COMMUNIQUÉ DE PRESSE HAÏTI FUTUR

« HAÏTI AU-DELÀ DES FRONTIÈRES » LES 2 ET 3 DÉCEMBRE 2017 à PARIS

Pour finir l’année 2017 en beauté après le succès de son festival « Haïti aux Grands Voisins », l’association Haïti Futur vous invite à sa 4ème édition du salon du livre haïtien et à sa 23ème exposition-vente annuelle les 2 et 3 décembre 2017 au Foyer de Grenelle, 17 rue de l’Avre, Paris 15ème.

Cette 4ème édition du Salon du livre haïtien, organisée en partenariat avec les éditions Zellige et la librairie Le Divan, se penchera sur le thème « Haïti au-delà des frontières » avec Louis-Philippe Dalembert comme invité d’honneur.

Désirant témoigner du dynamisme des échanges liant Haïti au reste du monde, les organisateurs ont choisi de mettre en lumière les grandes figures de la littérature haïtienne  et  de révéler la place toute particulière que tient la Perle des Antilles dans les écrits de leurs homologues étrangers.

Comme chaque année, un large choix d’ouvrages reflétant la vitalité de la création littéraire haïtienne sera présentée au public.  Autour d’auteurs tels que Jean-Marie Théodat, Gabriel Osson, Hélène Tirole, Jean-Robert Léonidas ou encore Maggy Belin Biais, la programmation fera la part belle à des rencontres et à des tables-rondes.

En parallèle du salon du livre, la gastronomie et l’artisanat haïtien seront également consacrés lors de la désormais traditionnelle exposition-vente organisée par Haïti Futur, qui fêtera ses 23 ans cette année. Rendez-vous incontournable des amateurs de culture haïtienne, les visiteurs profiteront d’une formidable variété de produits illustrant le savoir-faire haïtien : fers sculptés, bijoux et produits du issus du commerce équitable.

Les exposants vous proposeront des idées cadeaux originales et de délicieux encas sucré et salé qui raviront petits et grands gourmands.

Enfin, divers animations et ateliers sont programmés  le samedi 2 décembre dès 10h : cours de cuisine haïtienne, chants, musiques et spectacles assurés par des artistes haïtiens, atelier pour enfants, etc…

Nous vous attendons nombreux au foyer de Grenelle, 17 rue de l’Avre, Paris 15ème (Métro La Motte-Picquet Grenelle, bus 80 et 82).

Entrée libre le samedi à partir de 10h et le dimanche à partir de 12h.

À PROPOS D’HAÏTI FUTUR

Haïti Futur est une association franco-haïtienne fondée en 1994 qui intervient sur plusieurs axes :

-                Le développement d’une éducation de qualité grâce à la mise en œuvre d’un programme d’éducation numérique à envergure nationale.

-                Le développement de l’entrepreneuriat social en soutenant de nombreux micro entrepreneurs haïtiens.

-                La promotion de la culture haïtienne en organisant des manifestations culturelles dans toute la France.

Pour plus de renseignements, rendez-vous sur notre site internet : www.haiti-futur.com et sur notre page facebook : Haïti futur

Mél : contact@haiti-futur.com

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Actualités Internationales

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La France d’Emmanuel Macron

La République en Marche (LREM) a raté le coche.

Du premier tour des élections présidentielles jusqu’au second tour des élections législatives LREM n’a connu que des succès, parfois des succès éclatants comme pour les élections législatives. LREM a obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale lors des élections législatives des 11 et 18 juin 2017. Le parti du Président Macron s’est retrouvé sur un petit nuage.

Il espérait pour les élections sénatoriales étonner son monde. Les élections sénatoriales du 24 septembre 2017 devraient permettre de renouveler la moitié du nombre de sénateurs, soit 170 sénateurs.

La nature des élections sénatoriales, renouvellement par tiers tous les trois ans constituait un premier handicape pour LREM, un tout nouveau mouvement de moins d’un an d’existence. Un second handicape est le système des grands électeurs (députés, sénateurs, conseillers régionaux, conseillers départementaux et surtout les délégués des conseils municipaux) qui n’était pas favorable à LREM. Enfin, les partis traditionnels, étant largement implantés dans le monde rural, ont bénéficié des voix des grands électeurs. D’où le troisième handicape. Au final, le résultat du scrutin est favorable à la droite classique : Les Républicains. Ils détiennent avec l’Union des Démocrates Indépendants(UDI) 213 sièges sur 348 sièges. Le parti socialiste moribond s’est maintenu avec 81 sénateurs. Ainsi, LREM avec 28 sénateurs, a connu son premier échec et raté le coche. Il aura du mal à amender la Constitution française à sa façon. Car avec 28 sénateurs, le Président Macron aura du mal à obtenir les 3 / 5 des voix du congrès pour modifier la Constitution.

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L’Allemagne d’Angela Merkel

Le 24 septembre 2017, 61,5 millions d’Allemands votaient pour renouveler leur parlement, la 19e Diète fédérale allemande (Deutscher Bundestag) et désigner du même coup le Chancelier ou la Chancelière (La tête de liste du groupe majoritaire). D’après les résultats officiels, ce sera encore Madame Angela Merkel pour un quatrième mandat de 4 ans. Cependant, sa victoire est étriquée.  Candidate de la CDU/CSU (Union chrétienne démocrate et Union sociale chrétienne), elle n’a obtenu que 35,5 % des voix. Ainsi, les deux partis constituent un groupe parlementaire de 246 députés.

De plus, depuis 1945, c’est la première fois qu’un groupe politique d’extrême droite, Alternative für Deutschland (AFD), affichant une certaine affinité avec le fascisme fait son entrée au Bundestag avec 94 députés. Le parti AFD devient la troisième force politique en Allemagne désormais.

L’Europe pensait que le choc de l’arrivée au pouvoir de la « droite extrême » se produirait en France. Finalement, la situation d’Angela Merkel est bien problématique. Devant le refus du SPD de reconduire la grande coalition avec la Chancelière sortante, elle est obligée de faire des alliances avec les libéraux et les verts pour être Chancelière. Elle aura une forte opposition sur sa gauche et sur sa droite. C’est bien une victoire au goût amer.

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La Corée du Nord et les USA

Le président américain, Donald TRUMP, est attentif à tous les phénomènes qui se produisent dans son pays et dans le monde. La Corée du Nord constitue pour lui un vrai problème avec ses multiples expériences de missiles balistiques intercontinentaux. Dès l’ouverture de la 72ème session des Nations-Unies, il a donné le ton en déclarant que « La Corée du Nord constitue un danger majeur pour le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis. Elle doit payer chèrement sa détermination de posséder l’arme nucléaire. »

L’escalade verbale entre Pyongyang et Washington a connu un cap supplémentaire. Le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Ri Yong-ho, a accusé le président américain Donald Trump d’avoir déclaré la guerre à son pays dans son intervention à l’ONU et a menacé d’abattre les bombardiers américains s’approchant de ses côtes. « Le monde entier devra se souvenir clairement que ce sont les États-Unis qui ont été les premiers à déclarer la guerre à notre pays », a tonné le chef de la diplomatie nord-coréenne devant des journalistes à New York. « Puisque les États-Unis ont déclaré la guerre à notre pays, nous avons le droit de prendre des mesures de riposte, y compris le droit d’abattre les bombardiers stratégiques américains même s’ils ne sont pas dans l’espace aérien de notre pays », a-t-il ajouté. Mais depuis, des déclarations de part et d’autre sont rares. Faut-il croire que la voix de la raison est en train de s’imposer ?

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Actualités Haïtiennes

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Haïti et la pénurie d’électricité

Le Président haïtien, Monsieur Jovenel MOÏSE et son Premier Ministre, Monsieur Jack Guy LAFONTANT se sont engagé à résoudre la question de pénurie d’électricité qui empoisonne la vie des Haïtiens dans le meilleur délai. Leur assurance reposerait sur des prêts qui viendraient des firmes de la République Populaire de Chine. Pendant les mois de juillet et août de l’année en cours, on ne parlait que de cela. Et cette perspective s’installait agréablement dans le paysage haïtien.


Le désenchantement

La Banque Interaméricaine de Développement (BID) et d’autres institutions financières internationales s’opposent au projet de l’électrification d’Haïti par des firmes de la Chine Populaire.

Les déclarations du représentant de la BID en Haïti, Monsieur Koldo Echebarria, sont claires et menaçantes.

« Désormais, tout nouveau prêt commercial accordé à Haïti par des firmes chinoises entrainerait une renégociation des accords entre le pays et ses partenaires financiers institutionnels ». Il est clair que si Haïti acceptait des prêts non concessionnels de la Chine populaire, elle violerait ses engagements envers la communauté internationale. Et Monsieur K. Echebarria de rappeler qu’« Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, Haïti avait accepté officiellement, par devant la communauté internationale, de refuser tout prêt dont l’élément « Don » n’est pas pris en compte à au moins 35% (REF : FMI) ». Dans le cas précis de l’agrandissement de l’aéroport international Toussaint Louverture, par une firme chinoise, Haïti n’avait pas respecté cette donne. Pour cause les travaux ont été abandonnés en novembre 2016.

Il en résulte que : « Cet engament qu’a pris Haïti en faveur des prêts concessionnels ne lui donne accès qu’à un club très restreint de partenaires financiers sur le marché international et lui défait de son droit souverain de négociation dans les affaires. »

De l’avis de certains spécialistes, les prêts concessionnels nuisent à la compétitivité et au développement réels, sinon, ils ont l’avantage d’aider les pays faibles à mieux calibrer leurs dettes externes.

L’Etat haïtien, n’est-il pas dans un dilemme ? (Haititiz news)

Nous publions le document suivant, document ignoré de plus d’un, Fiche d’information : 25 janv. 2010


La BID en Haïti

-       La BID est le principal bailleur de fonds multilatéral en Haïti, avec un portefeuille de plus de 25 programmes estimés à près de $770 millions, à la fin de l’année dernière.

-       En 50 ans de collaboration, la BID a accordé à Haïti des prêts concessionnels, des dons et des garanties évalués à près de $1,5 milliard.

-       Depuis 2007, les financements de la BID en faveur d’Haïti se sont faits uniquement sous forme de dons, atteignant $222 millions à la fin de 2009. À la BID, Haïti est le seul pays qui bénéficie uniquement de l’octroi de dons.

-       En 2009, la BID a plus que doublé ses dons pour Haïti à $122 millions. Pour 2010, cette allocation a encore été revue à la hausse et se chiffre à $128 millions. Ces augmentations ont été approuvées avant le séisme, en vue d’aider le pays à se remettre de chocs externes tels que la flambée des prix alimentaires et des combustibles, ainsi que les catastrophes naturelles, dont les quatre ouragans qui ont balayé l’île en 2008.

-       Lors de la Conférence des donateurs pour Haïti qui s’est tenue à la BID en avril 2009, les banques multilatérales de développement (BMD) se sont engagées à fournir de nouveaux engagements de plus de $350 millions. La BID a également travaillé étroitement avec l’envoyé spécial de l’ONU pour Haïti, Bill Clinton, afin d’attirer des investissements étrangers dans des domaines clefs comme l’habillement, les biocarburants et le secteur agro-industriel. L’année dernière, une conférence pour les investisseurs parrainée par la BID a attiré plus de 600 participants.

La BID et Haïti après le tremblement de terre

-       Après le tremblement de terre, la BID a proposé au gouvernement haïtien une réorientation des ressources prévues pour les projets en cours vers les opérations de secours et les travaux de reconstruction. Près de $50 millions pourraient être réaffectés aux projets de reconstruction prioritaires.

-       La Direction compte proposer au Conseil d’administration et au Conseil des gouverneurs, où siègent les 48 pays membres de la BID, d’allouer des ressources supplémentaires au Fonds pour les opérations spéciales, le mécanisme de subventions qui finance ce type d’activités.

-       La BID a poursuivi ses opérations malgré la destruction de son bureau à Port-au-Prince. Elle a maintenu du personnel sur le terrain et participe à l’acheminement de matériel de secours par vols affrétés.

-       Le personnel de la BID qui se trouve sur le terrain collabore étroitement avec les autorités haïtiennes et d’autres organisations sur divers aspects liés à l’aide d’urgence et à la reconstruction, à savoir : le logement, l’aide à la relance de l’activité économique ; et l’aide à la restauration des capacités financières et administratives du gouvernement.

-       Le Président de la BID, Luis Alberto Moreno, a nommé Ciro de Falco, ex-Vice-président exécutif de la BID, à la tête d’un groupe spécial qui va collaborer avec d’autres agences bilatérales et multilatérales, à la reconstruction d’Haïti. De Falco va également mettre en place la stratégie et le programme de travail de la Banque afin de fournir une aide rapide et efficace pour le pays.

La dette d’Haïti

-       Compte tenu de l’ampleur des dégâts causés par le séisme du 12 janvier, la BID envisage de créer un mécanisme pour accorder un allégement de dette supplémentaire à Haïti (qui lui doit $441 millions). La BID a été la plus grande source multilatérale d’allégement de la dette envers Haïti.

-       En 2009, la BID a accordé un allégement de dette de $511 millions à Haïti, permettant ainsi au gouvernement d’entreprendre des investissements publics d’une importance capitale. Approuvé par les gouverneurs de la Banque, le montant annulé couvrait l’ensemble de l’encours de la dette à la fin de 2004.

-       $181 millions de l’encours de la dette du pays envers la BID constituent des prêts concessionnels accordés à Haïti en 2005 et 2006. Il s’agit de prêts accordés pour 40 ans, avec un délai de grâce de 10 ans et des taux d’intérêt plafonnés à 2 %. Le pays ne paye pas encore le service de cette partie de sa dette parce que le délai de grâce est encore en vigueur.

-       Le restant de la somme due est constitué de prêts approuvés avant la fin 2004 mais décaissés après la date-butoir. Ces prêts pour la construction de routes, d’écoles et d’hôpitaux, l’alimentation en électricité, l’agriculture et d’autres projets de développement clés n’étaient pas admissibles à l’annulation de la dette.

-       Le service de la dette d’Haïti envers la BID pour la période 2009-2011 est assuré grâce aux ressources d’un fonds fiduciaire financé par les États-Unis. Il ne fait donc pas l’objet d’une sortie de fonds du pays.

Stratégie et secteurs prioritaires de la BID en Haïti avant le séisme

-       Environ 60 % du portefeuille de projets de la BID cherchaient à renforcer les bases de la croissance économique, particulièrement dans les secteurs de l’infrastructure et de l’agriculture.

-       Près de 20 % cherchaient à améliorer l’accessibilité et la couverture des services de base, comme l’eau, l’assainissement, l’éducation et la santé.

-       Et 20 % devaient promouvoir la gouvernance économique et renforcer les capacités des institutions

Principaux projets de la BID en Haïti avant le séisme

-       Gestion des bassins versants – prévention et atténuation des risques de catastrophes naturelles.  Un don de $30 millions octroyé par la BID en 2009 permettra de réduire les inondations et les érosions dans les bassins versants. Les travaux publics anti-débordement prévus dans trois importants bassins versants couvriront 6 % du territoire haïtien et seront bénéfiques aux 360 000 habitants des bassins de Grande Rivière du Nord, Ravine du Sud et Cavaillon. Ce projet vient compléter une série d’interventions adoptées pour accroître les revenus des agriculteurs, y compris des investissements en matière d’irrigation et de l’aide aux chaînes de valeur agricoles.

-       Eau et assainissement La BID soutient la Réforme du secteur de l’eau potable et de l’assainissement d’Haïti, en particulier les investissements pour la couverture en eau et en service d’assainissement de six zones périurbaines (Saint-Marc, Port-de-Paix, Les Cayes, Jacmel, Ouanaminthe et Cap-Haitien).

-       Réhabilitation des routes En Haïti, la BID mène un programme d’amélioration du réseau routier d’une valeur de plus de $200 millions, en particulier les routes principales reliant les centres majeurs urbains et de production. En 2009, elle a approuvé un don de $25 millions, le troisième d’une série de quatre dons annuels, pour l’entretien des routes des départements de Nippes, Grand Anse et Sud, situés au sud du pays.

-       Reconstruction des écoles Un don de $20,5 millions a été approuvé en 2009 pour la reconstruction et l’équipement des écoles détruites ou endommagées par les ouragans, ou se trouvant dans un état de délabrement avancé.

-       Gouvernance économique. La BID a été la source la plus fiable de soutien budgétaire pour Haïti et a favorisé des réformes clefs telles que la création d’un nouveau cadre légal pour les finances publiques (y compris les contrôles budgétaires et internes), une Unité luttant contre la corruption et un contrôleur financier, un nouveau code d’imposition fiscale et douaner, un mécanisme de résolution des différends commerciaux, entre autres.

-       Secteur privé. Le Groupe de la BID assiste le secteur privé en Haïti par le biais du Fonds multilatéral d’investissement (MIF) et de la Société interaméricaine d’investissement (SII). En 2009, les approbations du MIF ont atteint $4,9 millions. La SII est devenue un acteur clé en Haïti en accordant un prêt de $18 millions à Distributeurs Nationaux, S.A. (Dinasa), une société haïtienne leader du marché de la distribution du carburant ; ainsi qu’un prêt de $300 000 à Carifresh, grand fournisseur de produits agricoles de qualité exportés et vendus sur les marchés locaux

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Le Chili, Haïti et sa Diaspora

Des jeunes haïtiens quittent leur pays en masse

De plus en plus de compatriotes, en majorité des jeunes, laissent leur pays pour le Chili qui est devenu le nouvel «  El dorado » pour les Haïtiens​.

Plusieurs agences de voyages proposent sur des médias sociaux et des compagnies de téléphone « cellulaire » des offres alléchantes pour des voyages au Brésil et surtout au Chili, comme l’une d’elles qui annonce qu’avec « 999 dollars américains, on peut acheter son billet d’avion pour le Chili ».

Les compagnies aériennes aussi multiplient leur vol en direction d’Haïti. Aurefois, pour se rendre en Amérique du Sud, Copa Airlines était l’unique compagnie aérienne via une escale à l’aéroport de Panama City. La compagnie chilienne : Latin American Wings (LAW) depuis quelques mois relie Port-au-Prince à Santiago de Chili via l’aéroport de Lima du Pérou.

Désespérés par la chèreté de la vie, le chômage et surtout par un avenir incertain, des jeunes n’ont qu’une idée en tête que de laisser Haïti. Certains ont dû vendre tous leurs​ biens (maisons, terrains, voiture …) « pour quitter cet « enfer » que représente La République d’Haïti espérant une vie meilleure à l’étranger, notamment au Chili ».

Pourtant les conditions de ces voyages attristent parfois d’autres passagers en partance vers d’autres pays. Sur leurs pages Facebook, l’animateur Jhonny Celicourt et l’anthropologue Norluck Dorange ont tiré la sonnette d’alarme face à cette longue file d’attentede jeunes haïtiens qui prennent l’avion presque chaque jour en direction du Chili.


Taiwan, une autre terre d’accueil

Suite au communiqué de presse de l’Ambassade de Taiwan en Haïti qui stipule que les Haïtiens n’ont pas besoin de visa pour un voyage de 90 jours en République de Chine (Taiwan), plusieurs compatriotes en ont vu une opportunité. Certains commencent déjà à visiter des sites de voyage pour simuler un voyage Port-au-Prince -Taipei.

Le trajet varie entre 1 500 et 2 000 dollars américains. Et certains pensent déjà émigrer là-bas. « Après six refus de visa à l’Ambassade américaine, pourquoi ne pas tenter une chance à Taiwan », soupire un ingénieur et père de famille qui dit vouloir effectuer d’abord un voyage d’exploration avant d’aller s’installer à Taiwan. Des candidats à l’émigration en République de Chine-Taiwan minimisent le problème des langues parlées en Chine. Ils évoquent volontiers la facilité avec laquelle des compatriotes arrivent, en peu de temps, à s’exprimer couramment en portugais au Brésil ou en espagnol au Chili.

« Avec ces vagues successives de migrations​ vers le Chili et d’autres pays, la population d’Haïti risque de diminuer d’environ d’un million d’habitants dans les cinq prochaines années » d’après certains observateurs. Surtout si rien n’est fait pour endiguer ce phénomène.
Vant bèf info (VBI)

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Une feuille de route pour la République Haïtienne

2ème partie


Le Processus : étapes de réalisation de la Feuille de Route Nationale

Le processus pour élaborer la Feuille de route sera fondé sur les deux premières étapes de la démarche décrite plus haut, à savoir, dans un premier temps, l’évaluation des problèmes et des ressources, et ensuite, le design et l’élaboration.

Evaluation des problèmes et des ressources

Le point de départ du projet de préparation de la Feuille de Route est une évaluation des besoins et des ressources au niveau national. L’évaluation fournira une vue générale sur l’amplitude et les caractéristiques du processus de développement du pays ainsi que sur l’incidence des politiques et des programmes existants. Elle permet aussi d’identifier les thèmes qui seront développés chemin faisant, les domaines d’action à privilégier ainsi que les acteurs clés à associer à la démarche.

Les thèmes prendront en compte des aspects économiques, politiques, sociaux, technologiques, légaux, environnementaux et éthiques de chaque question abordée de manière à ce que l’évaluation puisse permettre d’identifier les forces, les faiblesses, les menaces, les opportunités et les ressources disponibles dans les différentes institutions publiques et dans les diverses organisations impliquées dans le domaine étudié.

Il y a un an, une tournée d’écoute (chitatande) réalisée par certains d’entre nous, dans huit villes d’Haïti nous a permis d’identifier les thèmes suivants, à partir de questions simples et directes ; ces thèmes – classés en thèmes sectoriels et transversaux – peuvent être examinés dans la perspective de les prendre en compte dans l’examen pour l’identification des grandes questions à traiter ou des chantiers à explorer.

Les thèmes sectoriels se situent au centre des besoins :

- Sécurité alimentaire. Comment faire en sorte pour réduire à zéro le nombre des 2.5 millions d’Haïtiens qui vivent actuellement dans une situation de stress alimentaire quotidien ? Cette question évoque les suspects habituels : production agricole, productivité, investissements en infrastructures agricoles, cadre légal, incitations et dispositifs de soutien à l’investissement et d’atténuation des risques, capital humain, filets sociaux etc. Mais il faut ici aller au-delà des généralités et avancer des idées, des propositions et des initiatives, pratiques, concrètes, inscrites dans la durée avec indication claire des moyens pour y parvenir.

- Education. Comment assurer l’accès universel à l’éducation de base et éliminer le fardeau pour les familles de payer des droits de scolarité pour ce niveau ? Comment accroitre les ressources à affecter à l’éducation et garantir une qualité d’éducation à tous les niveaux du système scolaire et redonner à l’Etat les moyens d’assurer une gouvernance intelligente et efficace du secteur ? Comment dynamiser le sous-secteur de la formation professionnelle et le mettre au service de la compétitivité des entreprises et fournir aux jeunes des quartiers populaires les perspectives de génération d’une activité productive grâce à de bonnes qualifications ? Comment connecter l’université à la société et au reste du système éducatif et en faire un levier d’innovation scientifique et technologique pour l’ensemble de l’économie nationale ? Il existe de nombreux rapports et analyses qui traitent de ces questions. Comment les exploiter et quelles stratégies adopter pour faire admettre comme politiques publiques les propositions reconnues comme pertinentes et surtout comment faciliter le passage de la pensée stratégique à la démarche opérationnelle ?

- Culture. Que signifie être Haïtien aujourd’hui ? En dehors des stéréotypes et des qualifications lapidaires dont les médias internationaux et même certains rapports plus élaborés sont friands à propos d’Haïti, le pays recèle une complexité qui s’oppose à cet enfermement. Le paradoxe entre la pauvreté du pays et sa puissance culturelle est aussi un sujet d’interrogation. En tout cas, les conditions exceptionnelles de son apparition sur la scène mondiale comme Etat indépendant, son histoire tourmentée et sa configuration à la croisée de plusieurs cultures en font un pays doté d’un solide socle culturel et d’une forte personnalité. Comment mettre en valeur ce potentiel pour restaurer chez le Haïtien sa fierté et sa dignité et surtout comment valoriser ces ressources dans une perspective de création de richesses et de renforcement du lien social ? Plusieurs réflexions et propositions ambitieuses ont été élaborées dans ce champ, au cours des deux dernières décennies, dans l’indifférence des pouvoirs publics et sans pouvoir mobiliser les acteurs de la société civile. Peut-être, convient-il de reprendre ce pèlerinage ?

Les thèmes transversaux touchent surtout à la bonne gouvernance et interpellent les acteurs en charge des pouvoirs publics :

- Services publics. Pourquoi l’Etat haïtien est-il devenu incapable de fournir à la population les services publics les plus élémentaires comme l’assainissement et l’hygiène publique, l’approvisionnement en eau potable, la fourniture d’électricité, l’identification des citoyens, l’enregistrement des propriétés etc. ? Pourquoi la corruption tend-elle à se banaliser comme un fondement ordinaire de l’action publique ? Pareillement, il faut générer des idées concrètes de solutions qui examinent le rôle de l’Etat, les missions et responsabilités à gérer centralement et celles à confier aux collectivités locales et dans quelles conditions, la place à donner aux opérateurs privés, les dispositifs d’évaluation et de sanction à mettre en place afin d’ancrer dans le milieu la culture de reddition de comptes.

- Le système politique national. Comment fonctionne le système politique haïtien ? Quelles sont les difficultés découlant du régime politique actuel, de l’organisation de l’Etat, de l’articulation entre ses différents pouvoirs, du système électoral, du dispositif national de sécurité ? Comment sortir du paradoxe d’un pays qui renonce à son armée nationale pour s’en remettre à des armées étrangères pour la sécurité de ses citoyens ? Et comment prendre le risque pour notre démocratie fragile d’activer une armée haïtienne dont le haut commandement échappe constitutionnellement à la hiérarchie du pouvoir civil ? Haïti est formellement une démocratie (de par sa constitution) mais fonctionne ostensiblement comme un régime autoritaire (de par son mode opératoire tel que l’atteste, par exemple, son classement parmi les derniers dans l’index démocratique). De telles contradictions appellent une étude approfondie de l’organisation de l’Etat haïtien et du fonctionnement de ses institutions pour aboutir à la formulation de propositions claires pour une réingénierie de l’Etat et une nouvelle articulation de ses rapports avec le reste de la société.

- Systèmes d’information. Comment expliquer les difficultés de nos institutions à produire et entretenir l’information la plus élémentaire sur les entités, les flux, les transactions ? De l’état civil au cadastre, en passant par l’identification des citoyens, les données démographiques, les statistiques sectorielles, le pays entretient depuis plusieurs décennies une difficulté intrinsèque à produire par lui-même et de manière régulière les informations dont les décideurs ont besoin pour asseoir leurs choix de politiques publiques. Le recensement démographique est toujours en décalage et survient le plus souvent à la faveur d’un projet international ; même chose pour les statistiques sectorielles sur l’éducation, la santé, l’agriculture, par exemple.  L’indice de capacité statistique du pays (qui mesure la capacité du système statistique d’un pays à partir de trois critères : méthodologie, sources de données, périodicité) est le plus faible de la région. Sur une échelle de 0 à 100 l’indice de capacité statistique d’Haïti s’établit à 50% contre 75.6% pour la Région.  Un tel déficit est non seulement une menace pour la sécurité et la stabilité politique (incapacité d’identifier et de poursuivre les auteurs d’actes terroristes) mais aussi un handicap sérieux pour la bonne gouvernance, puisque l’information, principal outil d’aide à la décision, n’existe pas ou n’est jamais à jour. Ici encore, le résultat attendu est un ensemble de propositions opérationnelles qui doivent permettre d’améliorer la capacité statistique du pays et donner aux décideurs les moyens de définition, de mise en œuvre de politiques publiques informées et pertinentes. Les domaines comme le registre d’identification des citoyens, le cadastre, les données démographiques, la traçabilité des transactions mobilières et immobilières, les statistiques sectorielles sont parmi ceux que le pays doit se rendre capable de documenter d’une manière régulière et autonome, techniquement et financièrement.

- Relations internationales. Comment repenser les relations d’Haïti avec le reste du monde en réduisant sa dépendance par rapport aux formes d’ingérence externe ? Quelle diversification envisager pour notre politique de relations internationales ? Quelle politique migratoire vis-à-vis de nos voisins et en particulier quelle nouvelle dynamique envisager pour améliorer de manière durable la relation et la coopération avec eux ? Comment faire de la CARICOM un levier pour améliorer la gouvernance institutionnelle du pays et le renforcement de notre pouvoir de négociation en matière de relations internationales ? Comment repenser nos relations avec le reste du monde sur la base d’une confiance réciproque pour lutter efficacement contre le terrorisme, le trafic des stupéfiants et le blanchiment et surtout quoi faire pour qu’Haïti devienne un territoire privilégié pour l’investissement direct étranger ? Comment prémunir notre représentation diplomatique du clientélisme politique et en faire un levier efficace pour la coopération solidaire et la promotion du commerce international ?

- Recettes et dépenses publiques. Nos dépenses publiques d’investissements et celles relatives au fonctionnement de secteurs sociaux comme l’éducation et la santé sont trop largement tributaires de l’aide internationale. Au cours des dernières années, en raison notamment de l’importance des flux impliqués, les financements concessionnels ont généré des pratiques de dépenses publiques qui, en plus d’être opaques, n’entrainent aucun dividende de croissance. Comment accroitre la traçabilité des dépenses publiques et comment responsabiliser davantage les acteurs impliqués dans la chaine de décision et de gestion ? Comment réorganiser le processus de sélection et de réalisation des projets d’investissement de façon à accroitre l’effet des investissements publics sur la croissance ? Par ailleurs, le pays doit envisager son agenda de développement en misant sur un socle de ressources internes plus consistantes et, pour cela, doit mettre en branle des dispositifs internes de captage plus efficaces et plus équitables. Cela peut impliquer des changements importants dans le système fiscal, les mécanismes d’exemption, l’organisation et le fonctionnement de nos douanes.

Ces thèmes ne sont pas exhaustifs. Ils sont évoqués ici comme rampe de lancement pour les débats participatifs à organiser avec les acteurs : institutions de l’Etat et des collectivités locales, secteur privé des affaires, organisations du secteur rural, société civile, organisations de défense des droits humains, secteur religieux, Haïtiens vivant à l’étranger, secteur paysan, universitaires, organisations de femmes, avec la perspective de rendre l’exercice vraiment national.

D’autres thèmes non évoqués ici  tels que l’environnement,  la santé, l’équité de genre, l’emploi des jeunes, l’aménagement territorial, la migration, l’énergie, la corruption dans les services publics, le fonctionnement du système judiciaire, la réforme constitutionnelle seront incorporés à la démarche avec l’aide des experts, sur la base des innombrables rapports et études relatifs à ces thématiques et en fonction  des préoccupations en provenance des consultations qui seront tenues à l’échelle du pays et avec l’ensemble des secteurs identifiés. Les problèmes retenus dans cette phase seront le résultat combiné des avis d’experts et des préoccupations exprimés par les différents groupes d’acteurs ayant participé au processus de consultation sous diverses formes : auditions, ateliers, focus-groups, forums, médias sociaux etc.

Une préoccupation majeure domine toutefois la totalité du processus et lui sert de fil conducteur : la construction du vivre-ensemble, au-delà des logiques partisanes et d’exclusion, afin que la Feuille de Route, plus qu’un prescrit de politiques publiques, soit l’expression d’un engagement de la société civile et qu’elle soit véritablement « ce que les Haïtiens et les Haïtiennes pensent et disent ». Cela suppose de régler les problèmes de base, ce qui bloque, ce qui fait que nous tournons en rond et sur quoi capitaliser pour faire un saut qualitatif.  Cette traduction fidèle du rêve collectif passe par l’écoute des citoyens telle qu’organisée par la plateforme de contribution, dans une démarche de décloisonnement social et d’intégration réelle par laquelle pourra se faire la construction de la société civile en tant que lieu de mobilisation, de formation et de proposition.

A suivre…

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Livres à lire

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À propos du nouveau roman de Marie-Célie Agnant

Femmes au temps des carnassiers

Le nouveau roman de Marie-Célie Agnant nous plonge dans un univers cauchemardesque, univers où s’entrechoquent frayeurs, trahisons, courage, détermination, luttes, espoirs. Il s’agit d’un texte aux images puissantes, profondes, vivantes, exacerbées par un « pointillisme » structurant. L’histoire est, en effet, émaillée de multiples détails, chacun est essentiel pour prendre la mesure du tout scriptural qui constitue le récit de Agnant. Cette réalité du texte ne noie pas pour autant l’intention de l’écriture de l’auteure. C’est cela, à mon avis, qui constitue l’exceptionnel talent littéraire de Marie-Célie Agnant : l’efflorescence prodigieuse de l’art littéraire qui structure le récit sert à interpeller le lecteur, le « transformer », malgré lui, en témoin d’une époque marquée par le sang, la haine, la nuit, la douleur, la désolation, le chagrin. C’est l’époque du duvaliérisme, plus précisément celle de sa genèse, de son fondement, de la mise en œuvre de ses éléments constitutifs : la terreur, les massacres, les assassinats, la torture, la descente aux enfers de toute une nation.

L’histoire débute en 1958, un an après l’usurpation du pouvoir par François Duvalier. La narratrice, Mika Pelrin, exerce le métier de journaliste dans une ville en proie à une terreur diabolique. Les hommes de Papa Doc, ces carnassiers assoiffés de sang, arpentent les rues la nuit pour mettre à exécution les ordres du chef : massacrer, assassiner, réduire au silence toute voix discordante. Le duvaliérisme s’institutionnalise, s’infiltre, tel un venin, dans le grand corps de la ville enveloppée de ce voile immense, ce suaire [qui] l’enserre. Pour notre héroïne, la vie semble engluée dans une nuit tissée de cauchemars permanents ; entre le rêve et la réalité les frontières se dissolvent : J’émerge dans une brume épaisse faite de stupeur et d’effroi. Je dois avoir l’air livide, complètement folle. Pieds nus, hébétée, je rampe vers la fenêtre. Scrutant le ciel, je ne retrouve pas les plaies ouvertes dans la voute…. Où sont donc passées les rigoles d’encre ? Toute cette encre, l’encre du ciel, qui dans la nuit s’est vidé, comme un ventre se vide de son sang ? Comment me convaincre que tout cela n’était qu’un rêve ?

Face à ce monde désincarné, ossifié, zombifié par un pouvoir sanguinaire qui arrache les nourrissons de leurs berceaux, les prive du sein maternel, les lance pour les rattraper à la pointe des baionnettes… que peut faire une femme journaliste qui n’a comme seule arme que son stylo, et ses feuilles blanches ? Les risques de se faire tuer, kidnapper, torturer se confirment de jour en jour et surtout durant la nuit. Le grand ennemi, c’est d’abord cette peur qui paralyse le corps, vide la conscience et l’âme. Se reconstituer en tant qu’humain, insuffler, dans les ténèbres, une nouvelle vie à l’esprit, tel semble être le grand défi que notre héroïne doit relever dans un premier temps. L’effort incommensurable qu’exige cette reconstitution de soi ébranle profondément son être : il prend la forme à la fois d’un immense combat contre la peur, l’angoisse et d’une lutte permanente pour maintenir une volonté d’acier qui refuse la capitulation et la déchéance.

Impossible de nier la peur, mais je lutterai de toutes mes forces contre la paralysie qu’elle entraîne…Je refuse de me laisser vaincre par cette nouvelle arme de la répression…Demeurer maîtresse de moi-même…Je m’arrache la peau sous les coups rudes du gant de crin. Tout pour me rappeler que je suis vivante, non pas un zombi, corps sans âme…ni une bête docile…

L’écriture reste la seule arme possible : continuer à publier pour dénoncer l’inacceptable, nommer l’innommable, lancer au visage des assassins cette vomissure de sang pour signifier leur inhumanité, leur monstruosité. Mais les mots sont rebelles, ils semblent impuissants à décrire cet univers kafkaïen, la narratrice les arrache, un par un, de sa conscience mortifiée, telle l’écharde incrustée dans la chair : des jours entiers de lutte avec les mots et contre l’angoisse…. Passant, repassant plusieurs fois, jusqu’à percer le papier du bout de la plume, comme pour l’enfoncer dans la chair, réveiller la chair endormie du papier impassible, la faire hurler, pour que naisse, enfin, quelque chose…. Mes mots vont-ils enfin s’aligner pour me rappeler que je suis plus qu’une femme entêtée macérant dans la peur?

Cette peur qui tétanise, contre laquelle on doit lutter pour garder son humanité, se manifeste dans les moindres gestes quotidiens, s’installe dans les relations même les plus intimes. C’est le triomphe du pouvoir papadocratique : l’inoculation d’une terreur diffuse et profonde qui prend possession des consciences. Le couvre-feu n’est plus, dans les faits, nécessaire, il est dans nos cerveaux, dans nos gestes, dans nos regards furtifs et nos pas feutrés. Tout espace, toute proximité, toute durée sont pénétrés, subjugués par la terreur macoutique. Rien n’est possible sans que l’on sente la présence de l’esprit de Duvalier : il est partout, il soumet les corps et les esprits, il est devenu la nation.

C’est pourtant dans cette atmosphère méphistophélique que Mika doit continuer à exercer son métier de journaliste militante. Pour elle, le silence est impossible, la parole des vivants, non pas le mutisme des morts-vivants, reste le seul moyen de ne pas sombrer dans les ténèbres. Elle a besoin de toute la vivacité de son être pour écrire. Mais l’œuvre ne se réduit pas uniquement à décrire le combat d’une femme seule face à un monde luciférien. Si la subjectivité de la narratrice est mise à nu, c’est pour forcer le lecteur à s’y retrouver, à chercher dans cette conscience souffrante mais en lutte, la raison de la révolte et de la dénonciation d’un pouvoir maléfique et odieux, mais aussi de pointer du doigt la capitulation d’une société ramollie, soumise mais consentante.

La description du combat intérieur incessant que mène le personnage contre l’emprise de la terreur, description d’une grande finesse psychologique dont uniquement les écrivains de talent ont le secret, suffirait pour faire du roman une grande œuvre, mais le risque encouru par une telle démarche eût été trop grand dans la mesure où l’œuvre serait perçue comme un combat titanesque, une lutte à mort pour extirper hors de soi la putridité du duvaliérisme. Or ce combat aurait uniquement pour enjeu la sauvegarde d’une subjectivité qui risque

L’effondrement. Et c’est cette conscience de l’irréductibilité de la lutte au « plan spirituel » qui pousse Mika à écrire et surtout à publier malgré la peur qui tenaille ses entrailles. L’acte d’écrire consiste, dans ce cas précis, à mettre son corps à contre-courant du déferlement sanguinaire des duvaliéristes. Il dépasse la notion simple de l’engagement intellectuel, il consiste littéralement en une déclaration de guerre à un régime qui dispose de tous les pouvoirs. Mais, il ne faut surtout pas confondre cet acte avec un désir de suicide d’une conscience brisée et désespérée ; il est essentiellement un acte d’affirmation de l’humanité de la narratrice, et, par-delà, une revendication de l’humanité du peuple opprimé.

Rentrent également en jeu d’autres personnages : tante Bé, Jeanne, Clarisse, Toni, Soledad. Ce sont des femmes de différentes générations qui se reconnaissent dans la lutte menée par Mika. Elles refusent de baisser les bras face au pouvoir et rejettent du même coup l’ordre patriarcal, qui, bien qu’historiquement a toujours été un élément constitutif de la société haïtienne, prend la forme, sous le régime de Duvalier, d’un phallocentrisme exacerbé. Les hommes du pouvoir multiplient maîtresses, viols, « enfants naturels ». La soumission des femmes devient un élément intrinsèque du pouvoir duvaliérien: le macoute est celui qui tue les hommes, les émascule et assouvit son appétit sexuel en disposant du corps de n’importe quelle femme. C’est le refus actif de ces multiples visages du pouvoir qui font de Mika, tante Bé, Jeanne, Clarisse des cas marqués. Elles sont persécutées par le pouvoir, mais aussi trahies par leurs conjoints qui ne comprennent pas leur combat face à l’ordre étatique et patriarcal.

L’histoire de Mika Pelrin, journaliste militante et féministe, s’arrête au moment où le duvaliérisme prend la forme ultime à laquelle il était originellement destiné, celle d’un régime monstrueux qui vise l’anéantissement de la nation. Mais la lutte reprend sous d’autres cieux, par d’autres vies. Soledad, fille de Mika, reprend vie en exil où elle accouche d’une fille. C’est cette dernière qui portera plus tard le flambeau de la lutte, celle qui apprendra à garder la mémoire des combats et de la vie de sa grand-mère. L’histoire reprend avec elle en tant que narratrice et personnage central. Même si l’espace et la temporalité sont différents, ce double « je » utilisé par l’écrivaine constitue au fond un seul et même caractère : il incarne à la fois une mémoire (celle des combats de Mika) et la volonté (celle de sa petite fille) de continuer la lutte. L’affrontement contre l’oubli fusionne avec le projet d’obtenir justice dans un monde post-duvaliérien.

Ce roman de Marie-Célie Agnant pose ainsi la problématique de la mémoire dans son double aspect : celui du travail de mémoire et celui du devoir de mémoire. Travail de mémoire dans la mesure où l’œuvre nous plonge en tant que témoins dans une époque de notre histoire marquée par le sang, l’extrême violence, la capitulation, la défaite, la déchéance. L’œuvre prend corps à travers une langue riche, travaillée, qui suscite chez le lecteur une conscience aiguë de ce qu’a été le duvaliérisme. C’est un effort considérable qui ne se réduit pas à une catharsis, ni à une anamnèse ; il constitue plutôt le témoignage déchirant (de sa souffrance, ses luttes intérieures et sa prise de position concrète contre le duvaliérisme) d’une femme prise dans l’enceinte d’un régime qui porte l’horreur à son paroxysme.

Devoir de mémoire, également, dans la mesure où l’œuvre nous incite à prendre position par rapport à l’oubli. Elle nous renvoie à la responsabilité de faire face au duvaliérisme, de le considérer dans sa singularité, de mesurer sa portée historique : ce qu’il a été pour les hommes, femmes et enfants qui l’ont vécu et comment jusqu’à aujourd’hui il continue à hanter la conscience de nos hommes de pouvoir et à déterminer la pratique politique haïtienne. Le devoir de mémoire, c’est également, comme nous l’enseigne Junon, la petite fille de Mika, la volonté d’obtenir justice pour toutes ces personnes, hommes, femmes, adolescents, enfants, qui ont été assassinées, massacrées, sacrifiées pour que le duvaliérisme puisse se perpétuer. Le devoir de mémoire, c’est aussi rendre hommage à ces compatriotes qui ont combattu le régime duvaliérien, qui ont su garder leur humanité dans une société terrorisée, fragmentée, atomisée, où règne la méfiance absolue, où toute vie dépend uniquement de la volonté d’un seul homme.

Ce nouveau roman de Marie-Célie Agnant témoigne d’une quête continue d’approfondir l’impact du duvaliérisme sur l’existence de milliers de personnes. Le grand souffle littéraire qui traverse l’œuvre (certains passages ressemblent à de longs poèmes) donne la mesure de ce que peut faire une littérature engagée dans la dénonciation, mais aussi dans la prise de conscience (pour les générations qui n’ont pas connu le duvaliérisme) de ce que fut et de ce

Alain Saint-Victor

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Anthony Benezet, Une histoire de la Guinée, 1771

Texte traduit et présenté par Marie-Jeanne Rossignol et Bertrand Van Ruymbeke

Avec Une histoire de la Guinée, la traduction de Some Historical Account of Guinea, publié en 1771 à Philadelphie, le public français, grâce à M.-J. Rossignol et B. Van Ruymbeke (respectivement Professeurs à l’Université Paris-Diderot et Paris-Vincennes), dispose enfin de la Bible de l’antiesclavagisme angloaméricain au 18e siècle. Son auteur, Anthony Benezet, d’origine huguenote, fit partie en 1754 des Quakers de Philadelphie qui réussirent à convaincre leurs coreligionnaires de s’engager sur la voie de l’abolition de la traite et de l’esclavage.

A compter de cette date, il se mit à rédiger de nombreux pamphlets antiesclavagistes et à les diffuser en Grande-Bretagne. Une histoire de la Guinée constitue l’aboutissement de sa pensée militante et son plus long ouvrage : nourrie la lecture d’innombrables récits de voyage, traités scientifiques, journaux de bord, Benezet propose d’abord une histoire de la traite atlantique qui peint l’Afrique comme une terre heureuse et civilisée, ensanglantée par les guerres

Européennes. Puis il dénonce, documents à l’appui, le traitement réservé aux esclaves dans les colonies britanniques. John Wesley, mais surtout Thomas Clarkson, véritable moteur de la campagne britannique qui débute en 1787, seront des lecteurs assidus. En France, Brissot, fondateur de la Société des Amis des Noirs, chercha à faire traduire l’ouvrage mais la tentative ne put aboutir.

La Collection Dix-Huitième Siècle met à la disposition d’un public cultivé, des spécialistes, ou de tout amateur du patrimoine littéraire du XVIIIe siècle des ouvrages inédits ou actuellement indisponibles ou n’ayant pas bénéficié d’une édition scientifique. Tous les ouvrages présentent un apparat critique établi par des chercheurs, à la portée du plus grand nombre.

Éditée par la Société Française d’Étude du Dix-Huitième Siècle, elle est dirigée par Hélène Cussac et Marcel Dorigny.

Contacts : sfeds.tresor.helenecussac@orange.fr,  mdorigny@aol.com

La Collection est imprimée et diffusée par les Éditions du Net : http://www.leseditionsdunet.com/

On peut acheter les ouvrages directement sur le site des Éditions du Net ; dans toute librairie sur commande ou sur les sites internet des libraires. Il est possible aussi de les commander directement aux Directeurs de la Collection.

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Histoire de l’industrie minière en Haïti

Accumulation éclair du capital et frustration économique (1956-1982)

De Guy Pierre

Ce livre comprend 254 pages. Il est présenté en 3 parties et 7 chapitres suivis de beaucoup d’annexes incluant de belles photos de la SEDREN à Mémé- Terre neuve- Gonaïves et de la Reynolds Mining Corporation à Paillant-Miragoâne. La lecture de ce travail de Guy Pierre peut tirer le lecteur d’embarras à la question de quelques interlocuteurs : quelles sont les richesses d’Haïti ? Les réponses courantes étaient : le café, le soleil, les plages de sable, les « oranges sures » pour le cointreau et le vétiver. L’auteur s’est attardé sur le rôle mineur de l’État haïtien qui n’a pas su mener une politique industrielle au profit du pays.

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La Question linguistique Haïtienne (Textes choisis)

De Robert Berrouët Oriol et Hugues Saint-Fort

Cet autre livre, contrairement au premier, se présente sous forme d’un pavé de 288 pages comprenant 28 points. C’est un vrai travail à quatre mains. L’un a traité 16 points et l’autre 12 points. Comment porter les Haïtiens et leurs ami(e)s à acheter ce livre ?

Citons quelques mots du cinéaste Arnold Antonin vivant à Port-au-Prince : « Ce livre fournit un ample éclairage sur la complexe question linguistique haïtienne ; il souligne l’importance de l’aménagement des deux langues officielles d’Haïti et il plaide pour la nécessaire refondation de l’École haïtienne prenant en compte une vision nouvelle des rapports entre le créole et le français.»

Ces deux livres sont imprimés par les Editions du CIDHICA -Montréal.

Histoire de l’Industrie… au premier trimestre 2017 et La Question Linguistique au troisième trimestre 2017.

Pour des informations complémentaires :

Les Éditions du CIDIHCA

430, rue Sainte-Hélène, bureau 401

Montréal QC, H2Y2K7 CANADA

Téléphone : 514-845-0880

Courriel : cidihca@yahoo.com

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La littérature haïtienne dans la modernité par Anne MARTY

Publié chez Karthala

Nombre de pages : 276

Date de parution :2017

Date de publication :02/10/2017

Prix : 25 € TTC

Constitué d’articles publiés entre 2000 et 2013, résultat de plus de quarante années de recherches effectuées par Anne Marty dans la littérature haïtienne, l’ouvrage ne se confond pourtant pas avec une collection d’essais. Des thèmes précis en sous-tendent l’architecture, montrant la dynamique à l’œuvre.

L’ouvrage d’Anne Marty est important en ce qu’il rend compte à la fois du long terme, cette perspective radicale que déploie une littérature qui fut dès ses commencements une littérature critique, et du court terme, celui des circonstances et des accidents d’une histoire souvent chaotique.

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Vie associative

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APECE

Association pour l’étude de la colonisation européenne (1750-1850) 17, rue de la Sorbonne, 75005 Paris

Programme des séminaires (La salle sera précisée lors de l’envoi des résumés de chaque séance)

-      Samedi 23 septembre 2017 : Marguerite Martin, L’indigo de Saint-Domingue : la production du bleu pour l’Europe, des Lumières aux révolutions atlantiques.

-      Samedi 14 octobre 2017 : Marie-Jeanne Rossignol et Bertrand Van Ruymbeck, Une histoire de la Guinée, première édition française de ce livre d’Anthony Bénézet.

-      Samedi 18 novembre 2017 : Hélène Cussac, Circulation, transmission et représentation de l’expression artistique (musique et danse) des Africains au XVIIIe siècle par des voyageurs européens.

-      Samedi 16 décembre 2017 : Pierre Serna, L’invention « de la peau noire » 1760-1802.

-      Samedi 20 janvier 2018 : Jean-Charles Benzaken, Louis-Roger-Armand Gaterau, journaliste, Saint-Domingue/États-Unis/France (1789-1804).

-      Samedi 10 février 2018 : Éric Saugera, Un répertoire de la traite négrière légale sous Bonaparte.

-      Samedi 17 mars 2018 : Jean-Claude Halpern, Les projets de colonisation de l’Égypte, de Louis XV à la Révolution.

-      Samedi 7 avril 2018 : Une journée d’hommages à Léo Élisabeth (programme à venir).

-      Samedi 9 juin 2018 : Jean-Pierre Le Glaunec, Résister à l’esclavage dans le monde atlantique français et l’océan Indien : historiographie et pistes de recherche.

-      Assemblée générale annuelle de l’APECE

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Festival des Poètes pour la Paix 2017

Festival des Poètes pour la Paix 2017 à L’Amérique Latine et les Caraïbes le 27 octobre 2017

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Mobilisation des associations Haïtienne : IRMA et Haïti


Association Pour HAITI, Paul BARON : 06 24 64 20 00
Association APESE Haïti, Linda FRANCOIS : 06 64 37 46 35

La Devise Haïtienne : « l’Union fait la Force »



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IN MEMORIAM

Les condoléances de POUR HAÏTI

Sur une courte période, nous avons appris le décès de trois figures haïtiennes qui ont incarné une Haïti de rêve contrairement à ceux qui, sanguinaires, corrompus, immoraux, trafiquants, se baignaient dans les eaux les plus sales de la République haïtienne. Ils se nomment : Jean-Claude Fignolé, Serge Legageur et Maximilien Laroche.

Ils incarnaient la rectitude, la joie de vivre, la bonté, l’humanisme pur, la culture et la volonté de transcender la société haïtienne et de réhabiliter l’homme.


Jean-Claude Fignolé

Professeur, poète, écrivain, cofondateur du moment spiraliste avec Frankétienne et René Philoctète, est décédé le 11 juillet à Port-au-Prince à l’âge de 76 ans. Ses funérailles ont eu lieu le 22 juillet 2017 en l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville (Haïti). Jean-Claude, grand ami de POUR HAÏTI, a beaucoup écrit. Soulignons quelques romans de bonne facture publiés à Paris et à Montréal : Les Possédés de la pleine lune, Paris, Seuil, 1987. La Dernière Goutte d’homme, Montréal, Regain/CIDIHCA, 1999. Aube tranquille, Paris, Seuil, 1990.Une heure pour l’éternité, Paris, éd. Sabine Wespieser, 2008.

D’abord J-C Fignolé

Président Jovenel Moïse :

« Le Président Jovenel Moise salue la mémoire d’un écrivain de talent, grande figure intellectuelle [...] Le décès du professeur et poète Jean-Claude Fignolé constitue une grande perte pour le pays. Sa vive intelligence, sa bienveillance, son engagement pour la rénovation de sa ville natale en tant que maire des Abricots, ainsi que bien d’autres qualités notamment nous manqueront beaucoup [...] Jean-Claude Fignolé s’était créé une place de choix dans les milieux intellectuels haïtiens avec son œuvre romanesque remarquable dont l’originalité et la pertinence ont été saluées à travers le monde. En son nom personnel et au nom de toute son administration le Président Jovenel Moise présente ses sincères condoléances à la famille de l’écrivain Jean-Claude Fignolé et à ses proches. »
Premier Ministre Lafontant :

« [...] Au nom du Gouvernement, le Premier Ministre Jack Guy Lafontant, salue la mémoire d’un immense écrivain et adresse ses condoléances attristées à sa famille, à ses proches et au monde culturel ».