aujourd’hui,  juin 2015, la République d’Haïti ne cesse d’être présente sur la scène internationale. C’était comme si l’Europe, l’Afrique et l’ Asie redécouvraient l’ Amérique à travers Haïti. Ce regain d’ intérêt pour cette République « qualifiée de bananière » est dû aux activités créatrices et intellectuelles d’une classe de femmes et d’ hommes haïtiens ou d’ origine haïtienne. Ils sont reconnus et célèbres par leurs travaux et aussi par leur attachement  à la République d’ Haïti, à son histoire et à ses problèmes. Que d’ Haïtiens ou des personnes d’origine haïtienne sont distingués ou récompensés, en ce début d’ année 2015, pour leurs activités dans divers domaines. Ils sont si nombreux qu’il est impossible de tous les citer. Cependant, certains sont incontournables comme le célèbre peintre , Hervé Télémaque; le militant, photographe, écrivain, poète, peintre, Gérald Bloncourt ; l’ Académicien « tout neuf », Dany Laferrière; le cinéaste, Raoul Peck, le directeur du CIDHICA, le réalisateur, Frantz Voltaire ; le Professeur de Médecine, Jean-Claude Fouron, etc. Le voyage officiel du président de la République Française, François Hollande, le 12 mai 2015, y contribue  largement,
Haïti est dans l’ actualité aussi par défaut. Ce pays fait partie du monde occidental et entretient des rapports diplomatiques, commerciaux, culturels, touristiques, parfois amicaux, avec tous les pays membres des Nations Unis. Mais, c’est le pays où les conseils municipaux, depuis cinq ans, sont nommés par le pouvoir en place au lieu d’ être élus. C’est le pays qui est placé sous la tutelle des Nations Unies à travers la MINUSTAH presque sans aucune raison valable. C’est aussi le pays où l’on organise, à longueur d’ année, des carnavals des fleurs, de la diaspora, des touristes, des hommes et des femmes habillés en blanc, alors que des personnes âgées et des enfants vivent dans une misère atroce, indicible. Et la révolte ne vient pas; l’indignation ne se lit pas sur les visages et le désarroi est contenu. Quant aux responsables politiques et institutionnels, comme par le passé, ils ont des lunettes noires pour ne pas voir et  utilisent toute sorte d’ artifices pour ne pas entendre les complaintes de la rue, les revendications du peuple.
Les élections de l’année 2015
Après une série de péripéties, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire, une émanation du pouvoir législatif et  les forces politiques et sociales d’ Haïti, se sont mis d’ accord sur la mise en place d’un Conseil Électoral Provisoire ( CEP OU KEP, en créole) pour l’organisation en 2015, des élections dans le pays afin d’élire 119 députés, 20 sénateurs, un président de la République, 140 Conseils Municipaux et 570 Conseils d’administrations et de sections communales.
Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) s’est organisé, a travaillé et a posé un acte importante qui consiste à rendre public le calendrier des prochaines élections. Ce calendrier est :
9 Août 2015; 1er tour des élections législatives (Députés et Sénateurs)
25 Octobre 2015 : 1er tour des élections présidentielles et 2 ème tour des
élections législatives ainsi que celles des Conseils municipaux et des Conseils
d’administration des Sections communales
7 Décembre 2015:  2 ème tour des présidentielles et autres.
Le CEP, de la même façon, a établi et publié les listes officielles des candidats aux différentes élections. La dernière en date est celle des candidats à la présidence rendue public le vendredi 12 juin 2015.
Cette liste comporte 58 candidats dont 4 femmes.
1 ALEXANDRE JEAN BONY (M) – CONCORDE
2 ANDRE AMOS (M) – FURH
3 ANDRE MICHEL (M) –  PLATEFORME JISTIS
4 ANDRESOL MARIO (M) –  INDEPENDANT – 138
5 BAKER CHARLES HENRI JN MARIE (M) –  RESPE
6 BAZIN RENOLD JEAN CLAUDE (M) – MOCHRENHA
7 BENOIT IRVENSON STEVEN (M) – KONVIKSYON
8 BERTIN JEAN (M) –  M.U.R
9 BRETOUS JOSEPH HARRY (M) –  KOPA
10 BRUNET EMMANUEL JOSEPH GEORGES (M) –  PPAN
11 BRUTUS MICHEL FRED (M) –  PF
12 CEANT JEAN HENRY (M) –  RENMEN AYITI
13 CELESTIN JUDE (M) –  LAPEH
14 CHARLES JEAN HERVE (M) –  P.E.N.H
15 CORNELY JEAN RONALD (M) –  RPH
16 DALMACY KESLER (M) –  MOPANOU
17 DANIEL YVES (M) –  PKN
18 DESIR LUCKNER (M) – MPH
19 DESRAS SIMON DIEUSEUL (M) –  PALMIS
20 DROUILLARD MARC-ARTHUR (M) –  PUN
21 DUCHENE WILLY (M) –  PRHA
22 DUPITON DANIEL (M) –  CONAPPH
23 DURANDISSE JOSEPH G. VARNEL (M) –  PPRA
24 DUROSEAU VILAIRE CLUNY (M) –  MEKSEPA
25 ETIENNE SAUVEUR PIERRE (M) –  OPL
26 FLECOURT NELSON (M) –  OLAHH BATON JENES LA
27 FLEURANT AVIOL (M) –  NOUVELLE HAITI
28 FRANCOIS LEVEL (M) –  MUDHAH
29 GAUTIER MARIE ANTOINETTE (F) – PAC
30 GERARD DALVIUS (M) –  PADH
31 JEAN BAPTISTE ERIC (M) –  M.A.S
32 JEUNE JEAN-CHAVANNES (M) –  CANAAN
33 JN BAPTISTE CHAVANNES (M) –  KONTRAPEPLA
34 JOSEPH MAXO (M) –  RANDEVOUS
35 JOSEPH ANTOINE (M) –  DELIVRANS
36 JULIEN RENE (M) –  ADEBHA
37 KHAWLY STEEVE (M) –  BOUCLIER
38 LAROSILIERE FRESNEL (M) –  MIDH
39 LUCIEN JEPHTHÉ (M) –  PSUH
40 LUMARQUE JACKY (M) –  VERITE
41 MADISTIN SAMUEL (M) –  MOPOD
42 MAGLOIRE ROLAND (M) –  P.D.I
43 MATHURIN JEAN PALEME (M) –  PPG18
44 MOISE JEAN-CHARLES (M) –  PITIT DESSALINES
45 MOISE JOVENEL (M) –  P.H.T.K
46 MONESTIME DIONY (M) –  INDEPENDANT – 137
47 NARCISSE MARYSE (F) – FANMI LAVALAS
48 NESTOR MICHELET (M) –  CORRECH
49 PIERRE MATHIAS (M) –  KP
50 POINCY JEAN (M) –  RESULTAT
51 POLYCARPE WESTNER (M) –  M.R.A
52 RENOIS JEAN CLARENS (M) –  UNIR-AYITI INI
53 ROY JOE MARIE JUDIE C. (F) – REPAREN
54 SAMPEUR JACQUES (M) –  K.L.E
55 SANON JEAN CHEVALIER (M) –  P.N.C.H
56 ST JUSTE NEWTON LOUIS (M) –  FREM
57 SUPPLICE BEAUZILE EDMONDE (F) – FUSION
58 THEAGENE JEAN WIENER (M) –  PRNH
Des réactions positives ne se font pas attendre
15 juin 2015
Les Nations Unies et les membres du « Core Group » réitèrent leur appui au Conseil électoral provisoire (Cep) et au processus électoral, après la publication de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle, dans un communiqué
Cette publication « constitue une étape importante dans la mise en œuvre du processus électoral », d’après l’Organisation des Nations Unies (ONU)  (Voir AlterPresse).
Les Nations-Unies et le « Core Group » invitent toutes les parties prenantes à continuer de participer, de manière constructive, au processus électoral de 2015.
Les membres du « Core Group » soulignent l’importance de consolider l’étape actuelle et de soutenir le CEP, le gouvernement et le peuple d’Haïti, y compris les partis etles organisations politiques, dans la conduite d’élections justes, transparentes et inclusives dans un climat de sérénité.
Rappelons que :  Le Core Group réunit les ambassadeurs du Brésil, du Canada, de l’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de la France, de l’Union européenne et le Représentant spécial de l’Organisation des États américains.
A première vue, le nombre de candidats (58), à la présidence du pays, traduit une situation ubuesque, ridicule et déconcertante. Le pays est confronté à des difficultés énormes : sous-développement, problèmes économiques et sociaux, menaces continues de catastrophes naturelles, question de démocratie, de souveraineté réduite, d’éducation et de formation, etc. N’est-il pas possible d’avoir des rapprochements  entre ces messieurs candidats, ces partis invisibles, pour la plupart, sur certaines de ces questions , Ne s’agit-il pas de la maladie infantile ? Le nombre de candidats à la présidence issus de groupuscules, de partis ou non, traduit un malaise profond dans la société haïtienne qu’on aura du mal à surmonter. Une approche positive de la multiplicité de candidatures à tous les niveaux serait qu’une majorité des prétendants ont fait le choix que désormais l’arrivée au pouvoir passera par des élections, surtout de bonnes élections. Ainsi, ils se différencient de ceux qui militent pour les coups d’ État et le chaos en Haïti. Bien entendu, on pourrait penser à la stratégie individuelle et opportuniste de la plupart des candidats consistant à monnayer leur participation au processus électoral, le moment venu.
De toute façon, cette longue liste de candidats à la présidence n’est ni viable, ni sérieuse. En toute objectivité, il semble que les candidats majeurs de cette compétition sont au nombre de cinq. Ce sont, par ordrealphabétique :
CÉANT Jean Henry de Renmen Ayiti
ETIENNE Sauveur Pierre de l’OPL
LUMARQUE Jacky de Vérité
MADISTIN Samuel du MOPOD
NARCISSE Maryse de Fanmi Lavalas
Que le meilleur gagne !
Paul Baron

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Entretien avec H. Télémaque

Pour Haïti juge légitime de parler du peintre Hervé Télémaque qui a participé et soutenu l’exposition du grand Palais et qui est exposé du 25 février au 18 mai 2015 à Beaubourg ou au Centre Pompidou…

Hervé Télémaque, un artiste peintre extraordinaire – p. 6-9

Dans le numéro  « Hors Série du 1er juin 1993 » de la revue Conjonction, revue Franco-Haïtienne de l’ Institut Français d’ Haïti, intitulé TÉLÉMAQUE, notre ami Jacques Gourgue a conclu son essai « Paradoxal » comme suit : « Télémaque est un carrefour : plusieurs styles ayant planté leurs colonnes dans sa manière ou emménagé dans ses mains. En dépit d’ une magie volée jadis à quelques grands prêtres, il n’officie dans aucune chapelle. Est-ce parce qu’il  est obliquement fidèle à tous ses maîtres ? Pourtant, de tout ce qu’il l’a peuplé, la veine surréalo-dada mutine encore en lui ; il s’ est accroché à quelques-unes de leurs idées projetées en vrille dans le siècle. Sensible comme un négatif photographique, il est aux prises avec un monde dont la fatalité l’enlacent. Il nous plonge dans l’intelligence obsédant les formes, nous égare en mille imaginations ; mais, c’est pour nous retrouver avec un sourire errant sur les lèvres. »

L’équipe de « Pour Haïti » estime nécessaire, indispensable même, de rendre hommage à cet artiste célèbre, connu mondialement et qui porte très haut Haïti et sa qualité d’ Haïtien.

Par ailleurs, Hervé Télémaque a participé et soutenu l’Exposition du grand Palais : « Haïti, Deux siècles de création artistique » du 19 novembre 2014- 15 février 2015. Et il est exposé du 25 février  au 18 mai 2015 au Centre Pompidou – Paris.

Cher Hervé,

Je vous remercie de me recevoir, chez vous, en compagnie de votre fille, Maître Elodie-Anne Télémaque, la nouvelle présidente de l’ Association Franco-haïtienne : Maison d’ Haïti.

Je me suis adressé à mon amie, Elodie-Anne, ne voulant pas vous déranger et vous faire perdre votre temps, pour qu’elle me fasse une brève présentation du Peintre Télémaque et de ses œuvres pour la Revue : Pour Haïti ». Maître Elodie-Anne Télémaque vous en a parlé et elle m’a fait savoir que vous acceptez volontiers de m’accorder un entretien chez vous et en sa compagnie. Ce qui est pour moi un grand honneur. Et également envers « Pour Haïti ».

En fait, je voudrais éviter de réaliser  avec vous une interview classique : questions- réponses J’aimerais définir un cadre global et vous laisser tout le loisir de répondre.

Mes interrogations porteraient sur : Comment devient-on peintre en Haïti ? Comment vit-on Haïti   sous la Dictature de François Duvalier, à partir de 1957 ? Comment Cuba et sa révolution de 1959 ont-ils influencé votre peinture? Dans mon paysage des années 1960 se trouvaient Villard Denis, Roland Dorcelly, Cédor, Gesner Armand, Pinchinat, et d’autres qui fréquentaient le Centre d’ Art haïtien, les avez-vous connus ? Dans vos tableaux, quelle place faites-vous aux religions, par exemple la religion Vodou, à la misère dans les couches populaires et paysannes, à l’histoire d’Haïti ? Enfin, vivant et travaillant en France depuis de longues années, quelles sont ses influences dans vos tableaux ?

Hervé Télémaque

Comment j’ai commencé à peindre à Port-Au-Prince ? A vrai dire, cela venait de mes fréquentations du Centre d’ Art et des artistes comme Max Pinchinat qui en faisait partie comme Roland Dorcély, Gesner Armand. J’ai commencé à aller dessiner au Foyer des arts plastiques qui constituait une cellule différente du Centre d’ Art, en opposition, et qui se situait même en opposition avec le Centre.

C’était une mise à distance de la part de certains peintres dits modernes qui refusaient le contrôle de Dewitt Peters sur le milieu pictural de Port-au-Prince. J’y ai commencé à dessiner en allant suivre les cours de dessin de Max Pinchinat. C’est au Foyer d’ Art que j’ai rencontré Max Pinchinat que je considère comme mon premier professeur. Il arrivait de France et animait beaucoup le Foyer pendant les vacances. J’ai fréquenté aussi la galerie Brochette, un groupement qui avait pris son indépendance par rapport au Centre d’Art. Tout cela se faisait dans une opposition contenue, pas dans une relation conflictuelle sérieuse, sans animosité.

Pourquoi la peinture ? Le problème, c’était que je n’avais pas beaucoup de choix. Ce n’était pas tout à fait vrai. Très jeune, j’achetais des livres sur le cubisme, sur Picasso et sur d’autres peintres. Venant d’une famille très libérale, aisée et cultivée qui comptait en son sein le poète Carl Brouard, j’avais  donc une proximité avérée avec la culture. Mon oncle Carl Brouard, grand alcoolique devant l’éternel et ex-vodouisant en était la preuve. J’avais une tante pianiste, Carmen Brouard, une forte personnalité ainsi que Carl qui portaient très fortement une ouverture d’esprit. Au fond, j’ai choisi  ma voie en connaissance de cause. Je baignais dans une atmosphère un peu intellectuelle. Je me suis choisi, en définitive, un territoire qui était vierge (Fous rires). Je me suis procuré  plein de livres sur la peinture. Je me suis lié au Port-au-Prince populaire. C’était l’époque où l’on préparait au Foyer l’élection de Monsieur Duvalier père. J’ai même fait la campagne électorale de François Duvalier  avec des copains. Je n’étais pas un militant sérieux. Nous étions en 1957. On croyait tous enfin que quelle que chose allait se produire. Duvalier dénonçait la situation infra-humaine des masses populaires. Ce qui ne nous laissait pas indifférents. Très vite, j’étais à l’école des Hautes Études avec Jean-Claude, avec Leslie Manigat, sa femme Lucie Chancy. Je me trouvais dans une atmosphère culturelle et intellectuelle assez forte et active. En dépit de cela, l’idée m’était venue, après l’école des Hautes Études, de partir pour New York, en faisant un gros mensonge à mon père en lui faisant croire que j’allais étudier la décoration aux États-Unis. Je me suis retrouvé dans une école d’Art.

La décoration, ce n’est pas exactement la même chose qu’une école d’Art.

Mon père était un homme très pratique, il s’en fichait ! D’après lui, c’était une mauvaise solution. Je n’avais pas de rapports de très bonne qualité avec lui. Mon avenir ne lui souciait guère.

Il aurait voulu que je sois médecin comme lui ou que je sois pharmacien. Il pensait que je n’étais pas à la hauteur de la situation. Il m’a donc envoyé en France très jeune. Il me considérait comme un mauvais gaillard. Il m’a inscrit dans une école chic (chique), pour apprendre les bonnes manières. Il se disait que je pourrais être un diplomate. C’était dans cette école que j’ai fait mon premier tableau. Ainsi, j’avais commencé à peindre. En 1957 arrive Duvalier. C’était quand même moi qui avais pris la décision d’aller à New York. J’ai suivi un cursus très traditionnel. Contrairement aux prévisions de mon père, j’ai travaillé très sérieusement et je suis devenu peintre très rapidement. Il se trompait sur mes capacités. Contrairement à mon père, ma mère me faisait pleinement confiance, une confiance considérable. Mes bons résultats m’avaient permis, très vite, d’être boursier de mon école comme savaient le faire les Américains quand ils avaient un bon élément en main. J’ai eu une bourse de mon école dès le 2ème trimestre et qui a été maintenue trois (3) ans durant.

La même année, j’ai épousé la mère de cette jeune dame qui est là en 1959.

En 1960, New York était une ville dure et le racisme fort et puissant. Ce racisme-là nous a fait fuir, ma femme et moi. Le trajet traditionnel des jeunes Haïtiens s’était activé : Port-Au-Prince- New York- Paris ; puis Paris- New York – Port-Au-Prince.

Ce n’était pas le voyage en Afrique, ni le retour en Afrique. Ce n’était pas le problème, à l’époque.

Donc, je devais me servir de la peinture pour essayer de raconter mon parcours de jeune Haïtien confronté au racisme et à une certaine idéologie. C’était l’époque où Fidel Castro s’attaqua à Batista.  C’était pour moi un grand moment. Bien sûr, je me suis senti extrêmement solidaire de cela. Par contre, l’incompréhension américaine m’avait traumatisé très fortement. J’ai eu du mal à accepter une telle injustice devant ce personnage venant de la bourgeoisie et qui luttait contre la corruption à Cuba. Ce qu’on disait dans le New York Times de la guerre idéologique entre l’Amérique et le Cuba de Fidel Castro, combien de fois, m’avait frappé et heurté. Ce fut une seconde raison pour quitter New York. Je faisais partie d’une petite cellule de militants sur Broadway. On rêvait tous de partir en Haïti pour faire la révolution. Et puis, on était presque prêts à s’engager dans une espèce de formation militaire à la Havane. On devait être vaguement surveillés par la « Central Intelligence  Agency ( CIA) pas sérieusement. Nous étions un petit groupe de 3 pommés subjugués par les problèmes en Haïti et à Cuba. Nous n’ avions eu aucun rapport avec des groupes organisés comme le mouvement de « Jeune Haïti » ou des mouvements de guérilla. Mes compagnons ont disparu. Il est bien incertain que je me souvienne de leur nom. Par la suite, j’ai fait le choix d’oublier Fidel, d’oublier le racisme et de partir avec la mère de cette jeune fille vers la France. J’ai quitté New York vers la fin de l’année 1960 ou au début de l’ année 1961 après mes études. Et, nous avions fait, ma femme et moi, un petit tour en Haïti avant de venir nous installer en France. Comme toujours, nous y trouvions un accueil très sympathique. En France, on vivait de rien, on était très pauvres, mais on se sentait y vivre plus dignement. On mangeait des pommes de terre presque tous les jours. Parfois, on prenait un repas dans les restaurants pour les clochards à la Gare du Nord ou à la Gare de l’Est. On y mangeait correctement. Je fis faire à mon épouse un exercice moral. Ce n’était pas si épouvantable que cela, mais mon épouse n’appréciait pas cette situation quoi qu’à l’âge que nous avions, nous étions très jeunes, cela n’avait pas trop d’importance. Nous habitions dans le 9ème Arrondissement, rue Saulnier, sans téléphone, où je fis la connaissance de l’inspecteur des impôts de mon secteur. Cet inspecteur m’avait obligé à payer des impôts sur la petite somme que je recevais d’Haïti. Ce fut pour moi, ma première leçon de civisme. Je ne raconte pas souvent ce fait. Il  m’avait obligé à payer des impôts comme une façon de participer à la vie sociale, d’entrer dans la vie adulte et de faire mon éducation civique et morale. Moi, j’ai payé. Et je considère enfin ce fait comme un cadeau que la France m’a apporté. Je suis très reconnaissant envers cet inspecteur des impôts qui m’a dirigé astucieusement vers le partage et vers le sens des responsabilités. J’allais assez normalement au service des impôts m’acquitter du petit pourcentage qui m’était réclamé de la petite somme que je recevais de mes parents, tout compte fait, assez aisés. Cette expérience est restée présente dans mon esprit et, dans une certaine mesure, dans mon travail.

De mon père, je dirais que c’était un curieux personnage. Il m’avait amené du temps du gouvernement de Batista à la Jamaïque et à Cuba. J’ai connu La Havane sous le gouvernement de Batista, ville luxueuse, riche et raciste.

Mon  père avait sa propre pharmacie. Il avait donc des relations importantes avec des laboratoires pharmaceutiques cubains à La Havane. Comme toujours les Cubains étaient très motivés par les questions de santé. Mon avait une idée obsessionnelle sur quelque chose qui n’existait plus depuis longtemps « le sérum de Bogolovnef » du nom d’un chercheur russe. Le grand dada de mon père, c’était : comment arrêter le vieillissement ? Scientifique, il était obsédé par la question du vieillissement et j’estime qu’il n’avait pas tout à fait tort. Dans la capitale cubaine, il m’avait amené visiter des laboratoires qui travaillaient sur ce sujet. Je peux dire que j’ai connu le régime Batista ! Ma compréhension de la lutte de Fidel Castro venait de loin et j’avais subi le racisme à Cuba. C’étaient des Castillans qui possédaient tout le marché pharmaceutique dans ce pays.  Il y avait, je me souviens bien de cela, un gros problème à La Havane qui consistait à trouver un restaurant où nous pouvions, mon père et moi, aller déjeuner. Amener un noir dans un restaurant à la Havane, pendant le règne de Batista, était un sérieux problème. A l’époque, le pouvoir à Cuba est castillan et le soi-disant métissage cubain n’existait pas encore. Mon éducation et ma compréhension des problèmes haïtiens sont passé par le racisme. Il ne faut pas oublier qu’un enfant de Bois-Verna, un enfant mulâtre, de parents aisés, ne puisse être conscient des problèmes socio-économiques d’ Haiti. Ma famille était très libérale, mais, elle ne donnait pas les clés, toutes les clés pour bien comprendre la société haïtienne.

Ma tante, la femme de Carl Brouard, qui déjeunait tous les dimanches chez mes parents, était une Mambo. C’est à Miami que j’ai découvert que j’étais noir. Je l’ai découvert dans la file de l’immigration, porte d’entrée dans le monde blanc…Ma peinture naît de toutes ces choses-là : la sexualité, le portrait de Fidel Castro, de Toussaint Louverture, Haïti, etc.

Revenons à la famille Brouard, une famille réellement libérale. Ce que je vais dire là ne va pas plaire aux Haïtiens, disons à la majorité d’entre eux. Comme on dit en Haïti : pour être un bon vodouisant, il faut être un bon catholique. C’est vrai.

Carl et sa femme, un beau jour, ne se reconnaissaient plus dans le Vodou. Ils avaient fait le choix d’y renoncer sans donner d’explications. Je n’ai jamais vu mon oncle, à vrai dire, avoir la moindre pratique vodou, ni ma tante. Moi non plus, d’ailleurs, je n’ai pas eu de pratique vodou. J’ai été en Haïti dans des fausses cérémonies pour des touristes américains. En ce qui me concerne, le vodou que je sais, je l’ai appris dans des livres. Par la suite, avec des amis américains, j’ai me suis rendu à Saut-d’Eau, lieu de pèlerinage des vodouisants, connu comme étant un des hauts lieux de la religion Vodou.

Cependant, je crois avoir eu une expérience vodou qui n’a pas été simple à comprendre.

Il y avait un jeune noir venu de la campagne  avoisinante qui vivait dans ma famille au Bois-Verna. Il avait bénéficié des largesses de ma mère qui le prenait en charge intégralement et surtout ses frais de scolarité. C’était mon frère de lait, ce n’était pas un domestique (un restavec), c’était plutôt un compagnon de jeu. Un jour, ce jeune noir que ma mère éduquait, était parti à la campagne dans sa famille comme il le faisait auparavant. Et cette fois, il était revenu fou, complètement fou. C’était à ce moment-là que je parlais de lui avec ma mère. J’avais assisté à la naissance de la folie- grosso modo- de ce garçon. Était-ce le vodou qui l’avait rendu fou ? Sa folie était-elle liée aux pratiques du vodou ou à une sorte de conflit entre le monde du Bois-Verna qu’il fréquentait et le monde des paysans dont il faisait partie ? Ou avait-il vu  et vécu des choses dans le vodou qui l’avaient déstabilisé ?

J’ai vu des phénomènes bizarres, pas très éloignés de la folie, avec Roland Dorcély, Gesner Armand, Jacques Gabriel, etc. J’ai vu tout ce petit monde sombrer dans la drogue. Jacques Gabriel est mort d’ une overdose. J’ai échappé à l’engrenage infernal avec l’ aide de ma mère et aussi par mon statut social. Je fis très jeune à New York une psychothérapie avec le psychiatre qui utilisait une approche méthodique à partir des travaux de Louis Mars, psychiatre haïtien. Je mettrais tous ces déséquilibrés haïtiens sur le compte d’une enfance pauvre, sous-développée et très arriérée, parfois en rapport avec le monde capitaliste, industriel, d’une certaine inadaptation avec le monde capitaliste. C’était très frappant dans le cas de Denis, mais Gabriel n’était pas mieux loti.

Pour me situer, je dirais que je suis du côté de la sociologie plutôt que de la religion. Mon expérience avec mon frère de lait était d’une autre nature. Toute la génération de peintres dit modernes qui ont fait le voyage dans un monde plus irrationnel, tous ont sombré dans la déraison. Pinchinat a mis le feu dans sa chambre de bonne dans un moment de folie. On pourrait expliquer leur déchéance pour n’avoir pas eu les acquis nécessaires, et  par un manque d’assises intellectuelles, culturelles et sociales.

En ce qui me concerne, je suis cartésien. La folie expressive du vodou ne m’a pas touché. Mon attachement à Haïti, à ses mythes et à ses symboles est indéniable. Le vodou est présent dans ma peinture, mais cela ne fait pas de moi un pratiquant. Certains aspects de ma peinture relève du folklore de la religion vodou et non pas de la réalité et de la pratique de celle-ci. J’ajouterais que je suis dans la poétique du vodou et non dans la croyance.

Prenons le cas d’Hector Hyppolite. Il est connu comme un prêtre du Vodou (un Hougan) et aussi comme peintre. On admet volontiers que sa peinture est imbibée de références vodous sans être pour autant dans une démarche mystique profonde. Je parlerais volontiers d’une commodité d’ associer ou d’ intégrer des mythes et des symboles haïtiens dans ses tableaux comme les « vêvês),  des tambours et d’autres objets que d’ une démarche mystique et religieuse.

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Dany LAFERRIÈRE :      L’épée d’académicien   p. 12-16

Dany Laferrière, écrivain haïtien naturalisé canadien, ayant été élu à l’Académie française en décembre 2013, reçoit ce 26 mai 2015, en l’Hôtel de Ville de Paris, des mains de l’écrivain et académicien Jean d’Ormesson, son épée : prélude à l’« intronisation » sous la coupole de l’Académie française du 28 mai.

La cérémonie est organisée (et financée) par le « Comité de l’épée » constitué d’une quarantaine d’amis du récipiendaire ayant répondu à la souscription.

Nous sommes dans le magnifique « Salon des Arcades » : quatre cents invités assis (sièges nominés), rassemblement solennel, dont les académiciens (Madame Carrère d’Encausse secrétaire perpétuel de l’Académie, au premier rang) ; non loin : la princesse Caroline de Hanovre, Son Excellence Madame Vanessa Matignon, Ambassadeur désigné de la République d’Haïti en France, beaucoup d’écrivains haïtiens (dont Frankétienne), la Communauté haïtienne, car Dany Laferrière est le premier haïtien élu à l’Académie française et une Presse immense, impatiente.

De chaque coté de ce salon, le cocktail se prépare… des bouquets blancs somptueux… Nous sommes dans ce que Léopold Sédar Senghor, premier africain élu en 1983 à cette même académie définit comme « Cette francité faite d’esprit, de méthode et d’organisation ».

Nous avons bien ri : Jean d’Ormesson plein de verve et d’esprit, choisit pour l’ « initiation » de Dany Laferrière à son rôle imminent d’académicien, le style comédien et humoristique :

Comment à t-il connu Dany Laferrière ? « Nous nous sommes vus seulement deux ou trois fois. On s’est envoyé des lettres. Les miennes étaient stupides, les tiennes étaient irrésistibles. J’ai eu pour toi une espèce de coup de foudre. Je te tutoie et pourtant je tutoie très peu de monde ».

Ensuite, presque sarcastique, J. d’Ormesson présente l’Académie : sa composition : « J’aime que soient représentés à l’Académie tous les spectres littéraires… C’est une espèce de rêve de la francophonie… On ne pouvait pas laisser passer quelqu’un comme toi… », ses rites : « vous devrez dire Madame le secrétaire perpétuel », ses fastes…

Après avoir ébauché une biographie du récipiendaire en insistant sur son enfance à Petit Goâve (Haïti), il s’amuse, inénarrable, à énumérer et commenter les titres de ses différents livres, précisant : « l’Académie a le goût des beaux titres » :

« Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer »

« L’Odeur du café »

« Le Goût des jeunes filles »

« Pays sans chapeau »

« Le Cri des oiseaux fous »

« L’art presque perdu de ne rien faire »

« Je suis fatigué »

« Tout bouge autour de moi »

« L’Énigme du retour »

« Je suis un écrivain japonais »

« Journal d’un écrivain en pyjama »

« Je suis fou de Vava »

« La Fête des morts » …

Nous avons aussi pleuré : lorsque Jean d’Ormesson évoque les 300 000 morts du séisme qui ébranlait Haïti le 12 janvier 2010.

Alors le nouvel élu répond par une brève biographie où les femmes (il ne reverra jamais son père exilé) : sa mère, sa grand-mère « Da » et ses tantes, toutes femmes aussi cultivées que pauvres, lui apprennent ce qu’il appelle « la vie nue » et préparent la fertilité du terreau sur lequel l’HOMME s’épanouirait.

Quelques phrases clefs :

« L’écriture c’est l’imaginaire »

« C’est une source de joie constante d’avoir des livres chez soi »

« Le livre demeure le fil rouge qui permet aux humains de ne pas se perdre dans le labyrinthite de la nuit »

« L’écriture nous sauve de nous-même. Sinon, on ne fait que lécher ses blessures »

Parlant de sa grand-mère : « Je me sentais projeté par son doux sourire »

Parlant de sa mère : « Elle a semé en moi ce rêve d’un style fluide »

Pendant ce temps, l’épée, posée sur une petite table, nous questionne :

Pour sa création, Dany Laferrière choisit l’un des plus prestigieux artistes haïtiens : Patrick Vilaire : plasticien, sculpteur, peintre, spécialiste en céramologie et en énergies nouvelles (solaire, éolienne, cinétique). Il ne se contente pas de l’inspiration, du « spontané ». Son œuvre est toujours pensée, « L’art est une réflexion d’abord ». « Je ne cherche pas la beauté… il faut que les éléments sur lesquels je travaille permettent au regardeur de comprendre la finalité de l’œuvre ».

Son inspiration est puisée dans l’histoire de son pays, la culture populaire, le vodou. « Le vodou est une Religion et une Culture » (Patrick Vilaire)

L’épée a donc été longuement méditée : la pointe de la lame prend la forme d’une plume de stylo ; un symbole : une minuscule ampoule contient l’encre. La poignée est de bois précieux haïtien.

La garde est gravée du vévé (signe symbolique) de « Legba » : esprit du panthéon vodou, le premier (après nos ancêtres morts) invoqué et honoré au début de toute cérémonie ou « service », car c’est lui qui détient les clefs ouvrant le monde des esprits : sans son autorisation préalable, aucun autre esprit ne peut se manifester lors d’une cérémonie.

Il appartient au rite Rada d’origine africaine, est représenté sous la forme d’un vieillard, une sacoche sur le dos, une pipe à la bouche, une clef, et souvent des béquilles.

Moment particulièrement émouvant : Jean d’Ormesson remet l’épée à l’Immortel. « Immortel », vient de la devise « À l’immortalité », figurant sur le sceau donné à l’Académie par son fondateur le cardinal de Richelieu.

« L’arme, c’est l’écriture,

Le combat, la littérature ». (Dany Laferrière)

Ce 28 mai, sera l’intronisation sous la coupole :

Le costume vert confectionné par le couturier québécois Jean-Claude Poitras, brodé par la québécoise Jeanne Bellavance (500 heures de travail) et l’épée, conçue et réalisée par Patrick Vilaire seront les attributs du nouvel Immortel.

Antoinette JEAN

« Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c’est beau ! » (Edmond Rostand)

Pour les discours de l’Académie française :

http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/discours-academiques

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Manifeste  du Parti d’ Entente Populaire (P.E.P.)   – p. 18-20

(huitième et dernière partie)

Fallait-il publier ce Manifeste qui date de plus d’ un demi-siècle ?

En plein vingtième siècle, dans la République haïtienne, on continue massivement de postuler pour la magistrature suprême souvent sans l’appui d’une organisation politique digne de ce nom, sans programme et sans une vision sérieuse de la société haïtienne. Les nombreuses candidatures aux prochaines élections de cette année 2015 (deuxième semestre) en apportent la preuve.

« Pour Haïti » a eu des échos positifs de la publication du Manifeste du P.E.P.

D- Réforme Militaire

1°-L’armée sera composée de 7 corps indépendants les uns des autres, tous basés sur la conscription par tirage au sort, sauf les officiers qui seront formés dans les Académies Militaires et seront professionnels. Elle comprendra: un corps de Garde-Frontières de 2 000 hommes, un corps d’ Artillerie de Montagne : 500 hommes, un corps d’ Avion Militaires de 500 hommes, un corps de Marines de 2 000 hommes, un corps de Génie logistique et Télécommunication de 500 hommes,un corps d’ intendance de 200 hommes, un corps de Santé de 200 hommes.

2°- Le pays sera divisé en 20 régions militaires sous le Commandement d’ un Conseil supérieur de la Défense nationale, sous la direction du Président de la République et comprenant les Chefs des différents corps de l’ Armée et des Officiers d’État Major . Le corps des officiers de chaque région militaire organisera sur place la conscription et la préparation militaire des citoyens qui n’ auront pas été mobilisés dans les forces spécialisées. Le but de cette organisation sera de pratiquer la défense de surface du territoire national en cas d’ agression.

3°- La durée du maintien des recrues sous les drapeaux sera déterminée par décret de l’ exécutif. Elle ne pourra excéder 6 mois sauf en cas d’ urgence nationale décrétée par le Parlement. Les recrues combineront le travail productif dans une entreprise d’État et l’entraînement militaire.

4°- Après leur service, les citoyens seront versés dans la garde nationale et astreints à un jour d’ entraînement par mois. Les citoyens non désignés par tirage au sort pour le service militaire, seront d’emblée membres de la Garde Nationale.

5°- Dès que la situation internationale le permettra, il faudra résolument supprimer l’ Armée tout en sauvegardant la Garde Nationale et l’entraînement physique collectif. Tous les officiers qui auront servi la Patrie dans le métier militaire devront être reclassés professionnellement en cas de licenciement, s’ils ont été des citoyens loyaux et respectueux de la Démocratie.

6°- Toutes les pensions militaires devront être révisées afin de supprimer les avantages acquis par le favoritisme et le trafic d’ influences.

E- Réforme de l’ Enseignement

1°- Réaliser l’ autonomie universitaire sur le plan budgétaire comme sur celui de la direction. Établir un système de titularisation des professeurs sur la base de distinctions universitaires obtenues par concours, donnant droit à être nommé par le conseil de faculté, nomination qui doit être approuvée par le Conseil d’Université et le Ministère de l’ Instruction Publique. Le Conseil de l’Université comprendra tout comme les Conseils de Faculté : 1/3 des représentants des Étudiants, 2/3 des représentants des Professeurs. Les Doyens des Facultés seront choisis par le gouvernement dans le corps des professeurs et seront révocables par le Conseil de l’ Université. Le Recteur de l’Université sera choisi par le gouvernement dans le corps des professeurs et sera révocable par le Conseil de l’ Université en cas de griefs motivés. Par ailleurs, sur le plan budgétaire, la seule tâche du gouvernement sera de remettre un chèque annuel au Recteur de l’Université, chèque représentant les sommes allouées par le Parlement à l’Université. Le Conseil de l’ Université aura liberté entière pour fixer les traitements et les dépenses d’ exercice.

2°-Élargir l’ Université, élever le niveau des Écoles supérieures et créer une École Centrale des Arts et Manufactures, une École Centrale de Physique et de Chimie Industrielle, une  école centrale d’ Art vétérinaire, une école centrale des Mines, une école centrale de constructions mécaniques, une école centrale de Métallurgie, une école centrale de navigation maritime et aérienne, une école centrale des Hautes Études commerciales, une école centrale d’ Administration. Toutes ces écoles devront au départ fonctionner avec des professeurs, des cadres étrangers. Elles seront remises au Conseil de l’Université aussitôt que la majorité des cadres  seront haïtiens et jusque-là, fonctionneront sous le contrôle du Ministère du plan et du contrôle d’État.

3°- Créer la Section de l’Enseignement technique du Ministère de l’ Instruction publique qui modernisera le baccalauréat, instaurera un baccalauréat technique et des lycées techniques dans les principales villes de province.

4°- Multiplier les écoles professionnelles (Chimie, tissage, filature, métallurgie,etc.).

5°- Établir un programme de liquidation de l’analphabétisme grâce au volontariat et modifier radicalement l’ enseignement primaire et l’ enseignement rural à la lumière du Plan.

6°- L’Instruction publique sera dirigée par un Sous-Secrétariat d’État qui sera sous le contrôle du Ministère du Plan et du contrôle d’État.

F- Politique de la Santé et de l’Hygiène Publique

1°- Réaliser des investissements annuels d’au moins un million de gourdes pour améliorer les hôpitaux du pays.

2°- Réorganiser les dispensaires et en créer de nouveaux dans tous les villages modernes.

3°-Créer à la Faculté de Médecine un cycle d’ études d’ aide-médecins formés en 3 ans. Ils seront affectés dans les sections rurales réorganisées.

4°- Créer un institut de recherches sur la médecine populaire où les guérisseurs les plus renommés du pays seront employés à côté des chercheurs scientifiques hautement qualifiés pour codifier les précieuses données de la phytothérapie populaire et des autres techniques empiriques positives.

5°- Réorganiser sur des bases nouvelles l’ hygiène publique.

G- Modernisation des Communications

1°- Faire respecter les communications nationales sur le transport ferroviaire et créer un réseau de voies ferrées.

2°- Étudier le développement des ponts et chaussées en liaison avec le plan économique.

3°- Créer des équipes d’entretien des routes par tronçon avec le contrôle des municipalités et des Conseils de Section Rurale.

4°- Renforcer l’ aviation commerciale.

5°- Créer la Compagnie Nationale de Cabotage par chalands et voiliers.

6°- Organiser de concert avec les Municipalités les transports urbains.

7°- Réformer les P.T.T. Et moderniser le réseau.

8°- Organiser l’ Urbanisme de concert avec les Municipalités.

9°- Créer une Flotte marchande nationale .

H- Réformes Générales

1°- Réviser de fond en comble la législation des pensions et ré-étalonner les pensions.

2°- Établir une loi contre toutes les persécutions religieuses, les conversions forcées. Soutenir résolument le maintien du Concordat avec le Vatican, ce, jusqu’ à nouvel ordre pour ne pas diviser les forces nationales sur un problème secondaire. Entretenir de bonnes relations avec toutes les églises.

Politique Étrangère

A-Problèmes Internationaux

1°- Observer la plus stricte neutralité dans les conflits opposant les grandes puissances. Poursuivre une politique correspondant à la taille du pays et à son importance internationale réelle. Prendre l’initiative médiatrice sur les points de friction. Se garder en dehors de toute coalition militaire et interdire la cession de base militaire à toutes puissances étrangères sur le territoire national. Nouer des relations diplomatiques, commerciales, culturelles, sportives avec tous les pays de la terre sans exception.

2°- Défendre résolument la nationalité opprimée, toutes les initiatives anti-colonialistes et s’opposer en cette matière aux entreprises des puissances colonialistes.

3°- Défendre la paix et le désarmement progressif.

4°- S’opposer à toute prédominance d’ un État de notre continent sur l’un quelconque d’ entre eux.

5°- Réaffirmer solennellement la pleine indépendance de notre politique étrangère et la souveraineté absolue de notre parlement, quelle que puisse être la politique de l’un quelconque des États américains en la matière.

6°- A propos de définition de la sécurité internationale, de définition de l’agression, de la menace d’ agression, le gouvernement doit s’en tenir à la définition du Parlement en chaque cas d’espèce.

B- Problèmes Caribéens et Centre-américains

1°- Rechercher avec les pays  caribéens, puis, s’il y a lieu, avec des pays centre-américains des accords de désarmement absolu.

2°- Rechercher avec les pays caribéens , puis, s’il y a lieu avec les pays Centre-américains des formes évolutives vers un fédéralisme politique, savoir :

a) Accords de double citoyenneté.

b) Collaboration de certains organismes d’État (Santé, Hygiène publique, Éducation, Réalisations techniques et économiques communes, etc.).

c) Élever l’espagnol au rang de langue favorisée et réclamer la réciprocité.

d) Réaliser des accords pour des échanges d’étudiants, de sportifs, de touristes, etc.

e) Réaliser un conseil consultatif parlementaire des pays décidés à réaliser peu à peu une formule de condominium.

C- Commerce Extérieur

Créer le Secrétariat du Commerce Extérieur qui relèvera du Ministère du Plan et du Contrôle d’ État, accréditera ses agents commerciaux permanents là où l’ intérêt national le réclamera.

Telles sont les grandes lignes du Programme de la Nouvelle indépendance que le Parti d’ Entente Populaire soumet à la Nation et qu’il s’ engage à réaliser dans la collaboration la plus franche avec les autres formations politiques nationales et dans la lutte contre les tendances politiques anti-nationales. Ce programme triomphera et vaincra parce que nous avons raison. C’est notre travail qui fera le reste.

Le Conseil National Provisoire du Parti d’Entente Populaire

N.B. Le Parti d’ Entente Populaire est pauvre. Chaque exemplaire de ce Manifeste est précieux.

Ne le conservez pas égoïstement. Faites-le circuler, discutez avec vos amis son contenu, argumentez, convainquez-les pour l’ union et l’ action. Si possible, faites-le taper à la machine, polycopier, et diffusez-le pour le salut de notre patrie.

P.E.P.

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Le Développement, c’est Maintenant[2] p. 23-25

« Tant que les Lions n’auront pas leur Historiens, les histoires de chasse tourneront toujours à la gloire du Chasseur.» Didier Awadi

« Why had hundreds of millions of dollars in international economic aid directed at a country no larger than the state of Maryland failed to reverse Haiti’s headlong plunge into deepening poverty?[1]

De Riyad à la Jamaïque, ou encore de Riyad à Cuba, tous les chemins vont de Riyad à Cuba. Dans ce concert de ballet diplomatique à donner le vertige depuis le début de l’année 2015, il n’est pas anodin  de commencer avec deux réflexions faisant allusion à l’histoire et au développement, car ces deux disciplines sont intimement liées au regard de l’évolution des Amériques et de la Caraïbe et au-delà du continent. En un mot, il est question ici de partager une réflexion autour du débat de la dette qui ne peut plus attendre, car le développement, c’est bien maintenant !

Cinq ans depuis le séisme en Haïti (2010-2015), cent ans depuis le début de l’occupation états-unienne (1915-2015) qui continue sous une autre forme[3],  et bientôt  plus de deux siècles (au XIXème) siècle) depuis que la France se soit constituée créancière quasi-exclusive d’Haïti, par suite de la dette coloniale contractée, et relayée par des emprunts successifs dans lesquels le pays s’engage, la diplomatie française en Haïti reposait alors sur le théorème de la mécanique de la dette extérieure  [Péan, 2000 : 523].

« Quand je viendrai à Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons »

(dixit Président François Hollande, au mémorial ACTe, Guadeloupe, 10-05-2015).

En réalité, cette déclaration fait penser au « je vous ai compris » du président français de Gaulle en Algérie. Que de malentendus et de frustrations n’ont cessé, sachant que « l’Algérie a donné à la France vingt fois plus de médecins et de professeurs d’université formés en Algérie que la France n’en a jamais formés pendant toute la colonisation » (Boutaleb, K, 2011 de l’Université de Tlemcen, colloque migration et territoires à la Martinique). Par conséquent il ne saurait être question aujourd’hui pour le seul pays du continent qualifié de « pays moins avancé » (PMA) qu’est Haïti, de prêter son flanc à l’ambigüité. La rente coloniale allait servir à alimenter des spéculations financières et à accroître l’accumulation du capital en France. Ce point est rarement souligné, à une époque où l’on traite de « la fatalité du sous-développement » [Blancpain, 2001] alors qu’il ne s’agit ni de fatalité ni de malédiction mais d’une mémoire et d’une histoire qui méritent de « dialoguer avec courage ».  La députée de la Guyane, Christiane Taubira, avait pourtant abordé cette question, en 2002, à l’Assemblée Nationale française : « La dette de décolonisation payée à la France n’est pas la seule cause des retards économiques et sociaux d’Haïti. Mais il est incontestable qu’elle a constitué une ponction financière considérable, handicapant et limitant durablement l’accumulation du capital et la modernisation de l’appareil productif, tout en contribuant, par ces versements, à l’accumulation du capital en Europe que la colonie la plus productive du monde, alors appelée perle des Antilles, avait déjà stimulé dès le XVIIIème siècle ».

Il nous semblait nécessaire de remonter le fil pour mieux contextualiser les attentes tout comme les exaspérations des uns et des autres, de Karukera (l’île aux belles eaux ou Guadeloupe) à l’île d’Ayiti (Haïti). La question épineuse du surendettement touche plus d’une douzaine de pays de la région et représente un des facteurs explicatifs de la vulnérabilité de l’économie fort dépendante des remises [Skelton, 2004 : 44], tout en continuant à faire face à un sous-développement entretenu.

Un sous-développement entretenu : où commence et où s’arrête la dette coloniale ?

La question de « restitution et réparation », déjà débattue à la Conférence de Durban en 2001, continuera de ‘polluer’ la vie politique du pays, à la veille du Bicentenaire de son indépendance en janvier 2004. Aujourd’hui, à l’heure où de nouvelles coopérations en particulier Sud-Sud se nouent, de Cuba au Brésil, du Brésil à l’Arabie, la question de l’indemnisation ne peut plus être occultée. Elle doit correspondre à la perte économique résultant du fait illicite mais aussi, éventuellement, au préjudice moral relatif aux atteintes aux personnes. Réparation n’est pas un « gros mot », mais simplement un outil parmi d’autres pour casser avec un sous-développement entretenu depuis plus de deux siècles.  Par la réparation, on peut en effet éponger « la dette morale » une fois pour toute. Non ! L’assistance,  composée de personnages venant du Sénégal, de Mali, du Bénin et au-delà, a bien entendu et garde espoir  qu’il ne peut y avoir de « confusion » comme la presse tente de faire croire depuis moins de 24 heures à présent.

Sachant que la part d’ombres de la Francophonie semble emporter le pas sur la part de lumière, sachant que dans le même temps la coopération de proximité avec Cuba peut faire pâlir de grandes capitales, le temps est venu de saisir cette visite dite « historique » pour engager un débat franc sur la dette et les formes de réparations possibles. Faire de la promotion de la diversité culturelle un thème de coopération entre États serait pertinent, en exploitant le lien entre émigration et francophonie dans la mesure où les migrants d’origine haïtienne  à leur échelle participent d’un espace francophone multiple (Hexagone, Antilles françaises, Afrique francophone, Québec). Cet espace dynamique ne cesse de produire ailleurs des richesses matérielles et immatérielles bénéfiques au développement du pays d’accueil. Alors  pourquoi le pays d’origine n’arrive-t-il toujours pas à articuler une politique dépassant l’aide au développement classique qui a servi plus à « Celui qui donne que Celui qui reçoit ? » (Moyo, 2009). Enfin, au-delà de la séquence « bals/kanaval » (Anglade), un « travail de ressaisissement national » dont la société haïtienne d’histoire, de Géographie et de Géologie (SHHG) appelle de ses vœux en 2015, nécessite un croisement des regards à différentes échelles (régionale, locale, internationale) pour formuler des partenariats stratégiques utiles au développement, car  la Connaissance exige une recherche documentée avec rigueur et probité intellectuelle.

Clara Rachel EYBALIN CASSEUS

Quelques références

Anglade, Georges (fév.2008) Les métamorphoses d’un Carnaval…, l’Hebdo, Haïti Le Nouvelliste

Badie, Bertrand et al. (2014) Le temps des Humiliés. Pathologie des relations

internationales. Paris : Odile Jacob, 246 p.

Eybalin Casséus, Clara Rachel (2014) Mission Rapport mandatée par the Islamic Bank of

Development (BID), Jeddah, Arabie Saoudite, 28p.

Gaillard, Gusti Klara (1990) L’expérience haïtienne de la dette extérieure (1875-1915),

Port-au-Prince : Deschamps, 175 p.

Guérin, Daniel (1956) les Antilles Décolonisées, préface de Aimé Césaire (auteur de

« Discours sur le colonialisme »). Paris : Présence africaine, 188 p.

Le Glaunec, Jean-Pierre (2014) L’armée indigène. La défaite de Napoléon en Haïti,

préface de Lyonel Trouillot. Québec : Lux Editeur, 279p.

Moyo, Dambisa (2009) L’aide fatale, Paris : JC Lattès, 280 p.

Péan, Leslie (2000) Économie politique de la corruption (de Saint-Domingue à Haïti 1791-

1870), Port-au-Prince : Éditions Mémoire, 523 p.

Traoré, Aminata Dramane (2014) La gloire des imposteurs. Lettres sur le Mali et l’Afrique.

Toussaint, Hérold (2009) Haïti et la France 2003-2004 un débat escamoté, CUCI, 115p.

Verschave, François-Xavier (2004) De la Françafrique à la Mafiafrique. Bruxelles : Ed. Tribord, 69p.

http://ldh-toulon.net/Gilles-Manceron-1885-le-tournant.html

[1] Ces propos sont au cœur d’un rapport sur l’impact de l’aide internationale au développement d’Haïti [Josh de Wind, 1988 : 39].

[2] Clara Rachel Eybalin Casséus, Ph.D. géographie politique, MPA Strategic Public Policy, MA sociologie des conflits, est chercheur indépendant spécialiste de migrations internationales (Caraïbe, pays du Golfe GCC).

http://seminars.wcfia.harvard.edu/files/tsi/files/3-casseus_2015_tsiworkingpaper.pdf .

[3] Les missions de paix de l’Onu en Haïti vont de 1993 (MINUHA) à 2004 (MINUSTAH) et cela continue. Pour aller plus loin dans la réflexion, à consulter « An Encounter with Haiti. Notes of a Special Adviser » de l’ambassadeur Reginald Dumas (2008)

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ARTS ET LETTRES
Autour de l’ouvrage de Jean-Claude Brouard Cambronne    P. 28-30

« Haïti. Chroniques d’un massacre annoncé »

Jean-Claude Brouard Cambronne est un auteur préoccupé depuis un certain temps de transmettre son vécu et ses éléments de connaissance de la lutte clandestine menée sous  la dictature de François Duvalier. En 2009, la parution de « Le chant des ténèbres. Mort lente au Fort-Dimanche » en témoignait, à sa façon, fortement. Cinq ans plus tard, il revient à la charge avec son « Haïti. Chroniques d’un massacre annoncé », paru aux éditions Dami. Cet ouvrage, d’environ cent-quarante pages, mérite attention.

Cambronne livre ici un remarquable témoignage à plusieurs voix sur des moments de la répression du mouvement communiste. Certes les actions de quelques autres groupements sociopolitiques contre le régime totalitaire  sont évoquées telles celles de « Jeune Haïti » et de la « Coalition Haïtienne » ou encore, bien auparavant, de la mobilisation syndicale et de la lutte des étudiants en 1959-1961. La mention de ces groupes sert toutefois essentiellement à planter le cadre dans lequel s’inscrit la lutte communiste.

Cambronne s’est attaché à recueillir des témoignages épars de militants. Il les rassemble dans ces « Chroniques… », tout en  leur donnant une cohérence tant au niveau des épisodes chronologiques qu’à travers l’itinéraire de figures militantes majeures. Par ailleurs, certes souvent de façon seulement allusive, le mode de fonctionnement et les objectifs d’un des partis communistes sont évoqués. Il s’agit du Parti d’Entente populaire (PEP). Honnêtement conduite, la démarche de l’auteur débouche sur un résultat crédible. Les militants de ce parti prennent corps et âme au fil des pages et leur  degré d’implication donne aussi des indications sur le rapport de forces sur le terrain et sur la violence de la réaction du pouvoir. Or à l’effarement du lecteur lié au suspense qui fait écho aux sombres réalités d’alors, ces militants vont, en grande majorité, disparaitre dans les geôles de la dictature quand ils n’ont pas été exécutés sur leur lieu de capture.

C’est avec un souci de rigueur que l’auteur parvient à repositionner les pièces d’un puzzle éclaté justement par des vagues de répression, en particulier, celle de 1969. C’est d’ailleurs sur ce « massacre annoncé » que l’ouvrage se clôt abruptement. Cette date correspond au démantèlement du mouvement communiste par  la dictature de Duvalier-père. Evidemment l’efficacité de cette ultime répression contribuera à la prise de pouvoir  sans à-coups  de  l’héritier Jean-Claude Duvalier, sous le regard bienveillant de Washington. La répression continuera à frapper les membres du jeune Parti unifié des communistes haïtiens  (PUCH) mais ceci marque une autre étape historique que l’auteur ne traite pas.

Cambronne se focalise donc sur le mouvement communiste sous Duvalier-père, plus précisément sur le PEP. Puis, à partir de janvier 1969 où se scelle la création du PUCH, résultant de la fusion du PEP et du Parti populaire de libération nationale (PPLN), l’auteur suit les actions de plusieurs militants de la branche du PEP.

Dans cette optique, il est donc  logique que Cambronne remonte aux années 1940, en particulier à l’événement-phare des Glorieuses de  janvier 1946. Le jeune écrivain Jacques Stephen Alexis occupait alors le devant de la scène où les aspirations à la démocratie déferlaient. Or ce même Alexis devient en 1959 un des fondateurs du PEP. D’après Cambronne, ce parti propose à la gauche une approche plus pragmatique et, entre autres, plus ouverte à la bourgeoisie nationale, que celle prônée par le PPLN. Cependant à l’issue de sa participation à un congrès du parti communiste soviétique, le retour clandestin d’Alexis connait une fin tragique en 1961 tandis que son organisation politique essuie une féroce répression. Une fois cet épisode dramatique relaté, l’auteur fait un saut dans le temps de près de cinq ans sans évoquer la réédification organisationnelle du PEP ou encore la répression qui, en 1965, s’est abattue sur le PPLN. Ces omissions ne sont probablement pas une occultation de ces deux réalités par l’auteur mais vraisemblablement la résultante d’un manque d’informations sûres pour les traiter valablement.

Cambronne aborde donc de front la lutte clandestine menée en  1968-1969 et qui est soutenue par les partis-frères de l’Union soviétique et de Cuba à travers la formation théorique et militaire des militants. L’auteur informe plus particulièrement des actions armées dans la capitale et, en province, de celles de guérilla de type « Foco » poursuivies par le PEP puis par la Commission militaire du PUCH. Toujours à l’aide des propos de témoins, Cambronne souligne toutefois qu’à l’époque cette stratégie ne remporte pas  l’unanimité au sein du comité central du parti.  En tout cas, le pouvoir finit par avoir le dessus  à Cazalle, comme à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien ou encore à Jérémie pour ne citer que ces localités investies peu ou prou par l’organisation communiste. Au mitan de l’année 1969, ce mouvement devient définitivement orphelin de la plupart de ses dirigeants.

La pyramide des forces répressives militaires et celle du corps des macoutes déployés sur tout le territoire constituent certainement un ressort clé de cette victoire gouvernementale.  Toujours à travers les témoignages recueillis par ses soins, l’auteur met toutefois en évidence un autre facteur de taille.

Il s’agit du redoutable double-jeu d’un dirigeant important du PEP puis du PUCH, à savoir Franck Eyssallenne (alias Charly). Des publications du PUCH ou encore de Bernard Diederich ont déjà dénoncé les agissements de Eyssallenne, mais Cambronne enfonce le clou. Il montre combien de par sa position à la tête du parti, Eyssalenne est au fait des initiatives militaires de l’organisation comme des taches données à nombre de militants de base. Malgré certaines tentatives d’explications de l’auteur, en particulier les liens qu’aurait entretenus Eysalenne avec la CIA, le lecteur ne détient aucune clé pour comprendre le manquement du parti sur cet agent-double qui aurait des relais complices en province. Cette défaillance organisationnelle sera fatale à nombre de militants dont beaucoup n’en réchapperont pas. Si l’exécution sur place des militants pris au collet n’est pas systématique, qu’ils survivent à l’incarcération sera un dénouement rare.

Les conditions de détention inhumaines sont ainsi également évoquées, tant celles du Pénitencier national que des Casernes Dessalines ou du macabre Fort Dimanche. Leurs descriptions constituent un poignant complément aux témoignages regroupés il y a une trentaine d’années dans le fascicule « Les prisonniers politiques accusent « (publié en 1973 par CACREH, KODDPA…). Militaires comme membres du corps des VSN, les meneurs d’ordre et les tortionnaires impliqués sont identifiés par l’auteur, grâce encore une fois aux témoins. A l’issue de la lecture de ce travail de mémoire, les choix et les responsabilités de chacune des parties adverses se profilent avec force. Mais évidemment on voudrait en savoir bien davantage.

L’auteur a donc gagné son pari puisque, in fine, ses « Chroniques… » créent des attentes chez le lecteur. Celui-ci voudrait pouvoir mesurer l’ampleur et la portée du mouvement communiste haïtien dans son ensemble. Il voudrait aussi comprendre les motivations de ces militants à  la mort « annoncée » et avoir des éléments d’appréciation plus précis sur l’appareil du PEP/PUCH. Il voudrait encore pouvoir jauger de la réaction de l’opinion publique nationale à la violence de la répression qui n’est pas qu’anticommuniste, loin s’en faut. Ces interrogations, parmi tant d’autres, indiquent combien « Chroniques d’un massacre annoncé » est un jalon supplémentaire pour l’écriture d’une histoire du mouvement d’opposition communiste à Duvalier. Toutefois l’auteur devrait apporter certaines précisions pour que ce jalon devienne un véritable garde-fou.

Le lecteur, averti ou non, reste effectivement souvent sur sa faim quand à l’identité des témoins pour lesquels Cambronne fait office de porte-voix. L’implication du témoin direct sur l’événement relaté ainsi que le degré d’exactitude de ses propos ne peuvent être mesurés. Par ailleurs, l’auteur semble exploiter aussi des témoignages indirects. Or, malgré la bonne volonté des intermédiaires, le temps écoulé depuis les événements en cause risque parfois d’être un prisme déformant. Cette difficulté apparait d’ailleurs aussi dans la présentation de l’itinéraire du milicien Eulisma. Sur quel matériau se fonde la reconstruction par l’auteur de ce parcours plus que singulier et, en général, des actions menées par les militants communistes ?

Certes, souvent, en faisant des recoupements entre divers témoignages de « Chroniques… » et d’autres publications tels « Le Prix du sang » de Diederich ou encore « De Haïti sous Duvalier. Terrorisme d’Etat et visages de la résistance nationale » produit par le PUCH, on soupçonne que René Théodore ou Joseph Rodney pourraient être des informateurs de Cambronne. Si cela est vrai, l’indiquer n’aurait donné que plus de poids aux témoignages de ces deux dirigeants, aujourd’hui disparus. De plus, Cambronne lui-même est peut-être une des sources orales recueillies. Pourquoi ce parti-pris de l’auteur de taire les noms des voix mobilisées ? Pourquoi encore ne pas décliner l’identité complète de plusieurs militants ? Certes la plupart comme Joël Liautaud, Henri-Claude Daniel ou Gerald Brissson, pour ne citer qu’eux, sont clairement identifiés mais d’autres, tels « Appareille » ou « Lou Sing », ne sont présentés que sous leur nom de guerre. L’itinéraire des militants en question reste alors plus qu’en pointillés, or ce n’est manifestement pas l’objectif de l’auteur.

On veut bien admettre que le respect de principes de combat clandestin puisse amener un témoin à être sincèrement incapable de divulguer la véritable identité d’un autre militant.  On veut volontiers croire encore que la confidentialité de certains entretiens recueillis par Cambronne soit un carcan pour l’auteur. Mais depuis la commémoration des 50 ans de la tuerie du 26 avril 1963 les attentes de l’opinion publique haïtienne sont grandissantes. Compte tenu des actions introduites à Port-au-Prince par le Comité contre l’impunité et de la notoriété acquise par le site Haïti lutte contre l’impunité (HLCI), ce sceau du secret respecté par l’auteur ne pourrait-il être levé ? Cette démarche de transparence aurait une incidence immédiate sur une prochaine édition (espérée !) de l’ouvrage en question. Elle permettrait l’élaboration d’un index des noms des personnes citées avec, en regard pour chacune, quelques lignes biographiques. En particulier les noms de dizaines de militants et militantes (et leurs noms de guerre) y figureraient, eux qui étaient si convaincus de contribuer à mettre à bas les fos fè nwa. Ce processus de longue haleine finira par déboucher seize ans plus tard, le 7 février 1986.

« Haïti. Chronologies d’un massacre annoncé » est un ouvrage qui rappelle donc combien la chute de la dynastie Duvalier est aussi redevable à ces militants des années soixante. Ce témoignage à plusieurs voix conduit par Cambronne est enfin une puissante invitation aux autres témoins encore vivants. Il les invite à léguer le matériau nécessaire à la mémoire et à la connaissance des luttes menées par les communistes contre la dictature Duvalier. Puisse cet appel être entendu…
Gusti Gaillard-Pourchet (Juin 2015)