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Actualités Internationales

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Les États-Unis

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Michelle O., Adieu, Au revoir ?

Faty-Sharon Sylla est une Française de la Région Parisienne qui vit actuellement aux USA. Étudiante de troisième année à Spelman College (Atlanta, Géorgie) elle se spécialise en études de genre et en relations internationales. Elle espère un jour s’embarquer dans une carrière diplomatique. Faty est aussi la bloggeuse derrière le site www.leblogdefaty.com , par lequel elle partage son expérience aux États-Unis dans l’espoir d’inspirer d’autres jeunes à traverser l’Atlantique.

NB.  L’auteure tient à la disposition des lecteurs intéressés la liste des sources internet examinées pour cet article.

Michelle Obama a sans doute été la Première Dame la plus critiquée dans l’histoire des États-Unis, ce qui est probablement dû au fait qu’elle a été la Première Dame noire du pays en 232 ans, et que le racisme se porte toujours bien aux Etats-Unis. D’innombrables commentaires racistes et misogynes peuvent être trouvés sur internet la concernant (y compris une vidéo la présentant comme transsexuelle !), et plus récemment, ce sont les commentaires de Carl Paladino, le coprésident de campagne du Président Donald Trump, qui faisaient la une. Dans une interview avec un journal local de Buffalo, New York, Paladino déclare que l’un de ses vœux pour 2017 serait « le retour de Michelle Obama à son véritable statut d’homme, au Zimbabwe pour vivre dans une cave avec un gorille. » Et ce n’est pas la première fois que l’ex- Première Dame des États-Unis est victime de commentaires de la sorte. En novembre 2016 une habitante de la ville de Clay, en Virginie Occidentale, a publié une note sur Facebook décrivant Mme Obama comme « un grand singe à talons, » ce à quoi la Maire de la ville, Beverly Whaling, a répondu « Tu viens de faire ma journée ! » ce qui veut dire « Ton message me ravit ! »

Malgré toute ce négativisme autour de l’ex- Première Dame, on trouve aussi, et cela ne nous étonnera pas, bien des manifestations d’admiration pour elle. À l’aube de son départ de la maison Blanche, Chimamanda Ngozi Adichie, Gloria Steinem, Jon Meacham et Rashida Jones revenaient sur huit années d’inspiration, de candeur, d’élégance (fashion), de féminisme, et de programmes innovants, et elles se réunissaient pour écrire des lettres d’amour (love letters) adressées à la Première Dame.

Il est important de rappeler quelques points positifs, tout d’abord sur sa personne et sur son rôle à la Maison Blanche, mais aussi sur sa carrière personnelle. Née Michelle LaVaughn Robinson en 1964 à Chicago, elle est l’une des trois Premières Dames de l’histoire américaine, et elles ne furent que trois, à être titulaire d’un diplôme universitaire. Et on doit souligner qu’elle n’a fréquenté que des « Ivy League » ou universités privées d’élite. Michelle est avocate de profession, et c’est d’ailleurs dans un cabinet d’avocat qu’elle a rencontré le futur 44e Président des États-Unis, qui était initialement son « mentoré » (sorte de stagiaire, sous son égide).

Après avoir exercé dans le secteur privé, elle se lance dans une carrière de service public, et on la trouve directrice générale des affaires communautaires à l’hôpital de l’Université de Chicago avant de se consacrer pleinement à la campagne présidentielle de son époux. Michelle, c’est aussi une voix et elle a choisi la sienne pour parler de l’éducation des femmes et des filles, de la santé des enfants et des anciens combattants. Très présente lors de la campagne présidentielle de Hillary Clinton, Michelle délivre l’un de ses discours les plus poignants lors d’un rallye à Manchester, New Hampshire, dans lequel elle dénonce le sexisme de Donald Trump et la banalisation de l’agression sexuelle dont se vante, celui qui était alors candidat, puis Président-élu et désormais Président des États-Unis.

Le 6 Janvier 2017, Michelle Obama délivrait son dernier discours à la Maison Blanche. Il faut remarquer qu’elle a choisi ce dernier discours pour parler des efforts fournis par l’administration Obama par rapport à l’éducation, un secteur qui est aujourd’hui hautement controversé dans l’administration de Donald Trump. S’adressant particulièrement à la jeunesse, elle appelle à ne pas baisser les bras devant la nouvelle administration et rappelle la place des nouvelles générations dans la société américaine, quelles qu’en soient les identités. Elle insiste sur l’importance de la diversité religieuse et de l’immigration, fondements mêmes des États Unis d’Amérique. Elle finit par souligner, avec une émotion extrême, que servir en tant que Première Dame a été « le plus grand honneur de sa vie. »

Ces dernières remarques résonnent comme un adieu, mais certains admirateurs de Michelle-obama espèrent la revoir un jour à la Maison Blanche en tant que 46e Présidente des États-Unis d’Amérique en 2020.

Alors, ce ne serait qu’un au revoir…


Faty-Sharon SYLLA

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La France

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L’Agression de Théo :

2 février 2017, Les médias unanimes racontent :

« Cité des 3000, quartier de la Rose-des-Vents, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) : en fin d’après-midi, une équipe de quatre policiers de la BST (brigade spécialisée de terrain) patrouille dans un quartier réputé très difficile du 93. Les policiers procèdent à des contrôles d’identité parmi les jeunes. Rapidement, la situation dégénère entre les gardiens de la paix et les jeunes de la cité.

L’un des jeunes hommes présents, Théo L., âgé de 22 ans, est violemment frappé et interpellé. Au commissariat, un fonctionnaire de police avisé réalise que Théo est gravement blessé. Il était visiblement en proie à de fortes douleurs. Il saignait abondamment de la zone rectale.

Transporté en urgence à l’hôpital Robert Ballanger d’Aulnay-sous-Bois, le jeune homme était rapidement opéré du rectum.  Il présentait de graves lésions, notamment « une plaie longitudinale du canal anal » longue de 10 cm et une « section du muscle sphinctérien ».  D’après Théo, un policier lui a volontairement enfoncé une matraque dans l’anus.

Alerté, le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ouvre une enquête pour « viol en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique », et les quatre policiers sont placés en garde à vue dans les locaux de l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

Samedi 4 février

La violente interpellation de Théo a suscité le rassemblement des habitants de la cité des 3000, rassemblement au cours duquel des incidents sérieux et regrettables ont été observés : véhicules incendiés, abribus cassés, coupure de l’éclairage public. Le sentiment que Théo a été victime du racisme et de la xénophobie par des policiers est détestable. S’il est vrai qu’il y a des racistes très agressifs en France, la France n’est pas raciste, pour autant. La justice doit passer.

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Actualités Haïtiennes

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Formation du gouvernement & investiture

Premier Ministre : Dr Jack Guy Lafontant

Jack Guy Lafontant, c’est le nom du premier ministre nommé par le président de la République Jovenel Moïse qui a officialisé cette nomination hier soir via son compte Twitter.

Le quinquagénaire (56 ans), Jack Guy Lafontant est médecin interniste formé à la faculté de médecine.
Il a une spécialité en gastro-entérologie (branche de la médecine qui étudie l’appareil digestif et ses maladies). Le Dr Jack Guy Lafontant est professeur à l’Université d’Etat d’Haiti et à l’Université Notre Dame. C’est un membre actif de l’American College of gastroenterology (collège américain de gastro-entérologie).

Le premier ministre nommé, le Dr Jack Guy Lafontant est marié, il a 3 enfants (deux filles et un garçon).
Présenté comme un homme dynamique, l’interniste est président du Rotary Club de Pétion-Ville depuis juillet 2016.
Le Dr Jack Guy Lafontant a été directeur de l’Hôpital de Ste Croix de Léogane. Ses proches reconnaissent en lui un homme simple, très sérieux, quelqu’un qui aime son pays. C’est un modèle de citoyen dit-on.
Comme sport, Jack Guy Lafontant pratique le tennis.

Le premier ministre nommé est un ami de longue date du président de la République, Jovenel Moïse. Il n’a jamais fait de politique active, mais par son métier, le Dr Jack Guy Lafontant a côtoyé beaucoup d’hommes politiques.
Jovenel Moïse justifie le choix de Jack Guy Lafontant, un inconnu…

C’est le chef de l’État qui a d’abord pris la parole en premier pour justifier son choix de Premier ministre. Le chef de l’État a dit vouloir présenter son Premier ministre à la nation avant l’énoncé de sa politique générale au Parlement. « Vous m’avez fait confiance et voté avec une majorité absolue de 55,60 % (NDLR : il est élu avec 590 927 votes avec un électorat de plus de 6 millions d’électeurs). Je vous demande de continuer à me faire confiance », a-t-il poursuivi.

« J’ai fait choix du Dr Jack Guy Lafontant parce que c’était l’un des membres de cette éminence grise travaillant derrière moi. Il a fait presque toute la campagne avec nous pendant les 22 mois. J’ai fait choix de cet homme silencieux comme moi j’étais un inconnu », a expliqué le chef de l’État en rappelant ce que les gens disaient de lui en mal en 2015 lorsque son mentor, le président Michel Martelly, avait fait choix de lui pour être le candidat à la présidence du PHTK.

Dans un discours visiblement improvisé, Jovenel Moïse a promis de renforcer les institutions, de mettre le pays sur les rails de la stabilité « qui est pour lui le premier des biens publics ». Le président a loué sa collaboration avec le gouvernement sortant tout en promettant de ne pas faire la chasse aux sorcières dans l’administration publique. Il a donc promis de former un gouvernement d’ouverture, d’union nationale et de compromis. « Tout le monde va avoir sa place », a-t-il tenté de rassurer.

Le locataire du Palais national a appelé la communauté internationale à être plus que des observateurs mais des acteurs dans le développement du pays. « Vous êtes tous fatigués avec des projets pilotes. Vous voulez voir des choses structurantes comme chez vous… », a-t-il avancé.

S’agissant de ses relations avec le Parlement contrôlé par son parti politique : le PHTK et ses alliés, Jovenel Moïse a donné la garantie que les sénateurs et députés joueront leur rôle qui est de contrôler l’exécutif.

« Mais contrôler ne veut pas dire se battre… Nous devons sortir l’État de la rue », a déclaré le chef de l’État.

Cette génération, a-t-il dit à ses amis sénateurs qui assistaient à la cérémonie, n’a qu’un seul choix. Celui de réussir.

Pour le pouvoir judiciaire, Jovenel Moïse qui fait l’objet d’une enquête judiciaire pour « soupçon de blanchiment des avoirs », selon un rapport de l’UCREF, a indiqué que sans une collaboration entre les trois pouvoirs, il ne peut y avoir d’administration publique. « Je suis prêt à travailler avec vous… », a-t-il lancé en s’adressant directement au président du CSPJ présent au Palais national en la circonstance.

Aux partis politiques, Jovenel Moïse a déclaré qu’il ne peut avoir de démocratie sans l’opposition. « L’opposition est indispensable, mais elle doit être productive. Nous ne pouvons pas avoir une opposition stérile qui bloque la marche de l’histoire », a-t-il lancé.

Jack Guy Lafontant : être choisi comme Premier ministre, un honneur mais pas un cadeau

Pour Jack Guy Lafontant, c’est un honneur d’avoir été choisi par le chef de l’État pour conduire le gouvernement. « C’est un honneur certes, mais ce n’est pas un cadeau. C’est une responsabilité, car je sais qu’en acceptant de servir mon pays, de grands défis m’attendent », ses premiers mots en public et devant les caméras et les micros de la presse haïtienne et étrangère.

Le Dr Jack Guy Lafontant a fait savoir qu’après l’énoncé de sa politique générale au Parlement, il va se mettre au travail pour accorder l’urgence aux 100 premiers jours du gouvernement Moïse-Lafontant et commencer les grands chantiers de développement que « le président a présentés à la nation ». Dans la mesure du possible, il a promis de réaliser toutes les promesses de campagne de son bienfaiteur, le président.

« Nous allons nous évertuer à faire d’Haïti une terre plus que jamais propice aux investissements et aux affaires », a promis le Premier ministre nommé.  Avant lui, le gouvernement Lamothe parlait d’une « Haïti open for business ». « Je promets d’être un homme d’ouverture, un Premier ministre rassembleur pour faire mienne la devise de mon pays : L’union fait la force », a-t-il affirmé.

Né et élevé dans une famille chrétienne anglicane, selon ce qu’a dit le Premier ministre nommé, il a imploré le secours « du Dieu trinitaire pour qu’il lui accorde la grâce nécessaire afin d’endosser aux côtés du président de la République les lourdes responsabilités du pays », a-t-il dit avec une voix crispée presque en larme.

Les grands absents à la cérémonie

On ne pouvait ne pas remarquer l’absence du Premier ministre sortant, Énex Jean-Charles, à la cérémonie de présentation du Premier ministre nommé. S’il y avait quelques sénateurs présents à la cérémonie, les présidents de deux branches du Parlement ont par contre brillé par leur absence. Certains influents ambassadeurs comme Peter F. Mulrean des États-Unis, Caldwell St-Onge du Canada et la cheffe civile de la MINUSTAH, Sanda Honoré, n’ont pas pris part à la cérémonie de présentation du Premier ministre désigné : Jack Guy Lafontant.


Déclaration de Politique générale du Premier Ministre J.G. Lafontant

Le Sénat de la République a reçu copie de la déclaration de Politique générale du P.M.

Ainsi que les noms des ministres du futur gouvernement depuis le 11 mars 2017.

Malheureusement, le P.M. Jack Guy Lafontant n’a pas pu prononcer sa déclaration de Politique Générale faute de quorum devant le Sénat le lundi 13 mars. Aucune date n’est retenue pour l’instant.

Voici la liste des Ministères et leur titulaire :

Ministre des Affaires étrangères : Antonio Rodrigue.

Ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales : Max Rudolph Saint-Albin.

Ministre de l’Economie et des Finances : Jude Alix Patrice Salomon.

Ministre de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural : Carmel André Belliard.

Ministre de la Justice et de la Sécurité publique : Heidi Fortuné.

Ministre de la planification et de la coopération externe : Aviol Fleurant.

Ministre de la Défense : Herve Denis.

Ministre de la Santé publique et de la Population : Marie Greta Roy Clement.

Ministre des Travaux publics, Transports et Communications : Fritz Caillot.

Ministre des Affaires sociales et du Travail : Roosvelt Bellevue.

Ministre de l’Education nationale et de la formation professionnelle : Pierre Josué Agenor Cadet.

Ministre du Commerce et de l’Industrie : Pierre Marie Du Meny.

Ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger : Stephanie Auguste.

Ministre du Tourisme : Emilie Jessy Menos.

Ministre de l’Environnement : Pierre Simon Georges.

Ministre de la Défense nationale : Herve Denis.

Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique : Regine Lamur.

Ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes : Eunide Innocent.

Ministre de la Culture et de la Communication : Limond Toussaint.

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Gérald Bloncourt

Accueil exceptionnel de Gérald Bloncourt en Haïti, Huguette Hérard en parle dans Haïti en Marche

Gérald Bloncourt « Je suis européanisé par force majeure »

Le 4 novembre dernier, Gérald Bloncourt a fêté en grande pompe ses 90 ans avec sa famille et ses amis à l’avenue de la Grande Armée, à Paris.

Ce qui caractérise cet homme qui fait parler de son attachement aux valeurs humanistes et une énorme capacité d’adaptation, toutes choses qui lui ont permis de résister malgré les errements, la course du temps et la maladie.

Avec son grand âge, Gérald Bloncourt a non seulement gardé toute sa tête mais aussi la fraîcheur de ses rêves. Pour le héros de cette époque, le mot « révolution » manque de modestie (les guillemets, c’est pour faire écho à sa lecture des événements), car à ce terme il préfère, à l’instar de René Depestre, l’expression plus réservée de « mouvement révolutionnaire » ou encore le mot de « révolte ». Il n’empêche que l’insurrection contre le gouvernement du président d’Élie Lescot (15 mai 1941 au 11 janvier 1946), est passé dans l’histoire comme une révolution. Il est impossible de parler de Bloncourt sans évoquer 1946 sa participation à cette révolte juvénile comme d’autres actions patriotiques jalonnant la vie de l’homme.

Son premier don de soi à son pays. Mais le temps lui a manqué de jouir des « Cinq glorieuses de 1946 » car quelques jours après la victoire, la junte militaire qui accapare le pouvoir, l’expulse. L’un des trois chefs d’accusation est : « français s’immisçant dans les affaires internes d’Haïti ».

Un affront pour celui dont les parents guadeloupéens s’étaient naturalisés haïtiens. D’ailleurs Bloncourt n’obtiendra seulement la nationalité française qu’une fois en exil. Cette haïtianité qu’il cultivera plus que tout autre, sans jamais tomber dans un chauvinisme outrancier. Cette fidélité ira jusqu’à la conservation décomplexée de son accent créole alors que d’autres compatriotes s’empressaient généralement de s’en défaire une fois le pied posé dans l’Hexagone. « Ce n’est pas toujours facile de conserver son accent ! Mais il y a réussi, comme s’il s’agissait d’un trophée. Même quand, en France, il s’inscrit au PCF et plus tard au PS et qu’il devient responsable photo du service politique de L’Humanité, Haïti reste proche.

Pour lui, c’est le même combat. Qu’il dénonce la misère des mineurs de Trieux, des métallos de Renault à Boulogne-ˇBillancourt, des démunis des bidonvilles de Champigny – ce qu’il appelait à l’époque de l’après-guerre la France « oubliée et méconnue » – ou qu’il incrimine la pauvreté et la dictature en Haïti, pour lui du pareil au même. Tous ces gens sont victimes de « l’exploitation de l’homme par l’homme », ainsi que les marxistes de l’époque le définissait.

D’ailleurs de sa terre d’exil, Bloncourt garde le contact avec les Haïtiens, les autres exilés et les militants de gauche, ce qui ne l’empêche nullement, armé de sa caméra, de chercher d’autres champs de bataille : le Portugal en 1966 pour remonter le chemin de l’immigration en France. La révolution des œillets en 1974. Le Sahara occidental où il couvre la guerre du Front Polisario contre le Maroc en 1976. Au début, Haïti lui manquait terriblement. « Dès que je voyais un Noir dans la rue, fût-il un Africain, je me sentais rassuré »

Toujours fidèle au poste Quatre mois plus tard, le 16 août 1946, un Noir d’origine paysanne – Dumarsais Estimé – accède à la première magistrature de l’État. Apparemment l’occasion pour Bloncourt de retourner au bercail. Mais il ne rentre pas au pays. Donc ce n’est pas le seul but de la bataille menée contre Élie Lescot, le dernier chef d’État mulâtre ? L’idéologie « noiriste » au… révolution populaire ? Et puis il y a aussi la part de l’habitude : et à leur culture, quoiqu’on en dise.

Inexorablement les gouvernements se succèdent les uns aux autres et quand la dernière dictature s’installe à Haïti en 1957, le retour au pays est renvoyé aux calendes du régime héréditaire des Duvalier en 1986. Maintenant plus rien ne le retient. Il ne veut pas rater le coche. Après 40 années d’exil, il retourne à Haïti, auréolé en plus du titre de héros de 1946, de celui du plus vieil exilé politique haïtien.

Mais Bloncourt n’est plus le Gérald libre de 1946 : il a quatre décennies de vie en plus, à l’époque cinq enfants, une épouse, bref une vie à vivre. Aussi mieux jouer à l’équilibriste. Faire le va-et-vient. Tout attaché qu’il est à Haïti, la France est quand même sa seconde patrie, gardienne de souvenirs qui ne s’effacent pas. Il faut s’adapter au pays d’accueil. Comme si la fin de l’exil ravivait sa flamme productrice. Après La peinture haïtienne (1986) réalisé avec l’Haïtienne Marie-José Nadal- et Yeto (1991), suivent une série de livres autobiographiques. Dans le même temps, il dessine, peint, photographie. Il expose ses œuvres en France. Il ne cesse d’être présent, Haïti toujours vissée au corps et dans sa tête.

Ludmilla et Morgane Bloncourt

Gérald Bloncourt, c’est aussi une capacité d’adaptation hors norme. Loin d’être nostalgique du bon vieux temps où la technique photographique était des plus lentes, il s’adapte aux nouvelles méthodes de communication. Le voilà qui met sur pied un site où le public peut savoir qui il est, ce qu’il fait, ce qu’il a comme projet, quelles sont ses œuvres. S’y trouvent des clichés exemplaires parmi les dizaines de milliers de titres de ses ouvrages. Bref, tout ce que Bloncourt a réalisé, tant dans le domaine de l’écriture que dans le domaine de l’art s’y trouve. Y sont consignés aussi les articles et émissions qui ont pris pour personnage central, lui ou ses travaux. Curieux de tout, se voulant moderne et up to date, il ouvre une page Facebook pour communiquer. Avec ses derniers décomptes, il dépassait les 5.000. Il s’est même vu dans l’obligation de refuser certaines demandes d’amitiés. Il partage tout avec eux. Son passé, ses passions, ses photographies, ses dessins à l’aquarelle, ses projets, ses distinctions, ses coups de cœur comme ses colères et un peu de sa vie familiale. Fidèle et admiratif, le public interagit toujours. Il le félicite, lui rend hommage, le remercie, certains pour son engagement politique, d’autres pour son travail artistique. Bloncourt semble aimer ce rendez-vous sur la toile. Même malade, il ne perd pas de sa civilité et s’excuse chaque fois qu’il doit faire un séjour à l’hôpital. Et quand il est épuisé, il prend congé, avec grâce.

Tout récemment, à la suite du cyclone Matthew, il en voulait à son corps épuisé de ne pouvoir pas être en mesure d’aider ses compatriotes. Par dépit et comme pour conjurer le sort et peut-être par nostalgie, il republie l’un de ses poèmes engagés écrit à Port-au-Prince en décembre 1986, à son retour d’exil : « Je hurle à la lutte, ô mon pays ma terre natale ! ». Cette constance humaniste est encore vivace chez lui. Avec sa compagne Isabelle, ses filles Ludmilla, Morgane il part vers pays natal, ce coin de terre qu’il a tant aimé et qu’il continue de chérir avec passion. Ils partent cette semaine en Haïti, où des manifestations culturelles sont prévues, dont des expositions de ses peintures et de ses photographies. Une preuve additionnelle de son attachement au pays qui l’a vu naître le 4 novembre 1926, à Bainet.

Huguette HERARD

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Intervention de Gérald Bloncourt

Madame l’Ambassadeur de France,

Je vous remercie de m’accueillir ainsi que ma compagne Isabelle et mes filles Ludmilla et Morgane.

Nous sommes ici en France. Dans cette France éternelle, cette France des Droits de l’Homme, cette France Républicaine. Et, malgré les contradictions, les vicissitudes, quelques fois encore les relents d’un certain colonialisme, nous saluons cette terre d’accueil, de générosité, de courage et de liberté. Cette terre dont LE SIECLE DES LUMIÈRES a inondé le Monde.

Je remercie aussi Monsieur Jean Mathiot, directeur de l’Institut Français, Madame Mireille Perodin Jérome, et toutes celles et ceux qui ont participé à ma venue. FOCAL, le NOUVELLISTE et les autres organisations.

J’en suis à mon onzième voyage en Haïti depuis 1986. Mon dernier ayant été consacré à l’année de la célébration de Jacques Roumain avant le terrible tremblement de terre qui a ravagé le pays.

J’ai retrouvé Jacmel, mon vrai berceau où j’ai vécu jusqu’à dix ans.

J’avais peur de retrouver mon pays désespéré et abattu. Je suis ému de le retrouver debout. Je ne saurais dire à quel point j’admire son courage et sa dignité, sa créativité et ces multiples formes de dire OUI à la Vie.

Il y a trois jours j’étais à Bainet lieu de ma naissance. De novembre 1926 à novembre 2016, cela fait 90 ans que je suis au Monde.

J’ai revu la rivière Moreau aux écailles d’argent dont je parle dans un de mes livres.

Nous avons été rapidement entourés par de nombreux jeunes qui sont demeurés surpris quand je leur ai montré ma carte d’Identité où sont inscrits NÉ A BAINET EN HAITI. Elle a passé de mains en mains déclenchant sourires et regards chaleureux. Je ne peux que dire MERCI à tous mes compagnons de 1946.
Jacques Stephen Alexis, René Depestre, Gérard Chenet, Georges Beaufils, Théodore Baker, Rodolphe Moise, Magloire St-Aude et tant d’autres.

Nous avons marché côte à côte, face aux forces de répression pour obtenir au bout de cinq jours, LES CINQ GLORIEUSES, le départ du pouvoir politique de l’époque.

Je remercie Dewitt Peters qui est à l’origine du Centre d’Art, Geo Remponneau, Maurice Borno ; Albert Mangonès, Luce Turnier qui ont participé à cette création. J’en profite pour saluer Marie José Nadal, peintre, avec laquelle j’ai publié LA PEINTURE HAITIENNE en 1986. Il est hélas devenu un livre rare.

Je remercie toutes ceux qui ont édité notre glorieux journal LA RUCHE. Tous les étudiants de l’époque. Aussi les populations des bidonvilles de la Saline et de Bel-Air, qui ont massivement répondu à notre appel soutenant le mouvement révolutionnaire qui aspirait à une Haïti juste et démocratique, débarrassée de l’Impérialisme Etats-Uniens. Qui voulait bannir l’iniquité, la corruption et la misère.

Je remercie mes amis de l’exil, Paul Barron, Elliott Roy, Ulrich Joly, Max Bourjoly, Toto Bissainthe, Mimi Barthelemy et tant d’autres.

Tous les jacméliens, dont Gerard Pierre-Charles, Suzy Castors.
Aussi le petit mendiant rencontré en 1986 au détour d’une rue à Pétion-Ville, dont je garde encore le souvenir de ses yeux-diamants, luisants d’espérance en une vie meilleure.

Tous nos grands écrivains restés au pays, Lionel Trouillot, Yanick Lahens et tant d’autres. Ceux du Québec dont l’un d’eux Dany Laferrière siège aujourd’hui à l’Académie Française. Mon éditeur Rodnay St-Eloi de Mémoire d’Encrier, mes amis Jean Durosier Desrivières, James Noël, Robert Berrouet Auriol. Sito Cavé. Aussi Jean-Claude Charles qui nous a quitté et Emile Olivier.

Tous les peintres et créateurs haïtiens.

Je cite Philomé Obin, pour ne citer que lui, et qui fut au départ de l’explosion des Peintres du Merveilleux.

Ronald Mews qui poursuit une carrière admirable mêlée à une profonde solidarité auprès des enfants qu’il aide et réconforte.

Je remercie mes parents d’Haïti, de New-York, de Guadeloupe, et de Porto-Rico. Ti-Franck Bloncourt, son épouse Marie Follet, leur fils et leur fille Fudjika qui va nous rejoindre demain, venant spécialement nous retrouver de Montréal.

Je n’oublie pas Sylvie Bajeux et les membres de notre Comité qui mène le combat pour que les crimes des Duvalier soient dénoncés et jugés. Qui font connaître nos martyrs, les 60.000 victimes d’une dictature guignolesque et sanglante et ses crimes commis à Fort-Dimanche.

À vous encore merci, Madame l’Ambassadeur qui poursuivez ici les grandes solidarités de votre pays.

Je terminerai en remerciant ma compagne Isabelle qui a fait de moi un jeune papa, Morgane, dont les 25 ans s’auréolent déjà par la découverte d’Haïti. Merci de m’avoir convaincu de revenir, car je craignais de revoir un pays triste et désemparé. J’ai retrouvé avec admiration un peuple debout, courageux et digne.

Merci à ma fille Ludmilla qui me ressemble tant. Elle est déjà conquise par sa découverte du pays et voudrait y revenir bientôt.

Je remercie toutes celles et ceux qui m’entourent ce soir ranimant en moi un amour immense en cette terre dont j’ai gardé intactes mes racines faisant de moi un arbre et ainsi que le disait mon frère de luttes et d’espérances, Jacques Alexis :
LES PEUPLES SONT DES ARBRES. ILS FLEURIRONT A LA BELLE SAISON…

Je suis de ceux, comme a pu le dire Gabriel Peri, devant le peloton d’exécution nazi, qui croit et croiront jusqu’au bout « AUX LENDEMAINS QUI CHANTENT » …

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Appel de Gérald Bloncourt aux nouvelles générations d’Haïti à la Focal le 18 novembre 2016

Natif-natal de Bainet, Haïti, le 4 Novembre 1926, je suis revenu au pays après 40 années d’exil, en 1986, dès la chute de Duvalier.

J’en suis à mon onzième voyage, invité par l’Institut Français, les Ateliers Jérôme, FOCAL, Le Nouvelliste, et d’autres prestigieuses organisations en tant que l’un des 7 membres fondateurs du CENTRE D’ART en 1944 qui fut à l’origine de l’explosion de Peintres du Merveilleux, dont les œuvres inondent le pays, les collections les plus importantes et les musées du Monde.

Je fus l’un des leaders des « 5 GLORIEUSES » qui mirent fin au pouvoir de l’époque.

Nous voulions une Haïti Libre et Démocratique. Débarrassée du carcan de l’Impérialisme Yankee. Fidèle à ses origines révolutionnaires de 1804 qui fut la première victoire contre l’esclavage.

J’ai retrouvé un grand peuple courageux et digne, faisant face à l’adversité.

J’appelle les jeunes à s’instruire, à se cultiver et à s’organiser.

Les merveilleux artisans doivent mettre en place de puissants syndicats à l’abri des compromissions et de la corruption.

J’appelle les enseignants à poursuivre leur tâche. A lutter contre les scandales qui gangrènent leur profession. Par exemple mettre en lumière des personnages qui touchent illégalement des salaires sans jamais travailler. Il faut les dénoncer nommément sur les murs de nos cités afin que le peuple en soit informé. Il faut éditer des tracts et manifester devant leurs demeures.

J’appelle les intellectuels, les écrivains, les créateurs, les artisans, les travailleurs et même les chômeurs, à créer des plates formes sociales susceptibles déboucher sur une Haïti où s’affirmera enfin ce début de démocratie.

Tous ensemble vous parviendrez à constituer ce Front pour obtenir la justice sociale.

Il faudra un jour rééditer, sinon s’inspirer des « 5 GLORIEUSES » pour bâtir cette Haïti dont nous rêvons tous.

« LIBERTÉ OU LA MORT » était la devise de nos ancêtres ainsi qu’Égalité et Fraternité.

Il faut qu’elle soit au centre de nos actions.

Noirs, mulâtres, quarterons ou blancs nous sommes tous frères, des êtres humains, respectueux les uns des autres.

À toutes et à tous courage. Kenbe fem pas lage !!!

Vive Haïti


Gérald BLONCOURT

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Appel Société d’Histoire

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Le Prix d’Histoire 2017 de la SHHGG est lancé

Port-au-Prince, 10 février 2017 – La Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie (SHHGG), en partenariat avec la Fondation Roger Gaillard (FORG), lance l’Appel à candidatures pour son Prix d’Histoire 2017.

Ce concours, qui a été réactivé en 2014, se tient chaque deux ans. Les auteur(e)s de nationalité haïtienne sont chaleureusement invités à répondre à l’Appel à candidatures. Les dépôts de manuscrits seront enregistrés en juin 2017, et la proclamation des résultats se fera en novembre de cette année.

L’ouvrage primé sera imprimé en 1 000 exemplaires à l’entier bénéfice du lauréat ou de la lauréate qui recevra également une enveloppe en gourdes équivalant à mille dollars américains (1 000 USD).

Le Prix d’Histoire 2015 avait couronné, le 8 mai 2015, le manuscrit présenté par Délide Joseph et qui sortira bientôt sur les presses de l’imprimerie Le Natal S.A. sous le titre : L’État haïtien et ses intellectuels (1801-1860). Sociohistoire d’un engagement politique.

Le texte de l’Appel à candidatures 2017, comme celui du Règlement du concours ainsi que les normes de présentation des manuscrits, sont disponibles à partir du lundi 13 février au siège de la Société Haïtienne d’Histoire au numéro 28 de la rue Chériez

Tél. : 2947-2323

Email : prixshhgg2015@gmail.com.

Ils sont également accessibles en ligne à l’adresse : http://forg.scienceontheweb.net

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Histoire

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Mémoire et histoire de la résistance sous François Duvalier

« Le Prix du sang » de Bernard Diederich

Bernard Diederich a signé en 2016 une nouvelle édition de « Le Prix du Sang. La résistance du peuple haïtien à la tyrannie. Tome 1 : François Duvalier (1957-1971) ». Disponible dans nos librairies et destiné à un large public, ce titre majeur et volumineux d’histoire politique (511 pages) est une version révisée, corrigée et augmentée de la première édition parue en 2005. Fruit d’un travail initié il y a près de huit ans, cette mise à jour a été réalisée avec la collaboration de Nathalie Lamaute-Brisson et François Benoit. Elle mérite d’être saluée et avec force d’autant plus qu’elle s’insère opportunément dans la dynamique récente des activités mémorielles autour de la répression exercée par le régime de Papa Doc et initiées par le Comité de Commémoration du 26 avril 1963 devenu Devoir de Mémoire. Comme le prologue de Jean-Claude Bajeux l’indique, à l’origine cette publication visait la « rupture du silence ». Aujourd’hui elle répond à la quête de citoyens, de plus en plus nombreux, d’être informés sur les modalités et l’ampleur de cette répression. Grâce à la refonte opérée, cette nouvelle édition s’inscrit avec éclat dans la récente production d’œuvres diversifiées autour de cette thématique.

Bernard Diederich, journaliste de profession et écrivain prolifique, se passe de présentation pour les générations des plus de cinquante ans. A l’attention des plus jeunes, signalons qu’il y a plus d’un demi-siècle, Haïti est devenue la patrie d’adoption de ce ressortissant étranger, marié à une fille du pays. Fondateur et directeur de l’hebdomadaire Haïti Sun, il a été expulsé par le gouvernement Duvalier au lendemain de la tuerie du 26 avril 1963. Comme tant d’Haïtiens anti-duvaliéristes ou tombés en disgrâce auprès du tyran, Diederich connaît donc l’exil jusqu’à la chute de la dynastie Duvalier en 1986.  Dès cette période et fort de son expérience concrète de la vie politique haïtienne, Diederich s’est attaché à produire de nombreux travaux sur les gouvernements haïtiens de la seconde moitié du XXe siècle, en particulier en ce qui a trait à la politique intérieure. Depuis lors il n’a de cesse de nous faire partager son regard sur les réalités nationales, y compris sur les lieux chargés de symbolique comme celui des cachots de l’innommable centre d’incarcération, Fort Dimanche.

Du devoir de mémoire à l’histoire

Au fil des ouvrages qui constituent son œuvre, Diederich a franchi des étapes l’amenant à une prise de distance accrue à l’égard du phénomène étudié. Diederich a d’abord répondu à un devoir de mémoire pour s’essayer ensuite à un rigoureux travail de mémoire (liant le témoin à l’enquêteur-historien) qui débouche, in fine, sur une imposante contribution à l’histoire des luttes contre la terreur makout. Avec pour outil premier, le métier de journaliste, l’auteur met à l’index l’étau de la dictature tout en rendant compte, à travers la relation des faits, des efforts entrepris par divers secteurs de la population, toutes tendances politiques confondues, pour réduire cet étau, voire s’en libérer. La nouvelle édition du premier tome du « Prix du sang » est une puissante illustration de ce parti pris de l’auteur.

Tout au long des 33 chapitres qui font écho aux pics de répression qui ponctuent la présidence de Duvalier et aux modes d’action utilisés en vue de l’éradication des libertés chèrement acquises par la génération de 1946, Diederich mobilise deux angles d’approche méthodologiques. Si ces angles sont distincts, ils s’associent très vite et soulignent la complexité de l’objet étudié selon un plan chronologique. Le premier prisme relève du propre vécu de l’auteur et de ses enquêtes de journaliste durant les années de plomb 1957-1963 au cours desquelles s’instaure un régime totalitaire et la marche vers sa pérennisation. Toutefois d’emblée, dès l’évocation de ce sextennat traité au fil des 15 premiers chapitres, Diederich ne se limite pas à ses seuls souvenirs. Il a systématiquement recours à un second prisme, celui des voix des rescapés comme des victimes ou celles de leurs proches, les partisans de Duvalier ou les tortionnaires préférant souvent, pour leur part, éviter ses sollicitations d’interview. Ciblant les sources orales, cette démarche est d’abord observée en guise d’appui mais elle devient vite l’axe central des investigations conduites. Ces sources constituent le socle de la seconde moitié de l’ouvrage couvrant les huit années 1964-1971 qui débouchent sur un événement ubuesque : la présidence à vie est désormais héréditaire.

Diederich confronte ces témoignages confiés à lui oralement aux informations livrées par des acteurs à travers des mémoires autobiographiques publiés. Cette mise en tension lui permet, entre autres, d’interroger judicieusement le discours du pouvoir sur les épisodes répressifs dont il se glorifie. Ce croisement de sources participe ainsi à l’élaboration d’une grille de lecture des événements ainsi que de la stratégie et des actions des groupements et partis politiques de l’opposition de droite comme de gauche. Les témoignages privilégiés explorent particulièrement les préparatifs de coups de force comme des incursions militaires ou de la lutte armée et ils renseignent, entre autres, sur les modalités et la durabilité de leur mise en échec. S’ils contribuent à retracer le parcours militant de plusieurs cadres de l’opposition, ces témoignages permettent parfois d’approcher le vécu de la masse des anonymes et des sans-voix. Aussi, du coup, ils éclairent, pour parfois en prendre le contre-pied, les communiqués du pouvoir et les articles parus dans la presse haïtienne de l’époque au sujet des adversaires à la dictature. Forte d’une Chambre législative servile, la tyrannie enserre toujours davantage la société dans ses fers, en particulier par le biais du réseau pyramidal des miliciens makout opérant dans le cadre du Corps des volontaires de la sécurité nationale (VSN). Ces témoignages indiquent également combien, de 1957 à 1971, les oppositions au pouvoir, à l’exception de deux partis de la mouvance communiste, ne paraissent pas se fédérer en un mouvement rassembleur, encore moins en un front uni que des interconnexions auraient pu impulser. Pourtant des gens de toutes les catégories sociales, tant ceux des villes que des campagnes, y adhéraient, certes peu ou prou en fonction du mouvement politique concerné et du positionnement de celui-ci dans l’échiquier politique. Plus encore, la confession comme le statut des militants ne paraissent pas constituer de barrière au sein de chacun des courants de l’opposition et de leurs sympathisants. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières, on y retrouve des militaires et des ex-militaires comme des civils, des laïcs comme des religieux, tous relativement vite convaincus de l’obstruction du combat dans le cadre légal qui prévalait encore à l’avènement de Duvalier. Aussi peut-on se demander si les contraintes de la clandestinité et le cloisonnement des activités militantes ne participeraient pas, a posteriori, à conférer à l’opposition ce caractère éclaté. Les témoignages des militants et militantes peuvent du coup être partiels sans mettre en cause l’honnêteté du récit, bien au contraire.

Suivre la ligne de crête de la répression

Le « Prix du sang » dévoile ainsi combien, malgré le dynamitage par Duvalier des acquis sociopolitiques et l’instauration de la terreur (1957-1963), des citoyens et des citoyennes s’attachent à résister et ce jusqu’à 1971 et même après. Ils s’y essaient en empruntant diverses formes de lutte (conspirations militaires, incursions armées, tentatives d’invasion, lutte armée…). Elles se développaient parallèlement mais sans que les écrasements ultimes de chacune ne se chevauchent, du moins en général. Sous la houlette du bureau de Recherches criminelles siégeant aux Casernes Dessalines, ces pics de répression se succèdent, avec parfois des épisodes d’accélération comme le montre la progression chronologique qui sert de trame à l’ouvrage. A noter également qu’il n’y a quasiment jamais non plus de tentatives simultanées d’assaut à l’encontre du pouvoir. Les rares essais en ce sens de l’opposition se soldent par des échecs auxquels, en plus de l’efficacité des corps de répression (VSN et armée), des interventions ou complicités internationales ne sont pas étrangères (chapitres 15, 24, 30 et 31). Enfin, une macabre singularité du régime de Duvalier-père par rapport aux gouvernements antérieurs se profile et marque une rupture. Aux dirigeants des tentatives, avortées, de saper le pouvoir en place et qui ont été capturés dans les années soixante, aucun simulacre de procès n’est intenté. Ces figures emblématiques subissent plutôt le supplice soit de la décapitation, la tête apportée au tyran en guise de trophée, soit de l’exécution capitale, cérémonie retransmise parfois en direct par les radios et télévision de la capitale, soit du calvaire de la torture et de la longue agonie dans le lugubre triangle associant les sites des Casernes Dessalines et du Pénitencier national à celui du Fort Dimanche (chapitres 1, 24 et 30).

Dans sa recherche d’éléments pour appréhender au plus près le tribut payé, le prix du sang versé par ce large spectre d’opposants, et pour reconstituer les faits, Diederich associe donc aux techniques maîtrisées du journalisme, les outils de l’historien dont celui de l’exploitation des sources orales. Cette méthodologie est évidemment à nouveau utilisée dans les ajouts spécifiques à la seconde édition de ce « Prix du sang » avec en plus, et c’est appréciable, la mobilisation de deux nouveaux registres de données. Il s’agit d’abord, dans une mise en perspective de moyenne durée, le rappel des textes de lois restreignant les libertés qui ont été adoptés par les gouvernements Vincent et Estimé et rigoureusement appliquées sous Magloire puis l’indication des divers décrets et lois liberticides mis en œuvre par Duvalier (chapitre 30). Ces textes de lois prolongeant, tout en s’en distinguant, les trois expériences autoritaires précédentes, Diederich appelle désormais le lecteur à s’interroger sur les racines et les leviers de la dictature makout. Il invite à s’attacher à historiciser ce phénomène en l’inscrivant dans une durée plus longue et dans une plus large réflexion, à la suite, entre autres, des impulsions données par Michel Rolph Trouillot, Claude Moïse et Leslie Péan. Par ailleurs et simultanément un second fonds documentaire est exploité, celui des archives orales constituées, ces dernières décennies, à partir de témoignages recueillis auprès de victimes. Les conclusions de travaux rigoureux d’histoire orale portant sur des faits de répression massive sont ainsi judicieusement intégrées au texte original. Telle, par exemple, la reconstitution de la terreur qui frappe Grand-Bois Cornillon en 1969, sous le prétexte fondé ou non, de contrecarrer l’implantation locale d’un mouvement communiste (chapitre 30). Cette seconde édition est donc rigoureusement ancrée dans l’actualité des recherches en cours sur la seconde moitié du XXe siècle haïtien. Un tour de force réussi !


Approche événementielle et nouveaux horizons

Un autre apport de cette nouvelle édition du « Prix du sang » doit être mis en relief à défaut de pouvoir ici les inventorier tous. Tout en maintenant l’approche chronologique des grands épisodes de répression sous François Duvalier, la focale choisie pour la révision du texte initial tâche de les appréhender dans leur globalité. Cet effort transparait avec vigueur dans un chapitre inaugural qui faisait défaut à la précédente édition. Intitulé « Le goulag de Papa Doc » et construit autour d’adroits allers-retours chronologiques, ce chapitre essaie de camper le cadre de l’exercice du pouvoir en place et les courants de fond auxquels il se voit confronté mais dont il sort toujours victorieux. Parmi autres incidences stimulantes, ce propos introductif sur ces 14 années engage à repérer les éventuels éléments de continuité et de rupture qui marqueraient l’ensemble des expériences de l’opposition à la dictature. Relevons ici trois axes qui, entre autres, orientent la lecture en ce sens et qui entrouvrent de nouvelles pistes historiographiques.

Le premier axe interroge les itinéraires de quelques protagonistes majeurs et invite, entre autres, à confronter leurs tracés à la personnification irréversible du pouvoir central comme aux paramètres relevant de l’échiquier régional. Par exemple, lors des premières années du pouvoir de Duvalier, le parcours du chef de la police politique Clément Barbot indique combien le dictateur tient à un pouvoir sans partage. Duvalier prépare alors son maintien au pouvoir, au-delà du terme légal de son mandat, par le biais, entre autres, de l’élimination systématique de ses concurrents potentiels (chapitres 3, 4 et 8). Toujours dans le même registre mais cette fois de l’autre côté de la barrière, l’inlassable détermination du militant Fred Baptiste six ans durant (1964-1970) pour instaurer un foyer de guérilla à partir de la frontière haïtiano-dominicaine n’a d’égale que la violence des représailles dont les habitants de la région concernée pâtissent également (chapitres 23 et 31).

Le second axe d’approche questionne, lui, les éventuels liens entre les diverses tentatives de résistance au bâillonnement des institutions d’état. Par exemple, pointant les divisions au sein de l’armée face au totalitarisme, l’exécution des 19 officiers en 1967 soupçonnés de comploter contre le pouvoir central prolonge l’affaire Honorat du premier semestre 1963 même si les contextes politiques sont différents (chapitres 1 et 15).

Enfin, et en troisième lieu, la ténacité des luttes sociopolitiques interpelle autant que la détermination en vue de leur liquidation. Ainsi le démantèlement du réseau de militants communistes et l’expulsion de religieux catholiques au cours de l’année 1969 s’insèrent dans la continuité des luttes contre la mise au pas, en 1959-1963, des syndicats, des associations d’étudiants et de l’Eglise catholique (chapitres 9 et 30). Il faut ici signaler combien durant cette décennie 1960 une seconde rupture avec les modes antérieurs de répression surgit. Le pouvoir n’hésite pas à exercer des représailles massives sur les populations civiles, paysannes pour l’essentiel, soupçonnées de connivence avec les kamoken puisque n’ayant pas dénoncé ces opposants ou parce qu’ayant avec eux des liens de parenté, du moins de proximité (chapitres 16, 22, 24 et 30). En témoignent plus particulièrement les massacres perpétrés à Jérémie, Thiotte et Saltrou/Belle-Anse en 1964 ainsi qu’à Cazale en 1969.


Un outil pour les recherches à venir

Certes, en général, ces mises en correspondance ne sont pas expressément indiquées par Diederich mais l’existence nouvelle d’un remarquable index de noms de personnes, de lieux et de partis politiques permet d’esquisser quelques mises en relations. Ce répertoire est un véritable outil pour établir de nouveaux découpages thématiques et chronologiques de la répression sous Duvalier-père. Il aide judicieusement à prendre la mesure de la vitalité des terrains de lutte contre la dictature comme de la violence des coups de sabre qui leur sont portés à l’aide, souvent, de la complicité d’Etats voisins ou d’institutions étrangères. Très opérationnel, l’index permet également de suivre avec facilité le parcours de tel ou tel personnage politique ou encore l’évolution de la stratégie d’un parti politique d’après les informations rassemblées par l’auteur. Dans certains cas, ces informations ont d’ailleurs été judicieusement précisées pour cette présente édition. Ainsi et grâce, entre autres, au précieux témoignage d’un militaire de l’époque, un vif éclairage est porté sur les relations entretenues par des membres de l’armée avec les mouvements d’opposition (chapitres 26, 28 et 30). Cependant l’approche de l’histoire de la gauche communiste ne parait pas avoir bénéficié de renseignements de nouveaux témoins. Pourtant, l’ouvrage de Michel Hector, « Syndicalisme et socialisme en Haïti », donne de précieuses pistes en ce sens. On peut ici légitimement espérer que la prochaine édition de cet ouvrage de Diederich bénéficiera de ces enrichissements supplémentaires mais aussi qu’elle mettra davantage en valeur la documentation déjà ici largement utilisée.

En effet, la bibliographie sélective de la présente édition a omis de mentionner les nouveaux fonds exploités alors qu’ils sont indiqués dans le corps du texte. Or ce large éventail de sources a l’insigne mérite de regrouper, entre autres documents, ceux produits par le Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH), des extraits d’archives mis en ligne par le site Haïti lutte contre l’impunité (HLCI), des documents d’archives emblématiques ou peu connus ainsi que des archives orales issues de recherches spécialisés telles celles conduites, il y a deux décennies par Anne Fuller et Louis Estiverne et récemment rendues publiques. Ces sources ont donc participé à prolonger et à mettre à jour le minutieux et long recoupement des informations initié par Diederich après la chute de la dynastie des Duvalier. Il est d’ailleurs remarquable combien, d’une édition à l’autre et d’après ses propres mots, l’auteur s’est contraint à obstinément « découvrir la vérité » (page 21). Grâce à cette quête toute historienne et à son souci de multiplier ses postes d’observation des divers moments étudiés, l’auteur approche de cet objectif qu’il s’est fixé. Entre autres indications de ce cheminement et alors que la tentation aurait pu être forte, aucun des différents mouvements d’opposition et aucun de leurs principaux dirigeants ne sont ici l’objet d’hagiographie. En s’attachant à convoquer l’histoire dans la mémoire des résistances (d’orientations politiques diverses), l’auteur convie à en amorcer une analyse critique.

Au final, « Le Prix du sang » présente, entre autres qualités, un double mérite. La richesse du récit événementiel de Diederich en fait une contribution historique majeure qui ouvre de nouveaux horizons à la connaissance des résistances à la dictature de Duvalier-père. Cet ouvrage est de surcroit un fonds de documentation incommensurable pour les chercheurs intéressés à ce chantier d’études à peine ouvert. Les citoyens, les professeurs et les chercheurs vous resteront redevables, Monsieur Diederich, d’avoir contribué à placer des balises dans la production historiographique sur cette page d’Histoire maculée de sang et pourtant traversée d’espérances, en particulier celle d’une société respectueuse des droits de la personne. Votre lectorat peut-il espérer une édition révisée et augmentée du second tome du « Prix du Sang » portant sur le pouvoir de « L’héritier » Duvalier-fils, de 1971 à 1986 ?

Gusti GAILLARD-POURCHET

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La Mémoire : porte ouverte vers la vérité, la justice, la solidarité et l’état de droit

Port-au-Prince, le 2 février 2017

Madame, Monsieur,

La Fondation Devoir de Mémoire-Haïti se donne pour mission de : chercher la vérité, promouvoir la justice, développer la solidarité, bâtir un État de droit et préserver notre dignité.

A cet effet, elle vous invite à vous souvenir et à commémorer au Cap-Haïtien à ses côtés, les massacres perpétrés dans le Grand Nord par les sbires de François et Jean-Claude Duvalier. Ce sera l’occasion de vous présenter les différentes activités contenues dans le programme suivant :

Un spectacle du groupe théâtral « L’Atelier » titré « Témoignages » le vendredi 24 mars 2017 au Collège Notre Dame à 18 heures.

Le samedi 25 mars 2017 à 10 heures, une Cérémonie Œcuménique du Souvenir, célébrée au Gymnasium (Ancienne Place du Champ de Mars, Haut lieu d’exécutions publiques de 1957- 1986, rasée pour effacer la mémoire).

Une procession vers la Prison Coloniale, devenue sur la dictature un Camp d’extermination. Pose de gerbe et partage du vécu par des survivants, parents de victimes, et témoins.

Une exposition intitulée : “Dictature et Résistance » au Collège Notre Dame.

Deux conférences-débats à l’auditorium du Collège Notre Dame à 13 heures :

« La grève des étudiants en 1960 » par Leslie Péan

« Mon séjour en prison » par Rassoul Labuchin.

Pour clôturer le programme de cette commémoration, le documentaire  » La Déchirure » de Fergusson Hermogène sera projeté sur les écrans de l’Alliance Française à 18 heures suivi des commentaires du metteur en scène.

Devoir de Mémoire-Haïti vous remercie d’avance pour votre présence tant souhaitée aux différentes manifestations de ce Devoir de nous rappeler ensemble.

Guylène B. SALES – Secrétaire exécutive

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Distinctions

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Anthony Phelps, le prix Carbet de la Caraïbe à la Maison de l’Amérique Latine

Le Prix Carbet de la Caraïbe récompense chaque année, et depuis sa création en 1990, une œuvre littéraire créolophone ou francophone au terme d’une semaine culturelle animée de rencontres, lectures, débats, projections, concerts et expositions. L’année dernière l’évènement se déroulait en Guadeloupe, cette année, c’est en Guyane du lundi 12 décembre au samedi 17 décembre pour récompenser un ouvrage paru durant l’année ainsi qu’une « vision du monde ».

Lauréat du 27è prix de la Caraïbe et du Tout-Monde

La 27e édition du Prix Carbet souhaite approcher une pluralité des écritures et de leurs formes. Des architectes-chamanes aux artistes contemporains en passant par les projets collectifs qui, çà et là, écrivent leur histoire, toutes les expressions convergeront vers un même lieu d’échange. Pour l’occasion, plusieurs évènements sont organisés à travers le département, à Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni et Mana.

L’année 2016 parachève aussi affriolante qu’elle a été amorcée pour Anthony Phelps. L’auteur de « Mon pays que voici » obtient le 27e prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde pour l’ensemble de son œuvre. Une œuvre pour le moins immense, a reconnu le jury du prix réuni à Cayenne le 16 décembre dernier. À l’encre forte, le jury a souligné un extrait du recueil de poésie devenu tutélaire de l’immense poète qu’est Phelps : « … Ô mon pays… si triste est la saison… qu’il est venu le temps de se parler par signe… » Cette immense œuvre parue en 1968, sous la dictature féroce de François Duvalier, a été lue et apprise par des générations d’Haïtiens et Caribéens. Le jury étale un ensemble de considérations pour rendre ce bel hommage à celui qui est considéré, aux côtés de René Depestre et de Frankétienne, comme l’un des aînés d’une littérature haïtienne si passionnante. « Attendu qu’il a institué la poésie comme oxygène de toute son existence, l’amour et la beauté comme fécondes inquiétudes. Attendu qu’il témoigne tantôt de sa terre fébrile, tantôt de son pays natal toujours rêvé. Attendu que son œuvre, par ses qualités musicales et ses intentions éthiques, s’est tournée vers le beau et le mystérieux, vers « l’inconcision » et l’enfantement de rythmes nouveaux, vers des symboles qui repoussent au plus loin les raisons et qui récitent, à travers sons et lumières, une poésie transpercée de mots inquiets jusqu’à la jonction de toutes les choses », lit-on, entre autres, dans la déclaration du jury.

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Absent de Cayenne où le jury s’est réuni, Anthony Phelps y va par une note pour dire merci aux membres du jury qui lui a attribué le Carbet 2016.


À Madame Sylvie Glissant,

Aux membres du jury

Je suis désolé de ne pouvoir être présent parmi vous, pour recevoir le Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout Monde. Ce Prix m’aurait permis de faire la connaissance de la Guyane et de son peuple et de participer à cette semaine culturelle.

Je suis, à la fois, heureux et très fier de recevoir ce Prix.

En 1967, au cours d’un voyage à la Martinique, j’ai eu le plaisir de rencontrer Edouard Glissant. Rencontre chaleureuse entre deux poètes, qui se connaissaient par leurs livres, et partageaient une même passion pour la Caraïbe.

Cinquante ans après, par ce Prix, j’ai l’impression qu’Edouard Glissant m’ouvre sa maison de nouveau. J’en suis très touché.

Un grand merci à Madame Sylvie Glissant, merci aux membres du Jury qui ont choisi de couronner l’ensemble de mon oeuvre.

Incorrigible féticheur, je continue ma lente marche de Poète…

Amicales salutations de Montréal.


Anthony PHELPS

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Soirée poétique à Paris et remise du Trophée au lauréat Anthony Phelps

L’Institut du Tout-Monde, La Maison de l’Amérique Latine et le Éditions Bruno Doucey ont relevé le défi en organisant le jeudi 5 janvier 2017 à 19 h à l’Auditorium de La Maison de l’Amérique Latine une soirée poétique exceptionnelle en l’honneur du lauréat du Prix Carbet.

Des ami(e)s d’Anthony et de sa compagne Hélène Valiquette étaient venu(e)s en nombre.

Des amant(e)s de la poésie ont profité de l’occasion pour découvrir cet immense poète et sa poésie.

La présidente de l’Institut du Tout-Monde, Mme Glissant s’en est expliquée.

« Ce prix parachève une année 2016 affriolante sur le plan littéraire pour Phelps. Celui-ci a eu droit, en mars dernier, à un hommage bien senti de la ville de Montréal à l’occasion de la Journée mondiale de la poésie. À l’édition 2016 du Festival international de la poésie tenu à Montréal, l’immense œuvre de Phelps a aussi été salué. La même année, « Je veille incorrigible féticheur », le dernier recueil en date de Phelps, est paru chez Bruno Doucey. Né à Port-au-Prince le 25 août 1928, Anthony Phelps est poète, diseur et romancier. Il s’est consacré à la littérature après des études en chimie et en céramique aux États-Unis et au Canada. L’écrivain octogénaire a particulièrement marqué son temps avec « Mon pays que voici » et les nombreuses activités culturelles et sociales dans lesquelles il s’est associé tant en Haïti, sa terre natale, qu’à Montréal, sa ville d’accueil. Avec de grands noms de la littérature haïtienne, notamment les poètes Davertige, Serge Legagneur, Roland Morisseau, René Philoctète et Auguste Thénor, Anthony Phelps a fondé, en 1961, le groupe « Haïti littéraire » et la revue « Semences ». Il fut aussi le principal animateur de la troupe de comédiens « Prisme » et réalisateur d’une émission sur la poésie et le théâtre à Radio Cacique dont il est cofondateur. Sa militance lui a coûté un séjour dans les prisons sous la dictature naissante mais déjà féroce des Duvalier. Relâché comme plusieurs autres miraculés des camps de la mort, Anthony Phelps a pris le chemin de l’exil. Montréal a été sa terre de refuge, sa terre de liberté et de création. Il a notamment fait du théâtre et de la radio. Des passions qui ouvraient les portes de Radio-Canada au natif d’Haïti pour une longue carrière en journalisme. Après des décennies de bons et loyaux services à la salle des nouvelles de la chaîne publique du Canada, Phelps a pris une retraite anticipée pour adhérer à sa vraie passion : la littérature. »

L’ami éditeur, Bruno Doucey et ses collaboratrices sont entrés en action en lisant des textes choisis et qui ont plu à l’assistance. Phelps lui-même n’était pas en reste.

Le moment de l’écrivain et spécialiste de la littérature haïtienne : Yves Chemla

Cet ami d’Anthony est toujours présent quand il le faut. Une soirée poétique en l’honneur du poéte à La Maison de l’Amérique Latine, au 217 Boulevard Saint-Germain, PARIS 7 ème, sans sa présence serait une anomalie.

La salle ne voyait pas le temps s’écouler. Et pourtant il s’en allait. Chemla a pris la parole et nous a dit des choses merveilleuses du Lauréat du Prix Carbet.

Reprenons partiellement son intervention.

« L’œuvre d’Anthony Phelps aura eu sans cesse pour point cardinal le pays d’Haïti, ses grandeurs passées, les désastres contemporains, l’énergie mise à son service quotidiennement par :

Un « Peuple poussant continuellement sa fleur de très vieille souche métisse s’ensemençant sans cesse »

C’est Mon Pays que voici qui rend Phelps mondialement célèbre. Ce n’est pourtant pas une œuvre composée en exil, car elle a été en grande partie écrite entre 1960 et 1963 quand le poète vivait encore à Pétion-Ville. Mais c’est l’enregistrement du poème sur un disque par l’auteur qui va en faciliter de façon déterminante la diffusion. Le poète y accomplit en quatre parties distinctes la célébration de la magnificence de la terre haïtienne depuis sa présence immédiate et celle de la contrainte :

« Ô ferment du silence

Rongeant le temple comme un cancer !

Poésie pour la survie

Dans cette attente charbonneuse

Poésie pour ne pas faillir

Ni défaillir

Poésie pour ne pas mourir

Sans retrouver le chemin des étoiles »

Haïti est d’abord espace mémoriel, qui s’éveille à la parole du poète dès qu’il marque une pause dans le glissement du temps et des saisons : « L’été s’achève / et ma mémoire se souvient. » Il ne s’agit pas ici d’une présence immédiate : la parole poétique est immédiatement marquée comme parole d’une parole, parole du plus lointain, parole souveraine car libérée, et maintenant qui se tient debout :

« Mais nous avons acquis ce port altier

Ces gestes lents

À force de lever la tête

Vers nos palmiers et nos montagnes

Et la chaleur de nos regards

Est un don du ciel bleu »

En face, il y a les forces de la nuit, qui ont élimé la parole et l’ont enfoncée dans les ténèbres. À celles-ci, le poète répond par une salve de lumière, même si peu à peu, cette lumière est intériorisée dans le corps du buveur qui parle : « Le soleil à jamais s’est noué dans ma gorge. » Le buveur-rêveur alors remonte les chemins de la mémoire, retrouve le pays d’avant la conflagration coloniale, les guerres, l’occupation, puis la complète déshérence :

« Tout un peuple affligé de silence

Se déplace dans l’argileux mutisme des abîmes

Et s’inscrivant dans les rétines

Le mouvement ouateux a remplacé le verbe

La vie partout est en veilleuse

(…)

Ô mon pays si triste est la saison

Qu’il est venu le temps de se parler par signes »

À cette diminution de la parole, le poète répond de façon mesurée, écartant de lui la grandiloquence, et s’arrête sur plusieurs marqueurs culturels ou historiques, ainsi que des paysages dans les trois autres parties, et qui deviennent peu à peu promesses d’amour et de remontée à la surface, remontée à la lumière, « pour un temps meilleur / de pierre et de mousse », comme le rythment ces deux vers en refrain, et qui promettent une aube nouvelle.

Mais las ! Le temps passe. Le pays, annoncé et présenté immédiatement sous le regard, attend encore. Le poète reprend sa quête. En 1968, Phelps publie aussi Les Dits du fou-aux-cailloux, dont le thème est inspiré par le spectacle d’un présumé fou, qui ramasse des cailloux et édifie une structure étrange, entre deux flamboyants dont il a retiré l’écorce. »

Pour lire l’intégralité de l’intervention de Yves Chemla, allez sur le site : www.berrouet-oriol.com.

Pour découvrir la poésie d’Anthony Phelps, adressez-vous aux Éditions Bruno Doucey : www.editions-brunodoucey.com

Le jeudi 5 janvier 2017, l’auditorium de la Maison de l’Amérique a connu un moment particulier, magnifique et sympathique. Le public a compris et vécu que la poésie est encore une force qui harmonise les femmes et les hommes et non qui les divise. On en est ressorti comme si on était tous des amis.

Des ami(e)s du poète et de sa compagne en étaient fier(e)s, très fier(e)s mêmes.

Etaient présent(e)s l’écrivain Louis-Philippe Dalembert, Mme Anne-Marie Métellus, le Dr Paul Jean-François, Mme Isabelle Bohard, Patrick Léon-Emile, la poète Mme Béatrice Boutroux, le Consul Maguet Delva, etc …

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Haiti au championnat du monde de ski à Saint-Moritz (Suisse)

Céline Marti, la skieuse, est la seule femme de l’équipe haïtienne de 3 personnes dont deux hommes : Jean-Pierre Roy et Ben Etoc participant au championnat du Monde de Saint-Moritz.

Née en Haïti, Céline Marti est adoptée par un couple suisse, à l’âge de 7 mois. Mais quand Jean-Pierre Roy, Président de la Fédération haïtienne de ski lui propose de rejoindre l’équipe, elle n’hésite pas. Haïti est en elle. Et elle déclare : « C’est une fierté de pouvoir représenter ce pays qui malheureusement souffre énormément, mais qui est aussi tellement magnifique, qui a plein de richesses et dont les gens ont une richesse intérieure et une joie de vivre exemplaires ».

Vivant à Genève, la jeune femme qui est monitrice de ski, a eu quelques difficultés pour s’entraîner, en raison du manque de neige. Mais qu’à cela ne tienne, la motivation étant bien là, elle se qualifie, en décembre, pour le slalom et le slalom géant des Championnats du monde. « C’est plus compliqué, je me retrouve avec des jeunes de 20 ans, alors que moi, j’ai bientôt 40 ans. Mais je pense être assez jeune dans la tête et dans le corps pour oser faire ça » confiait-elle, il y a quelques jours à la RTS, Radiotélévision suisse. La skieuse s’était élancée le 13 février 2017 pour le slalom géant sans succès. L’essentiel est de participer et de montrer le chemin…

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Raquel Pélissier, la première Dauphine

Tout le monde la voyait Miss Univers 2016. Malheureusement ce ne fut pas le cas.

Cependant, elle est la fierté de tout un peuple.

Dès dimanche soir, de nombreux membres de la population haïtienne se sont emparés des réseaux sociaux pour exprimer leur fierté et féliciter la Miss attendant son élection le lendemain. Les autorités ne sont pas en reste puisque des ministres, directeurs généraux ont également exprimé leur fierté et remercier la jeune femme. Des parlementaires se sont démarqués de la foule en exprimant leur contentement à travers des correspondances dignes des lettres d’amour de jadis destinées à la jeune dame, c’est le cas du député Gary Bodeau, du sénateur Joseph Lambert et même du président de la chambre basse Cholzer Chancy.

Si les élections restent un sujet qui divise chez nous, le soir de la journée électorale du 29 janvier, les Haïtiens parlaient tous d’une seule voix. Derrière cette mobilisation rocambolesque se cache, Raquel Pélissier : 1 m 80, une physique de rêve et une tête bien faite, certainement. En effet, la jeune femme de 25 ans, a su représenter valablement le bicolore national à Manille aux Philippines lors de la 65ème édition du célèbre concours de mode international Miss Univers.

Le 3 février 2017, tapis rouge, gerbes de fleurs, hôtesses, Miss Haïti Organisation ainsi que plusieurs institutions se sont accordées afin de bien de recevoir la jeune femme qui a hissé haut le drapeau haïtien le 30 janvier dernier.

C’est au Salon Diplomatique de l’aéroport Toussaint Louverture qu’elle a d’abord été reçue par des membres de sa famille, de hauts fonctionnaires de l’État comme les Ministres de la Culture et de la Communication, Marcus Garcia ; du Tourisme, Didier Hyppolite ; à la Condition Féminine et aux Droits des femmes, Marie Denise Claude et du Chancelier haïtien, Pierrot Délienne.

Rappelons que Raquel Pélissier a été couronnée Miss Haïti le 27 août 2016, Et le 30 janvier 2017 elle a été élue 1ère Dauphine de la Miss Univers 206, la Francaise Iris Mittenaere. Pour Haïti et ses ami(e)s sont fiers de toi.

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Appel à Candidature au prix : Emile Ollivier 2017

Madame, Monsieur,

Si vous connaissez une personne dont la contribution à l’éducation des adultes a été exceptionnelle, nous vous invitons à soumettre sa candidature au Prix Émile-Ollivier. La période d’appel de candidatures se clôture le vendredi 21 avril 2017, à 17 heures.

Associé à l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA), ce prix reconnaît l’engagement exceptionnel d’un individu dans le milieu de l’éducation ou sa contribution à la démocratisation des savoirs. Le prix peut également être décerné à titre posthume. Le prix sera remis le 24 mai 2017, à l’occasion de la soirée de célébration du 70e anniversaire de fondation de l’ICÉA.

Pour plus d’information, consultez le site Web du Prix Émile-Ollivier 2017 (http://icea.qc.ca/site/fr/prix-émile-ollivier-2017). Vous y trouverez la procédure de dépôt d’une candidature, les critères de sélection ainsi qu’une courte biographie d’Émile Ollivier.

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Livres à lire

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De Mémoire de Jérémien d’Eddy Cavé

En pensant aux amis disparus (Tome II)

On aurait tort de penser que ce deuxième tome « De Mémoire de Jérémien » ne s’adresse qu’aux Jérémiens. D’ailleurs le sous-titre est assez explicite en ce sens. Des amis disparus du temps de la dictature des Duvalier, il y en a eu sur toute l’étendue du territoire haïtien.

La quatrième de couverture de ce livre nous donne des informations précieuses et nous incite à le lire.

« Dans ce deuxième volet de son œuvre mi- biographique, mi- sociologique, Eddy Cavé retrace son parcours d »’Haïtien errant » ‘célèbre l’amitié, rend hommage aux professeurs et amis qui ont contribué à faire de lui  ce qu’il est aujourd’hui : un citoyen du monde solidement ficelé à ses racines de provincial. Ses hommages s’étendent aux militants tombés dans la lutte contre la dictature de François Duvalier et aux pionniers de la communauté haïtienne d’Ottawa-Gatineau ou Grand’Anselais et Capois, par exemple, vivent dans une harmonie proche de la symbiose.

Le récit nous amène de Jérémie à Pestel, en passant par Beaumont et Corail, puis à Port-au-Prince d’où l’auteur prend tour à tour l’avion pour Santiago du Chili, New York, Washington, Montréal et Ottawa.

Le parti-pris favorable à l’amitié est évident d’une page à l’autre du livre, et l’auteur ne s’en défend guère. Une suite très attendue des aventures commencées à Nan Goudwon et qui ne décevra pas les habitués de la plume de ce promoteur du langage clair et simple. »

« De Mémoire de Jérémien » est publié par « Les Éditions du CIDIHCA », Montréal 2016.

Courriel : cidihca@yahoo.com

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L’étoile Absinthe de Jacques Alexis

Selon l’éditeur Zulma, ce texte a pu être établi d’après le seul manuscrit original disponible, mais inachevé.

Les ami(e)s et les « fans » de l’écrivain) n’hésiteront pas à lui faire un bon accueil.

On le trouve à Paris dans toutes les bonnes librairies et chez l’éditeur Zulma – 18, rue du Dragon, Paris VIe. Dépôt légal : Février 2017.

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Histoire de l’Industrie Minière en Haiti (1950- 1982) par Guy Pierre

Publiée aux Edition CIDIHCA.

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Les Grandes dates de l’Histoire diplomatique d’Haïti

De la Période fondatrice à nos jours par Wien Weiber Arthus,

Ce livre est publié et vendu chez l’Harmattan.

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Vie Associative

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APESE Haïti, Pour Haïti et Konlanbi

Evry, le 12 janvier 2017

Nous avons commémoré ensemble le Jeudi 12 janvier 2017 de 10h00 à 16h00 Place de l’Agora – 91000 EVRY (Entre la médiathèque et le Théâtre à Evry)

Madame, Monsieur,

Les associations APESE-Haïti, POUR HAÏTI et Radio KOLANBI, ont commémoré le 7eme anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a fait plus 300 000 victimes en Haïti.

APESE-Haïti, Représentée par Linda François

Mail : apesehaiti@hotmail.fr

POUR HAITI, Représentée par Paul Baron

Mail : plbaron918@gmail.com

KONLANBI, Représentée par David Charles

Mail : konlanbihaiti@gmail.com

Programme de la journée :

Heure Activités
9h00-10h00 Installation des stands et de l’exposition « Séisme & Reconstruction »
10h00-10h30 Accueil autour d’un café ou d’un chocolat chaud haïtien
10h30-12h30 Intervention des organisateurs
12h30-14h00 Bilan des actions menées sur le territoire Français et en Haïti : projection du film documentaire « Chronique d’une catastrophe annoncée, d’Arnold Antonin »
14h00-15h30 Qu’en est-il de la reconstruction ?
15h30-16h30 Echanges avec le public

D’ores et déjà, nous invitons les associations et personnes intéressées à nous contacter pour :

La 8ème commémoration de la date du 12 janvier 2010.

Ce sera le 12 janvier 2018.


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IN MEMORIAM

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Ghislaine Rey-Charlier, une femme extraordinaire

L’équipe de la revue « POUR HAÏTI » reprend les textes qui suivent pour exprimer sa grande tristesse en apprenant le décès de Mme Ghislaine Rey-Charlier. Elle présente ses sincères condoléances à tous les membres de la famille de Mme Rey-Charlier et remercie Mme Alexandra Philoctète et Mme Rose-Marie Gautier pour avoir porté à sa connaissance cette pénible nouvelle. Ghislaine Rey-Charlier est partie la tête haute avec l’admiration de tous les combattants d’une Haïti meilleure.

« Nous apprenons avec infiniment de peine le décès de Mme Ghislaine Rey-Charlier, veuve d’Etienne Danton Charlier survenue le 12 février 2017, à son domicile aux Gonaïves, (Haïti) à l’âge de 99 ans.

Nous présentons nos sincères condoléances à son fils André Charlier et son épouse  Monique Édouard Charlier, à ses belles-filles Cécile Corvington Charlier et Gérarda Elysée, à ses petits-enfants Vladimir Cybil Charlier, Raymond Charlier, Diélika Ghislaine Charlier, Samba Bernard Charlier et son épouse Paola Charlier, Chango Elysée et sa conjointe Anne Abouab, Vélina Elysée Charlier, Saman Dashti et Yamilée McKenzie, à ses petits-enfants Sidélise Charlier Juste, Matthew Charlier Cedano, Malyka Lessard-Elysée, Isis Yamileh Clara André, Oréanah Maëva Charlier, Elya Elysée, Cruz Colette, Brandon Charlier et Chloé Charlier, à ses cousins et cousines et leurs enfants, à ses neveux et nièces et leurs enfants, à ses belles-sœurs et beaux-frères, et leurs enfants.

Aux familles Charlier, Rey, Elysée, Roumer, Garoute, Prémices, Bontemps, Brière, Castor, Clérié, Edouard, Auguste, Hyppolite, Mauclair, Philoctète, Woël et à tous les parents, alliés et amis affectés par ce deuil.

Mme Charlier rejoint de l’autre côté du voile ses fils feu Jacques et Max Etienne Charlier.

On se souviendra d’elle comme une passionnée d’Haïti, une grande patriote, une féministe des premières heures (membre fondatrice du comité de Pétion-ville de la Ligue d’Action Féminine), une militante, un écrivain, une journaliste ayant le courage de ses opinions, une historienne érudite, une mère formidable, yon fanm vanyan.

Une soirée du souvenir et de l’amitié a eu lieu au Salon funéraire l’Ange Bleu, Entreprise Celsis, à Turgeau (Port-au-Prince), le mardi 21 février 2017 de 4h p.m. à 7h p.m.

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Témoignage d’Adeline Magloire-Chancy sur Ghislaine Rey-Charlier

Texte de la cérémonie du mardi 21 février 2017, à Port-au-Prince, pour rendre hommage à la militante féministe, décédée le 12 février 2017, aux Gonaïves (Artibonite / Nord).

C’est avec beaucoup d’émotion que je vois partir une amie de longue date, une amie très chère, Ghislaine Charlier. Ghislaine Rey, comme elle aimait à le rappeler. C’était encore le nom, affiché à la porte de l’immeuble qu’elle habitait à la rue Goyer, à Montréal. Solidaires, nous avons partagé joies et souffrances tout le temps de l’exil [http://www.alterpresse.org/spip.php?article21331 - nb22].

Ghislaine était encore plus proche de Max Chancy, mon mari, aujourd’hui décédé. Amis et complices, ces deux-là, des combattants de la même lignée politique. Max faisait souvent référence à Étienne Charlier, cofondateur du Parti socialiste populaire [http://www.alterpresse.org/spip.php?article21331 - nb33] (PSP), dans ses analyses politiques. En fait, le mari de Ghislaine, Étienne Charlier était un ami de la famille Chancy et c’est ainsi qu’après mon mariage, j’ai eu l’occasion de le rencontrer de près, lors d’une visite chez nous à Bois Patate où nous vivions avec la mère de Max.

Ghislaine et Étienne Charlier appartiennent à cette cohorte de patriotes haïtiens, marxistes, socialistes, communistes, tous des militants inspirés par des idéaux révolutionnaires et qui ont consacré leur vie à la cause de la libération du peuple haïtien. Ce qui ne leur a pas fait une vie tranquille. Il s’en est suivi répression, persécution politique, prison, exil…et, pour certains, la mort.

En fouillant dans ma mémoire pour essayer de retracer le moment où j’avais vu Ghislaine pour la première fois, un très ancien souvenir a surgi dans le cadre des événements des années 40. Il s’agit de la création du Collège de Pétion ville, par Christian Beaulieu, Étienne Charlier et Marc Bauduy, en 1943. Ghislaine raconte dans un témoignage, dont je détiens la version originale signée, qu’elle s’est mariée en 1943 et s’est installée à Pétion ville. Cela nous ramène aux années 40 où nous, les enfants de la rue Ogé, mon frère Daniel Magloire et moi, nous avions pour compagnons de jeux les enfants de militants communistes, socialistes qui ont marqué l’histoire. Daniel Roumain par exemple, le fils de Jacques Roumain et de Nicole Hibbert, ses cousines les jumelles Marie-Josée et Jacqueline Nadal, les fils et filles de Max Vieux, etc. Mon frère m’a rappelé que le collège était situé à l’arrière de l’actuel lycée de Pétion ville qui a remplacé le presbytère désaffecté.

Face aux écoles congréganistes qui tenaient traditionnellement le haut du pavé, la création d’un tel collège, mixte et résolument laïque, était un geste audacieux et novateur. Je revois Ghislaine à l’époque, elle a donné des cours dans ce collège. Je revois une jeune femme moderne, avant-gardiste, pas comme les autres, n’ayant pas peur d’affirmer ses convictions. Une nouvelle venue à Pétion ville qui intriguait les familles conventionnelles. Moi, j’avais 12 ans en 1943, j’entrais au secondaire chez les Sœurs de Lalue (Sainte Rose de Lima), alors que plusieurs de mes amis étaient inscrits au Collège de Pétion ville, Ce qui a en fait scindé le groupe d’enfants de la place Saint-Pierre.

Le témoignage que Ghislaine m’avait confié, pour être publié dans le dossier « Femmes haïtiennes [http://www.alterpresse.org/spip.php?article21331 - nb44] », concerne la campagne de la Ligue féminine d’action sociale pour le droit de vote des femmes en 1950 et des activités du Comité de Pétion ville que Ghislaine avait mis sur pied à cette occasion. On y retrouve la même Ghislaine, ses audaces, ses passions et ses convictions. La même Ghislaine que j’ai revue longuement, seule à seule, à Montréal chez elle en 2013, puis aux Gonaïves ces dernières années.

Ghislaine est partie sans trembler, j’en suis convaincue, la tête haute, forte de ses principes et de ses convictions. Ghislaine nous offre en modèle l’histoire de vie d’une combattante d’une fidélité à toute épreuve, qui ne baisse jamais les bras. Une véritable Fanm vanyan !

AlterPresse

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Témoignage de Eddy Cavé

Je tiens à associer ma voix à celle de mon ami Max Dorismond et à celles des nombreux membres de la famille et amis de Ghislaine pour contribuer à honorer sa mémoire et célébrer son passage parmi nous. Je tiens surtout à souligner sa participation aux différents combats menés sur tous les fronts où le Haïtien et l’Haïtienne doivent se battre sur la terre étrangère pour avoir droit à la moindre parcelle de bonheur.

Ghilaine Rey-Charlier était dessalinienne et elle appartenait à la lignée des Claire Heureuse, des Sanite Belair et des autres grandes femmes de notre histoire. C’est ainsi qu’on l’a vue monter aux barricades dès la création du Comité d’action féminine constitué le 8 janvier 1946, juste avant la chute d’Élie Lescot, dans le but « de prendre une part active à la lutte en cours et d’obtenir l’égalité civique et politique » au pays.  Quatre ans plus tard, et surtout vingt-cinq ans après la création de la Ligue féminine d’action sociale, la constitution haïtienne reconnaissait le droit de vote des femmes et leur éligibilité à tous les postes électifs.

On la retrouve alors engagée à fond, aux côtés de son mari, Etienne Charlier, dans les activités du Parti Socialiste Populaire, le PSP, qui ne survivra pas à la dictature de François Duvalier. Après un bref séjour en Afrique dans les premières années de la décolonisation, elle s’installe à Montréal où elle écrit, publie, donne des conférences, milite pour toutes les causes qui en valent la peine : le féminisme, la promotion et la protection des droits immigrants, la solidarité avec les réfugiés politiques de tous les pays, etc.

En 2012, j’ai eu le privilège d’animer avec elle et Raymond Chassagne, décédé peu de temps après, une soirée littéraire consacrée à Jérémie et dont je garde un souvenir attendrissant. C’était au centre culturel KEPKAA, et son fils André, de passage à Montréal, était à nos côtés. Comme à l’accoutumée, les inventions de Ghislaine étaient toujours catégoriques, merveilleusement structurées et en tous points conformes à l’idéal socialiste qu’elle a poursuivi jusqu’à son dernier combat contre la mort.

Le souvenir que je garderai toujours d’elle est celui d’une combattante qui n’a jamais considéré comme un handicap majeur la dégradation de la santé physique après le cap des 90 ans. Ainsi, elle venait de fêter ses 93 ans quand je lui fis part d’un projet de livre d’entretiens avec un échantillon de Jérémiens de gros calibre, dont les médecins Simphar Bontemps et René Charles, les poètes Raymond Chassagne et Serge Legagneur, l’écrivain et maire des Abricots Jean-Claude Fignolé, le professeur de culture physique Maurice Léonce et elle-même. L’idée lui plaisait bien, mais elle avait d’autres projets auxquels elle voulait accorder la priorité :

« Eddy, me répondit-elle, avec sa franchise habituelle, j’ai reçu récemment un laptop en cadeau, et mon principal objectif maintenant est d’en maîtriser l’utilisation. La prochaine fois que je t’écris, ce sera sur mon ordinateur… Pour l’instant, je perds encore certains fichiers, mais je sais qu’ils sont dans mon disque dur…

« Ensuite, j’ai trois livres en préparation que j’aimerais terminer avant d’entreprendre quoi que ce soit d’autre: un premier livre dont je parlerai plus tard et une adaptation des tomes 3 et 4 du livre colossal de Semexant Rouzier, le Dictionnaire géographique et administratif universel d’Haïti. Les deux premiers tomes sont déjà sortis, mais j’en n’en suis pas pleinement satisfaite. Si tu peux m’aider à tout publier, ça ira plus vite. »

Ce jour-là, j’étais encore abasourdi par son optimisme quand j’ai repris le volant pour rentrer à Ottawa, mon port d’attache. Par la suite, la dégradation de la santé et la mort de son fils Maxon, qui ne s’étaient jamais vraiment relevé des séances de tortures des bourreaux de Duvalier, sont venues à bout de sa résilience. Et c’est avec une grande tristesse que j’ai regardé le temps s’acharner contre elle et poursuivre implacablement son œuvre de destruction de tout ce qui est humain.

Je salue en cette grande Jérémienne une femme de cœur, de courage, de conviction et surtout d’une générosité sans bornes. Dans la période de dures épreuves qui a suivi la mort de Maxon, la communauté haïtienne de Montréal lui a donné la preuve de sa gratitude et montré aux plus pessimistes qu’une vie de militante comme celle de Ghislaine-Charlier ne tombe pas dans l’oubli du jour au lendemain. Paix à son âme

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René Préval

POUR HAÏTI est en deuil

La nouvelle du décès de l’ex-Président Préval survenu le vendredi 3 mars 2017 dans sa résidence à Laboule nous a choqué profondément. Notre tristesse est profonde et notre désarroi immense.

Âgé de 74 ans, il paraissait en pleine forme ; ce qui nous empéchait de penser qu’il allait nous quitter aussi soudainement. Quelle tragédie pour son épouse, ses filles, ses sœurs, ses cousines et cousins, sa famille ?

L’Association culturelle franco-haïtienne, POUR HAÏTI, présente ses respectueuses et sincères condoléances à Mme Préval, à Dominique et Patricia et leurs ami(e)s, à Mme Marie-Claude Calvin-Préval et ses sœurs, ses cousines et cousins, à toute la famille Péval.

Monsieur René Préval a pu diriger les destinées de la Nation haïtienne pendant deux périodes de 5 ans (de 1996-2001, puis de 2006-2011) sans être inquiété à la fin de ses deux mandats.

Par ailleurs, pendant les 10 années passées au pouvoir, il s’est montré respectueux de la démocratie naissante haïtienne, respectueux de la liberté de la presse respectueux du fonctionnement des mouvements et partis politiques, des associations féminines ainsi que des syndicats dans son pays.

S’il est vrai que sa lutte contre la corruption en Haïti n’a pas été couronnée de succès, personne ne l’a jamais accusé d’enrichissement personnel. Le Président Préval a fait honneur au peuple haïtien. Haïti et les Haïtiens ont perdu, le 3 mars 2017, un de leurs compatriotes les plus dignes.

Honneur et Respect, Monsieur le Président.

« La patrie haïtienne reconnaissante »

Le Président tout neuf d’Haïti, Monsieur Jovenel Moïse et le gouvernement intérimaire de Monsieur Enex Jean-Charles en décrétant six jours de deuil national et en organisant des funérailles nationales à la mémoire de l’ex-Président René Préval dans la règle de l’art, se sont surpassés.

Le rendez-vous au Musée du Panthéon national

Les Haïtiens volontairement ont circulé le vendredi 10 mars 2017 dans les jardins du Musée du Panthéon National (MUPANAH) au tour de la dépouille de l’ancien Président René Préval. Ils ont voulu saluer sa mémoire et lui rendre un dernier hommage.

Les Adieux de tout un pays au Kiosque Occide Jeanty du Champ de Mars

C’est au Kiosque Occide Jeanty installé au Champ de Mars, l’une des plus importantes places de la Capitale haïtienne, Port-au-Prince, que se sont déroulées les cérémonies religieuses le samedi 11 mars 2017 en présence Mme Michaële Jean, Secrétaire générale de la Francophonie et des représentants de la communauté internationale. Elles ont été conjointement célébrées par l’Archevêque métropolitain de Port-au-Prince Mgr Joseph Lafontant, Mgr Désinor Jean et Mgr Ducange Sylvain. L’Ati national de la religion Vodou, Mr Joseph Fritz Coma et la Mambo Evonie Georges Auguste étaient présents ainsi que des représentants de toutes les autres religions connues dans le pays.

Haïti et les habitants de Port-au-Prince, tout un peuple se sont retrouvés pour dire un dernier adieu à ce Président exceptionnel : René Préval.

Le Président Jovenel Moïse accompagné de son épouse Mme Martine Moïse, des anciens Présidents et Premiers Ministres, des élus de la Nation, des personnalités des différents secteurs, politique, économique, universitaire, culturel, des associations de femmes, sportif, etc, se sont manifestés pour saluer la mémoire de l’ancien Président et exprimer leurs sympathies à son égard. Des membres de la famlle du défunt président dans la tristesse et le désarroi se sont également exprimés. Il le fallait.

L’Inhumation à Marmelade, la ville natale de Préval

Marmelade, c’est vers le Nord du Pays à 200 km de Port-au-Prince. Pas question d’être en retard à cet ultime rendez-vous.

Vers 18 H environ, le cortège s’est ébranlé, Marmelade ne saurait attendre trop longtemps.

Marmelade, ta ville natale, cher René est déjà célèbre. Elle sera désormais un lieu de pélérinage pour les membres de ta famille et pour tes ami(e)s.

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Thierry Gardère

POUR HAITI te dit : Adieu

Les journaux haïtiens nous informent :

Thierry Gardère, 65 ans, patron de la Société du Rhum Barbancourt, l’une des marques les plus connues et la plus associée à Haïti, s’est éteint sur la route devant le conduire à l’hôpital en début d’après-midi après avoir ressenti un malaise respiratoire, mercredi 1 mars 2017.

« Il a conduit de sa résidence secondaire à Cyvadier, Jacmel, jusqu’à chez lui à Port-au-Prince vers 11 heures du matin. Une fois arrivé, il s’est plaint d’un malaise, il avait de la difficulté à respirer. Conduit en urgence à l’hôpital, il est mort en chemin. Cela s’est passé très vite. Il parait que c’est une embolie pulmonaire. Il avait des problèmes cardiaques depuis une quinzaine d’année », a confié au journal William Eliacin, directeur administration et financier de la Société, très secoué par cette disparition soudaine.

« C’est une grosse perte pour le pays, pour la compagnie. Il était notre potomitan », a poursuivi William Eliacin qui travaille aux cotés de Thierry Gardère depuis 1976, année du retour au pays de cet héritier de la dynastie Barbancourt au terme de sa formation en génie industrielle. Thierry Gardère avait pris la succession de son père en 1990. Il avait su garder le flambeau et assurer la transition de la compagnie dans la modernité, a expliqué William Eliacin. « Pour Thierry, nous devons aller de l’avant », a-t-il-indiqué au Nouvelliste, mercredi soir.

« C’était un homme calme, un grand timide avec beaucoup de lucidité, de vision, de sagesse, un grand mécène aussi. C’est une perte pour le pays, pour le conseil d’administration de la UNIBANK dans lequel il siége depuis la création de la banque », a indiqué Max E Chauvet, lui aussi membre du conseil d’administration de la banque cinq étoiles. « Thierry Gardère avait pris la succession de son père et fait de Rhum Barbancourt l’un des fleurons de notre industrie », a souligné Max Chauvet qui a présenté ses condoléances émues à la famille du défunt, particulièrement à sa femme et à sa fille unique.

« Thierry Gardère était un industriel de haut niveau, le genre qui ne court pas les rues. Il a su garder le flambeau de cette entreprise de renommée mondiale », confie pour sa part Bernard Craan, président du Forum économique du secteur privé. La simplicité de Thierry Gardère, sa proximité avec ses employés, son sens de l’innovation ont marqué Bernard Craan. « C’est une grande perte pour Haïti », a-t-il dit.

Nous présentons nos condoléances émues et sincères à ta famille et à tes ami(e)s proches, surtout à l’ami Jean-Marc Gardère et à Mme Aude Langlois-Meurinne Charquet.

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