Actualités Internationales

La France


L’Italie fait trembler l’Europe, alors que fait la France de Macron ?

La France d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe ne se place pas dans le sillage de l’Italie, ni de l’Allemagne, d’ailleurs. Quatrième puissance économique du monde, la France se porte bien et se préoccupe de gérer au mieux les intérêts de la grande bourgeoisie française et de leurs alliés.

Quels sont les plaignants du moment ?

Les fonctionnaires, les retraités, le personnel des hôpitaux, les agents de la SNCF, les ouvriers, les jeunes, en un mot, les simples citoyens français. La baisse du pouvoir d’achat d’une certaine catégorie de Français est indéniable. La hausse du prix des carburants est liée non seulement au relèvement du prix du pétrole, mais aussi à l’augmentation des taxes prélevées par l’Etat. Or le discours du pouvoir tente d’avaliser l’idée de l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés en priorité.

L’attaque contre la fonction publique est lancée.

A l’Éducation nationale environ 4 000 postes seront supprimés. Dans les autres ministères, le mouvement se poursuivra et atteindra un niveau similaire à celui de l’EN.  En définitive, ce sont au moins 120 000 postes d’agents de l’État qui seront supprimés en 2022

Dans quel but, veut-on diminuer le nombre des fonctionnaires en France ? Ne veut-on pas une nouvelle France moins solidaire, plus inégalitaire, moins revendicative et sectaire ?

Qu’en est-il des retraités ? Ils sont souvent dans la rue

Les retraités sont surtout dans le collimateur du gouvernement. Ils sont 16 millions en 2018 et considérés comme des nantis. De ce fait, ne faut-il pas les mettre à contribution pour venir en aide aux Français les plus démunis ?

Le gouvernement d’Edouard Philippe, dès 2017, au nom de la justice sociale (dixit le PM), a imposé la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) des retraités. Ce qui diminue leur pouvoir d’achat. En 2019 et 2020, la revalorisation des pensions sera de 0,3 %, alors que les prix ont augmenté de 2,3 %, ces 12 derniers mois. C’est inacceptable.

On demande des efforts aux retraités alors que l’on supprime les impôts sur les grandes fortunes (ISF) et on baisse les impôts sur les sociétés jusqu’à 25 % en 2022.

Les retraités ne baisseront pas les bras.

Quel est le constat ?

Les mécontentements sont grandissants parmi les retraités et au sein de la société française avec l’augmentation du prix des carburants et des attaques en tout genre. Il est temps que le Président et son premier ministre en soient conscients. Quand la fortune de certains augmente et que les salaires des grands patrons explosent, on n’est pas très loin, socialement, d’un retour de manivelle.

L’Italie

L’Italie et l’Union européenne (U.E.)

Dépositaire des traités de Rome, l’Italie est Membre fondateur de l’UE.

Sa contribution au budget de l’UE en 2016 s’élève à 13,940 Mds €.

Le nombre de députés italiens au Parlement européen est 73 sur 751. L’Italie a accueilli le 25 mars 2017 le sommet marquant le 60ème anniversaire des traités de Rome. Il est indéniable que la France, l’Italie et l’Allemagne, membres fondateurs de l’U.E. sont les piliers de cette institution. De fait, ces trois pays sont les garants de l’existence de cette Union regroupant désormais 27 pays européens après le Brexit. Si l’Italie prenait le chemin de la Hongrie, l’Autriche et la Pologne que resterait-il de l’Union européenne ?

Les élections italiennes du 4 mars 2018 ont conduit à la formation d’un gouvernement composé des membres du Mouvement 5 étoiles (M5S), de la Lega (ex-ligue du Nord, mouvement d’extrême droite) et de personnalités indépendantes après trois mois de combinazione, de tractations inédites.

Aux dernières élections, la Lega de Matteo Salvini a obtenu 37% des voix, (soit 263 députés et 129 sénateurs) et le Mouvement 5 étoiles du jeune Luigi di Maio s’est placé en deuxième position avec 32,7% des voix, (soit 222 députés et 115 sénateurs). A eux deux, ils comptent 485 députés sur 630 et 244 sénateurs sur 315.

L’alliance entre la Ligue (mouvement réactionnaire, raciste, anti-immigrés, anti-islam) et le M5S (défenseur de l’environnement, partisan des nouvelles technologies et de la lutte contre la corruption) est une alliance contre nature. Ce nouveau gouvernement italien se voudrait hostile à l’austérité et aux injonctions de plus en plus directes de Bruxelles. La dette publique italienne étant colossale, le singulier gouvernement d’Italie peut-il induire une politique de croissance économique susceptible de réduire cette dette ? L’orientation politique de la coalition des populistes et des souverainistes italiens ne fragilisent- elle pas l’Union européenne ?

L’avenir d’une U.E. nouvelle, plus démocratique et plus constructive ne sera assuré qu’en combattant toutes les formes du fascisme en son sein.


L’Allemagne

Allemagne, un revers électoral de trop pour Mme Merkel

D’une élection à l’autre, le compte n’y est pas

Tout d’abord, les élections législatives de 2017 ont été un vrai fiasco pour la famille politique de Mme Merkel. Une partie de ses électeurs ont préféré voter pour l’extrême droite et les Libéraux, formations hostiles à sa politique d’immigration jugée trop généreuse.

Ensuite, en Bavière, le 14 octobre 2018, l’Union Chrétienne-Démocrate (CDU) que préside Angela Merkel n’a obtenu dans son fief historique que 35,5% des voix perdant ainsi 10 points. Le Parti social-démocrate (SPD), membre de la grande coalition, n’a obtenu que 9,5% de voix perdant également 10 points.

Enfin, le 28 octobre 2018, dans la région de Hesse, son revers électoral est retentissant. La CDU de Madame Merkel est arrivée en tête avec 27% des voix subissant un recul de 11 points. Du côté du SPD, rien ne va plus. Son score est de 9,5% des voix perdant ainsi 11,1 points. Il est devancé par les Verts avec 17,8% des voix et par l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) avec 11% des voix.

De ces revers électoraux, Mme Angela Merkel, lucide, en a pris deux décisions :

  • En décembre 2018, elle abandonnera la présidence de son parti conservateur, la CDU ;
  • En 2021, elle se retirera définitivement de la Chancellerie après son quatrième mandat. En général, on ne félicite jamais les perdants, mais Mme Merkel tirera sa révérence avec panache.

L’Union Européenne, doit-elle craindre une future Allemagne dirigée dans l’optique des hommes de l’AFD ?  Le chemin semble encore long. L’Allemagne n’est pas encore prête à ressusciter son passé NAZI.

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Le Brésil

Que savons-nous du Brésil ?

C’est un géant de 8 511 965 km² avec une population de près de 200 millions d’habitants.

Le Brésil est une puissance économique, politique et socio-culturelle indiscutable.

Il est reconnu comme la 8e puissance économique du monde. Il est membre des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui ont mis en place une banque de développement dotée d’un capital estimé à 100 milliards de dollars américains.

Le 7 octobre 2018, au premier tour des élections présidentielles, Monsieur Bolsano a frôlé la victoire dès le premier tour avec 46 % des voix. Le candidat arrivé en deuxième position, Monsieur

Fernando Haddad, n’a eu que 29 % des voix. Au premier et second tour 147 millions de Brésiliens ont voté, le vote étant obligatoire.

Le député ancien militaire, Jair Bolsano, se dit de « droite ». Mais quelle droite ?

Quant à Monsieur Haddad, candidat du parti des travailleurs, il est de gauche catalogué et caricaturé « corrompue ».

Monsieur Jair Bolsonaro a remporté, le dimanche 28 octobre 2018, l’élection présidentielle brésilienne avec 55,13 % des voix, contre 44,87 % à Fernando Haddad.

La campagne électorale de Jair Bolsonaro tournait autour de l’idée de ne plus « flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche » et d’ajouter, une fois élu, qu’il défendra la « Constitution, la démocratie, la liberté ».

Jair Bolsonaro, représentant du Parti social-libéral (PSL) ne tient aucun compte des rapports de force à la chambre des députés et au Sénat. A la chambre, le PSL ne dispose que de 52 députés sur 513, soit 10,1 %.  Au Sénat, la situation est pire encore. Le PSL n’a que 4 sénateurs sur 81, soit 4,9 %. Evidemment, le Parti social libéral et son poulain, le moment venu, seront prêts à tous les accommodements et toutes les alliances pour avoir une majorité à la chambre et au Sénat dans un Brésil franchement corrompu.

Le premier janvier 2019, c’est à Brasilia que l’élu, Jair Bolsonaro entrera en fonction comme Président du Brésil. Il ne s’imagine pas un seul instant qu’il y a des contraintes nationales et internationales dont il ne peut s’affranchir sans conséquences. Il ne s’imagine pas que certaines mesures antipopulaires, anti-démocratiques feront descendre dans la rue des millions de Brésiliennes et de Brésiliens.

Est-il vrai que les tenants de l’extrême droite dans tous les pays sont sourds, aveugles et téméraires ?

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Actualités Haïtiennes

Haïti la révolte


La misère en Haiti : l’insouciance du gouvernement de Jacky Lafontant

Le cas de Petro caraïbe :

Le 6 juillet 2018, le communiqué du gouvernement de Jack Guy Lafontant tomba comme un coup de tonnerre annonçant l’augmentation des prix de l’essence.

Immédiatement des émeutes se sont déclarées et ont duré environ trois (3) jours dans le pays et plus particulières dans la capitale Port-Au-Prince.

Les émeutes des 6, 7 et 8 juillet 2018 ont eu des conséquences inimaginables dans le pays.

Le bilan est très lourd. Plus de 20 personnes ont perdu la vie.

Quatre-vingt-quatre entreprises privées et cinq institutions étatiques ont été pillées.

Au moins onze entreprises ont essuyé des attaques dont huit d’entre elles ont des vitres cassées et une tentative d’incendie a été perpétrée contre trois autres.

Selon certaines sources, plus de soixante-seize (76) véhicules ont été incendiés, dont cinquante-deux garés sur la cour des entreprises commerciales et ainsi que vingt-quatre (24) véhicules neufs dans des lieux d’exposition.

Elles ont eu deux autres conséquences importantes : la démission du Premier Ministre Jack Guy Lafontant et la nomination, le lundi 17 septembre 2018, de Jean Henry Céant comme Premier Ministre.


Le gouvernement de Jean-Henry Céant

Cabinet ministériel :

Le citoyen Jean Claudy Pierre est nommé Ministre de la Planification et de la Coopération Externe ;

Le citoyen Bocchit Edmond est nommé Ministre des Affaires Étrangères et des Cultes ;

Le citoyen Ronald Décembre est nommé Ministre de l’Économie et des Finances ;

Le citoyen Jobert C. Angrand est nommé Ministre de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural ;

Le citoyen Fritz Caillot est nommé Ministre des Travaux Publics, Transports et Communications ;

Le citoyen Ronell Gilles est nommé Ministre du Commerce et de l’Industrie ;

Le citoyen Osner Richard est nommé Ministre de l’Environnement ;( Entre temps, il est éliminé…)

La citoyenne Marie Christine Stephenson est nommée Ministre du Tourisme ;

Le citoyen Jean Roudy Aly est nommé Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique ;

La citoyenne Mamatha Irène Ternier est nommée Ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger ;

Le citoyen Jean Marie Reynaldo Brunet est nommé Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales ;

Le citoyen Pierre Agénor Cadet est nommé Ministre de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle ;

La citoyenne Elise Gelin est nommée Ministre des Affaires Sociales et du Travail ;

La citoyenne Marie Greta Roy Clément est nommée Ministre de la Santé Publique et de la Population ;

La citoyenne Evelyne Sainvil est nommée Ministre à la Condition Féminine et des Droits des Femmes ;

Le citoyen Edwing Charles est nommé Ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique ;

Le citoyen Jean Michel Lapin est nommé Ministre de la Culture et de la Communication ;

Le citoyen Enol Joseph est nommé Ministre de la Défense ;

Ministres délégués auprès du Premier ministre :

La citoyenne Stéphanie Auguste en charge des droits humains et de la lutte contre la pauvreté ;

Le citoyen Guy André Junior François en charge de la citoyenneté et du patriotisme ;

Le citoyen Patrick Sully Joseph en charge des questions électorales

Secrétaires d’État :

Le citoyen Gérald Oriol est nommé Secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées ;

Le citoyen Emile Brutus est nommé Secrétaire d’État à l’Alphabétisation ;

Le citoyen Ronsard St-Cyr est nommé Secrétaire d’État à la Sécurité Publique ;

Le citoyen Eddy Jackson Alexis est nommé Secrétaire d’État à la Communication.

Le 17 Octobre 2018, date doublement historique

C’est la grande question de l’heure, après cette massive manifestation organisée ce 17 Octobre dans la capitale haïtienne et dans les principales villes du pays pour exiger l’arrestation des dilapidateurs des fonds Petro Caribe estimés à 3,8 milliards de dollars américains.

En effet, de Pétion-Ville au Cap-Haïtien, des Cayes à Saint-Marc, des manifestants ont gagné très tôt les rues le 17 octobre non seulement pour protester contre le refus de l’équipe au pouvoir de mettre en branle l’appareil judiciaire après le rapport de deux commissions sénatoriales sur la mauvaise gestion de fonds dans le cadre de l’accord Haïtiano-Vénézuélien Petro Caribe mais aussi pour dénoncer la vie chère, le chômage, l’insalubrité, l’insécurité galopante dans certaines villes de province.

En effet, la population, toute les couches sociales confondues, a manifesté pacifiquement par dizaine de milliers dans les 10 départements de la République d’Haïti, et même dans la diaspora, pour exprimer sa volonté de voir un changement dans les affaires du pays. Ce sont les manifestations les plus importantes qu’a connues Haïti depuis les évènements de 1986.

Ainsi, le citoyen Robert Paret Sr. a publié un texte d’où nous avons tirés ces extraits :

« Quelles conclusions doit-on tirer des manifestations du 17 octobre 2018 ?

La première est que cette démonstration du « Souverain » est, à n’en point douter, la plus importante qu’ait connue le pays de toute son histoire.

Si on estime à des milliers de citoyens la participation dans la capitale, ce nombre peut être porté à plus de 2 millions de manifestants en considérant les autres villes du pays.

Un organe de presse américain a même avancé le chiffre de 3 millions sur tout le territoire national.

La deuxième est que cet évènement a rassemblé toutes les couches de la population…

Les forces de police ont eu un comportement professionnel exemplaire…

On a constaté, par bonheur, un comportement responsable des manifestants du 17 octobre par rapport aux manifestants des journées d’émeutes des 6,7 et 8 juillet 2018.  Ce qui a permis une reprise rapide et normale des activités économiques, sociales et culturelles dans tout le pays.

A quoi doit-on s’attendre après cette démonstration de force des masses populaires ?

Quoiqu’il en soit, le Président et « le Premier Ministre doivent comprendre que l’aboutissement du dossier « PETRO CARIBE » (« KOT KÒB PETRO CARIBE A » ? * et l’impunité qui l’accompagne demeurent la principale revendication du peuple haïtien.

*Où est passé l’argent de Petrocaribe ?


La réponse du pouvoir : la bataille contre la corruption et engagée

Le jeudi 25 octobre 2018, le Premier Ministre Jean Henry Céant, en conférence de presse, a réitéré son engagement à apporter tous les intrants et supports nécessaires pour faire avancer le dossier PetroCaribe et préparer la tenue d’un procès.

Une étape importante dans la reconstitution des faits relatifs à la gestion des fonds Petrocaribe. La traçabilité des décisions et autres résolutions sur le dossier Petrocaribe de 2006 à 2018 vient d’être franchi. Une compilation incluant tous les textes relatifs aux fonds PetroCaribe (résolutions, accords, procès-verbaux, traités et accords, décrets…) vient d’être publiée dans un Numéro Extraordinaire du journal officiel officiel « Le Moniteur ».

Par ailleurs, le Premier Ministre Céant a confirmé que tous les moyens logistiques et de sécurité seront mis à la disposition des membres du système judiciaire et autres institutions chargées d’instruire et d’enquêter sur le dossier Petrocaribe.

Le 17 octobre 2018 est vraiment « historique ».

Haïti dédolarisé

Retour à la case « Départ »

Le 1er mars 2018 (le journal officiel Le Moniteur N° 38) et à la suite d’un Conseil des ministres tenu le 28 février, le gouvernement Moïse /Lafontant avait décidé que les transactions commerciales sur le territoire national devraient se faire en Gourde.

Cette décision avait suscité plusieurs réactions. Pour Haïti, dans le numéro précédent avait repris les textes de Leslie Péan et d’Eddy Cavé qui présentaient la décision gouvernementale et des arguments qui pourraient la justifier.

Après les 3 jours d’émeutes des 6,7et 8 juillet 2018, le Président de la République a désigné et installé Monsieur Jean Henry Céantle 17 septembre 2018 comme Premier Ministre en lieu et place de Jack Guy Lafontant. Après avoir formé son gouvernement, la première décision importante du nouveau P.M. est de reporté le décret de son prédécesseur sur la Gourde et les transactions commerciales.

Nous pensons, cependant, que la deuxième partie du texte d’Eddy Cavé mérite d’être connue.


Deuxième partie

Dans la première partie de l’article, l’auteur a effectué un survol rapide des problèmes de la gourde qu’il a observés dans le cadre de ses fonctions à la Banque Nationale de la République d’Haïti, la BNRH, entre 1967 et 1970.  Dans cette deuxième partie, il effectue un rappel de quelques notions générales sur la monnaie et les changes, puis il aborde à vol d’oiseau quelques-uns des problèmes que pose l’abolition de la liberté absolue des changes en Haïti.

Dans la confusion généralisée provoquée par la publication surprise de l’Arrêté Jovenel Moïse faisant de la gourde « la seule monnaie qui a cours dans le pays », il me paraît utile de rappeler ici quelques notions économiques de base et de lancer, sans prétention aucune, quelques idées dans le débat passionné qui s’annonce entre les partisans et adversaires de la mesure. L’idée de la circulation unique de la gourde sur le territoire national, n’est en rien une nouveauté. Tout en étant conscient de ses limites et de ses dangers, je la préconisais déjà comme un moindre mal en 1968 quand je travaillais au Études économiques à la BNRH. Je la voyais alors assortie d’une forme de contrôle de change préparée, méthodique et concertée. En déclarant, en son article 2, que « la gourde est la seule monnaie qui a cours dans le pays », l’Arrêté Jovenel Moïse du 28 février 2018 ouvre une boîte de Pandore et me semble davantage poser de problèmes qu’il n’apporte de solutions.

Un rappel de quelques notions générales sur le sujet

La monnaie

D’abord, c’est quoi la monnaie et quels sont ses liens avec le niveau des prix en général et le taux de change en particulier ? Selon une des définitions les plus courantes, la monnaie est une marchandise universelle qui sert d’intermédiaire dans les échanges. Elle a un pouvoir d’achat intérieur qui varie en sens inverse de l’évolution des prix et elle se vend sur les marchés internationaux au prix, fixe ou variable, qu’est le taux de change. Sa valeur reflète à la fois le volume des biens et services qu’elle permet d’acheter sur le marché intérieur et la quantité de devises étrangères qu’elle procure par le biais du taux de change. Quand les prix intérieurs augmentent, le pouvoir d’achat de la monnaie diminue, de sorte qu’il faut davantage d’unités de la monnaie nationale pour acheter une même quantité de biens et services, ainsi qu’une unité de monnaie étrangère. Quand la hausse des prix dépasse un certain seuil, on parle d’inflation. Dans le scénario inverse, la chute des, on parle de déflation.

Le taux de change

Et le taux de change, c’est quoi ?  C’est, sur une base unitaire, la quantité de monnaie nationale qu’il faut débourser pour acheter une unité de devise étrangère, le dollar par exemple. Quand tous les prix augmentent dans l’économie et que le prix de la devise étrangère, le taux de change, reste stable, la devise étrangère devient la marchandise la moins chère disponible sur le marché. Dans les conjonctures d’instabilité économique et politique, les agents économiques se ruent sur elle, et les réserves de la banque centrale stagnent, diminuent ou s’épuisent même. À la limite, ce phénomène peut priver le pays des moyens nécessaires au financement de son développement. Durant les années 1960, cela s’est produit dans la plupart des pays d’Amérique latine qui ont institué le contrôle des changes.

La double circulation monétaire

Ce phénomène a été examiné dès le 16e siècle par le financier britannique Thomas Gresham qui en a exposé les méfaits dans sa fameuse loi : « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Dans la pratique, lorsque deux monnaies circulent simultanément sous un régime de taux de change fixe, les agents économiques se défont tout naturellement de la moins forte des deux et ils utilisent la plus forte comme instrument de thésaurisation ou d’épargne. La solution la plus courante : l’abolition de la double circulation et l’adoption de son antidote, le contrôle des changes.  Plus facile à dire qu’à faire.

En reliant les deux sujets que nous venons d’aborder, nous voyons que la monnaie, étant une marchandise comme une autre, son prix doit suivre celui de l’ensemble des autres prix, qui est mesuré par l’indice des prix à la consommation. Cela tempère au moins l’attrait de la devise étrangère comme valeur refuge et ralentit le processus d’épuisement des réserves de la Banque centrale. Et comme les agents économiques n’effectuent pas nécessairement leurs transactions dans l’optique des intérêts nationaux ou du bien commun, l’État est en quelque sorte forcé de recourir à la coercition des lois et des règlements pour poursuivre ses objectifs de stabilisation des prix et du taux de change et de protection des réserves de change du pays.  La presque totalité des études réalisées sur les stratégies de développement adoptées en Amérique latine après la Deuxième Guerre mondiale confirment cette assertion. Haïti a été une des exceptions notaires. Il est peut-être temps de corriger les errements commis, mais cela ne peut pas se faire de n’importe quelle façon.

Dollarisation et Dédollarisation

Un terme qui revient souvent dans les analyses de conjoncture des deux dernières décennies et même dans les conversations courantes en Haïti est celui de dollarisation. Ce terme désigne en général la disparition graduelle de la monnaie nationale au profit du dollar dans les transactions commerciales locales. Dans le cas d’Haïti, toutefois, la dollarisation s’est étendue dans les moindres aspects de la vie, y compris dans les rapports et les dons entre pères et fils, entre frères et sœurs, entre conjoints, entre amis, etc. Tout se passe en dollars.

Pour des raisons de commodité sans doute, les autorités monétaires ont pris l’habitude de mesurer la dollarisation de l’économie haïtienne par la proportion des dépôts bancaires tenus en dollars. Ce chiffre est certainement un indicateur très utile, mails il sous-estime grandement l’ampleur du phénomène.

Décriée par le mouvement altermondialiste comme portant atteinte à la souveraineté des États économiquement faibles, la dollarisation a indiscutablement présenté beaucoup d’aspects positifs pour Haïti, mais elle a pris de telles proportions au cours des 20 dernières années qu’elle en est venue à menacer l’existence même de la gourde. De fait, ils ne sont pas rares les gens qui estiment que le dollar pourrait facilement remplacer la gourde et que la banque centrale pourrait avantageusement se transformer en une simple caisse d’émission. On l’a vu dans de nombreux pays, par exemple au Maghreb en 1989, en Argentine en 1991, en Bulgarie en 1997, etc. L’Équateur est le premier pays à avoir procédé à la dollarisation totale de son économie. Précisons que, sous le régime de la caisse d’émission, l’intégralité de la circulation monétaire est couverte par les avoirs en devises de la Caisse.

Au vu des dangers de la dollarisation au chapitre de la souveraineté nationale et au vu de ses limites sur le plan économique, les économistes et les décideurs de différents pays, dont la Chine et la Russie, ont entrepris ces derniers temps de dédollariser leur l’économie, le mot étant pris dans le sens de réduction de l’influence de toutes les monnaies fortes, notamment l’euro. En Haïti, Le Nouvelliste sonnait l’alarme le 5 décembre 2017 en publiant un article de l’économiste Junior Armel Bélizaire intitulé : « Se dirige-t-on vers une dédollarisation de l’économie haïtienne ? » Cet article faisait écho à une circulaire du 11 août 2017 obligeant les banques commerciales et les sociétés de cartes de crédit à régler exclusivement en gourdes toutes les opérations effectuées avec une carte de crédit émise en Haïti, quelle que soit le lieu où elles ont été faites. On voit maintenant que la balle avait été lancée à ce moment-là, mais personne n’a vu venir le smash mortel.

Les défis à surmonter

C’est dans le contexte de la dédollarisation implicitement annoncée de l’économie qu’est survenue sans préavis la publication de l’Arrêté Jovenel Moïse. Instituer la circulation exclusive de la gourde implique au moins une dédollarisation partielle et progressive de l’économie, ce qui ne se fait pas du jour au lendemain. Pour donner une idée de l’ampleur du défi que constitue, à tous les niveaux de l’économie, l’abolition de la double circulation monétaire, il suffit de rappeler qu’au cours des dernières années, les agents économiques ont complètement perdu confiance dans la gourde et qu’ils ont converti en dollars la plus grande partie de leurs avoirs liquides haïtiens. Voyons ce qu’en dit sur le sujet, à la page 37, Le Rapport annuel 2015 de la Banque centrale :

« Au 30 septembre 2015, la structure de la dette publique externe par type de devises a fait ressortir un niveau de dollarisation relativement élevé. En effet, le portefeuille de dette externe est à 93,76 % exprimé en dollars tandis que les droits de tirage spéciaux (DTS) n’ont représenté que 6,24 %. »

À la page 57, les auteurs du Rapport ajoutent : « En hausse de 1,93 point de pourcentage, la part des dépôts en devises dans les dépôts totaux s’est établie à 59,28 %, en raison, d’une part, de la croissance plus soutenue (+17,8 %) des dépôts en devises converties que celle (+8,78 %) des dépôts en gourdes et, d’autre part, de l’appréciation substantielle (+14,46 %) du taux de change entre septembre 2014 et septembre 2015. »

Dans un contexte pareil, les décideurs doivent-ils pratiquer une politique incitative de taux d’intérêt alléchants sur les dépôts en gourdes, porter, de gré ou de force, les titulaires des dépôts en devises de les reconvertir en gourdes en l’absence de tout stimulant économique ou recourir à la persuasion morale ? Ce sont certainement des options qui ont donné des résultats ailleurs, mais qui n’ont jamais été essayées chez nous. De fait, toutes les grandes banques centrales occidentales pratiquent la persuasion morale, en anglais moral suasion, dans la poursuite de leurs objectifs opérationnels et stratégiques. La tâche est immense, et le défi énorme. Mais il y a un pays à sauver, et le moindre faux pas risque de relancer la spéculation sur le dollar et produire l’effet contraire à celui qui est recherché. Et nous ne savons toujours rien des mesures envisagées pour dédollariser l’économie et réaliser en douceur la circulation d’une seule et unique monnaie sur le territoire d’Haïti.

Étant donné que les réflexes de multiplication et de division par 5 n’ont toujours pas disparu dans nos habitudes de conversion de devises, peut-être qu’il y aurait certains avantages à sortir de l’ombre le dollar fictif haïtien de 5 gourdes souvent évoqué dans les conversations et lui donner vie ! Une nouvelle gourde valant 5 ou 50 anciennes pourrait être aussi une idée. Cela faciliterait au moins les calculs.

En guise de conclusion

Comme nous l’avons vu, l’application de l’Arrêté Moïse implique au moins deux décisions radicales intimement liées l’une à l’autre : une dédollarisation de l’économie et l’institution d’un contrôle des changes. Il appartiendra aux pouvoirs publics de décider s’ils vont ou non avancer dans cette voie. Il est toutefois permis de se demander dès maintenant quelles sont, en théorie du moins, les conditions du succès et les modalités d’application de l’éventuel contrôle des changes ? D’abord, l’existence d’un État fort, qui inspire confiance aux administrés, qui a mis en place un dispositif administratif et juridique approprié, qui prêche par l’exemple et entretient une communication honnête et efficace avec les agents économiques. Du côté de ces derniers, il faudra un tel souci de l’intérêt national et du bien commun que les particuliers et les entreprises accepteront non seulement de renoncer aux avantages et aux privilèges que la dollarisation leur accordait, mais aussi d’accepter les sacrifices découlant du nouveau régime. Ils devront aussi s’interdire les nombreuses initiatives susceptibles de faire dérailler le processus de stabilisation envisagé. Un rêve en couleurs !

Force est donc d’admettre qu’aucune de ces conditions n’existe en Haïti aujourd’hui, et je ne suis pas convaincu non plus qu’elles étaient réunies non plus en 1967, quand je prêchais dans le désert pour l’instauration d’un contrôle des changes. Pas plus qu’en 1974, quand le jeune ministre du Commerce Serge Fourcand a tenté, au péril de sa vie, de vendre aux pouvoirs publics l’idée d’abolir la double circulation monétaire en Haïti. Dans la vie des peuples, comme dans celle des individus, rien de grand ne se construit dans la facilité. L’instauration en Haïti d’une monnaie unique est un objectif grandiose. Et il incombera aux dirigeants de trouver les moyens de le réaliser.

L’éducation des agents économiques n’ayant jamais été faite au pays, l’instruction civique étant devenu un vague souvenir, les particuliers et les entreprises ne comprennent pas qu’en plaçant leurs économies à l’étranger, ils se tirent une balle dans le pied et agissent à long terme contre leurs propres intérêts et contre ceux du pays. La sensibilisation des citoyens est pour cette raison un élément primordial de toute tentative de redonner au pays la maîtrise de sa monnaie et de son avenir économique. Cela ne peut se faire sur un coup-de-tête ni en un tournemain, peu de temps après une semaine de carnaval qui a englouti des millions, dollars et gourdes confondus.

Au cours des 50 dernières années, l’autorité de l’État s’est effondrée, la corruption s’est généralisée dans la gestion de la chose publique, le patriotisme a fait place à la démagogie et à un nationalisme de mauvais aloi. Parallèlement, le pays perdait le gros des ressources humaines et matérielles indispensables à la mise en œuvre de tout projet économique et social de grande envergure. S’il est trop tard pour donner le signal de départ et pour sonner le rassemblement nécessaire à l’enterrement du régime séculaire de la double circulation monétaire, il est trop tard également pour les autorités monétaires et politiques de se rétracter sans plan d’évacuation. Cela sera d’autant plus difficile qu’elles ne sont même pas sur la même longueur d’ondes même quand elles parlent de questions de base comme l’ouverture de comptes en devises ou d’opérations commerciales. À cela s’ajoutent la tiédeur du secteur privé dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il digère mal d’avoir été complètement tenu à l’écart de la décision du 28 février dernier.

Dans la société civile, c’est également la débandade, car il n’y a eu aucun débat sur ce sujet qui non seulement interpelle chaque citoyen, mais vient renverser sans préavis des habitudes séculaires dont presque personne n’a jamais pris le temps d’évaluer les bons et les mauvais côtés. Nous sommes donc à l’entrée d’un tour de Babel dont personne ne sait qui détient la clé.


Par Eddy Cavé, Ottawa, ce mercredi 7 mars 2018

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Les 10 erreurs de fond de la commission Tardieu

Haïti : les 10 erreurs de fond de la commission Tardieu sur le projet d’amendement de la Constitution de 19871

J’ai librement participé à un groupe de travail afin de formuler quelques recommandations pour alimenter les réflexions de la Commission Spéciale sur l’amendement de la Constitution de 1987. J’ai été surpris du contenu du premier rapport rendu sur le sujet et intitulé : « Constitution de 1987 : failles, irritants et questions critiques ». J’ai trouvé que les rapporteurs étaient allés au-delà de ce qu’on demande à des rapporteurs. J’ai été irrité par le deuxième rapport d’étape intitulé « Ce que pense la nation ». Sauf à avoir une conception très patricienne des choses, on ne peut pas considérer que les opinions de quelques notables puissent refléter ce que pense la nation. Mais, je suis vraiment surpris par les trente (30) recommandations majeures qui viennent d’être publiées. Certaines sont de bonne qualité et portent la marque du combat courageux porté par le député Jerry Tardieu pour la reconnaissance légitime des droits des Haïtiens vivant à l’étranger et la réduction des fossés imaginaires ou réels entre Haïtiens. Elles ne seront donc pas commentées. Pour les autres, compte tenu de la méthode utilisée, je trouve nécessaire, et à titre exclusivement personnel, de faire part de dix (10) erreurs de fond commises par la Commission Spéciale sur l’amendement de la Constitution de 1987. Je le ferai dans l’esprit de faire avancer les choses, dans le respect d’une certaine élégance républicaine et en évitant les tacles non académiques. Et aucune attaque personnelle venant de personnes intéressées ou éventuellement compétentes en Droit constitutionnel, ne me fera renoncer à mon devoir de citoyen, même si je vis dans la diaspora. Nul doute qu’avec ces réflexions, j’alimente positivement le Débat et je permets d’attirer l’attention sur un rapport qui serait sans doute passé quasiment inaperçu.

Erreur n° 1 : Circonscrire le débat sur la révision constitutionnelle à un comité Théodule de neuf députés

La Commission Spéciale sur l’amendement de la Constitution de 1987 a réduit la possible révision constitutionnelle à une affaire de députés. Cette commission, aussi honorable soit-elle, semble vouloir faire sa propre révision constitutionnelle et inviter ensuite l’exécutif à la suivre. Cela n’est pas conforme à la lettre et à l’esprit de la Constitution de 1987 amendée. D’ailleurs, on pourrait se poser la question suivante : à qui sont destinées les recommandations de la Commission Spéciale ? Dans le rapport, il a été dit que la Commission a été mandatée par l’assemblée des députés. Dès lors, si seule l’assemblée des députés a mandaté la Commission, pourquoi se pense-t-elle légitime à faire des recommandations pour un autre régime et un autre système pour refonder la nation ?

Par ailleurs, la Commission Spéciale sur l’amendement de la Constitution de 1987 a beau avoir consulté divers groupes appelés « secteurs vitaux de la société », la méthode reste critiquable. On a le sentiment que seuls certains réseaux sont mis à contribution. En France où je vis, les citoyens n’ont pas compris la raison pour laquelle, une seule association a été consultée. Cette association a eu l’intelligence de faire appel à des personnes ne faisant pas partie de ses membres mais le malaise demeure et est justifié. Cette façon de faire revient d’une certaine manière à privatiser le débat et à en faire une question de « moun pa » propre à la nation que la Commission Spéciale ambitionne de refonder. Cette façon de faire est une curieuse manière de court-circuiter tous les réseaux de réflexion sur un sujet aussi important.

Habituellement, il revient à une commission d’experts de tous milieux et de tous les domaines de mener ce type de réflexion. Ensuite, les parlementaires prennent le relais pour parachever l’œuvre. En l’espèce, seuls les parlementaires semblent être à la manœuvre. On est tenté de poser la seule question qui vaille : de quel droit ?

Enfin, les erreurs commises avec d’autres commissions par le passé risquent de se reproduire parce que les neuf animateurs de la commission restent étrangers aux problèmes juridiques de fond. Qu’on fasse appel à des parlementaires bien formés pour éclairer un débat constitutionnel me semble être une bonne chose. Mais, qu’on les laisse piloter une commission constitutionnelle sur des sujets dont ils ne maîtrisent pas toutes les subtilités me gênent, peu importe si parmi eux, il peut y avoir quelques bons juristes, voire quelques bons avocats.

Erreur n° 2 : Fondre un ensemble de recommandations dans une synthèse forcée

Les divers groupes de la société haïtienne ont fait part de leurs recommandations. Il n’est pas dit qu’ils souhaitaient une synthèse. Une commission de rapporteurs doit se contenter de rapporter. Elle ne peut pas faire la synthèse sans trahir les consultés. Il fallait donc faire état des options d’amendement telles qu’elles apparaissent des consultations effectuées et ne pas s’aventurer à faire des propositions et encore moins des recommandations. En tout cas, pas à ce stade. Il faudrait laisser le débat se faire pour voir à la fin ce que pense vraiment la nation.

Erreur n° 3 : Vouloir refonder la Nation par une simple révision constitutionnelle

Dans les mots introductifs du Président de la Commission spéciale, il est dit que : les « propositions d’amendements sont si osées et profondes qu’elles participent d’une farouche ambition de refonder la nation. »

C’est une grande utopie !

La société née de l’après 1986 est morte.

Nous sommes dans la société numérique où ce qui prime, c’est l’aptitude à s’adapter au changement. Or, la société née de l’après 1986 est une société de sédentaires, de nationalistes revanchards sans aucune vraie compréhension du monde qui accélère.

Il faut certainement refonder la nation. Mais, une révision constitutionnelle ne suffira pas.

Erreur n° 4 : Confondre les notions de régime et de système

C’est une bonne chose de proposer de changer de régime et de système. Changer l’un implique sans doute de changer l’autre. Néanmoins, lorsqu’on lit les recommandations, on n’a pas le sentiment que la différence entre les deux est assez nette pour les membres de la Commission Spéciale.

Ainsi, tantôt il est question de régime politique d’autres fois il est question de système parlementaire.

Sans faire de procès à quiconque, il est juste nécessaire de préciser que la notion de système est plus large que la notion de régime. On peut changer de régime sans changer de système. Mais tout changement de système nécessite un changement de régime. On peut changer de régime par une révision constitutionnelle. Mais, pour changer de système, il faut, à tout le moins, faire une révolution. Or, en Haïti, il me semble que l’on souhaite plutôt changer de régime. Il faut donc choisir ! Afin que nul ne se sente remis en cause, il est proposé aux membres de la Commission Spéciale d’en parler sérieusement avec des juristes de haute technicité qu’ils n’auront aucun mal à trouver en Haïti.

Enfin, la confusion est évidente lorsque la Commission Spéciale propose un régime présidentiel avec un gouvernement, ce qui est une hérésie, en matière de régime présidentiel, même si quelques pays ont innové en ce sens ! La confusion est totale lorsque la Commission spéciale invite « le parlement à voter pour un autre régime politique et un nouveau système ». On peut voter pour un nouveau régime mais on ne vote pas pour un nouveau système. En effet, conformément à l’Esprit des lois, le système inclut des éléments de droit et de fait, des pratiques politiques, des acteurs importants dont les partis politiques et les syndicats, des traditions propres à chaque peuple, des éléments culturels, etc. On n’en change pas si facilement !

Erreur n° 5 : Vouloir changer la nature du régime sans l’accord du pouvoir exécutif

La commission recommande de changer le régime actuel au profit d’un régime présidentiel. Le régime mixte actuel ne correspond pas à la tradition politique haïtienne, soit ! Il faut nécessairement le changer et adopter le régime présidentiel, soit ! C’est donc une recommandation de bon sens. Néanmoins, cela doit se faire avec l’accord total du pouvoir exécutif haïtien sans que cela ne porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs. Après tout dans un régime mixte, je ne vois pas comment il peut en être autrement. Quoi qu’il en soit, je vois difficilement un Premier ministre soutenir un projet de réforme visant à supprimer sa fonction !

Par ailleurs, le Parlement haïtien est-il prêt à une telle solution qui aurait pour conséquence d’amoindrir ses pouvoirs si le Président de la République est élu directement par le peuple ? Enfin, si jamais on devait accepter un régime présidentiel, il ne servirait à rien d’avoir un vice-président. Ce qui fonctionne bien aux États-Unis d’Amérique, Etat fédéral, ne fonctionnera pas nécessairement bien en Haïti, Etat unitaire.

Erreur n° 6 : Vouloir changer la nature du régime sans comprendre que cela oblige de changer de Constitution

On n’est plus dans une révision, on va vers une abrogation pure et simple. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, il faut associer l’ensemble de la société à la réflexion. Et si on veut savoir ce que pense vraiment la nation, il faut la consulter. Il faut se souvenir que la Constitution a été adoptée par référendum. Si on veut savoir ce que pense vraiment la nation, il faudrait utiliser la méthode du parallélisme des formes !

Erreur n° 7 : Donner le même poids à tous les membres de la Diaspora

Il est naturel que les Haïtiens vivant à l’étranger soient représentés au Parlement. Néanmoins, il n’est pas logique de recommander qu’il y ait un élu par zone géographique. Il faut tenir compte du nombre et du poids économique. En d’autres termes, les Haïtiens vivant en Amérique du Nord et en République dominicaine, doivent avoir une représentation plus importante que ceux vivant en Europe. Certains pensent que la représentation des différentes diasporas doit être égalitaire. C’est leur droit. Je ne pense que cela interdise à qui que ce soit de penser le contraire. Dans ce domaine, l’équité me semble préférable à l’égalité car il serait justement inique de donner autant de députés aux milliers d’Haïtiens vivant en Europe qu’aux millions d’Haïtiens vivant en Amérique du Nord. De même, un seul sénateur


Par Eric SAURAY

Docteur en Droit public – Avocat à la Cour

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Santé mentale et société

Une folie ordinaire


Au cours de l’année 2011, un jeune homme impeccablement habillé m’accosta d’un air décidé à l’Ecole Normale Supérieure. Il m’annonça avec une candeur ahurissante en présence des étudiants qui allaient suivre mon cours qu’il avait une révélation pour moi. Je lui rétorquai sur le même ton que moi aussi j’avais une révélation pour lui. Mais j’avais une condition. Avant de livrer ma révélation, je devais lui administrer quarante coups de bâtons. De plus, j’étais pressé puisque les étudiants, visiblement agacés par la présence de cet intrus, m’attendaient pour mon cours. Je lui répétais calmement qu’il doit prendre une décision car je dois trouver rapidement le bâton adéquat. Le jeune homme me fixa longuement et finalement tourna ses talons en murmurant de laisser tomber. Entre temps les étudiants qui, à l’évidence, connaissaient l’individu ne cessaient de m’appeler. Après son départ, ils affirmèrent en cœur que le jeune homme était fou, que je n’avais pas à perdre mon temps à discuter avec lui. Quelques heures plus tard, racontant l’anecdote à une cuisinière et une femme de ménage, j’ai eu droit à des réactions différentes. Et s’il avait effectivement une révélation à vous faire, m’ont-elles répliqué ? Et ma révélation pour lui, que devient-elle ? Vous vous moquez de lui ! Les révélations existent. Les preuves sont là. Elles m’assomment d’exemples édifiants à n’en plus finir. Elles m’expliquent que n’importe qui peut un jour ou l’autre être porteur d’une révélation pour ses semblables. C’est un fait connu largement partagé dans le pays. Pourquoi le nier ?

Effectivement la révélation en tant que telle ne suscite aucune réaction de rejet dans de larges pans de la société. Qu’est-ce qu’une révélation ? Elle peut être définie comme la communication d’une vérité par un être surnaturel à un être humain par des moyens qui échappent au cours naturel de la nature.  The Encyclopedia of Philosophy, volume 7 and 8, page189. MCMILLAN, INC. 1972.  USA. Révéler, c’est « faire connaître par une voie surnaturelle (ce qui était ignoré des hommes et inconnaissable par la raison) ». Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, page 1796. Dictionnaires LE ROBERT, 1992. France. Ce jeune homme allait me mettre au courant d’une vérité cachée que je n’aurais jamais pu appréhender par mes propres moyens. Cela suppose, de ma part, une bonne dose de foi en lui. Au sens premier, c’est le Dieu tout-puissant qui apprend surnaturellement à ses sujets ce qu’il veut bien. La révélation est un « acte par lequel Dieu fait connaître aux hommes sa volonté, son enseignement ». IDEM, page 1796.  La foi en Dieu est par conséquent nécessaire pour accepter les vérités révélées sans le secours de la raison. Dans les religions du livre ; judaïsme, christianisme et islam, seule l’autorité divine compte. Elle est par essence dépourvue d’erreur.  Quand Dieu parle, c’est la vérité qui s’exprime. Ses paroles ne souffrent pas de discussion, de débat. Le problème avec la divinité , c’est qu’elle doit  passer par un médium naturel pour livrer son message. Tous les dieux, ceux du haut comme ceux du bas, restent et demeurent cachés. Tout cela suppose un arrière-plan religieux qui mériterait des éclaircissements. Dans l’univers judéo-chrétien, ce sont les envoyés du très-haut qui délivrent le message divin aux pauvres humains baignant dans l’ignorance et l’adversité. Ces envoyés sont généralement choisis pour la qualité de leur foi et leur valeur morale. Dans l’univers vaudou, le premier venu qui tombe en transe peut prédire l’avenir au cours de la crise de possession. Ce qui rend cette religion particulièrement démocratique parce qu’elle ne semble pas exiger des pré-requis spécifiques à ses adeptes. La question demeure : pourquoi est-ce X et pas Y qui a reçu une révélation ? A-t-il des rapports privilégiés avec Dieu et/ou les divinités vaudou ? Je me suis interrogé sur la démarche du jeune homme de l’Ecole Normale Supérieure. S’introduire dans une institution académique, un temple de la raison, pour communiquer un message obtenu par des voies surnaturelles est au mieux une provocation. Voulait-il humilier la raison et conséquemment tous ceux qui dans cette enceinte universitaire se consacrent à comprendre le monde par l’activité rationnelle ? Pourquoi pensait-il qu’il pourrait m’accrocher avec ses révélations ? D’ailleurs pourquoi tant d’Haïtiens bénéficieraient-ils d’une telle grâce divine ? Tout être plus ou moins raisonnable devrait se méfier.  Comment comprendre que dans la société haïtienne des individus porteurs de pareilles étrangetés ne souffrent d’aucune anormalité ? Ils vivent et meurent dans la banalité commune. Est-ce un comportement que la culture a fini par dompter parmi tant d’autres aussi erratiques ? Il serait intéressant de savoir pourquoi ce phénomène a pris une telle ampleur dans le pays. Et surtout à quel besoin, à quelles angoisses il répond.

La culture comme ensemble des productions intellectuelles et matérielles d’un peuple n’est pas homogène. Elle est parcourue par divers courants qui forment des sous-structures parfois très organisées. Cet ensemble nous façonne différemment parce que nous n’évoluons pas dans les mêmes milieux sociaux. Face à un même événement, les réactions d’une classe à l’autre de la société ne sont pas identiques. Les traumatismes psychologiques participent de ces différentiations sociales. Ils s’avèrent plus prégnants dans les classes défavorisées qui n’ont pas accès aux mécanismes de défense des classes supérieures. D’où le problème de l’étiologie des troubles mentaux dans les sociétés fortement clivées. Mes étudiants ont traité le jeune homme mentionné plus haut de fou. La cuisinière et la femme de ménage ont lourdement insisté pour que je l’écoute sans a priori. Il y a là l’influence démesurée des religions évangéliques qui se présentent comme l’ultime protection à une population aux abois. Ces religions qui, chez nous, évoquent à longueur de jour l’ancien testament au point que les noms des prophètes et autres envoyés de Yahvé deviennent tendance chez les fidèles, dominent trop de consciences. Le message biblique filtré par des pasteurs sectaires se répand sans grande résistance dans le pays faute de tradition critique. Le problème est que notre psychisme se distingue peu de notre culture. Pour comprendre le fonctionnement psychique d’un individu, nous nous référons à sa culture qui est le cadre à travers lequel il saisit le monde. Néanmoins des traits culturels plus ou moins déviants par rapport aux normes finissent éventuellement par se durcir, se solidifier chez tel ou tel individu et provoquer des comportements pathologiques. Le jeune homme de l’Ecole Normale partagerait-il la même configuration mentale que la cuisinière et la femme de ménage alors que les étudiants vivraient dans un cadre mental différent ? Ronald Jean Jacques m’a fait remarquer que la différence ne vient pas forcément du niveau d’étude, mais probablement de la confrontation des étudiants avec des arnaqueurs soi-disant porteurs de révélation contre paiement. Si c’était un arnaqueur, je ne lui ai pas laissé l’opportunité de me demander de l’argent. Encore qu’on peut être arnaqueur et fou. Dans ce cas, il a choisi une arnaque qui correspond à quelque chose de troublant dans notre psychisme. J’ai délibérément avancé les quarante coups de bâton, sachant que le nombre quarante aurait un pouvoir évocateur chez quelqu’un qui devait passer beaucoup de temps dans des études bibliques, comme il est requis pour les fidèles de ces religions. A partir de quel moment peut-on affirmer que tel comportement est un symptôme d’une maladie mentale avérée ou un trait culturel banal ? Mais alors comment penser la maladie mentale dans un tel contexte ? Sinon la maladie, tout simplement ?

Chez nous, les dépressions nerveuses qui perdurent avec un délire de persécution conduisent parfois à des tragédies. Les parents d’un patient ayant usé nombre de médecins sont enclins à consulter un hougan parce que la médecine scientifique n’a pas donné de résultat. Chaque culture véhicule des idées sur le corps, le mental, la santé, la maladie. Ces idées qui proviennent d’horizons antipodiques ne disparaissent pas parce qu’une culture scientifique se met en place – péniblement il est vrai. Le recours à la médecine traditionnelle quand l’autre médecine se révèle inefficace fait partie de ces réflexes bien ancrés dans les consciences. Les difficultés surgissent quand un patient est déclaré souffrir d’une maladie surnaturelle. Curé, pasteur, hougan sont les guérisseurs attitrés de ces affections. A un étage   plus bas se trouve le « medsen fey » (médecin feuille) ou tradipraticien réputé pour son savoir botanique. Les remèdes du « medsen fey » sont moins chargés mystiquement ; ce dernier n’est pas obligé de faire appel au surnaturel pour convaincre les malades de la qualité de ses soins. Sa notoriété est faite d’un stock de connaissances et de pratiques transmis et affiné de génération en génération, qui a démontré son efficacité. Il s’agit de médecine traditionnelle avec son lot de succès et d’approximations que tout individu raisonnable accueille avec intérêt. La médecine n’étant pas une science exacte, les remèdes des « medsen fey » ancrés dans la coutume, à l’instar des concoctions de grand-mères, gardent fortement leur contribution à la pharmacopée de la population. Mais le hougan a la préférence sur ses concurrents. Il a été longtemps le seul à soigner les populations des campagnes et des couches populaires des villes. Les méthodes de certains d’entre eux mériteraient un peu plus d’attention. Elles incluent : potions médicinales, bastonnade du patient pour chasser le démon, pénétrations sexuelles consenties ou non. Encore qu’il faut se demander comment un acte sexuel dans de telles conditions peut être autre chose qu’un viol. Voilà une thérapie reconnue d’utilité publique ! Il n’y a pas que les classes populaires qui tombent dans le chaudron des maladies surnaturelles. Si on retrouve les mêmes symptômes dans les classes aisées, et le même recours au hougan, cela s’explique par la proximité culturelle avec les classes populaires. Plusieurs individus en ressortent plus atteints qu’avant la thérapie. Tout se passe comme si le hougan avait confirmé le caractère surnaturel de la maladie, et certifié que la médecine occidentale n’était effectivement pas conçue, équipée pour guérir semblables affections.  Ces propos restent véridiques même si le cas empire après des mois, des années de suivi chez différents hougans. En outre, à part quelques dénonciations médiatisées, parents et patients observent un mutisme inquiétant alors qu’ils constatent que la maladie devient chronique après diverses consultations. Le hougan, comme tout spécialiste dans un domaine donné, est plus ou moins réputé, mais ses méthodes ne sont pas remises en question. Pareil questionnement reviendrait sur le long terme à douter de l’existence de maladies surnaturelles non guérissables par les voies naturelles, et donc de la fonction du hougan. Qu’il n’y ait pas de guérison est toujours une éventualité que la population appréhende avec fatalisme. Les troubles psychiques étaient autrefois vécus comme des maladies honteuses par les familles haïtiennes. Il fallait éviter le soupçon d’une tare héréditaire. Parfois, le malade et sa famille connaissent parfaitement la maladie en question mais préfère l’entourer de mystère pour des raisons inavouables. Le mécanisme de défense le plus courant, en particulier dans les milieux défavorisés, est d’évoquer une causalité diabolique. Les couches huppées y arrivent après-coup, à leur corps défendant (hum!), car expliquent-elles gravement c’est le médecin lui-même qui recommande la consultation du guérisseur traditionnel. Autrement dit, si elles ont recours comme les plus démunis au même hougan, c’est contre leur gré. Ouais ! Pourtant elles savent qu’elles auront le même traitement. Quel que soit l’argument servi, la maladie déclarée non naturelle vient d’ailleurs, d’un autre monde ; ce qui permet de comprendre l’innocence de principe claironné par tous les affligés de ces maux et leur entourage. Car que puis-je, moi pauvre humain, contre les forces qui dépassent la mesure de l’homme ? Que ces forces soient mises en branle par des hommes et des femmes et que d’autres hommes et femmes, les hougans par exemple, ont le pouvoir de les manipuler, les contrôler, les chasser, ne change rien à leur nature surnaturelle pour la population.

Le plus étonnant est que la thérapie du hougan arrive parfois à « guérir ».  Le patient est mieux dans sa tête et dans son corps. Ses proches confirment une résorption inespérée de ses symptômes. Comment de tels traitements peuvent-ils amener un mieux-être ?  Qu’est-ce que la maladie mentale dans la culture haïtienne ? Pour recouvrer sa santé mentale, la population doit-elle tolérer des traitements qui risquent de l’envoyer à l’asile psychiatrique ? Ne faut-il pas regarder les hougans comme des malades mentaux incurables justement parce qu’ils sont socialement établis comme les guérisseurs attitrés de ces troubles ? En fait, si le hougan peut diagnostiquer la maladie, attester que tel esprit en est responsable, c’est qu’il partage la même pathologie. Il est important de préciser que curés, pasteurs, bigots en tous genres qui peuplent nos lieux de dévotion relèvent de la même catégorie. Leurs symptômes ne sont guère différents. Ils sont tout bonnement transplantés dans d’autres lieux de culte : église catholique, temple protestant. A bien regarder, ces ministres de l’au-delà propagent en toute quiétude leurs pathologies mentales dans le pays. Ils disposent de moyens de communication énormes (télévisions, radios, publications) et de puissants leviers dans l’Etat. Sans oublier qu’ils font peur à une population privée de solides capacités défensives. Il faudrait pouvoir s’appuyer sur des courants ouvertement critiques, agnostiques ou athées implantés dans la société. Pour le moment, ces courants demeurent inaudibles. L’esprit rationnel a besoin de reconnaissance pour rebondir dans un environnement où il est souvent bafoué. Le repli dans la sphère privée considérée comme un choix est en réalité une fuite pour ne pas dire une soumission. C’est comme si j’entendais dire, « Encore heureux qu’un tel retrait soit possible ! » En fonction des milieux sociaux, la culture haïtienne fournit à tout un chacun un canal, une orientation où nos symptômes trouveraient une cure déterminée. Mais alors, s’agit-il de phénomènes culturels tout bêtement, ou vraiment de maladie mentale ? Si toute culture recèle ces virtualités potentiellement dommageables au psychisme, elle offre également de multiples recours à telle affection plus ou moins morbide pour se résorber sans tapage ni séquelle observable. On voit bien que c’est le psychisme lui-même et ses troubles qui posent problème. Tant qu’on ne peut les saisir qu’à travers une culture donnée, l’analyse sans fin du concept de culture restera un prescrit indépassable pour comprendre la psyché humaine. Une solution serait d’objectiver le psychisme**. Pourra-t-on un jour le naturaliser ? Mesurer ses troubles suffira-t-il à liquider la culture et ses manifestations contradictoires ? Une quantification du psychisme corrigera-t-elle la quête étiologique ?

Les théories du psychisme restent contradictoires. Or ces théories ont des prétentions normatives. Comment s’accorder sur une étiologie si les praticiens, hougans, curés, pasteurs, divergent dans leur diagnostic ? Derrière ces contradictions pointent un problème récurrent des analyses du psychisme : l’absence d’une théorie de l’homme. Par conséquent, on ne peut s’étonner de ces inepties qui servent d’explication à nos comportements. Paradoxalement et pour la même raison (absence d’une théorie de l’homme), on est surpris d’entendre au moment où on s’y attend le moins une pensée éclairante sur nos us et coutumes (rarement il est vrai). Que de fois avons-nous entendu que l’esclavage, le vaudou, la dictature constituaient le socle fondamental et quasiment inaltérable de nos angoisses, de nos passions, de nos terreurs ! On nous raconte que trois siècles d’esclavage ont laissé en nous des traces, des tares funestes. Que le macoutisme par exemple a duré aussi longtemps parce que François Duvalier, ethnologue de son état, a su jouer sur nos ressorts psychologiques immémoriels ! Le duvaliérisme croyait s’installer à vie dans nos têtes par la terreur. Bien sûr que ce régime a caricaturé certains traits de notre culture jusqu’à la psychose. De là à affirmer que nous sommes irrémédiablement perdus, sinon nos dirigeants successifs n’auraient pu agir de la sorte, il y a erreur.  Il est nécessaire de séparer la réalité quotidienne complexe, mouvante et ce qui survit dans l’ordre du fantasme. Sous le macoutisme, tout le monde était en danger. Un seul était en sécurité : le chef suprême. Quand un seul est en sécurité, tout le monde vit en insécurité. La recherche éperdue de la sécurité rend tous paranoïaques, à commencer par celui qui est censé bénéficier de la sécurité absolue. Vingt ans après la chute du duvaliérisme, un ami, conseiller dans les hautes sphères, me disait qu’on devait être paranoïaque en politique. C’était pour lui une condition nécessaire et il recommandait à agir de la sorte. Un paranoïaque auto-proclamé qui vous dit qu’il n’a pas le choix étant donné ses activités et qui pousse ses collègues de la haute fonction politique à devenir paranoïaques est-il en résonance avec nos siècles d’esclavage, la violence duvaliériste ? Ou bien est-ce un petit malin qui, conscient de quelques travers de notre culture, se grime avec des concepts psychologiques pour assurer sa croûte ? Ou bien encore est-ce que dans notre culture l’accession au pouvoir, devenir chef, requiert qu’on change de psychologie jusqu’à se muer en potentiel assassin ? Car la paranoïa des grands va toujours de pair avec l’assassinat des petits. A cet égard, le macoutisme offrait un spectacle démentiel. Chaque Haïtien recherchait la protection d’une autorité macoute. Cependant le pouvoir de cette autorité dépendait de sa proximité avec le chef suprême. Dans ce pandémonium, les tontons macoutes de basse volée étaient couverts par d’autres tontons macoutes plus en cour.  En réalité, dans un tel système, les échelons intermédiaires sont minimes, sinon ridicules. Seule la volonté du chef maintient un équilibre précaire. Et tout le monde sait qu’il peut se retrouver à tout moment au bas de l’échelle, en prison, ou sous terre à cause d’une saute d’humeur du président. Les cauchemars récurrents d’arrestation, d’assassinat de la population s’expliquent par les structures politiques de l’époque. Un proche parent raconte à l’envi que l’image qui lui revient irrémédiablement quand on lui parle du duvaliérisme, c’est celle de sa mère cachée sous un lit en train d’écouter la radio d’opposition « Vonvon ». Pour un autre ami, c’était les lunettes noires de la milice et des militaires qui le traumatisaient, lunettes qu’il était incapable de porter malgré les recommandations des ophtalmologues. Il y a quelques années cependant, je l’ai surpris souriant avec des lunettes similaires. Je me suis permis de lui dire que depuis qu’il se comportait comme un tonton macoute, il n’avait plus de problème avec les lunettes noires. Je faisais référence à ses nouvelles fonctions dans la hiérarchie de la fonction publique. Déjà Platon dans la République voyait une correspondance entre le caractère des habitants d’une cité et le régime politique. Un régime insane façonnerait-il un peuple insane ? La paranoïa duvaliériste rendait les Haïtiens paranoïaques. Et la bêtise, la stupidité macoute, rendaient-elles nos compatriotes bêtes et stupides ? Pendant les vingt-neuf années de macoutisme ? Sommes-nous encore bêtes et stupides un quart de siècle après l’effondrement de la dictature ? A moins que rien n’ait changé depuis !

La culture nous oriente dans des directions multiples. Or elle est instable. Ce qui propulse le mouvement de l’histoire et fait de nous des êtres historiques. Une société malade subit également le cours de l’histoire. Une maladie « socio-culturelle » peut-elle enjamber les siècles indifféremment des changements dans les structures de l’Etat ? Elle s’inscrirait définitivement dans l’ADN national. Une hérédité problématique serait alors la cause de nos misères en tous genres. Toute culture possède des aspects morbides. Ils peuvent prédominer sous l’influence de régimes d’exception au point où la société toute entière sombre dans des troubles psychologiques paralysants. Alors c’est la société elle-même qui devient malade. Le fantasme du chef tout-puissant si présent dans la culture haïtienne a été manipulé par François Duvalier au point où de simples citoyens s’imaginaient que leur aversion pour le régime pouvait se lire sur leur visage. Il fallait cacher cela avec adresse pour éviter la répression politique. Paraître docile et respectueux envers les autorités n’était pas toujours suffisant pour jouir d’un minimum de sérénité puisque les nuits étaient peuplées de cauchemars violents qui résultaient d’une tension psychologique insupportable. Cauchemars dont on devait cacher les causes à soi-même et aux autres pour ne pas finir fusillé. C’est comme si François Duvalier avait posté un tonton macoute devant chaque case de notre esprit. Pour se soulager, certains devenaient tontons macoutes, comme ces individus qui, par peur des coups, entrent dans la police ; maintenant ils bastonnent sans crainte. Ou encore, ces jeunes violents, suicidaires qui s’engagent dans l’armée et tuent de manière parfaitement légale dans des opérations militaires. Que la population haïtienne se réfugie dans un délire de persécution est parfaitement compréhensible. Mais cette paranoïa existait déjà dans la culture. Qu’elle remonte à l’esclavage ne signifie pas que chaque Haïtien souffre de la maladie. Plus on est au fait des virtualités de sa propre culture, moins on est enclin à se réfugier dans ses recoins destructeurs pour supporter les aléas de l’existence. Autrement dit, plus on évolue culturellement, plus on enrichit son psychisme et plus on acquiert de plasticité dans ses réactions. Aucun être humain n’est purement et simplement enfermé dans sa culture comme dans une prison. Notre psychisme s’épanouit grâce aux interactions culturelles qui développent les facultés de notre esprit. Les troubles surgissent lorsqu’un traumatisme bloque ces interactions fécondes et emprisonne la pensée dans d’étroites limites. C’est comme si on était tombé dans une faille d’une sous-culture sans possibilité de rejoindre la culture d’ensemble. L’individu ainsi coincé se met à ressasser une idée fixe telle une tumeur qui prend toute la place. La vie commune en favorisant les brassages, les passerelles, les échanges tant au sein de la culture nationale qu’avec les cultures étrangères, contrarie ces sédimentations pathologiques. Une société malade les encourage. C’était le cas de la société duvaliériste. Une société saine assure l’épanouissement de ses membres, le déploiement des potentialités inhérentes de chacun, pour son propre bénéfice. Une société malade contraint ses membres à des refoulements morbides, à des comportements nocifs. Derrière ces refoulements et ces comportements nuisibles, ce sont des traits culturels devenus chroniques que nous découvrons au point que je me demande si la guérison ne consiste pas à retrouver le cours normal du développement culturel. Dans cette optique, la santé mentale*** relève des conditions socioculturelles. Autrement dit, elle est en phase avec la politique menée dans le pays. La santé mentale concerne tout le monde puisqu’elle dépend de notre mode de vie. La société dans son ensemble en est responsable. Il revient à la population d’exercer un contrôle sur la vie politique si elle désire surveiller sa santé psychique. Quant aux troubles mentaux, il faut se référer en priorité aux spécialistes : psychiatres, psychologues, psychanalystes, et également hélas, étant donné nos structures sociales, hougans, curés, pasteurs, quoi qu’on pense de leurs méthodes. Car eux aussi sont constamment confrontés à ce problème. A quand l’avènement d’un citoyen informé de l’origine de ses maux et à même d’examiner les solutions thérapeutiques qu’on lui propose ?


Jacques Gourgue

*Ce texte est largement inspiré du livre de Georges Devereux : Essais d’ethnopsychiatrie générale. Editions Gallimard. 1979. France.

**Voir à ce sujet l’article d’Armelle Grenouilloux : Ethique et normes en psychiatrie et santé mentale, dans « L’information psychiatrique », 2011/6, volume 87, pages 479-486. Editeur John Libbey Eurotext.

***Idem, pour le concept de santé mentale.

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Histoire

Libre opinion : la mémoire au service des luttes

L’objectif de cette chronique est de faire connaitre des hommes, des femmes et des événements qui ont marqué, en particulier, l’histoire des pays du Tiers-Monde. L’approche historique est certes schématique, mais nous espérons qu’elle amènera, tous ceux et toutes celles que cela intéresse, à approfondir le sujet. Plusieurs textes sont tirés de l’organisation Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP). Nous avons révisé et ajouté des éléments d’information dans certains d’entre eux.

Un grand nombre de ces personnalités qui ont joué un rôle important dans l’histoire des luttes des peuples du Sud ont été méconnues ou ignorées par l’histoire officielle et l’idéologie dominante. Il s’agit aujourd’hui de les faire connaitre le mieux possible, et ainsi de comprendre l’importance de leur héritage pour les luttes d’aujourd’hui.


Alain Saint Victor

La « dette » odieuse de l’indépendance

Il y a 193 ans, le 11 juillet 1825, Haïti se voyait imposé par la France une indemnité de 150 millions de franc-or, la dette odieuse de l’indépendance.

L’histoire de ce vol remonte à la révolte d’esclave de 1791 sur l’île d’Haïti appelée alors Saint-Domingue. Conduit par Toussaint Louverture, le mouvement aboutit en 1793 à l’abolition de l’esclavage par la Convention. Mais sous pression des grands planteurs et du club esclavagiste Massiac, Napoléon rétablit l’esclavage en 1802. Une guerre sans pitié est alors déclenchée dans toutes les colonies françaises pour rétablir le régime esclavagiste, tel qu’il a été pratiqué sous la monarchie.

Débarqué à Saint Domingue avec une armée de plus de 22 000 hommes, le général Leclerc est obligé d’abdiquer devant l’insurrection indigène dirigée par le général Jean-Jacques Dessalines.

Haïti, le premier État noir à se libérer de l’esclavagisme et du colonialisme simultanément, était né.

Cette liberté et cette indépendance sont au prix de combats multiples, atroces et de la vie de dizaines de milliers de combattants haïtiens, morts pour l’honneur et pour la dignité d’une nouvelle nation.

En 1825, sous pression d’un blocus maritime, le roi Charles X contraint Haïti à payer une « indemnité de dédommagement » de 150 millions de francs or (renégociée en 1838 à 90 millions, une équivalence de 17 milliards d’euros aujourd’hui.)

Cet argent, extirpé de force à l’État haïtien, sert à « rembourser » les planteurs et propriétaires d’esclaves. 14 vaisseaux équipés de 528 canons sont envoyés au golf de Port-au-Prince. Devant le déséquilibre des forces et pour éviter la famine que peut causer le blocus, le gouvernement haïtien est contraint d’accepter.

Pour payer sa « dette », le jeune Etat emprunte des sommes considérables aux banques parisiennes qui imposent, bien sûr, des intérêts faramineux.

Paradoxalement, après avoir versé leur sang pour construire une nation souveraine, les Haïtiens font face, 20 après leur indépendance, à une double « dette » qui hypothèque l’avenir de leur pays : l’indemnité et les intérêts des emprunts.

Si la dette est soldée en 1883, le paiement des intérêts se poursuivra jusqu’au XXe siècle.

La première république noire commence ainsi son existence avec un immense problème structurel, constituant un obstacle majeur à tout développement.

Aujourd’hui, cette spoliation (de plus de 100 ans de notre économie) que représente l’odieuse « dette de l’indépendance » est l’un des facteurs importants qui expliquent l’état de la situation de notre pays.

La France doit certes rembourser Haïti cette dette qui n’est rien d’autre qu’un vol et un pillage, mais pour que ce remboursement soit efficace et utilisé pour le développement réel du pays, il faut remplacer l’État néocolonial actuel qui dirige dans l’intérêt de l’impérialisme et de la bourgeoise antinationale,

Texte : FUIQP (révision et ajouts ASV)

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Haïti dans la Première Guerre Mondiale 1914-1918

Le 4 octobre 2018, à Paris, Arc de Triomphe, a eu lieu une cérémonie à la mémoire des volontaires du monde entier morts pour la France pendant la Grande Guerre de 14-18.

Il y aura en novembre 2018, la célébration des 100 ans de cette guerre mondiale et le rappel de la victoire militaire française et de ses alliés.

En ce qui concerne les volontaires latino-américains morts pour la France en 14-18, quelles furent les nationalités représentées ?  La Légion étrangère en répertorie une vingtaine : Argentins, Boliviens, Brésiliens, Chiliens, Colombiens, Costaricains, Cubains, Équatoriens, Guatémaltèques, Haïtiens, Jamaïcains, Mexicains, Nicaraguayens, Panaméens, Paraguayens, Péruviens, Portoricains, Salvadoriens, Uruguayens et Vénézuéliens.

L’Assemblée des Français de l’Etranger a tout fait pour que les volontaires étrangers morts pour la France ne soient pas oubliés dans la célébration des cent ans de 14-18.

Ainsi, les représentants des Français de l’Amérique Latine dont notre ami, Jacques Marie, se sont activés pour que les volontaires haïtiens morts pour la France ne soient pas oubliés.

Haïti était représentée le 4 octobre 2018, à l’Arc de Triomphe, par son Ambassadeur, Mme Vanessa Matignon et le drapeau haïtien y était visible.

Voici la liste des volontaires haïtiens morts pour la France durant la Première Guerre mondiale :1914- 1918.

Numéro d’ordre /Nom Prénom(s) /Date de naissance /Lieu de naissance /Date de décès /Âge de décès

1 BARTHE François -18 ou 28-03-1890 ; Port-au-Prince 27-10-1916- 26 ans

2 BERGEAUD Louis Joseph Raymond Marcel-31-08-1877 ; Cayes 18-02-1916 -38 ans

3 BLANCHET Eugène Marcel – 05-04-1894 ; Port-au-Prince 25-09-1915- 21 ans

4 BONNARDEL Joseph Auguste Marcel-31-01-1874 ; Cayes 12-12-1914 – 40 ans

5 BORNO Jean-Jacques Georges- 07-11-1883 ; Port-au-Prince 12-10-1914- 30 ans

6 CAILLET Julien- 09-01-1897 ; Port-au-Prince 09-07-1919 -22 ans

7 CAROLUS Stépha -10-1887 ; Port-au-Prince 29-09-1914-26 ans

8 CHARDON Maurice Fernand -29-12-1894 ; Port-au-Prince 15-07-1916 -21 ans

9 CHEFDRUE Paul Frédéric Emmanuel 08-01-1890 ; Port-au-Prince 22-10-1914 – 24 ans

10 CHERIEZ Marie Cyprien Félix -26-11-1890 ; Petit-Goâve 24-03-1917- 27 ans

11 COBY Frédéric -12-12-1889 ; Port-au-Prince 05-07-1916- 26 ans

12 CORVINGTON Marie Charles André- 19-11-1877 ; Cayes 13-12-1918 – 41 ans

13 COUPAUD René Gustave Adolphe -27-04-1886 ; Port-au-Prince 12-10-1914-27 ans

14 CREVECŒUR Edouard -24-12-1896 ; Léogane 01-04-1916 -19 ans

15 DEMEURAN Maurice Marie Joseph-18-04-1892 ; Port-au-Prince 24-07-1916 -24 ans

16 DESBAS Louis Fréderic -09-08-1887 ; Saint-Marc 04-11-1914- 27 ans

17 DURAND Henri Etienne-27-03-1887 ; Port-au-Prince 12-10-1914 -27 ans

18 ELIE Georges Marie Joseph-18-10-1890 ; Port-au-Prince 19-12-1914 -24 ans

19 ELIE Philippe-17-03-1892 ; Port-au-Prince 13-08-1916- 24 ans

20 FERON André Félix-15-10-1897 ; Jacmel 24-08-1918- 20 ans

21 FOUDIN Pierre Edouard François Joseph-27-01-1898 ; Port-au-Prince 14-11-1916-18 ans

22 GIORDANI Dominique- 31-01-1881 ; Fort-Liberté 09-06-1918-37 ans

23 GODARD Henri Joseph -27-05-188 ; Port-au-Prince 17-12-1914-23 ans

24 JOAZIL Joachim-09-02-1883 ; Dondon 02-09-1918- 35 ans

25 LABROSSE Marcel-25-11-1895 ; Port-au-Prince 25-09-1915-19 ans

26 LACASCADE Emmanuel Louis Raymond-25-08-1894 ; Port-au-Prince 25-09-1915-21 ans

27 LACROIX Eugène Louis Marie- 02-02-1878 ; Gonaïves 14-11-1918 – 40 ans

28 LAGUERRE Théophile- 21-04-1889 ; Saint-Louis du Nord 01-06-1915-26 ans

29 LEMOYNE Constant Nestor- 26-02-1896 ; Port-au-Prince 01-10-1918 -22 ans

30 MARCELIN Joseph – 02-03-1881 ; Cayes 01-05-1918 – 37 ans

31 MUCCI Louis Jean-Baptiste -08-07-1886 ; Saint-Marc 25-01-1915 -28 ans

32 REINE Paul Camille -18-08-1888 ; Cap-Haitien 25/26-08-1914 -26 ans

33 VALENTON (de) Emmanuel-31-03-1897 ; Port-au-Prince 26-09-1918 -21 ans

Dr Joseph BERNARD jr Courriel : joeben2ht@yahoo.com Auteur.

Source : République Française. Département de la Défense. Mémoire des hommes. Disponible sur :

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/base_morts_pour_la_france_premiere_guerre/index.php

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Les pages du CIDIHCA

Arts & Lettres contre l’esclavage

Arts & Lettres contre l’esclavage – Marcel Dorigny, Préface de Maryse Condé

Editions Cercle d’Art, 2018 – Prix : 29 €

ISBN : 978-2-7022-1060-4.


Publié à l’occasion du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage commémoré le 10 mai 2018, cet ouvrage très documenté et préfacé par Maryse Condé est aussi un livre d’art unique.

« Tel qu’il est, ce livre éveille dans tous les cœurs une émotion profonde. Il rappelle qu’hélas “l’institution abominable” existe encore dans de nombreux pays du globe », déplore Maryse Condé dans sa préface.

Cet ouvrage est le premier livre d’art à rendre hommage aux artistes, écrivains et philosophes qui ont en leur temps critiqué la traite négrière, l’esclavage, et ont combattu aux côtés des abolitionnistes. On découvre d’ailleurs que cent soixante-dix ans après l’abolition, cette cause reste d’actualité auprès d’écrivains tels Patrick Chamoiseau, Évelyne Trouillot ou Laurent Gaudé, et d’artistes comme Daniel Buren, Kara Walker ou Rashid Johnson qui s’impliquent en faisant écho à ces luttes.

Gravures, poèmes, sculptures, romans, caricatures et architectures, toutes les œuvres ici reproduites s’éclairent mutuellement dans un dialogue inédit.

Marcel Dorigny s’intéresse autant à la dénonciation des pratiques esclavagistes et aux différentes formes de résistance qui leur ont été opposées qu’aux récentes revendications mémorielles. Soulignant que cette dénonciation semble avoir constamment accompagné la pratique et nourri les représentations politiques, sociales et philosophiques, il évoque d’abord l’implication de ceux – parmi lesquels les philosophes des Lumières – qui ont cherché à informer et à témoigner des sévices subis au long de toute vie d’esclave, depuis les terribles conditions de la traversée jusqu’aux chiens féroces lâchés sur les esclaves marrons. Plus généralement, il insiste sur la manière dont arts et lettres n’ont cessé de contribuer à la maturation des esprits. Après avoir abordé les multiples formes de révoltes individuelles ou collectives, il met en évidence le récent processus mémoriel, nouvelle étape du combat qui a efficacement contribué à cette rupture radicale dans le regard porté sur l’unité de l’espèce humaine.


Le commerce de la viande à Saint Domingue

Le commerce de la viande à Saint-Domingue aux XVIIème et XVIIIème siècles – Antoine-Fritz PIERRE

Dépôt légal 2ème trimestre 2018 – Prix de vente : 25€

Bibliothèque nationale du Canada


La colonie française de Saint-Domingue des XVIIème et XVIIIème siècles est fille de la flibuste et de la boucane. L’île de la Tortue demeura la base par laquelle d’intrépides aventuriers transitaient avant de s’installer en nombre sur la partie occidentale de la grande terre pour entretenir un actif commerce de viande, de peaux ou de cuirs issus des œufs et des cochons sauvages dont l’île regorgeait, qu’ils chassaient et qui les nourrissaient aussi durant près de trois quarts de siècle. L’activité de ces pionniers et leur commerce ont fini par les fixer au sol et révèlent le premier fait économique en date pour cette partie de l’île.

La fixation des hommes au sol modifia leurs rapports à ce sol qu’ils apprirent à exploiter en faisant pousser des plantes comestibles du cru ainsi que d’autres comme le tabac ou pétun, l’indigo puis le coton, bientôt la canne-à-sucre et plus tard le café. Ce que les bateaux européens embarquèrent goulument à chaque passage le long des côtes. La chasse pionnière destructive en son essence disparut progressivement, non sans avoir appris aux pionniers le gardiennage animal qui aurait dû faire place, chez les nouveaux habitants, à un élevage conséquent proprement dit, eu égard au développement démographique dominguois au cours du XVIIIème siècle.

L’absence de cet élevage productif créa une situation permanente de pénurie de viande, de confusions et de conflits. Ce qui entraine une gestion quasi chaotique de toute cela à travers des institutions qui reflètent bien souvent une gestion politique tumultueuse de la colonie. C’est cette problématique qu’essaie de traiter le commerce de la viande à Saint-Domingue aux XVIIème et XVIIIème siècles.


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Distinctions

Mme Yanick Lahens

Annonce merveilleuse

« Le Collège de France, né en 1530, institution parisienne vouée à la recherche et à l’enseignement, a annoncé le mercredi 4 juillet 2018, la création d’une chaire « Mondes francophones », vouée à servir de « tribune » aux intellectuels et aux scientifiques majeurs des pays francophones avec comme titulaire: l’écrivaine haïtienne, Yanick Lahens.

L’administrateur du Collège de France, Monsieur Alain Prochiantz, a précisé, en annonçant la création de cette nouvelle discipline d’enseignement que « Ce n’est pas une chaire sur la Francophonie, mais une chaire où des gens qui pensent et écrivent en français trouveront l’hospitalité chez nous ».

Toutes nos félicitations à notre amie, Mme Lahens et nous signalons que sa leçon inaugurale aura lieu le 21 mars 2019 dans les locaux du Collège de France.


Mme Maryse Condé

Le Vendredi 12 octobre 2018, Maryse Condé a reçu le nouveau prix de la littérature, le Nobel alternatif, institué par la « Nouvelle Académie » spécialement constituée pour remplacer le Prix Nobel de littérature 2018, dont le lauréat sera révélé l’année prochaine

L’écrivaine française avait été citée plusieurs fois pour le Prix Nobel.

Née en février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Maryse Condé a publié une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et l’Afrique, ainsi que des pièces de théâtre et des essais.

La Nouvelle Académie(éventuellement éphémère) a fait valoir que Maryse Condé décrit dans l’ ensemble de ses oeuvres avec « un Langage Précis » les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme »

Depuis le 15 octobre 2018, les hommages rendus à l’écrivaine se succèdent dont celui très remarqué de l’académicien haïano-canadien Dany Laferrière.

Toutes nos félicitations à notre amie Maryse Condé pour cette reconnaissance de la part de la Nouvelle Académie.


Nadia Murad et Denis Mukwege

Le vendredi 5 octobre 2018 à Oslo -Norvège, le Comité Nobel norvégien a décerné le Prix Nobel de la Paix 2018 au Dr Denis Mukwege et à Nadia Murad pour leurs efforts de mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre, notamment en République démocratique du Congo, en Irak,  en Syrie et ailleurs.

Denis Mukwebe (le réparateur des femmes)

Denis Mukwege, avec son équipe, a « sauvé des milliers de patients victimes de tels assauts ». Il a régulièrement condamné l’ impunité des viols collectifs et « critiqué le gouvernement congolais et d’autres gouvernements qui n’ont pris aucune mesure pour faire cesser l’usage des violences sexuelles contre les femmes dans leur stratégie et comme arme de guerre », précise le comité Nobel.

Denis Mukwege, 63 ans, « a dédié sa vie à défendre des victimes de violences sexuelles en temps de guerre », a souligné le comité, notamment en République Démocratique du Congo.

Nadia Murad

Elle ne se bat plus pour la seule mémoire de ses frères, de sa mère, de ses neveux et nièces. Elle se bat pour la reconnaissance des crimes de guerre commis par l’organisation État Islamique (DAECH).

Nadia Murad, 25 ans, est « le témoin qui raconte les abus perpétrés contre elle et d’autres ». Elle a fait preuve d’un « courage rare en racontant ses propres souffrances et en s’exprimant au nom des autres victimes ». C’est l’une des 3000 femmes Yézidies qui ont été victimes de viol et d’autres abus de la part de l’armée de DAECH. « Ces abus étaient systématiques et faisaient partie d’une stratégie militaire », a reconnu le comité Nobel. Une arme dans le combat de DAECH contre « les Yézidis et les autres minorités religieuses ».  Son combat pour rendre justice aux victimes yézidies en dépasse sa seule personne.

Elle a parlé de son quotidien sous DAESH, de la manière dont elle s’est échappée, de sa vie actuelle en Allemagne. Devenue ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains en septembre 2016, elle a confié aux journalistes dans un large sourire qu’elle espère un jour retourner vivre en Irak, a parlé de ses rêves de suivre une formation pour devenir maquilleuse.

Si ses regards disent la douleur et la violence subies, ses sourires, eux, rappellent que l’espoir est permis et n’est pas hors de portée.

Saluons et félicitons  Nadia Murad et Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix.

Jacques Stéphen Alexis

Le premier prix Jean d’Ormesson pour un écrivain haïtien disparu il y a 57 ans

06/06/2018 19:25:17-Paris (AFP)-©2018AFP

Météore des lettres haïtiennes, l’écrivain et intellectuel engagé Jacques Stéphen Alexis, probablement assassiné en avril 1961 à 39 ans, est devenu mercredi le premier lauréat du prix Jean d’Ormesson pour son chef d’œuvre « L’Espace d’un Cillement » (Gallimard/L’imaginaire).

Le prix Jean d’Ormesson est un prix « qui ressemble (à Jean d’Ormesson), un prix qui célèbre les livres, la grande affaire de sa vie », avait expliqué sa fille Héloïse d’Ormesson en annonçant, début mars, la création de ce nouveau (et original) prix littéraire.

« Ni l’époque, ni la langue, ni le genre n’entraveront le choix des douze jurés. Seuls leurs goûts, leur complicité et une certaine forme d’affinité élective guideront leur sélection », avait-elle prévenu.

« L’espace d’un Cillement », paru en 1959, est un chef d’œuvre du « réalisme merveilleux », genre littéraire lancé par le Cubain Alejo Carpentier. Ce roman d’amour est porté par une écriture incandescente. Livre écrit au présent, chaque chapitre est découpé au rythme des cinq sens (la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et le toucher).

Tout se passe, le temps de la Semaine sainte, dans un bordel de Port-au-Prince, le « Sensation Bar », où se croise toute une humanité en souffrance. On suit Niña Estrellita, prostituée cubaine convoitée par les soldats américains (Les États-Unis ont occupé Haïti de 1915 à 1934). Il y a aussi El Caucho, militant syndicaliste, défenseur des opprimés, qui aimerait arracher Niña à la prostitution.

Le roman nous fait découvrir alternativement les pensées de l’un et de l’autre. Jacques Stephen Alexis avance par petites touches sensorielles (« le premier jour ils se verront le premier jour ils se verront »…). Ces deux-là vont devenir amoureux « l’espace d’un cillement ».

Le livre, sensuel et poétique, est aussi une ode à Haïti : ses odeurs, sa musique, sa rage de vivre.

Écrivain proche de Louis Aragon (un des auteurs préférés de Jean d’Ormesson) et d’Aimé Césaire, Jacques Stéphen Alexis, né en 1922, a inspiré toute une génération d’écrivains dont le Canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière, collègue de Jean d’Ormesson à l’Académie française et membre du jury présidé par Françoise d’Ormesson, épouse de l’auteur d’ »Au plaisir de Dieu ».

Militant communiste, Jacques Stéphen Alexis, par ailleurs médecin neurologue, fut de tous les combats révolutionnaires de la fin des années1950 (il rencontra sur son chemin le Vietnamien Ho Chi Minh, le dirigeant chinois Mao Zedong, se lia d’amitié avec Ernesto Che Guevara) jusqu’à son probable assassinat après avoir été torturé par des sbires du dictateur François Duvalier à Haïti au probable assassinat après avoir été torturé par des sbires du dictateur François Duvalier à Haïti au printemps 1961.

L’an dernier, l’éditeur Zulma a retrouvé « par miracle » la suite, malheureusement inachevée, de « L’espace d’un Cillement » qui a été publiée sous le titre « L’étoile Absinthe ».


Isabelle Choko

BON ANNIVERSAIRE Mme Choko Isabelle !

Ce n’est pas tous les jours qu’on a 90 ans !

Le 22 septembre 2018, à la Salle des Fourgères, 30-32, rue de la Saussière de Boulogne-Billancourt, vos enfants, vos petits-enfants et familles, vos amis venus de partout étaient très fiers de vous souhaiter un magnifique 90ème anniversaire.

De 12 h à 17 h, dans une ambiance familiale et amicale extraordinaire, vos invités se sont régalés.

Ce fut un après-midi exceptionnel.

Vos amis haïtiens de la Région parisienne vous saluent et vous félicitent pour votre 90ème anniversaire.

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Arts et Lettres

Poésie

1- Talisman

Le grand-père raconte qu’un vieil homme, un villageois, gardait un secret …

* Un secret en or

Tout le village cherche où il cachait l’or.

Ils ont creusé sous la maison, sous la cave, sous le canal et sous la montagne sacrée.

Le vieil homme devient le sage du village.

Les femmes le soupçonnent de dissimuler une sorcière…

Elles ont peur de devenir stériles !

* Le sage du village garde son sang froid

Chaque matin, sa fille Amal, signifiant l’espoir, cherche l’eau du puits.

Les causeries des femmes inventent l’imaginaire :

La sorcière a brûlé les champs de blé … Elle se promène librement pendant la nuit …

Les années défilent et les villageois travaillent dur, récoltent le blé et personne n’a vu la sorcière …

* Le sage les encourage …

Tout le monde pense à ce secret enfoui, telle une mine d’or …

Ils pensent à la facilité de la vie.

Un jour, nous trouverons le trésor que ce vieux cache.

* Un secret, un trésor, une mine d’or

Chacun rêve le matin et fait de beaux rêves le soir

* Le sage est fatigué

Le temps est venu de rédiger son testament.

Il l’a protégé dans un coffre-fort caché près d’un puits.

Chaque matin, sa fille Amal va puiser de l’eau entourée par les femmes.

En été, toutes les femmes portent « leur fruit » puis accouchent.

Les années défilent …

Les gens du village s’inquiètent, s’impatientent, attendent les fêtes

Pour recevoir l’or du sage. Mais ils se trompent.

*Le temps reflète son image ; le vieux sage est fatigué et devient muet …

Un jour, il a appelé sa fille pour lui raconter une anecdote …

Elle l’écouta attentivement.

Elle le regarda avec tendresse et dit « Mon père, je te souhaite longue vie »

* Le vieux sage est devenu très âgé …

Il lui montra où se trouvait le coffre-fort

Il lui donna des précieuses consignes dans son testament ;

Consignes qu’elle découvrit après avoir éparpillé ses cendres sur la haute montagne.

En retournant au foyer des souvenirs, elle chercha le coffre-fort et l’ouvrit avant que le soleil se lève en respectant les vœux de son père …

Elle découvre le secret : c’est un talisman où le sage a noté des lettres en or :

« Si tu veux réussir : cherche la lumière avant que le soleil se lève. Tu réussiras. »

Un jour tu crieras sur le toit une chanson de bonheur afin que les autres sachent ce que dit le Talisman magique d’un vieux sage :

* La règle d’or est de chercher la lumière avant que le soleil se lève …

Tu réussiras !

Mona Gamal El Dine (Jeudi 2 août 2018)

2- Viol Dans la Brousse

Pauvre Afrique !

Afrique prolifique

Où le jeunes se font dévorer

Par les démons de guerres.

Pauvre Afrique !

Un moment de calme et de pitié

Entre deux massacres

Me laisse un intervalle

Pour me sentir encore humain.

Alors je lève les yeux au ciel

Et compte les étoiles.

Debout

Dans la barque du temps

Je m’inquiète du sort des étoiles

Quand elles ferment leurs paupières

Pour mourir,

Quand elles filent dans l’abime

Pour se suicider.

Le ciel est un vaste linceul.

Le viol des femmes

Pourrait-il être responsable

D’une telle catastrophe ?

Les divinités ont-elles honte

De cette monstrueuse barbarie ?

Les vierges offrent

Leur sang coulant du cloaque béant

En sacrifice pour la tribu avilie

Quand la nuit blessée

Pleure à chaudes larmes.

Les jours de beuverie

La nature cesse-t-elle

De porter sa couronne

Sertie de diamants

Quand le deuil tombe sur la nation ?

Debout dans la barque du temps

J’entends cogner

D’énormes poissons

Aux grosses têtes…

En proie à de lourds cauchemars

Je frissonne de peur

Et déraisonne.

Ce bruit rappelle

La cargaison des navire négriers

Voguant vers l’Amérique

Chargés de nos parents

Captifs africains

Il aura fallu tant d’imagination

Et de passionnant

Pour créer la FEMME,

Matrice du genre humain…


Nel (Otobre 2018)

3 – Deux recueils de poèmes à lire

Déclinaison du verbe de Maggy de Coster (Éditions Unicité, 2ème trimètre 2018) et Les Palais du Chagrin de Maguet Delva (Éditions Astrinobés, 2ème trimestre 2018), Deux Haïtiens bien connus dans la communauté haïtienne :

-        Magguy de Coster comme journaliste, écrivaine, poète, publiant en français, en créole, en espagnol, en portugais, en roumain et en italien.

-        Maguet Delva comme journaliste, diplomate et poète publiant en français, en créole…

Lisons :

Femme mutique

Elle est cette femme muette, étoile évanescente en mal de ciel

Minuscule tache d’ombre à peine perceptible

Dans la galaxie masculine

Où elle enfile des perles de silence

Ses mots se perdent dans le tréfonds de son être

Et mille maux l’assaillent au quotidien

Ils foisonnent tant dans sa vie qu’elle en a à revendre

Elle abreuve sa peine à pleine tasse

Besogne à n’en plus finir

Impossible de s’enfuir

Du foyer-linceul

Plus de repère

Inconnue à elle-même elle s’envase

Et son cœur vase de pleurs

Qui ne se transvase pas

À ras bord rempli

Déborde

Viendra-t-il le jour où elle s’affranchira du mâle être

Pour s’ébaudir sur des plages de liberté ?

Magguy de Coster

Printemps des paupières

Viens comme d’habitude sur mes épaules

Le temps a effacé les traces de nos pas indécis

Le temps a émoussé le goût de nos baisers

Sur nos lèvres enfiévrées

A la veille de nos fringales rencontres

Tes violettes explosent leurs boutons floraux

Et sentent le printemps de tes paupières.

Oui ! Viens m’enivrer du parfum naturel de ton corps

Tu dormiras de ton dernier sommeil

Dans mes bras exaltés

Je n’ai rien oublié

Le charme de ton sourire

Tes mains au philtre magique

Comme celles du viticulteur caressant ses raisins.

Tes yeux charmeurs qui frétillent pour moi

Le jour comme la nuit

Sais-tu que mes rêveries conservent toujours

Le souvenir de tous ces attributs

Qui se métamorphosent

Quand tu es dans mes bras ?

Maguet Delva


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Livres à lire

1- Rencontre avec l’autre (Tranches de vie d’Alexandra Philoctète)

Rencontre avec l’autre (Tranches de vie d’Alexandra Philoctète)

Imprimé chez Le Caius du livre Québec- CANADA

ISBN – 978- 2 – 981 – 7588- 04 Dépôt légal : 1er trimestre 2018

Notre amie, notre collaboratrice et grande admiratrice de Pour Haïti a décidé de nous parler d’elle et de ses rencontres avec les autres, tous les autres…

En le faisant, elle nous permet de nous questionner sur notre parcours personnel dans l’exil et de mieux la connaître, en définitive. Elle nous a prêtés son miroir pour que nous nous regardions nous-mêmes, nous qui avons été confrontés à des situations similaires liées à l’exil, nous qui avons fui un Haïti dictatorial particulièrement atroce.

J’ai lu « Rencontre avec l’autre » comme si j’avais soif, une grande soif. Je suis persuadé que l’auteure a encore beaucoup de choses à nous dire.

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous livre les commentaires de deux amis de Mme Philoctète qui ont bien aimé son livre.


Paul Baron

Le premier est : Max Dorismont

« Ma chère Alex

Je dois convenir que tu as écrit notre histoire à nous tous. En effet, la manipulation de ton dernier livre, « Rencontre avec l’autre », nous laisse déjà avec des concepts de l’estime de soi inscrits à l’endos : « Plus on s’estime, moins on se laisse affecter par les mesquineries des autres ».

Tout dans l’ouvrage nous interpelle. Après l’avoir refermé, le lecteur devrait, en souvenir, titrer sa propre réflexion par ces mots : « Quand Alexandra décrit notre propre histoire ». En réalité, tous les souvenirs de notre expatriation ont été élaborés, développés, revécus à travers ton cheminement : la peur de l’inconnu mélangée à une certaine joie d’avoir abandonné l’enfer,  les angoisses d’un lendemain incertain, la prise en mains de nos destinées, la débrouillardise dans la vie trépidante des pays développés, la responsabilité du moi qui ne peut souffrir d’erreurs face à un futur sans promesse, le besoin de réussir sans l’apport extérieur, le sacrifice suprême pour se réaliser en menant de front travail et études, la socialisation coûte que coûte pour ne pas finir en robot …etc.

C’est vraiment la description de ton parcours aux pays d’accueil, mais un cheminement bien couronné, supporté, en fin de compte, par des parchemins de reconnaissance, de remerciements que les bénéficiaires n’ont pas hésité de souligner. Écrit dans un style clair, simple et posé, tout est subordonné au rythme des mots. Le lecteur nouvellement émigré, à mon avis éprouvera vraiment le besoin de te dire : Merci ! Merci d’avoir ouvert la fenêtre sur ton évolution en terre étrangère. Souvent l’expérience vécue par l’autre, qu’elle soit bonne ou mauvaise, vient parfois atténuer les affres de nos appréhensions.

C’est une œuvre à placer entre les mains de tout candidat à l’immigration. Au moins, il saura à quoi s’attendre en laissant sa terre natale. Rien n’est plus beau que son chez-soi. There’s no place like home ! A dit le poète.

Toutes mes félicitations ma chère. Tu ne saurais trop mieux dire.


Max Dorismond. Jeudi 2 août

Le second : Eddy Cavé

J’ai accueilli avec une joie immense la publication du passionnant récit autobiographique illustré d’Alexandra Philoctète, La rencontre avec l’autre, que j’attendais d’ailleurs avec impatience.  Le livre vient combler un vide que je regrettais amèrement, cette militante sociale de gros calibre n’étant connue que de celles et ceux qui ont eu le bonheur de la connaître personnellement, de l’écouter à la radio ou de lire ses articles. Et croyez-m’en sur parole : Manzè Aleksandra se yon gwo moun tout ayisiyen ta fèt pou kònnen l. Madame Alexandra est une personnalité de grande envergure que tous les Haïtiens gagneraient à connaître.

Il y a un peu moins de deux ans, cette citoyenne du monde nous révélait une partie de son itinéraire dans le fort instructif livre publié chez CIDIHCA sous le titre D’HAÏTI AU QUÉBEC, QUELQUES PARCOURS DE FEMMES. Membre actif, pour ne pas dire cheville ouvrière, du collectif qui a réalisé ce livre hommage, elle avait signé également le chapitre intitulé « Historique de la présence des Noirs au Québec », qui vient juste après la préface de l’ancienne gouverneure générale du Canada, Mme Michaëlle Jean.  Aujourd’hui, ce n’est pas un tronçon de son parcours personnel qu’Alexandra nous fait découvrir, c’est plutôt l’itinéraire complet d’un échantillon représentatif de la diaspora haïtienne de l’Amérique du Nord, et peut-être même du monde entier.

On aurait pu penser il y a une dizaine d’années que tout avait été déjà dit sur la contribution des Haïtiennes et des Haïtiens à l’épanouissement du Québec dans l’excellent livre de Samuel Pierre Ces Québécois venus d’Haïti. Eh bien, non ! Par l’originalité de l’approche, par le choix des 106 femmes retenues pour illustrer cette contribution, PARCOURS DE FEMMES nous montrait qu’il s’agit là d’un sujet presque inépuisable.  Aujourd’hui, la publication de La rencontre avec l’autre, rédigé dans le cadre d’un projet du département de Géographie de l’Université Concordia de Montréal, vient confirmer la justesse de ce point de vue. Et le livre, sans le dire expressément, souligne à la fois l’apport des diasporas haïtiennes aux sociétés d’accueil du monde entier, et l’enrichissement personnel et collectif qui en résulte pour nous tous et toutes. Dans ce livre, l’auteure nous tient par la main et nous fait visiter les différentes escales d’un long voyage qui ressemble étonnamment à celui de chacun d’entre nous.

Je lui cède ici la parole :

« Ce récit des tranches de ma vie présente quelque chose de particulier, car chaque endroit où j’ai vécu ou que j’ai visité est accompagné de cartes géographiques permettant de faire le lien entre mon environnement, mes émotions et mon cadre de vie.

C’est ainsi qu’à travers ce voyage dans le temps, j’ai revu les principales périodes de mon existence : mon enfance à Jérémie (Haïti), mon adolescence à New York (États-Unis) et ma vie d’adulte au Québec (Canada). »

Plus loin, elle écrit :

« À mon arrivée dans le Bronx à New York, j’ai appris une grande leçon de vie : ne pas laisser la peur du rejet nous empêcher d’aller vers les autres. Fréquenter différentes communautés culturelles m’a amenée à comprendre très jeune qu’on ne se définit pas par rapport à une religion, à une couleur, à une nationalité, mais plutôt par des valeurs humaines communes. Le sectarisme m’effraie… »

J’ai beaucoup aimé le livre. En outre, je dois beaucoup à Alexandra, et ce n’est ni par régionalisme jérémien ni par affection personnelle que je salue en elle une des femmes fortes de la diaspora et du pays. Par un de ces heureux hasards que la vie me réserve souvent, Alexandra était de passage à Ottawa pour son travail au gouvernement fédéral canadien le jour où j’ai fait imprimer une dizaine d’exemplaires du manuscrit de mon premier livre : De mémoire de Jérémien – Ma vie, ma ville, mon village. En route pour un restaurant de Gatineau où nous allions souper, elle, mon épouse et moi, elle parcourt rapidement le texte et m’offre le plus spontanément du monde, de le lire durant la nuit.

Le lendemain matin à la première heure, elle m’appelait pour me dire :

« Frérot, j’ai dévoré ton manuscrit qui m’a littéralement enlevé le sommeil. Je suis passée par tous les états d’âme : j’ai ri aux éclats ; j’ai pleuré, je me suis abreuvée de souvenirs agréables. Excellent travail de préservation de la mémoire… Mais il manque une chose importante au livre : un chapitre sur la femme dans la société jérémienne. Tu dois absolument l’ajouter. »

Deux jours après, c’était fait, et le chapitre sur la Jérémienne est celui qui a inspiré le plus d’éloges à mon lectorat et qu’en fin de compte j’aime le plus. Un grand merci Alex pour ce généreux coup de pouce, pour ta clairvoyance, ton amitié et les encouragements que tu ne cesses de me prodiguer ! »

Quand je remonte le cours des souvenirs de mon adolescence, je revois avec grand plaisir cette gamine que nous appelions Sandra dévaler, en compagnie de sa sœur Marlène et de son frère Claude, le morne Jubilé où sa mère dirigeait la bibliothèque Sténio Vincent. À leur arrivée à Nan Goudron chez leur tante Mme Dexter Clermont, leurs cousins Clermont et moi les accueillions avec notre refrain préféré : « Sandra, kot dra w?. Malèn kot lenn ou? » (Sandra, où est ton drap ? Marlène où est ta laine ?).  Naturellement, plus elles se fâchaient, plus nous les taquinions. Quand j’ai retrouvé Alex à Montréal plus de 50 ans après, c’était bien entendu une explosion de joie. Un de ces petits bonheurs qui s’entretiennent au fil des jours avec un appel téléphonique, un courriel, une rencontre à un récital de musique, une activité littéraire…

Philoctète par son père et Rey par sa mère, Alexandra appartient à une de ses familles qui ont laissé des traces indélébiles dans la petite histoire de Jérémie. À une époque où les Jérémiennes étaient cantonnées dans le petit commerce, l’enseignement primaire et où il n’y avait que quatre ou cinq infirmières diplômées dans toute la Grand’Anse, Flavie Rey Philoctète était directrice de la seule bibliothèque publique de la ville et elle ouvrait ses portes à tous les jeunes épris de savoir.

L’icône montréalaise Ghislaine Rey Charlier appartient également à cette famille, ainsi que les poètes et enseignants Raymond et René Philoctète qui ont marqué les lettres haïtiennes. En refaisant avec cette idée en tête l’itinéraire suivi par Alex de Jérémie à Montréal en passant par la Colombie Britannique, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick, un seul mot vient à l’esprit : Joumou pa donnen kalbas : La pomme ne tombe jamais loin du pommier.

Bienvenue Alex dans le monde des lettres et bon succès !


Eddy Cavé, Ottawa, le 27 août 2018

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Vie Associative

Colloque à l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine

Colloque des 5 et 6 Juillet 2018 sur la « Démocratie, mondialisation, peuple : vers quelles dynamiques et expériences des acteurs dans les sociétés du Sud ? (XXème-XXIème siècles »

Un colloque a eu lieu les 5 et 6 juillet derniers dans les locaux de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, précisément à l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique latine, au 27 à la rue Saint Guillaume, à Paris. Jacques Nési, rattaché au Laboratoire Caribéen des sciences Sociales (LCS2) non sans difficultés, a réalisé cette initiative en collaboration avec Jean-Jacques Cadet, doctorant à l’Université Paris 8. Il a souhaité, à l’origine, rendre hommage à l’action politique de Daniel Fignolé, homme politique haïtien : 11 nov.1913-27 Août 1986). (1) Néanmoins, ce projet ne s’est pas réalisé pour deux raisons : d’une part, la figure de Daniel Fignolé est peu connue dans les milieux universitaires en France et ailleurs, ensuite se limiter à Fignolé était peu ambitieux compte tenu des objectifs du colloque. Ainsi, il a été décidé en concertation avec d’autres chercheurs en Haïti de différer l’organisation du colloque consacré à Fignolé, non pas à Paris mais en Haïti en vue de faciliter le déplacement des intervenants et contourner ainsi les défis liés au financement du colloque.

Le colloque a dû s’orienter vers la réflexion et l’analyse autour des thèmes féconds : « démocratie, mondialisation et le peuple en se posant la question : vers quelles dynamiques et expériences des acteurs dans les sociétés du Sud (XXème -XXIème siècles) ? « Qu’est – ce qui motive cet intérêt ?

La rhétorique sur les modalités d’application de la démocratie, dès la fin des années 1970 dans les sociétés du Sud, s’est accompagnée de la diffusion et de l’imposition d’une doxa économique qui combine le dosage du libéralisme et l’inscription de ces sociétés dans la mondialisation. Dans ce contexte, la libéralisation politique associée à la libéralisation économique s’est traduite, certes par l’émergence des régimes démocratiques, mais également par l’apparition des forces d’apprentissage de la politique, de nouvelles sociabilités qui témoignent de l’appropriation du concept « peuple ».

Ainsi, en Amérique latine, par exemple, des innovations politiques sont observées en faveur du renforcement de la démocratie participative, de la citoyenneté et de l’enrichissement du modèle démocratique. En Afrique, les élections concourent à la participation politique, s’adaptant à des mécanismes transparents, selon des tempéraments et des contextes spécifiques, des modalités différentes ; néanmoins, elles n’aboutissent pas dans tous les cas, à l’alternance et aux limites des mandats. Elles se traduisent par l’appropriation des formes d’invention de la tradition démocratique. Puis, des mouvements de jeunesse (Sénégal, République Démocratique du Congo, Burkina Faso…) tendent à revitaliser la participation citoyenne. Tandis qu’en Libye, en Egypte, en Tunisie, derrière l’effervescence populaire apparaissent des pratiques, des représentations politiques de « restaurations autoritaires ».

Au-delà des dynamiques observées et des expérimentations démocratiques, les contributions des citoyens ne peuvent être comprises sans une interrelation avec la mondialisation qui, assortie d’un programme de nivellement et d’uniformisation, suscite des peurs et des angoisses. Cette interrelation engendre la déstabilisation des régimes et des défis insurmontables auxquels la démocratie semble impuissante : la migration, l’islamisme radical, la crise des réfugiés associée à celle des frontières et des identités, l’apatridie, le racisme, le terrorisme, la pauvreté, le crime organisé, le chômage…  Cet état des lieux sur la démocratie, le libéralisme et la mondialisation dans les sociétés du Sud, a déjà mobilisé la « communauté scientifique ». Néanmoins, il est nécessaire de poursuivre les travaux interrogeant le lien entre la mondialisation, la démocratie et les phénomènes liés à la migration et à la fuite, aux peurs, aux désenchantements de la démocratie au Nord –Etats-Unis d’Amérique et en Europe-dont les effets se font sentir au Sud.

Par son emprise sur les spécificités locales, la mondialisation confrontée à la démocratie peut-elle favoriser l’émergence de nouvelles cultures spécifiques, à l’initiative des acteurs infra-populaires (les masses, les analphabètes, la sans-terre, les exclus) et ceux de la société civile ? La mobilisation des acteurs infra-populaires se propose-telle de renouveler le contenu vertueux de la démocratie ?

Quelles sont les métamorphoses de la démocratie ? Quel « modèle de gouvernance traditionnel » ? D’où vient le renouveau démocratique ? La démocratie, peut-elle prétendre à l’universalité ? La pauvreté, l’analphabétisme rendent-elles fragile, non viable la démocratie ?

La mondialisation qui n’ignore pas les identités et le maintien des frontières nationales, génère-t-elle une démocratie intégrant des droits spécifiques pour les divers groupes de la société ?

La qualité des interventions

Diverses contributions ont tenté de répondre à ces questions. La journée du 5 juillet a été marquée par deux sessions : la première, présidée par Justin Daniel, professeur à l’Université des Antilles, a traité le thème « la Mondialisation et ses métamorphoses » avec la contribution de Christian Girault « Démocratie et régionalisation », professeur, directeur de recherche au CNRS-CREDA. Il a analysé l’impact de la démocratie participative en Amérique latine, la décomposition des partis politiques, et décrit les inquiétudes observées dans différentes régions en Europe, en Amérique latine et propose de revenir aux bases de l’intégration régionale. Du point de vue de l’Europe et de la région Amérique Latine-Caraïbes (ALC), l’heure est à la refondation. Elle s’opère dans des conditions difficiles, en raison des mouvements identitaires en Europe et des dissensions et des stratégies concurrentes en ALC. Face à ces tendances déstabilisantes qui pourraient aboutir à des désintégrations, (comme le Brexit), pour M. Girault, le défi principal est de consolider la dimension politique territoriale de l’intégration, au niveau local, au niveau régional (infra-étatique), au niveau national et au niveau des Grandes Régions. Cette dimension géopolitique a été trop négligée. Or c’est le régionalisme et l’inter-régionalisme qui peuvent faire émerger de nouvelles formes de citoyenneté transnationale et de coopération internationale dans l’Union Européenne mais aussi dans le Mercosur et en Amérique du Sud de façon plus large.

Louis-Marc Pierre, Doctorant à l’Université Paris-Sorbonne-Cité en géographie urbaine et des risques (dynamique des milieux) a présenté les résultats de ses travaux sur le sujet suivant « Port-au-Prince, ville mondialisée, métropolisée et vulnérabilisée : en quoi et comment ?» Il a montré l’interrelation entre la mondialisation et l’évolution de Port-au-Prince. Il a analysé les risques d’effondrement de la capitale : l’extension de la ville vers la mer, la recomposition de l’espace port-au-princien occupé de façon anarchique, l’alluvionnement des rivières, les effets déstructurants du séisme du 12 janvier 2010…bref une capitale qui a raté sa modernisation.

La deuxième session consacrée aux « stratégies de prise du pouvoir et de mobilisation collective » a été traitée par Chabou Habiba, Doctorante à l’Université Paris-I a présenté le thème : « les enfants de Novembre de Moussa Hadda (1975) : un apprentissage de la politique et une expérience de la démocratie dans l’Algérie révolutionnaire ». Mme Habiba, s’appuyant sur la projection du film « les enfants de Novembre de Moussa Hadda », explique comment le film pose les bases d’une société démocratique, et annonce à grands traits la marche d’une révolution en Algérie.

Plus tard, dans l’après- midi, les travaux sont engagés sous la présidence de Stéphane Douailler, Professeur des Universités. Anne Péné-Annette, Maitre de conférences à l’Université des Antilles et Rodriguez Elena en Master 2 en géographie à l’IHEAL dans « mouvements sociaux et démocratie au Venezuela : essai d’analyse à partir de l’empowerment » ont étudié les liens entre la démocratie participative et « l’empowerment » (autonomisation) qui connait un succès dans la politique de la ville. Puis, désaméricanisé, le concept appliqué au Venezuela, s’est traduit par des innovations politiques marquées par l’épanouissement de la démocratie, en tension avec ces trois chaines d’équivalence : un modèle néolibéral par les structures internationales, un modèle socio-libéral au niveau étatique et un modèle radical des communautés et des citoyens. Mme Péné-Annette et Mme. Rodiguez ont montré l’influence du contexte socio-économique sur l’exercice de la démocratie participative et sur les dynamiques d’empowerment au Venezuela, à partir d’éléments analysés du modèle radical émergeant des communautés et des citoyens.

La troisième session, organisée le lendemain 6 juillet, était présidée par Anne Péné-Annette, Maitre de conférences à l’Université des Antilles. Elle avait pour titre : « les mouvements sociaux et la démocratie ». Quatre communications y sont associées : la première communication est celle de Martinez Andrade Luis, Docteur en sociologie sur « les mouvements populaires face à la reconfiguration de la « colonialité du pouvoir ». L’Amérique latine en mouvement. » Après avoir analysé la célébration du cinquième anniversaire de la « découverte » du Nouveau Monde à l’initiative des élites, il a intégré la résistance indigène dans son analyse et montré qu’elle a traversé toute l’histoire de l’Amérique latine. Martinez a développé sa réflexion autour de la « colonialité du pouvoir » et montré les antagonismes présents dans les luttes populaires de l’Amérique latine.

La deuxième communication de Diego Mermoud, Doctorant à l’Université Paris 8 porte sur la « démocratie, mondialisation, peuple, le défi de l’après Castro ». Il a d’une part, soutenu que Cuba s’est inséré dans la mondialisation avec de nombreuses contraintes et avec une discipline cohérente, de l’autre, il a expliqué que cette mondialisation « à la carte » a permis à Cuba de s’engager dans un changement symbolique.

Dubarry Thibaut, docteur en sciences humaines, de son côté a présenté les résultats d’une enquête qu’il a conduite sur « les Eglises pentecôtistes, le libéralisme et la dynamique démocratique dans les marginalités sud-africaines ». Il s’est appuyé sur deux ethnographies dans deux églises et cinquante entretiens semi-directifs avec des fidèles pentecôtistes et deux pasteurs. Dubarry note que dans les communautés de la Revival Fire Ministries Church et de la Waf of Life Church se déploient un discours capitaliste, républicain, pro-démocratique et une mobilisation des fidèles favorable à l’expropriation des fermiers blancs.

Enfin la communication de Jacques Nesi, docteur en science politique, est intitulée « Corruption dans les sociétés du Sud : retour au peuple ». Elle s’est limitée à étudier les liens entre l’émergence des élites contre-délinquantes et l’intégration du peuple comme catalyseur du changement politique. La lutte contre la corruption qui s’accompagne d’enjeux n’est pas sans lien avec les mutations de l’ordre politique local. Nesi analyse la légitimité des élites issue de la volonté du peuple.

Ce colloque, soulignons-le, a été réalisé grâce au soutien de M. André Corten, professeur de Science Politique à l’UQAM, McGill, Concordia, UdeM ; M Justin Daniel, professeur à l’Université des Antilles ; M. Stéphane Douailler, professeur des Universités en Philosophie et Chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie à l’Université Paris 8 ; Monsieur Jean-Paul Durand, professeur et Doyen honoraire op. Institut Catholique de Paris ; M. Christian Girault, professeur, Directeur de recherche au CNRS CREDA-IHEAL-Université Sorbonne Nouvelle, spécialiste de l’Amérique latine et des Caraïbes ; Mme Anne Péné- Annette, Maitre de conférences à l’Université des Antilles ; M. Patrice Vermeren, professeur des Universités et Chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie à l’Université Paris 8.Jacques Nesi dans ses propos d’introduction leur a remercié avec insistance….

C’est une rencontre intellectuelle riche en réflexions novatrices, en échanges pertinents et critiques sur la démocratie, la mondialisation et le peuple. La qualité des intervenants a réhaussé les discussions autour des sujets d’une grande acuité : la mondialisation accompagnée des formes d’exclusion dans les sociétés du Sud et paradoxalement des pratiques de la démocratie participative et réactive. Les participants ont pu apprécier la qualité des échanges, la sérénité de l’ambiance, la pluridisciplinarité des approches. Ils souhaitent garder intacte cette curiosité intellectuelle par l’organisation d’un colloque du même genre tous les deux ans dans l’un des pays du Sud. Ils expriment également le souhait d’avoir accès aux actes du colloque qui seront publiés très prochainement dans la revue Sens Public.

Ce colloque a été réalisé en partenariat avec l’Université Paris 8, Université D’Etat d’Haïti, FOKAL, Université des Antilles, IHEAL.

(1)Merci à Dr.Pierre Fritz-Antoine, Dr. Talleyrand Daniel et Huy Cétoute qui, au cours des rencontres avec Jacques Nesi, au club littéraire de Paris, ont souligné l’importance de comprendre la trajectoire et l’action politique de Daniel Fignolé. Merci au secrétariat de l’IHEAL-Madame ROBERT- pour son accueil.


Nicole ANDRE (Nickie)

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Haïti Futur

A noter dès à présent sur votre agenda !

Manifestation Culturelle : la 5ème édition du Salon du livre haïtien aura lieu les samedis : 1er et dimanche 2 décembre 2018 à la mairie du XVème arrondissement (31 rue Péclet 75015 Paris – Métro ligne 12 station Vaugirard).

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EGSN : Les Etats généraux sectoriels débarquent à Paris

Un peu d’Histoire : « Les derniers Etats généraux furent convoqués par Louis XVI le 5 mai 1789 afin de résoudre la crise financière due aux dettes de l’État. Après le Serment du Jeu de paume de l’assemblée du tiers-état le 20 juin et la réunion des trois ordres le 27 juin, les Etats généraux se transformèrent en une Assemblée nationale constituante qui décida de rédiger une constitution écrite, marquant le début de la Révolution française. »
De nos jours, on appelle « États généraux » une assemblée des représentants de toutes les parties prenantes sur un sujet donné afin de l’aborder le plus complètement possible.

Haïti : Les États généraux sectoriels de la Nation (EGSN) ?

La présidence de la République haïtienne, son Excellence Jovenel Moïse a pris la décision de convoquer le 23 mars 2018 les États Généraux Sectoriels de la Nation. A cette occasion, les Haïtiens vivant à l’étranger ne sont pas oubliés. Ils sont également éligibles au même titre que les représentants des secteurs les plus divers de la société haïtienne (Affaires, religieux, politiques syndicaux, éducatifs, culturels, société civile, jeunesse, etc.)

L’objectif des EGSN serait de définir en Haïti les contours d’un système politique plus digne, plus démocratique, plus efficace et à la mise en place d’une économie plus productive dans une société plus solidaire. Les Etats Généraux permettraient de répertorier les éléments constitutifs de la corruption, de l’impunité, des fléaux environnementaux et des voies et moyens d’en faire face.

Mme Josette Bruffaets-Thomas a accepté de coordonner les consultations des Haïtiens vivant en Europe (France) et en Afrique au nom des EGSN et animera le forum du 8 décembre 2018 qui se tiendra en France.

Une forme de participation serait de répondre au questionnaire disponible en allant sur le site :

https://goo.gl/forms/PGarc6nFz08T12K2

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APESE Haïti

Construction de latrines à Fond-Melon

Depuis 8 ans maintenant l’association APESE Haïti soutien les projets de l’Association des Femmes Solidaires de Fond Melon (AFSF), localité située dans les hauteurs de Jacmel Sud’Est Haïti (Fond Melon Kay Sel). Rencontrées lors d’un voyage en Haïti à l’été 2010 ces femmes étaient pour la plupart commerçantes, cultivatrices ou couturières. Elles étaient organisées en groupement et souhaitaient mettre en place des actions dans le but d’améliorer leur condition de vie.

Parmi les projets déjà soutenu il y a :

-      Le micro-crédit : Financé sur les fonds propres d’APESE il a été lancé pour la 1ère fois en 2013, renouvelé 5 fois depuis. 48 femmes ont bénéficié d’un prêt allant de 100 à 300€,

-      Soutien à la transformation de l’huile de Palma Christie à partir des graines de Ricinus Comunis : a été subventionné par le FORIM et le Conseil Départemental de l’Essonne en 2015. Créer un label de qualité, trouver de nouveaux débouchés et augmenter les revenus de cette activité étaient les principaux objectifs.

La troisième demande était l’amélioration de leurs conditions sanitaires par :

-      Le soutien à la construction des latrines pour tenter d’éradiquer les maladies hydriques sur la localité ;

-      La mise en place d’une campagne de sensibilisation auprès des villageois et des élèves pour les responsabiliser sur les conséquences de déféquer à l’air libre et sur les notions d’hygiène.

Financé par le Conseil Départemental de l’Essonne en fin d’année 2017, nous avons procédé à la construction d’une première latrine témoin en début d’année 2018. Au total ce sont 20 latrines qui seront construites : 18 latrines individuelles directement chez les bénéficiaires et 2 latrines communautaires sur le plateau qui permet d’accéder au marché parfois après 3h de marche !

Une dalle en béton, des parois et un toit en bois et en tôle, un tube de PVC pour permettre la bonne aération, et le confort d’une cuvette qui peut être facilement nettoyée. Engagement des bénéficiaires : fouiller le trou aux dimensions attendues et transporter les matériaux fournis et achetés par APESE Haïti. L’équipe de boss Maçon et ses ouvriers procèdent ensuite à la réalisation des latrines en commençant par des plus éloignées.

Sanicia, auxiliaire de santé local a déjà procédé à une 1ère sensibilisation sur l’importance d’utiliser les latrines et comment les entretenir. A aujourd’hui 50% des latrines ont été construites, pour la plus grande fierté des familles. Les 50% restants devraient voir le jour d’ici la fin de l’année 2018.