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Actualités Internationales

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Les élections présidentielles et législatives françaises de 2017

Le 24 mai 2017, la France et le monde ont assisté à l’installation de Monsieur Emmanuel Jean-Michel Frédéric Macron comme président de la République Française. Son élection allait de soi, car la victoire de son adversaire, Madame Marine Le PEN, au second tour de l’élection présidentielle, du 7 mai 2017, était susceptible de créer une situation inédite, dangereuse et compliquée pour les Françaises et les Français, d’abord et pour les pays alliés et amis de la France, ensuite. Il n’empêche qu’un grand nombre de Français et également d’étrangers se sont interrogés sur l’âge du chef de l’Etat, né le 21 décembre 1977 et aussi sur le mouvement politique En Marche, créé en avril 2016 et qui l’a porté au pouvoir en mai 2017. La France ne saurait oublier son histoire. Louis XIV, né en 1638 débuta son règne en 1643, à l’âge de 5 ans. Mais, on était très loin de la République. En Marche ou La République en Marche (LRM) a dynamité les structures politiques traditionnelles françaises en prônant l’unité de la droite, de la gauche et du centre autour d’un homme : E. Macron. Conséquences : avec les institutions émoussées de la Vème République, le tout nouveau parti LRM s’est payé la majorité absolue à la chambre des députés : 333 sur 577. Ce n’est pas la première fois qu’un groupe politique ou un regroupement de partis politiques remportent une victoire écrasante à l’Assemblée Nationale. En 1981, la majorité présidentielle de Mitterrand comprenait 333 députés sur 491. Au premier tour des élections législatives, seuls 48,71 % des électeurs se sont déplacés (soit 51,29 % d’abstentions).  Au second, la participation est tombée à 42,64% (soit 57,36% d’adaptations). Ce qui veut dire que les 577 députés actuels ne peuvent se prévaloir de la confiance de la majorité des électeurs français. La France d’Emmanuel Macron et de son Premier Ministre, Edouard Philippe, a-t-elle l’autorité démocratique, populaire et morale suffisante pour tenir son rang sur le plan international ? Le programme de LRM peut-il s’imposer aux Français qui ne l’ont pas approuvé majoritairement aux dernières élections législatives de juin 2017 ? Dans ces conditions, la mise en pratique du programme économico-social, culturel et politique de LRM deviendrait problématique.

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Colombie, la bonne nouvelle.

Après plus d’un demi-siècle de combats et plusieurs années de négociations avec le gouvernement colombien, les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie(FARC) ont parachevé leur désarmement en remettant aux Nations unies(ONU) la quasi-totalité des armes qui était encore en leur possession mettant un point final à une insurrection qui aura duré plus d’un demi-siècle et tué plus de 220.000 personnes. Il est heureux de constater que les combattants du FARC et le gouvernement colombien disent d’une même voix :  « Adieu aux armes, adieu à la guerre et bienvenue à la paix ».

Les 7 000 combattants du FARC se sont engagés à poursuivre leur combat légalement sur le terrain politique. Les 7 132 armes légères seront entreposées dans des conteneurs avant d’être fondues pour devenir la matière première d’un monument à la paix. Les explosifs et les armes de plus gros calibres sont peu à peu sorties de leurs caches et les quelques armes encore en possession des Farc serviront à assurer la sécurité de 26 camps avant leur fermeture, prévue le 1er août. « Ce jour ne marque pas la fin de l’existence des Farc, il marque la fin de notre lutte armée », a déclaré Rodrigo Londono, principal dirigeant du mouvement, surnommé Timochenko.

Les derniers jours du mois de juin 2017 sont des jours heureux pour le peuple colombien.

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Le Venezuela, peut-il conjurer la guerre civile ?

À la fin de la prière de l’Angelus à Rome, le pape François a adressé un message à destination du Venezuela, sous pression depuis trois mois. « J’appelle à la fin de la violence et à une solution pacifique et démocratique de la crise », a-t-il ainsi dit. Cela fait plusieurs semaines que les manifestations d’opposition au Président Nicolas Maduro sont devenues quasi-quotidiennes. Le mouvement populaire lui reproche sa gestion de la crise économique face à la chute des cours du pétrole. Pénuries, inflation sévère: les Vénézuéliens n’en peuvent plus.

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Communiqué partial du gouvernement vénézuelien

« Le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela informe les citoyens vénézuéliens et les peuples frères du monde sur les attaques armées perpétrées ce soir, mardi 27 juin, contre les sièges du Ministère du Pouvoir Populaire de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix et du TSJ, tous deux situés à Caracas, dans le cadre d’une escalade putschiste contre la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela et ses institutions.

Ces 2 attaques ont été effectuées depuis un hélicoptère Airbus Bolkow modèle 105 immatriculé CICPC 02 volé sur la Base Aérienne Général Francisco de Miranda, à La Carlota, Caracas, par une personne du nom de Oscar Alberto Pérez qui, pour commettre ces attentats, s’est servi de sa condition d’inspecteur de la Division du Transport Aérien du CICPC ».

Soutenons le gouvernement de la République Bolivarienne.

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Équateur, un nouveau président démocratiquement élu

Lenin Voltaire Moreno, candidat du parti au pouvoir en Equateur, a été officiellement proclamé le mardi 4 avril 2017, vainqueur du second tour de l’élection présidentielle de dimanche par le Conseil national électoral (CNE). Il est entré en fonctions le 24 mai 2017 succédant à Rafael Correa, dans un pays profondément divisé. Monsieur Moreno est un président ouvert au dialogue et un ami d’Haïti.

Félicitations, Monsieur le Président.

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La guerre en Syrie et en Irak continue

Le groupe Etat islamique ou DAECH cède du terrain autour de ses deux derniers fiefs, avec l’avancée des forces arabo-kurdes vers Raqqa, en Syrie et la prise en Irak par les forces gouvernementales d’une ville située au sud de Mossoul.

« Nous avons pu nous emparer d’armes » de l’EI « et nous avons tué un grand nombre de ses combattants », affirme le mardi 27 juin 2017, la porte-parole de l’offensive, Jihan Cheikh Ahmad. En Syrie, l’opération « Colère de l’Euphrate » destinée à isoler la ville septentrionale de Raqqa, lancée samedi 1er juillet, a permis aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes mais qui comprennent aussi des Arabes et des Turkmènes, d’avancer depuis le nord dans la région désertique et plate qui entoure Raqqa.  La reprise de Mossoul en Irak et de Raqqa en Syrie, est-ce la fin de la guerre, surtout en Syrie ? Personne ne peut y souscrire. La complexité des problèmes, surtout en Syrie et aux fontières syro-turque, syro-libanaise, syro-israélienne invite à la prudence et à la patience.

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Actualités Haïtiennes

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Le Palais National

Tremblement de terre de 2010 et le Palais National

Le premier Palais National, siège de la présidence de la République d’Haïti, fut détruit en 1868, sous la présidence de Sylvain Salnave, lors d’une révolte.

Le second palais fut détruit le 8 août 1912 par l’explosion d’une poudrière au sous-sol du Palais qui tua le Président Cincinatus Leconte et plusieurs centaines de soldats. La famille du président fut saine et sauve.

C’est en 1918, durant l’occupation américaine que débutèrent les travaux de construction du 3ème palais. Trois palais détruits en une cinquantaine d’années, c’est un record.

Nous allons maintenant vous entretenir de ce troisième palais

Construit de 1918 à 1922 sur les plans de l’architecte haïtien, Georges Baussan 1894-1958), fils d’un ancien sénateur et qui avait étudié à l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Cet architecte construisit également l’Hôtel de Ville de Port-au-Prince détruit lui aussi lors du séisme du 12 janvier 2010.

Le Palais National s’inspirait de la tradition de l’architecture classique française et ressemblait grandement aux structurées érigées en France et dans son empire colonial de la fin du XIXéme siècle.

Le bâtiment possédait trois étages et son pavillon d’entrée était constitué d’un portique avec quatre troncs coniques. Le toit avait trois dômes et un grand nombre de statues de chiens assis. Le palais en béton armé était entièrement peint en blanc.

Vers une reconstruction ultérieure

Cette question constitue à nos jours un grand point d’interrogation et beaucoup de promesses que nous pourrions qualifier d’effets d’annonces.

Le 28 janvier 2010, deux semaines après le séisme, le président Préval annonçait que la France avait proposé de reconstruire le Palais National à l’identique. Le coût serait de 120 millions de dollars US. On attend encore.

Le 13 avril 2011, on a assisté à une démolition partielle du palais. Les deux dômes latéraux sont détruits.

Le 6 septembre 2012, démolition totale prise en charge par l’acteur américain Sean Penn. Volume des débris 20 000 m3 (mètres cubes).

Le 10 janvier 2014, le porte-parole du président Martelly, le nommé Lucien Juras annonçait que la reconstruction du Palais ne constituait pas une nécessité absolue et que le coût estimé à 100 millions de dollars US pourrait être utilisé pour d’autres priorités.

Le 20 Avril 2017, peu de temps après son investiture, le Président Jovenel Moïse annonce la reconstruction du Palais et procède avec le Premier Ministre, le Dr Jacky Guy Lafontant à la formation et l’installation d’un groupe de travail de sept membres doté d’un mandat de 90 jours. Attendons fin juillet.

La maquette d’Edmé Senes

Edmé SENES, étudiant en génie civil et artiste jacmélien (maquettiste) travaillait dans le domaine de la reproduction des maisons de sa ville sous forme de maquettes.

On découvre son talent en 1992. Il va pour la première fois, participer à une exposition en 1994, le premier mai, sur la place d’Armes de Jacmel.

On avait beaucoup apprécié ses reproductions qui étaint les façades des anciennes maisons de Jacmel et qui représentaient le patrimoine de la ville de Jacmel. Quite à ses encouragements, il se lance complètement dans le domaine de l’artisanat. Il remporte toujours les premiers prix lors des concours organisés par le Ministre du Tourisme à Jacmel et à Port-au-Prince sous le thème « Mémoire de notre Patrimoine ». Mais, il caressait toujours l’idée de construire la maquette du Palais National d’Haïti. Bien qu’il ait rencontré beaucoup d’obstacles, Edmé Senes a quand même réussi à construire la maquette. Ce travail a duré six mois et après l’avoir exposée à l’hôtel “ La Jacmelienne”, il a pu la vendre, enfin. Il a construit une deuxième maquette qu’il a mis 8 mois à confectionner. Edmé Senes est sur le point d’être reconnu comme le plus grand maquettiste d’Haïti.

Le 5 janvier 2010, une semaine avant le tremblement de terre, il commence à travailler sur la deuxième maquette quand le Palais fut complètement détruit. Cet évènement tragique renouvelle en lui la volonté de travailler d’arrache-pied pour réaliser la maquette d’une si belle architecture. Cette deuxième maquette est à vendre et se trouve actuellement exposée à la Bibliothèque Aux Trois Dumas de Jacmel.

Elle reste et demeure jusqu’à ce jour son chef-d’œuvre, modèle du patrimoine national pour les générations futures.

La maquette en question est en vente, emballage et transport maritime compris, au prix de 3 200 dollars US. Dimensions : L = 2 m; l = 0,90 m et H = 0,95 m.

Les contacts peuvent être pris auprès de Bernard CHIGNARD : Tel : 509 42 33 64 24 ; courriel : bernardchignard@gmail.com. Adresse postale : 11 Rue Seymond Pradel – HT 9110 JACMEL HAÏTI.

Bernard CHIGNARD

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Lafontant et Honoré planifient le retrait de la Minustah

Les autorités sécuritaires haïtiennes multiplient les séances de travail afin de préparer le retrait des troupes de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustah).

Le Premier ministre haïtien, Dr. Jack Guy Lafontant, a présidé, hier jeudi 30 mars 2017, une importante réunion de travail avec la cheffe de la Minustah, Mme Sandra Honoré, le ministre de la Défense, M. Hervé Denis et le directeur général de la PNH, M. Michel-Ange Gédéon, autour du mandat de la Minustah.

La cheffe de la mission onusienne a renouvelé le soutien de la Minustah pour le renforcement de l’État de droit, les institutions républicaines, l’accompagnement de la police nationale, la gouvernance et la décentralisation.

La Primature s’est gardée de fournir des détails sur les points débattus lors de cette rencontre.

En début de semaine, le Premier Ministre avait longuement débattu du retrait des casques bleus onusiens lors d’une réunion du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN).

Les autorités sécuritaires font état de l’élaboration d’un nouveau plan de sécurité sans fournir de détails.

Les militaires de la Minustah laisseront le pays à partir du 15 avril mais le contingent de la police sera maintenu.

“La composante militaire de la MINUSTAH devrait selon toute vraisemblance s’effacer dans un avenir relativement proche. On est en train de regarder les modalités”, avait indiqué en février le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous. Il a rappelé que le Conseil de sécurité de l’ONU, lorsqu’il a renouvelé la dernière fois le mandat de la MINUSTAH, a souhaité qu’à la prochaine échéance qui se situe le 15 avril, il ait des éléments pour se prononcer sur le paramétrage du mandat de la Mission.

Dépêche du Centre des nouvelles de l’ONU

13 avril 2017 – Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté jeudi une résolution dans laquelle il décide de proroger le mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) jusqu’au 15 octobre 2017 et de la remplacer ensuite par une autre mission de maintien de la paix, plus réduite, la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH).

Dans cette résolution adoptée à l’unanimité, les quinze membres du Conseil ont décidé que la composante militaire de la MINUSTAH « se retirera progressivement d’Haïti au cours de cette période finale de six mois, le retrait devant être terminé intégralement au 15 octobre 2017 ».

Ils ont aussi décidé de créer une nouvelle mission de maintien de la paix en Haïti, la MINUJUSTH, qui comptera jusqu’à sept unités de police constituées (soit 980 personnes) et 295 policiers hors unités constituées, pour une période initiale de six mois allant du 16 octobre 2017 au 15 avril 2018.

Ils ont décidé également que la MINUJUSTH sera chargée d’aider le gouvernement haïtien à renforcer les institutions de l’état de droit en Haïti ; d’appuyer et de développer encore la Police nationale d’Haïti, et de suivre la situation en matière de droits de l’homme, d’en rendre compte et de l’analyser.

Les membres du Conseil ont décidé en outre que la MINUJUSTH sera dirigée par un Représentant spécial du Secrétaire général, qui jouera également un rôle de bons offices et de sensibilisation politique aux fins de la bonne exécution du mandat.

La MINUJUSTH conservera sept des 11 unités de police constituées actuelles de la MINUSTAH, déployées dans cinq départements régionaux afin de préserver les progrès accomplis ces dernières années dans le domaine de la sécurité grâce à l’appui opérationnel fourni à la police nationale et le nombre d’unités de police constituées sera réduit en fonction du renforcement progressif de la police nationale sur une période de deux ans.

Dans sa résolution, le Conseil a décidé que l’action de la MINUJUSTH en matière d’état de droit, notamment, selon le cas, la lutte contre la violence au sein de la collectivité ou les projets à effet rapide, s’inscrira dans une stratégie de transfert progressif et continu des activités aux acteurs du développement.

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Haïti, les élus locaux et la politique : Que nous réserve l’avenir ?

Il faut savoir que :

« La Section Communale est la plus petite entité Territoriale Administrative de la République ».

Le CASEC est le Conseil d’Administration de la Section Communale tandis que l’ASEC est l’« Assemblée de Sections Communales ».( D’après la Constitution haïtienne)

La démocratie, est-elle en marche ?

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé le 12 juin 2017 que l’installation des élus locaux des élections du 29 janvier 2017 aura lieu du 19 au 23 juin 2017. Ce qui semble être le cas

La prestation de serment pour les nouveaux élus a bien eu lieu du 12 au 16 juin. Elle relevait du CEP, du Ministère de la Justice et des commissaires du gouvernement.

Du 5 au 11 juin 2017, le Ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales (MICT), Monsieur Max Rudolph Saint-Albin, a procédé à la distribution des écharpes et insignes aux élus locaux, d’après le Ministre de la justice.

Le Ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Monsieur Heidi Fortuné, a indiqué que toutes les dispositions étaient prises afin que les doyens des tribunaux puissent recevoir la prestation de serment de tous les élus locaux.

Le MICT entend aussi accompagner les nouveaux élus par la mise en œuvre de petits projets de développement dans leurs communautés.

Le Ministre de l’Intérieur et des collectivités territoriales a indiqué que 1 704 membres des Conseils d’Administration de Section Communales (CASEC), 3 035 membres d’Assemblées de Sections Communales (ASEC) et 785 délégués de ville seront installés dans tout le pays.

Quelle est la signification de l’installation de ces élus locaux ? Quel rôle vont-ils pouvoir jouer ?

Lors des élections locales tenues le 29 janvier 2017, le CEP a enregistré 12 267 candidatures pour les CASEC, avec un effectif de 34.99 % de femmes, 14 206 candidatures pour les ASEC, avec 41.76% de femmes et 4 583 candidatures pour les délégués de ville, avec 40% de femmes.

Sur 31 056 candidates et candidats qui ont pris part aux scrutins des Collectivités Territoriales, 38.92 % sont des femmes.

La démocratie est bien en marche, mais lentement.

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Haïti et sa Diaspora

France, le 29 avril 2017


Le président Jovenel Moise promet à la Diaspora qu’il aura trois députés et un Sénateur siégeant au Parlement Haïtien. Il a pris cet engagement hier mercredi 19 avril dans le cadre du lancement des activités commémoratives de la journée nationale de la diaspora, le 20 avril.

« Il faut cesser l’hypocrisie ! Nous devons travailler en vue d’arriver à élire des représentants de la diaspora au Parlement Haïtien. Nous envisageons pour cela, de créer 3 circonscriptions supplémentaires aux 118 existantes ; une en Amérique du Nord, une autre dans la zone Europe/Asie et une dernière dans la Caraïbe » a déclaré le chef de l’Etat dans son discours de circonstance

Jovenel Moise qui entend faire un plaidoyer en faveur de l’implication directe de la diaspora dans la gestion de la chose publique    a assuré qu’il allait en discuter longuement au cours de la tenue des États Généraux sectoriels de la Nation.

« Il est temps que les relations entre Haïti et sa diaspora prennent une tournure plus positive et plus productive. Et nous nous engageons publiquement à prendre toutes les mesures nécessaires pour que ces relations deviennent non seulement plus positives et plus productives, mais aussi plus efficace et plus efficiente » a souligné pour sa part la Ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE), Stéphanie Auguste.

Rappelons que 3 jours, les 19 20 et 21 avril, ont été retenus par le MHAVE pour célébrer   la journée nationale de la diaspora cette année, sous le thème « Plaidoyer pour une meilleure intégration de la Diaspora haïtienne »


Martine Isaac HPN

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Crises universitaires à répétition

Depuis plus d’un an, la situation à l’Université d’État d’Haïti (UEH) n’a cessé de se dégrader. Des affrontements insensés entre étudiants, professeurs, doyens, membres du rectorat, employés, et autres, sont la preuve que l’UEH va très mal. Peut-on s’en sortir ? La réponse est oui à condition de bien cerner les causes des crises à l’UEH.

La revue : « Pour Haïti » a jugé bon de porter à la connaissance de ses ami(e)s et abonné(e)s le texte qui suit de Mme Myrtha Gilbert. [Un grand merci à Mme Gilbert qui a autorisé PH à reprendre son texte]

Haïti : Le démantèlement programmé de l’UEH (20 juin 2017)


Introduction

Le plan américain pour Haïti, initié en 1981-1982 avec l’extermination des cochons créoles, s’est pleinement donné à connaître à partir de 1986, à la chute de la dictature trentenaire des Duvalier. Un prétentieux économiste, de l’école des apatrides, choisi par les maîtres de ce plan infernal, Lesly Delatour, s’en est donné à cœur joie, fermant des entreprises publiques, livrant quelques autres à l’appétit de brasseurs d’affaires, surtout étrangers, rabaissant les tarifs douaniers sur toute une gamme de produits agricoles cultivés par la paysannerie et d’autres de premiers nécessités fabriqués par l’industrie locale.

Le prétexte officiel pour l’implémentation de ce projet nihiliste : le redressement de l’économie haïtienne [1] ; sous-entendu, l’amélioration des conditions de vie des haïtiens grâce à la performance du secteur privé et la réduction de l’intromission de l’Etat dans les sphères financières, économiques, commerciales et celle de la production.

Bien entendu, il y a eu bien avant, des préparatifs de terrain, comme la présence en nombre imposant au début des années 80, des ONG internationales, venues prêter secours à un Etat défaillant. ONG-santé, ONG-éducation, ONG-eau potable, ONG-relèvement agricole, ONG-reboisement, ONG-société civile, ONG-droits humains, ONG-contre la violence, ONG-Christ sauveur des âmes… j’en passe et des meilleures !!!

En alliance ou en symbiose avec ces organisations venues sauver le peuple haïtien, nous retrouvons un trio bien connu : Banque Mondiale, FMI, USAID et en accompagnement, l’Union européenne et la BID.

Malgré tout le talent qu’ils ont mis à nous enterrer, ils s’étonnent de nous voir encore là, bien vivants. Alors, ils décident de jouer les prolongations. A voir jusqu’où va notre « résilience ». Nous les tenons par le ventre, et ils ne veulent pas lâcher prise ; essayons voir, s’ils peuvent résister quand nous touchons la tête. Eh oui ! La tête pensante. Si nous arrivions à sa dislocation. Il n’y aurait plus de poste de commande.

L’UEH dans l’œil du cyclone

Ainsi, l’UEH est-elle depuis un moment dans le viseur des maîtres du Cirque. Des nuages noirs s’amoncellent sur l’UEH écrivions-nous en 2007 [2]. Et comment ! Les conditions s’y prêtent d’ailleurs. La misère est à son comble. Le chômage désespère une force de travail disponible ; et le désespoir des jeunes universitaires est un ferment qui permet toutes les instrumentalisations.

Ce n’est pas un hasard qui a permis l’occupation du rectorat de l’UEH, depuis le début du mois de février 2016 ; un acte de délinquance conforté par le laxisme des autorités haïtiennes qui jouent au Ponce Pilate. Ce n’est pas non plus un hasard si des résidents de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti ont initié une grève sauvage, suivie par ceux d’autres centres universitaires au début du mois de mars de la même année. Nous voulons faire remarquer que dans les deux cas, l’Université d’Etat d’Haïti se trouve au centre de la tourmente.

Ces deux mouvements : occupation du rectorat et grève sauvage des résidents sont peut-être téléguidés par des centres de pouvoir distincts, voire opposés. Mais en fin de compte, ils obéissent à la même démarche. Aboutir au démantèlement d’institutions de l’Etat, par affaiblissement, effritement ou implosion. Les occupants du rectorat veulent empêcher le fonctionnement normal de l’UEH, les résidents (consciemment ou inconsciemment) aboutissent à la liquidation de l’Hôpital Général. De surcroît, beaucoup de médias se sont prêtés avec complaisance à ce jeu de vilains. Est-ce pour plaire aux commanditaires ?

La plupart de ceux qui sont manipulés pour cette sale besogne ignorent sans doute les objectifs précis des actes qu’ils posent. En tout cas, ils travaillent contre l’intérêt collectif, contre l’intérêt des grandes majorités et contre le leur propre à long terme. Et c’est une impardonnable trahison. Les chefs de file ont peut-être reçu des promesses mirobolantes de la part de leurs patrons : argent, postes bien rémunérés et bourses d’études. Mais les traîtres sont toujours méprisés, même de ceux qui les utilisent. Et l’opprobre dont ils se seront couverts les suivra toute leur vie.

Alors, dans l’espoir du démantèlement de ce qui reste debout, les violons se sont accordés. Ceux d’une frange de l’oligarchie, (acoquinée à des politiciens dwategòch), et des sponsors étrangers, des supporteurs naïfs, et en sus, des « zentellectuels » qui se disent de gauche, hélas !

Le clan des oligarques souhaite élargir leur espace d’investissements privés, en mettant KO l’Université d’Etat d’Haïti. La plupart caressent déjà l’idée de capter un peu plus d’argent de la diaspora, connaissant la solidarité familiale en matière de frais scolaires. Ils rêvent d’une espèce de FNE (Fonds National d’Education) mais privé. Sans contrôle d’un quelconque parlement. Ils détestent l’Etat quand il faut payer, ils adorent l’Etat quand ils peuvent gruger. Les politiciens rêvent de domestication pour renforcer leur pouvoir ; les zentellectuels qui se disent de gauche -vulgaires opportunistes- cherchent désespérément à l’aide de coup bas, postes juteux et opportunités d’affaires. Tous, ils utilisent les services d’étudiants-casseurs (les nouveaux cacos Jésus) qui monnaient leur brigandage contre un os enrobé de sucre à sucer. C’est un marché en pleine expansion. (1997-2017).

Depuis 1997, consacrant l’autonomie de l’Université, les crises se succèdent. Plus timides au début, bien plus graves aujourd’hui. Comme si la classe du vrai pouvoir d’Etat voulait faire payer à l’UEH le prix de son autonomie dans un pays où l’autoritarisme est roi.

Les prétextes à la violence aveugle sont multiples : 2000 ; 2002 ; 2008.

L’essai 2009- 2010, avec la farce de la fermeture de la Faculté de Médecine par des « étudiants en service commandé », n’a pas apporté les résultats escomptés. Deux ou trois petits malins ont obtenu des « jobs » bien rémunérés. Et c’est tout. Les commanditaires sont restés sur leur soif.

D’ailleurs, bien avant ces actes de brigandage, un médecin de la place avait manifesté ses inquiétudes, eu égard aux progrès constatés dans les soins fournis par le service d’urgence de l’HUEH (Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti) quelque temps auparavant. Il craignait que de telles avancées ne forcent la fermeture de certains hôpitaux privés, dont le sien !!! Sans commentaires.

Les combats d’hier doivent guider ceux d’aujourd’hui

A la chute de la dictature des Duvalier, les étudiants et le monde universitaire en général ont manifesté avec force leurs revendications d’une Université Autonome, capable de s’épanouir et de former en toute indépendance, les cadres nécessaires au pays. La plupart des étudiants de 1986, pensaient à ce nouveau pays à édifier, au rôle important qu’aurait à jouer l’Alma Mater, loin des caprices et des griffes de dictateurs rétrogrades et dans toutes les phases de construction de cette nouvelle société.

Car, ce pays revenait de loin. De 29 ans de dictature féroce. Il ne faut pas oublier le calvaire des étudiants et des intellectuels progressistes et révolutionnaires sous la dictature des Duvalier : les étudiants Thomas Charles, Robert Désir, Yanick Rigaud, Jean Souffrant, Robert Barreau, Serge Desruisseaux, Ponas Exantus, Chéry Louissaint, Yves Muzac. Professeur Jean-Jacques Dessalines Ambroise, professeur Mario Rameau, professeur Guy Lomini, professeur Jean-Claude Alexandre, professeur Roberson Dorval, professeur Jean Napoléon, professeur Jean-Robert Bellevue etc.

L’infiltration des lycées par cette dictature rétrograde, offrit à de jeunes écoliers-macoutes la permission d’entrer en salle de classe, arme au poing, menaçant élèves et professeurs. Les anciens du lycée de Pétion-Ville à l’époque, en savent quelque chose.

En ce temps-là, personne ne se vantait d’être militant. On se contentait de mener la lutte de manière clandestine, avec tous les risques que comportait cet affrontement inégal face à une dictature féroce appuyée par l’étranger. Ceux et celles qui luttaient n’escomptaient aucun gain individuel : ni passe-droit, ni job, ni bourse d’études en France, aux Etats-Unis, ou ailleurs.

Nous étions peut-être des rêveurs, des idéalistes ? Mais que vaut une LUTTE SANS IDÉAL, sans cette flamme qui vous porte à accepter tous les sacrifices, au nom d’une cause juste ?

Qu’est donc devenue l’Université d’Etat d’Haïti ? Comment comprendre cette soif de destruction ? Qui sont ces professeurs, ces étudiants qui n’ont à la bouche que menaces, injures, insultes et mensonges comme armes de combat ? Et quels combats ?

Yanick Rigaud, Jean Souffrant et Robert Barreau étaient des étudiants de la faculté de médecine dans les années 60. Thomas Charles, étudiait la Pharmacie. Tous, Militants exemplaires, ils ont donné leur vie pour que fleurisse une autre société. Que de tels exemples de dépassement et d’abnégation inspirent à nouveau les étudiants de l’UEH et la jeunesse haïtienne en général.

[1] Banque Mondiale, Le redressement de l’économie haïtienne, résultats, problèmes, et perspectives 1990.

[2] Myrtha Gilbert, Université et luttes politiques en Haïti 2007

Texte daté de juillet 2016 – Corrections et ajouts : 19 juin 2017

Par Myrtha GILBERT (Enseignante, chercheure)

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Aide internationale, ONG et Haïti

Haïti serait-elle mieux sans l’aide internationale ?

Quiconque a vu le film du cinéaste Raoul Peck : « Assistance Mortelle » répondrait par l’affirmative.

Expert de l’ONU en Haïti de 2006 à 2009, conseiller spécial du Premier Ministre haïtien (2009-2011), puis conseiller spécial de la Norvège jusqu’en 2016, M. Joel Boutroue a bien un avis sur la question.

« Haïti serait mieux sans l’aide internationale ».

Haïti fait partie des pays les plus fragiles du monde. Sept ans après le tremblement de terre de 2010, quels sont les enjeux auxquels le pays fait face ?

Haïti reste un pays en voie d’explosion. Au-delà de la gouvernance qui est le problème central, il y a un problème sur le front agricole. Haïti est un pays très agricole, mais il n’y a aucun investissement fait aujourd’hui dans ce secteur, aucune mise en place de pratiques soutenables et les instruments agraires n’ont pas évolué depuis la révolution haïtienne.

Il faut investir dans l’agriculture, et la première étape c’est de faire le cadastre des terres. Aujourd’hui, on se base encore sur des livres de l’époque coloniale, comme les relevés de cadastres de Moreau de Saint Mery datant de 1794.

Le deuxième grand enjeu du pays est celui de l’éducation. Elle s’est détériorée à vitesse grande V ces dernières décennies. Alors que jusque dans les années 1960, les Haïtiens s’exportaient à l’étranger pour leurs connaissances, aujourd’hui le niveau est catastrophique.

Enfin, le troisième est celui de l’eau et de l’assainissement. Haïti est une poubelle ouverte, qu’il faut traiter. Ce défi vient en amont de celui de la santé, car la population s’empoisonne. Il n’y a pas un égout, pas une station d’assainissement dans tout le pays. Ce problème est énorme est va le devenir encore plus avec la croissance démographique, puisqu’Haïti va passer de 11 millions d’habitants à environ 18 millions dans 40 ans. C’est d’ailleurs le dernier enjeu, celui de la démographie et de la planification urbaine. Port au Prince était prévu pour 200 000 habitants, ils sont maintenant 3 millions.

Haïti reçoit sans discontinue l’aide des bailleurs internationaux, notamment depuis le tremblement de terre de 2010. Comment cette aide est-elle utilisée ?

Les bailleurs de fonds sont souvent pris entre deux feux. D’un côté, il y a le besoin de rendre des comptes sur des résultats tangibles aux citoyens des pays d’origine. Et de montrer que l’argent a servi à quelque chose. De l’autre côté, il y a la capacité d’absorption du pays bénéficiaire. Et cela n’avance pas au même rythme. Pourtant, beaucoup de bailleurs de fonds, parfois par cynisme ou par paresse, font dans le court terme.

À Haïti, où les problèmes de déforestations sont importants, une partie de la population coupe moins de bois, car on a réussi à les intéresser aux arbres fruitiers, par exemple en apprenant à un agriculteur à faire du greffage de manguier pour valoriser un arbre fruitier et donc à ne pas le couper. Mais cela prend du temps.

Après le tremblement de terre en 2010, il y avait environ 15 000 millions de mètres cubes de débris à évacuer. En fait, très peu a été fait et cela a pris de mois avant que le déblayage ne commence, car personne ne voulait financer cette opération. Ce n’était pas sexy pour les bailleurs, et le résultat n’est pas assez visible.

Cela affecte-t-il les relations avec les États fragiles ?

Face à cette obligation de recevabilité dans un temps restreint, les bailleurs prennent rapidement des libertés vis-à-vis d’un État, surtout quand il ne réagit pas. On décrit souvent Haïti comme la République d’ONG, ce n’est pas entièrement faux. Les ONG financées par les donateurs internationaux rendent parfois très peu de comptes à l’État haïtien. Mais en faisant ça, on marginalise l’État et on le met en situation de faiblesse vis-à-vis de sa population. Et l’on crée ainsi de nouveaux problèmes. L’aide en Haïti n’est pas un partenariat, ce n’est pas une relation d’égal à égal.

Pourquoi un État fragile tel qu’Haïti ne parvient-il pas à imposer ses propres priorités de développement ?

Ce n’est pas parce qu’un État a signé une stratégie de développement que les priorités des bailleurs et les siennes sont les mêmes. Le problème de l’État haïtien c’est celui de tout État fragile qui n’a pas forcément les moyens ni la capacité d’avoir des priorités. C’est justement lorsqu’on intervient dans un État fragile que les bailleurs doivent aider à clarifier les priorités et à s’y tenir au lieu d’accuser l’État de ne pas en avoir. Mais dans cette situation, on a tendance à imposer des choix parce que la route du renforcement de la gouvernance du pays est plus longue et plus compliquée. Pourtant, toutes les initiatives de développement sont vaines sans renforcement de la gouvernance, c’est-à-dire la capacité d’un État à produire et mettre en œuvre des politiques.

L’aide internationale a-t-elle permis au pays de se développer concrètement depuis le tremblement de terre de 2010 ?

Haïti serait mieux sans aide, en tout cas sans la mauvaise aide, car elle permet à l’administration et les élites haïtiennes de continuer sans changer. À ce titre, il faudrait mieux créer des conditions qui poussent au changement. Si l’on est sur place, il faut l’être de manière intelligente, même si cela est moins visible en termes de valeur. Je ne dis pas que toute l’aide est mauvaise. On devrait par exemple pouvoir se servir de la présence internationale pour mettre la pression sur l’État qui est corrompu.

Au lieu de financer la construction de routes, ce qui coûte très cher en Haïti, il faut s’assurer qu’il y ait des lois pour entretenir les routes construites grâce à l’aide internationale. Cela est plus important que de construire la route en elle-même.

Après le tremblement de terre, il y a eu 5 milliards de dollars d’engagés par la communauté internationale, dont une grande partie n’arrive en fait jamais sur le terrain, car elle couvre les frais de fonctionnement. Sur l’argent qui arrive, l’État haïtien a peut-être reçu 10% en soutien budgétaire pour ses programmes. La plus grande partie est partie via les ONG internationales et même pas 1% aux ONG locales, enfin le reste est dépensé sur des programmes humanitaires.

La coopération internationale en Haïti est donc un échec ?

En majeure partie, c’est un échec, mais pas seulement en Haïti. Dans les pays fragiles, les agences de développement vont souvent travailler avec l’administration publique, qui est une coquille vide, et avec les élites qui sont responsables de la situation telle qu’elle est. On ne fait que renforcer un statu quo. Le rapport 2017 sur la gouvernance et la loi de la Banque mondiale le souligne : les pays qui reçoivent de l’aide font moins d’efforts pour changer leurs gouvernances.


Source : aide international Joel Boutroue développement assistanat Corruption

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Haïti et les Nations Unies : un dialogue inégal

Selon que vous soyez puissant ou misérable….

Le jeudi 13 avril 2017, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a voté, à l’unanimité, la Résolution 2350 qui mettait fin à la MINUSTAH installée depuis 13 ans en Haïti, et l’a remplacée par une autre mission baptisée MINUJUSTH, Mission des Nations Unies pour le Soutien de la Justice en Haïti.

Cette nouvelle a pris de court la plupart des Haïtiens, aussi bien ceux qui subissaient, en silence, le poids de l’occupation, que ceux qui avaient tiré un certain bénéfice de la présence des Casques bleus, sous des formes variées. Globalement, on attendait bien la fin probable de la MINUSTAH annoncée officiellement sous forme d’engagement, pour le 15 avril 2017, à l’occasion du dernier renouvellement le 16 octobre 2016. Dans l’ensemble, par-delà le jeu de mots amusant et même frivole suscité par le titre de l’opération baptisée MINIJUPE, on s’est interrogé sur les raisons qui entourent l’initiative, les non-dits et sous-entendus, et ceux des Haïtiens qui accordaient encore une certaine confiance à l’ONU et à son engagement à se retirer du pays selon un plan et un chronogramme établis avec le Gouvernement, ont exprimé déception, rage, impuissance et résignation, ce mélange d’attitudes et de sentiments caractéristiques des relations inégales dans la vie courante entre des individus et surtout dans les Relations Internationales.

On a appris, en même temps, que le Gouvernement, par la voix de son ambassadeur à l’ONU, avait constaté une convergence de vues avec l’ONU, ce qui signifie, au pire, que le projet lui avait été simplement notifié préalablement, au mieux, pour son honneur, qu’il avait fait l’objet de consultations, voire de discussions. Il ne s’agirait donc pas d’une mesure unilatérale, mais plutôt du fruit d’un consensus, quoiqu’inégal, entre une Organisation internationale et un de ses membres. Aux termes de la Constitution de 1987, la conduite de la politique étrangère du pays est de la responsabilité du Président de la République, mais sur une question qui engage la vie de la nation, il eut été normal de consulter le Parlement, au moins les deux Commissions de la Chambre et du Sénat chargées de la politique internationale, les partis politiques, les responsables du Pouvoir Judiciaire et de la Police Nationale, et des membres de la société civile. La procédure eut été une initiative nationale, au moins dans la forme, et non le fruit d’une connivence concoctée entre l’ONU et le Pouvoir Exécutif.

Avec raison, de nombreux Haïtiens peuvent se sentir floués, laissés pour compte, mis devant le fait accompli.

Une tradition interventionniste

Depuis sa naissance en 1945, l’Organisation des Nations Unies a conduit pas moins de 63 opérations dites de maintien de la paix dont 47 sont terminées et 16 encore en cours, particulièrement en Afrique où elle est présente dans 10 pays.

L’histoire des initiatives déployées en Haïti remonte à 1990 lorsqu’à la demande du Gouvernement provisoire de l’époque, l’ONU a décidé d’envoyer des observateurs pour aider le pays à organiser des élections. Avec l’ONUVEH a ainsi entamé la kyrielle des noms étranges qui ont traversé l’imaginaire haïtien sans laisser de trace, et cette première ne s’est pas incrustée durablement dans la mémoire collective. La seconde opération, la MICIVIH, Mission d’Observation des Nations Unies a été décidée conjointement par l’ONU et par l’OEA en février 1993 ; elle fut suivie de la MINUHA déclenchée en vertu de la Résolution 940 adoptée le 31 juillet 1994. Après, on a eu la MANUH, Mission d’Appui des Nations Unies en Haïti, en application de la Résolution1063, du 28 juin 1996. Après, ce sera la MITNUH, Mission de transition des Nations Unies, votée par la Résolution 1123 qui visait la professionnalisation de la Police. Puis arriva la MIPONUH, portée par la Résolution141 votée le 28 novembre 1997. La suivante, la MICAH sera issue d’une Résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU (A-54-193) votée le 11 décembre 1999 : elle visera à renforcer les résultats acquis par la précédente mission. Enfin, le 1er juin 2004 le Conseil de Sécurité vota la Résolution 1529 créant la MINUSTAH.

Ainsi, parmi les initiatives ordonnant l’envoi de missions variées par leur composition militaire et civile, et leurs objectifs, six ont été votées par le Conseil de Sécurité qui regroupe 15 membres dont 5 permanents disposant du droit de veto (Etats Unis, Royaume Uni, France, Russie, Chine) et leurs Résolutions sont contraignantes ; et une par l’Assemblée Générale qui regroupe la totalité des 193 membres de l’institution mais dont les décisions ne comportent pas ce caractère coercitif. On a souvent avancé l’argument selon lequel la République d’Haïti, participant à la Conférence de San Francisco (avril-juin 1945) et signataire de la Charte des Nations Unies adoptée le 24 juin 1945, en a assumé les contraintes  et, implicitement, le pouvoir du Conseil de Sécurité, organe de décision de l’ONU, et dont l’autorité est condensée dans le Chapitre VII, Action en cas de menace contre la paix, rupture de la paix et d’actes d’agression qui l’autorise à adopter toute forme d’intervention, y compris l’usage de la force. A signaler que contrairement à ce qui était prévu dans la Charte, l’Organisation ne dispose pas de Forces armées permanentes, aussi, pour chaque opération, elle doit constituer des unités militaires et policières fournies par les Etats membres dont la facture est généralement à sa charge.

La Résolution créant la MINUSTAH a été adoptée en application du Chapitre VII de la Charte. Or, la situation du pays en 2004 ne représentait aucune de ces menaces. Et il est intéressant de souligner que la représentante des Etats Unis qui n’a toutefois pas bloqué l’adoption de la Résolution, par l’usage de son droit de veto, a tenu à préciser durant le débat consacré à la création de la MINUJUSTH :

Le mandat de la MINUSTAH ne répondait pas à la réalité en Haïti car il n’y avait pas de menace de conflit ni d’accord de paix à en surveiller la mise en application.

Ce qui signifie que, sur le plan juridique, la Résolution de 2004 créant la MINUSTAH n’est pas valable, mais il n’y a aucune instance, à l’intérieur du système des Nations Unies qui permettrait à Haïti de présenter et faire valoir son point de vue dans le sens qu’elle ne méritait pas cette mise sous tutelle militaire et policière, à moins de porter la question devant la Cour Internationale de Justice, un des organes de l’ONU. Ce serait une première, mais il ne s’agit pas de se faire des illusions à ce sujet : il serait juridiquement possible mais raisonnablement hasardeux de mettre en question une décision du Conseil de Sécurité qui jouit d’un prestige et d’une autorité inégalés dans le système onusien. En outre, il faudrait aussi qu’un Gouvernement haïtien ait le courage et la compétence requis pour oser une telle initiative avec une faible probabilité d’obtenir satisfaction. Une fois de plus, cet abus illustre la situation classique d’un pays face à une organisation internationale, d’autant plus que l’instabilité politique locale n’encourage pas la mansuétude et un effort de compréhension de la part de nos partenaires. Et ce sentiment est d’autant plus actif comme ingrédient de la vision des pays étrangers, particulièrement des grandes puissances, qu’Haïti est cataloguée dans la presse internationale comme étant un pays failli, un pays foutu, ce qui justifierait la prise en charge de son destin, soit par une Organisation Internationale, soit encore par un autre pays. La tragédie haïtienne se retrouve dans cette équation fataliste et humiliante : elle serait incapable de se gouverner par elle-même, et elle aurait besoin de béquilles internationales. C’est la lecture que l’on peut tirer des discussions qui ont toujours entouré l’adoption des Résolutions qui réclamaient l’Intervention du Conseil de Sécurité.

Mais il faut aussi souligner que les pays du Tiers Monde actuellement membres dudit Conseil (Egypte, Sénégal, Éthiopie, pour l’Afrique, Bolivie et Uruguay pour l’Amérique Latine), n’ont pas exprimé le moindre bémol contre la résurgence de la MINUSTAH sous un autre nom.

Une vocation pour la Justice

La nouvelle opération, la MINUJUSTH, a pour principale mission la réforme de la justice haïtienne. Ceci constitue un affront et un danger. D’abord, ce n’est pas la première fois qu’un pays ou une organisation internationale se présente en Haïti avec comme mandat, ou comme illusion, de réformer la justice. Plusieurs institutions internationales se sont dédiées, pendant des mois, à cette occupation sans aucun résultat sinon en produisant de volumineux rapports qui reprennent des conclusions passées, à partir de deux constats : le maintien de l’état déplorable du système judiciaire, de l’autre l’impossibilité de corriger, de l’extérieur, cette situation.

C’est un dossier sur lequel se penchent courageusement les acteurs locaux du système, magistrats, avocats, juristes, analystes et quiconque se préoccupe de l’avenir du Pouvoir Judiciaire, co-dépositaire de la souveraineté nationale solennellement proclamée depuis 1843, mais que l’on considère généralement non comme un Pouvoir authentique, indépendant des deux autres (Exécutif et Législatif), mais comme un service public. Les problèmes structurels et fonctionnels sont connus et analysés. Par nature, ils sont d’ordre national et, sans sous-estimer les potentielles analyses et suggestions étrangères, il va de soi que les réformes nécessaires sont de la responsabilité des instances locales. Or, sur la base des expériences passées, demeure le risque d’une extension des pratiques des représentants de la MINUSTAH ou d’autres instances internationales qui agissent, parfois avec arrogance, comme dans un pays conquis, avec, il faut bien le reconnaitre, la complicité de compatriotes acquis ou rendus obséquieux. Et ce n’est pas extravagant ou caricatural d’anticiper qu’en fonction de la mise en application de la MINUJUSTH, on ne rencontre dans un tribunal ou à un point quelconque de la chaine pénale, un magistrat venu d’un des pays qui aura contribué à fournir des collaborateurs parfois compétents et de bonne foi.

D’une manière générale, en écartant les risques de dérapage, on peut se demander comment la nouvelle mission pourrait-elle, en six mois, réussir à produire un programme cohérent et crédible de relève là où d’autres instances internationales ont échoué. Les promoteurs ont-ils l’intention et inscrit à leur programme de prendre contact avec les responsables du système : le Ministère de la Justice, les acteurs de la chaine pénale, le CSPJ, les Associations d’avocats, les Commissions du Parlement, les associations de Droits de l’Homme, les partis politiques. Quelles seront les limites juridiques de l’intervention des Nations Unies, par exemple au niveau normatif : préparation des lois ou même d’amendements constitutionnels, voire d’une nouvelle Constitution. Il serait maladroit et improductif de nier l’apport étranger à la réflexion en ce qui concerne ce qui devrait être entrepris pour réformer la justice, mais il est impératif de défendre la priorité de l’approche nationale de la question. Le principal mandat de cette nouvelle mission des Nations Unies est appelé à s’introduire dans les béances du système juridique haïtien déjà affaibli et, au lieu d’apporter des solutions, il risque d’aggraver la situation dont les citoyens subiront les conséquences et non les artisans onusiens qui quitteront le pays avec bonne conscience, après avoir produit un Rapport de plus.

Une logique séquentielle inquiétante

Ce qui frappe dans le rappel de la succession chronologique des différentes missions envoyées dans le pays, est qu’il se dégage une préoccupation de logique séquentielle qui présente une opération comme étant la continuation naturelle et inévitable de la précédente, sa concrétisation, son amélioration. Cela justifie l’inquiétude que cette mission ne serait pas la dernière et que, le 15 avril 2018, on trouvera des raisons de renouveler ce mandat, car l’évaluation de la situation dans le pays le justifierait. Ainsi, l’intervention de l’ONU dans le pays obéirait au principe commode du renouvellement tacite. De sorte que l’implication de l’institution serait indéfinie. Ce n’est pas une vision pessimiste virtuelle mais le résultat d’une réflexion lucide.

Malgré les satisfactions enregistrées du côté de ceux qui acceptent la présence onusienne comme une fatalité ou un mal nécessaire, d’une manière générale, la MINUSTAH n’est pas bien vue dans le pays. Tout d’abord, son déploiement est une occupation déguisée et il suscite un réflexe nationaliste compréhensible. En outre, on ne voit pas très bien à quoi ont servi les sommes engagées, un demi-milliard de dollars selon les années, sinon à entretenir des troupes militaires essentiellement latino-américaines (envoyées,  par le Brésil, l’Inde, le Chili, l’Uruguay, le Pérou, l’Argentine) et aussi des policiers, et les Haïtiens s’étonneront en apprenant que ces derniers représentaient pas moins de 47 pays, en fonction d’un saupoudrage qui faisait cohabiter, par exemple, 5 Russes, 4 Sierra léonais, 2 Togolais, 3 Grenadiens… y tutti quanti. Question d’impliquer tous les continents dans un pays transformé en Tour de Babel.

Le salaire des représentants civils et militaires est un secret bien gardé, mais des fuites permettent de savoir qu’une partie leur est versée en Haïti, une autre sur leur compte étranger. A cela s’ajoutent de juteux per diem et surtout, pour certains, une prime supplémentaire car ces aimables Casques bleus risqueraient leur vie en venant en Haïti, alors que l’on ne rapporte pas de cas d’agression dont ils seraient victimes en 13 ans.

Par contre, on ne saurait passer sous silence les dénonciations de viols, de vol, de paternités non reconnues, et surtout le cas non résolu de l’introduction du choléra par des troupes népalaises, bien documenté par des sources haïtiennes et internationales comme le Bureau des Avocats Internationaux. Il est prouvé que cette épidémie qui avait disparu des annales sanitaires du pays a occasionné près de 10.000 morts et 600.000 contaminations. Le précédent Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon, avait bien présenté ses excuses, le 18 aout 2016, mais sans reconnaitre la responsabilité de l’institution internationale. Il s’était engagé à solliciter l’aide internationale évaluée à 400 Millions de dollars, mais jusqu’ici seulement 18 Millions ont été collectés pour l’assainissement et 132 Millions pour lutter contre l’épidémie. La population reste désemparée d’autant plus que les autorités nationales ne manifestent pas un engagement probant pour aider les victimes, en particulier au moins par la délivrance de certificats de décès.

La MINUJUSTH non encore déployée n’est pas un succédané de la précédente, mais une nouvelle mission. Il n’y a pas de petite ou de grande opération. Leur nature ne change pas, notre perception non plus, et pour le pays, pour les Haïtiens soucieux du respect de leur souveraineté, il ne s’agit pas d’un degui, d’une opération d’attente de jours meilleurs. En français et en créole, un aurevoir ne signifie pas un adieu, mais la promesse de se revoir. On ne dit pas adieu à l’ONU dont on se souvient de la genèse qui soulevait des espérances alors que la meurtrière deuxième guerre mondiale n’était pas complètement achevée, et en Haïti, on apprécie les fonctions raisonnables et surtout l’efficacité des actions de quelques-unes des 11 Institutions qui forment le système avec elle et qui sont présentes et actives en Haïti.

Chronique d’un échec annoncé

Cinq Prix Nobel de la Paix : Betty Williams (1976), Adolfo Perez Esquivel (1980), Rigoberta Menchu (1992), Jody Williams (1997), Shimon Ebadi (2003) ont rendu publique une lettre adressée au nouveau Secrétaire Général de l’ONU, le portugais Antonio Gutierez par laquelle ils exigent de l’institution qu’elle paie ses dettes envers Haïti, et pas seulement les dédommagements aux victimes du choléra. Ils estiment que le bilan de la MINUSTAH est catastrophique en ce qui concerne les droits de l’homme et qu’elle a représenté un danger pour le peuple haïtien. Ils concluent que la nouvelle entreprise annoncée est chargée de virtualités aussi désastreuses pour le peuple haïtien.

Est-il trop tard pour renoncer ou pour changer de cap. Nous ne le croyons pas même si la bureaucratie onusienne est lourde et têtue. Mais il est souhaitable de bien analyser les implications liées au déploiement de cette nouvelle mission.

En tout cas, au nom du parti RDNP toujours soucieux de défendre l’intérêt national, sans ostentation et sans fanfaronnade, je fais un appel sincère mais déterminé à tous ceux qui partagent, avec nous, non un nationalisme frileux, mais un patriotisme calme et lucide, pour qu’ils s’engagent dans une prise de position collective pour défendre l’honneur national qui risque d’être abimé par la mise en activité de la MINUJUSTH.


Mirlande MANIGAT, Secrétaire Générale du RDNP

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Une feuille de route pour la République Haïtienne

Des ami(e)s ont fait parvenir à la rédaction de la Revue « POUR HAÏTI » un document intitulée : Une feuille de route POUR HAÏTI en français et en créole : An nou trase ou chimen pou Ayiti. Quand on a fini de lire ce document qu’on pourrait appeler un Manifeste de l’espoir, on sent très vite qu’il faut le faire partager par les femmes et les hommes sans distinctions qui ont rêvé et rêvent encore d’une Haïti plus juste, plus fraternelle, plus démocratique et qui se place dans le XXIème siècle.

L’équipe de POUR HAÏTI pense le publier en 3 ou 4 parties.

Première partie.

Une Feuille de route : An nou trase chimen pou Ayiti…

Février 2017


Il y a un peu plus de neuf mois, un groupe de citoyens et de citoyennes d’horizons divers a commencé à se rencontrer régulièrement pour réfléchir sur les raisons de l’échec du modèle haïtien et les meilleures façons d’y remédier. Une action concertée et cohérente étant importante pour supporter et servir de catalyseur à une implémentation effective de toute action de développement, ce groupe initial a convenu de travailler à l’élaboration d’une Feuille de Route pour tracer un chemin pour Haïti.

Il s’agit de lancer un processus consultatif et collaboratif de façon à permettre à toutes les parties prenantes, de tous les secteurs de la vie nationale, de participer à l’élaboration de cette vision qu’ils auront ensuite la charge de défendre et de mettre en œuvre.

Un aspect important de la Feuille de Route est la place importante qu’elle accorde à l’interaction entre le noyau des experts encadrant les débats et la plateforme de contribution alimentant et orientant les discussions.

Le dossier complet, y compris les événements-clés, un appel à contribution et les notices biographiques des membres du groupe initial suivent.

Le projet de la feuille de route

Trente ans après la fin de la dictature des Duvalier, Haïti est encore loin de réaliser les promesses de la démocratie. Si nous pouvons encore compter sur les acquis de 86 en termes de libertés démocratiques, nous accusons des lacunes importantes en matière de justice sociale et de cohésion nationale. Les Haïtiens doivent faire le constat que leur situation économique a empiré, que la capacité productive du pays s’est dégradée, que les institutions du pays se sont affaiblies, que l’Etat est de moins en moins capable de répondre à ses missions. Quelques données pour illustrer ces constats :

• En 2012, plus de six millions d’Haïtiens vivent dans la pauvreté et sont incapables de faire face à leurs besoins de base ; et 2.5 millions vivent dans la pauvreté extrême, c’est-à-dire avec un revenu inférieur à 1 $/jour donc dans l’incapacité de manger à leur faim.

• Le pays a du mal à générer un niveau de croissance suffisant (le PIB par habitant s’est contracté de 0.7 % par an, en moyenne, sur les 40 dernières années et depuis 5 ans les réalisations restent très en dessous des seuils projetés : 1.4% en 2015, il sera probablement inférieur à 1% en 2016.

• Les inégalités sociales restent importantes ; le coefficient de Gini qui mesure l’inégalité de revenus dans la population est de loin le plus élevé de la région Amérique Latine et Caraïbe pourtant connue comme l’une des régions les plus inégalitaires au monde (0.6 en Haïti par comparaison à une moyenne régionale de 0.5), ce qui signifie concrètement, un accès inégal à l’éducation, à la santé et aux infrastructures au détriment des couches les plus pauvres de la population.

• En ce qui concerne le fonctionnement de la démocratie et la capacité de nos institutions, Haïti est noté 3.9/10 sur l’index de démocratie et figure sur le top 10 de l’index des Etats fragiles, ce qui signifie concrètement une capacité limitée de l’Etat à fournir à la population les services les plus élémentaires.

En d’autres termes, la situation en Haïti est telle que la grande majorité de son peuple vit un stress quotidien pour satisfaire ses besoins fondamentaux. La classe moyenne se paupérise graduellement et d’une manière apparemment inexorable. Les dernières décennies ont montré qu’il est inutile d’espérer qu‘un changement quelconque vienne de l’appareil d’État seul dont les institutions se sont au contraire affaiblies d’une manière alarmante. Les citoyens doivent s’impliquer de manière résolue et solidaire pour provoquer la rupture qui s’impose et aider à établir les fondements qui permettront aux générations actuelles et futures d’accéder à de meilleures conditions de vie et à un meilleur avenir. Préparer cet avenir exige de réfuter ce qui s’annonce comme un déclin fatal et de mettre la main à la pâte pour travailler à remonter le courant et générer de meilleures opportunités pour les générations futures.

Le défi

Pour améliorer les conditions de vie des Haïtiens, il faut commencer par créer les conditions d’un développement soutenable en inversant le cycle de décapitalisation de la société haïtienne, en faisant la promotion de valeurs autour de la cohésion nationale et de la justice sociale, et en remettant en question le modèle actuel d’organisation de la vie politique et sociale. Cela passe par la stabilité politique, de bonnes décisions de politiques publiques, une rupture dans le mode de gouvernance de l’Etat, une plus grande capacité de proposition et d’action du secteur privé et de la société civile et enfin un effort systématique et soutenu des pouvoirs publics pour éliminer la marginalisation des pauvres.

Il faut arriver à créer et maintenir dans la sphère publique un dialogue constructif entre les différents secteurs pour une vision partagée sur les politiques publiques et la gouvernance afin de reconstituer et de sauvegarder les lieux du combat démocratique. Nous avons besoin d’un instrument de dialogue interactif qui puisse permettre aux Haïtiens de s’impliquer et de s’engager collectivement dans une démarche de reprise en main de leur destin, sur la base d’une vision partagée, d’une entente sur des propositions claires de politiques publiques et de gouvernance dans l’intérêt général. La Feuille de Route Nationale peut être cet instrument si la démarche pour l’élaborer parvient à mobiliser non pas seulement les experts, mais l’ensemble des parties prenantes (stakeholders), c’est-à-dire l’ensemble des forces de propositions existantes dans la société, dans tous les milieux, y compris parmi les Haïtiens vivant à l’étranger. Telle serait la mission d’un mouvement qui rassemblerait, mettrait en réseaux des organisations de la société civile, des personnalités, des solidarités externes ; un mouvement porteur d’un projet national et d’une stratégie claire adaptée à notre pays dans son histoire et dans ses potentialités.

La démarche

Il existe un nombre incommensurable d’analyses sur les problèmes du pays et même de nombreuses propositions concernant les actions à prendre pour renforcer certains secteurs tels que la culture, l’agriculture, la santé, l’éducation, l’investissement, l’énergie, les infrastructures etc. La Feuille de Route Nationale ne saurait les ignorer mais doit être l’occasion de prendre conscience des facteurs qui ont bloqué le développement du pays malgré l’existence de ces propositions et malgré parfois les engagements des autorités à implémenter ces propositions dans le cadre de plans stratégiques, de programmes nationaux, de projets sectoriels et autres.

Notre démarche consiste à porter la question du développement national et de la gouvernance par devant les citoyens pour les engager dans l’analyse des problèmes et la génération des propositions de réponses, en comptant sur l’aide des experts pour fournir les données, indiquer les paramètres et les contraintes et produire les analyses qui aideront à éclairer le sens des propositions mises en débat.

Il s’agit, par-delà les propositions sectorielles habituelles (agriculture, éducation, santé, infrastructures, tourisme etc.) ou les schémas transversaux (gouvernance, démocratie, lutte contre la corruption, relations internationales) de produire une compréhension collective claire de ce qui fait de nous une société bloquée, qui se révèle incapable d’accroitre ses richesses et qui continue d’exclure la plus grande partie de la population de la jouissance des services publics les plus élémentaires.  L’exercice pour produire la Feuille de route nationale doit permettre d’identifier les leviers sur lesquels nous pourrions agir pour (ré)activer le potentiel productif du pays, renforcer le lien social entre les Haïtiens de toutes catégories et ouvrir la voie à une société plus inclusive. La démarche doit donner la possibilité à chaque Haïtien, en Haïti ou à l’extérieur, de dire son mot, à travers des diagnostics et propositions claires et directes, dont la formulation et le traitement sont appuyés par des experts haïtiens et étrangers dont le rôle est d’orienter les échanges et de dégager le sens des différentes contributions, dans une perspective pratique et opérationnelle.  C’est le rôle des deux piliers décrits plus loin et qui constituent la base de la démarche de production de la Feuille de route : la plateforme de contribution et le noyau d’experts ; le secrétariat technique faisant office de mécanisme d’animation et d’alimentation de l’interaction entre les deux autres.

Le Concept de Feuille de Route

Pourquoi une Feuille de route ? Le destin de la Feuille de route c’est de devenir, à un certain moment, une politique publique ou un foyer de politiques publiques. En ce sens, c’est un projet politique. Elle n’a pas toutefois – et c’est l’engagement premier du Conseil d’orientation – vocation à servir de programme politique à un quelconque groupe engagé dans la conquête du pouvoir. Son but premier et ultime est de renforcer les capacités de proposition de la société civile haïtienne – et du suivi de celles-ci, notamment au moyen d’observatoires. L’initiative n’est donc pas neutre. C’est un engagement citoyen non partisan qui, résolument conscient du contexte historique de son évolution, travaillera à établir une photographie juste de notre société à plusieurs vitesses afin de proposer des actions pertinentes et partagées. Cette feuille de route est un outil d’information, de formation à la chose publique et de prise en charge de son destin mis à la disposition d’une jeunesse haïtienne qui se cherche et souhaite participer activement à la construction d’un lendemain meilleur pour Ayiti.

Une politique publique est un ensemble d’objectifs, de décisions et d’actions développés par un ou des gouvernements successifs avec différents acteurs sociaux en réponse à des besoins ou problèmes identifiés comme priorités nationales. En tant que telles, les politiques publiques débordent le cadre d’un gouvernement déterminé pour devenir une affaire d’Etat. Résultant de l’intégration d’interventions à la fois publiques et privées, une politique publique vise à arranger la stratégie nationale en fonction d’un effort commun. Elle se définit comme une « intervention d’une autorité investie de puissance publique et de légitimité gouvernementale sur un domaine spécifique de la société ou du territoire » (Thoenig, 2014) au moyen d’un « un ensemble d’actions, de mesures réglementaires, de lois et de priorités de financement concernant un domaine défini par [celle-ci] ou ses représentants » (Kilpatrick, 2000) et dont la force est évaluée par son habilité à résoudre les problèmes de manière efficace et efficiente tout en encourageant la participation citoyenne (OCDÉ, Banque mondiale).

Les politiques publiques sont généralement analysées en les décomposant en deux étapes qui peuvent se résumer ainsi. La première est de nature descriptive et cherche à simplifier un univers complexe en identifiant ses éléments clés. La deuxième est prescriptive et consiste à traduire la demande sociétale en action gouvernementale. Notre démarche est résolument de nature prescriptive. Le processus s’articule alors de la manière suivante : identification des besoins, identification des propositions correspondantes, promotion de mesures de politiques issues des conclusions de la Feuille de Route et légitimées par la population et/ou ses représentants, mise en œuvre et évaluation de l’action publique.

Le Processus est ainsi schématisé :

1. Analyse des besoins et évaluation des ressources au niveau national

2. Design et élaboration de la Feuille de Route

3. Programmation et mise en œuvre

4. Monitoring et évaluation

A suivre…

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Interview

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Un entretien avec Marie-Célie AGNANT par Alexandra PHILOCTETE

Marie-Célie AGNANT est une écrivaine québécoise née à Port-au-Prince (Haïti).

Elle vit au Québec depuis 1970.  C’est un « écrivain-monde » dont les œuvres sont traduites en plusieurs langues.  Auteure de poèmes, romans et nouvelles, elle publie aussi des romans jeunesse.  Conteuse, elle s’intéresse également au théâtre.  Traductrice et interprète espagnol, français et anglais, elle vient de terminer la traduction de l’essai Partition pour femmes et orchestre de Maria Noriega Rachwall, paru aux Éditions Remue-Ménage, Montréal, mai 2017.

« POUR HAÏTI » est heureuse de publier l’entretien de Mme Alexandra Philoctète et de Mme Marie-Célie AGNANT. La direction de cette revue remercie très sincèrement ses deux femmes qui, de fait, manifestent leur amitié et leur soutien à cette revue, Mille mercis à toutes deux.

Q : Question de Mme Philoctète : Marie-Célie Agnant, on sait que vous êtes née en Haïti, mais depuis plusieurs années vous vivez au Canada, pourquoi avoir choisi de vous établir en ce coin d’Amérique ?

R : Réponse de Mme Agnant : Peut-on dire qu’à l’époque il était véritablement question de choix ?  Comme d’autres Haïtiens, j’ai quitté mon pays parce que c’était le pays qu’il fallait quitter.  |En ce temps-là, Duvalier-père était encore au pouvoir.  On ne se demandait pas si on allait partir mais plutôt quand est-ce que l’on partait.  Haïti est une terre à la matrice trouée ; elle ne sait pas retenir ses enfants.   Et aujourd’hui encore, plus que jamais, les Haïtiens partent, dans des conditions assez déplorables, faut le dire.  Ils continuent à quitter ce pays, errent partout et aboutissent souvent dans des régions fort peu hospitalières.  Tout comme hier, ils partent non par choix mais par nécessité.  – On se pose là où l’on trouve une branche qui nous accueille, parce que la grande Histoire, et tout ce qui en découle, en ont décidé ainsi.  Au moment où je suis arrivée au Québec, le processus d’immigration n’était pas difficile L’immigrant pouvait avoir l’impression d’avoir tout simplement changé de pays, ce qui semble s’apparenter à un choix, alors qu’aujourd’hui, vouloir immigrer est un crime, et l’immigrant, rien de moins qu’un indésirable.  Mais puisqu’à l’époque j’étais encore une adolescente, on présume que la décision de quitter Haïti était celle des adultes.  J’ai donc rejoint des membres de la famille.  J’ai bien entendu par la suite choisi de demeurer au Québec.  Parce qu’une fois en possession de mon gouvernail, j’aurais pu pousser plus loin ma barque, aller voir ailleurs.  Mais ça, c’est une autre histoire.  Tout compte fait, la branche qui m’a accueillie me sied quand même bien.  Je ne me vois pas vivant par exemple aux Etats-Unis.

Q : Votre réputation n’est plus à faire, car vos écrits circulent beaucoup, mais peu de gens sont en mesure de rattacher un visage à ces écrits, comment expliquer cela ?  Diriez-vous que vous êtes une timide ou un solitaire ?

R : Je ne crois pas être timide, puisque je prends très souvent la parole en public.  J’ai fait du théâtre, je mène une activité de conteuse très remplie, surtout dans les écoles, (ce qu’on appelle en anglais le storytelling) et je crois que j’arrive à communiquer assez facilement avec mes lecteurs lors de conférences ou autres présentations.  Cette nécessité de prise de parole est rattachée au métier d’écrivaine.  Mais il est vrai que je n’apprécie pas d’être exposée inutilement et à tout bout de champ.   J’estime également que ce métier ne représente qu’un aspect de moi-même.  Il ne me définit pas entièrement.  Quand on pense que la figure de l’écrivain aujourd’hui, l’image qu’il projette, son habileté à séduire, à se vendre au nom de ce qu’on nomme ‘’visibilité’’, noie tout le reste.  Et on perd de vue qu’il s’agit assez souvent d’images fabriquées et préfabriquées pour répondre à un impératif d’ordre commercial.   Il existe bien des écrivains qui, sans être particulièrement timides ou solitaires, luttent à leur manière contre ce vedettariat de mauvais goût.  Au Québec, des auteurs de renom, sont parfois de parfaits inconnus pour le grand public, je pense à Marie-Claire Blais, une des plumes les plus respectées de la littérature québécoise, on la connaît à peine.  En France, Christian Bobin, pour ne citer que lui, est un auteur dont l’œuvre se passe de présentation, mais que peu de gens parviendraient à reconnaître.  Même s’il est d’une autre époque, on entendra rarement parler de l’écrivain Louis Guilloux, auteur du Sang Noir.   Nous vivons dans des sociétés-spectacle, des sociétés de parade, et personne ne veut être laissé de côté.  Aujourd’hui, les gens s’accommodent mal de l’anonymat.  Il leur faut sans cesse battre la grosse caisse, une manière, sans doute, de se persuader qu’ils existent, puisque le monde d’aujourd’hui fait si peu cas de la personne humaine.  Tout cela est bien triste, car, dans cette course folle pour se faire voir, les gens oublient de se regarder vraiment et d’être entièrement avec eux-mêmes.  En effet, leur regard ne quitte pas leur nombril.  Mais ils oublient également de regarder l’Autre. Si d’aimer se retrouver avec soi-même équivaut à être solitaire, eh bien je le suis.

Le métier d’écrire me propulse malgré moi à l’avant-scène, mais j’ai aussi appris à me protéger d’une inutile surexposition.   Il s’agit bien sûr d’une protection qui agit également contre le cannibalisme qui est souvent la norme dans certains milieux. Les cercles littéraires, à l’instar d’autres sectes, sont réputés – et de tout temps – pour s’adonner à la pratique de l’art cannibale, avec finesse et une cruauté sans pareille.   Écrire, quand on est femme, n’est pas de tout repos.  Si l’on peut se protéger au moins des dangers liés à la surexposition, il ne faut pas hésiter.  Cette posture de retrait ne plaît pas à tout le monde.  D’autres en profitent pour mettre en pratique une forme d’exclusion.   C’est leur affaire.  Je dirais, pour terminer que de par mon tempérament, je ne déploie pas un effort particulier pour assurer ce que je nomme la protection de mon espace de sérénité.  La surexposition m’en priverait, et c’est un élément indispensable à mon équilibre.

Q : Dans vos romans, une bonne partie a pour contexte Haïti à l’époque de Duvalier. On a l’impression que vous avez été traumatisée par la dictature de Papa Doc ?  Qu’en est-il ?

R : C’est toujours avec beaucoup d’étonnement que je vois les gens questionner le fait que mes textes empruntent pour cadre, Haïti sous Duvalier.   Ne faut-il pas rappeler qu’au départ, à l’origine donc des sciences humaines, littérature et histoire sont deux disciplines connexes, que le substrat de la première reste toujours la mémoire ?  Évoquer les méfaits des duvaliéristes dérange plus qu’on ne le croit – et cet étonnement rejoint bien sûr un malaise, celui que connaît une société qui refuse de sortir de ce bourbier.  Nous sommes encore à une époque où nous nageons dans les compromissions, les compromis inavouables, une époque où le duvaliérisme est encore bien vivant.  Il y en a qui choisissent de réécrire l’histoire, de l’accommoder pour les besoins d’une société qui pense pouvoir faire l’économie d’une réappropriation de la mémoire collective, une mémoire que certains rêvent carrément d’effacer. S’il est vrai que le travail de l’écrivain fait, en grande partie, appel à l’imaginaire, il ne peut en aucun cas exclure la mémoire.  Tout au contraire, la littérature est et a toujours été un ‘’outil’’ qui permet de la préserver.  Des chercheurs dans le domaine, parleront parfois  »d’abus de mémoire », cependant, l’excès d’oubli’’ – ce terme, si je ne me trompe, est de Ricoeur – est très néfaste.  Certes, le travail de l’écrivain est différent de celui mené par l’historien qui, lui, agit à la manière de l’archéologue, fouille l’histoire, analyse, étudie la mémoire collective dans une perspective critique. L’écrivain, quant à lui, expose des faits, les marie à l’imaginaire, essaie de lever des voiles, dans une tentative, lui aussi de sauvegarder la mémoire d’une époque. C’est ce que révèle l’œuvre de l’écrivaine Marie Vieux, et c’est aussi ce qui lui a valu d’être bâillonnée pendant des années.  C’est ce qu’ont fait –pour ne citer que ceux-là, des écrivains tels Nadine Gordimer et André Brink qui, eux, étaient Blancs dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid, et qui ont su trouver les mots pour dépeindre cette époque infâme, mieux peut-être que tous ceux qui ont été ‘’traumatisés’’ de façon directe par l’apartheid.

Q : Vous êtes la première femme haïtienne, à ce que je sache, qui ose parler de lesbianisme ouvertement dans votre roman : « Un alligator nommé Rosa ». Est-ce que vous avez voulu faire une critique de l’homosexualité féminine ou était-ce une façon de dire ouvertement aux Haïtiens que le lesbianisme fait partie de notre société et qu’il ne faut pas avoir peur d’en parler ouvertement ?

R : Dans ce passage de ‘’Un alligator nommé Rosa’’, auquel vous faites référence, je crois avoir voulu tout simplement décrire ce que je considère comme un rapport de force ou encore, donner à voir une autre forme de violence que peuvent subir des individus, hommes ou femmes, dans nos sociétés.  Le personnage dont il est question, est une très jeune fille, qui se voit très tôt confrontée à de multiples formes de violences aux mains d’une femme, une célèbre «fiyèt lalo» (milicienne duvaliériste). Elle subit de la violence verbale et psychologique, elle est victime de rapt, perd ses parents, disparus aux mains des mêmes bourreaux et elle voit son enfance saccagée sans pitié.  Suite au meurtre de ses parents, elle est livrée à cette «fiyèt lalo», et subira également les assauts sexuels de cette dernière, et ceux de la cohorte de «fiyèt lalo» qui gravitent autour d’elle   Mon intention était donc d’illustrer une autre forme de violence qui a cours dans nos sociétés, en peignant une situation où le sexe devient arme de domination et de répression.

Un rapport sexuel, quel qu’il soit, dans la mesure où il est régi par la force, est un acte de violence. Je n’ai pas non plus cherché dans ce cas précis à plaider la cause du lesbianisme ou de l’homosexualité.  J’ai voulu exposer ce rapport de domination qui se rajoute à d’autres formes de violence que subissent hommes et femmes.  La brutalité, la perversité, la violence, ces éléments sont très liés aux pratiques sexuelles de ces milieux dits politiques.  Il s’agit de violences tues, occultées, refoulées dans la société haïtienne.  Parler de lesbianisme ou d’homosexualité tout court relève à mon avis d’un autre registre, puisque les choix sexuels des individus ne devraient concerner qu’eux-mêmes.

Q : Bien des années se sont écoulées depuis votre roman, « La dot de Sara », comment concevez-vous aujourd’hui les relations hommes-femmes dans notre communauté haïtienne ou au sein de la société québécoise. Avez-vous l’impression que nous avançons ou que nous faisons du sur- place ?

R : J’ai déjà entendu dire que les femmes d’origine haïtienne, se retrouvaient en assez grand nombre dans les centres d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Ne possédant pas de données précises sur le sujet, il m’est difficile d’affirmer qu’il s’agit d’une évaluation exacte. S’il en est ainsi, c’est quelque chose d’une tristesse absolue et c’est surtout très inquiétant, lorsqu’on sait que cette communauté connaît aussi un chiffre très important de jeunes, perdus dans les dédales du système judiciaire et des centres pour enfants en difficultés. Il existe, bien entendu, théories et analyses de toutes sortes pour expliquer ces situations.  Il n’en demeure pas moins que, là aussi, nous faisons face à un constat d’échec collectif.  Dans un autre ordre d’idées, il demeure quand même assez difficile de parler de la communauté puisqu’elle n’est pas et n’a jamais été homogène.  Les données aussi ne sont plus les mêmes. Il ne faut pas oublier que le visage de cette « communauté » a changé. Nous en sommes à présent à plusieurs générations, et on voudrait bien espérer que certains comportements ont évolué, que certaines pratiques ont changé.  Nous vivons quand même une époque assez particulière en ce qui a trait aux droits humains de manière générale. Je ne suis pas prête à dire que nous avançons. Tout au contraire, les femmes comme les hommes qu’ils soient d’Haïti ou d’ailleurs, perdent des acquis dans les sociétés d’aujourd’hui. On ne peut séparer les rapports hommes-femmes de l’ensemble des rapports humains, on ne peut ignorer le fait comme le mentionne Amnesty International dans son rapport de l’année 2016, sur l’état du monde, que des gouvernements ferment les yeux sur des crimes de guerre, concluent des accords qui affaiblissent le droit d’asile, adoptent des lois qui bafouent la liberté d’expression, incitent  au meurtre de personnes simplement parce qu’elles consomment des stupéfiants, (ou homosexuelles,) justifient la surveillance de masse, et élargissent des pouvoirs de police déjà draconiens. L’état désastreux des politiques en matière de droits humains a une répercussion certaine sur la vie de toutes et de tous. Plus il y a de pays qui reviennent sur leurs engagements en matière de droits fondamentaux sur leur territoire, moins il y a de dirigeants pour défendre ces droits sur la scène internationale, et de nombreux gouvernements sont tentés de suivre la tendance au recul des droits humains dans le monde.  À ce chapitre, plus que jamais, la vigilance et l’engagement devraient être au rendez-vous.

Q : Dans mes échanges avec vous, j’ai l’impression que la spiritualité a pris une certaine place dans votre vie, qu’en est-il ?

R : Il n’est certainement pas aisé de parler de spiritualité car on risque tout un amalgame, puisqu’il n’y a pas, à mon avis, une définition unique et précise de la spiritualité. Pour moi, il s’agit d’une question d’épanouissement personnel, de manière de vivre et, sans aucun doute, d’une quête, celle de l’humain, peut-être, qui se trouve en chacun de nous. Pour quelqu’un d’autre, la spiritualité peut être liée à une pratique religieuse, pour d’autres, au besoin de se dépenser dans une activité bénévole, ce qu’on nomme le don de soi. Je crois que l’on vit mieux lorsqu’on met en pratique une certaine spiritualité, que l’on essaie tout simplement, et dans tous les aspects de la vie, de demeurer au plus près possible de l’humain qui se trouve en nous, et surtout, de faire tout ce qui est en notre pouvoir, pour lui permettre de grandir, ne pas le laisser s’atrophier, ce qui n’est pas du tout difficile. La spiritualité, c’est ce qui nous permet de continuer à nous émerveiller, à croire, comme on le répète souvent, qu’un autre monde est possible.  La spiritualité nous met en garde contre la course effrénée vers le RIEN, elle nous permet de nous raccrocher aux vraies valeurs.  Certains éléments tels la gratitude, la bonté, l’empathie, le détachement, le rapport à la nature, sont pour moi d’une grande importance dans cette « quête » spirituelle.

Q : Je sais que malgré vos nombreuses obligations, vous n’avez pas arrêté de vous dévouer pour le pays natal, avez-vous encore espoir qu’Haïti finira par sortir de sa torpeur ? Si oui, comment concevez-vous une nouvelle Haïti ?

R : Dévouement se veut un terme très généreux.  Le problème est que cette chape de plomb qui maintient Haïti là où elle est, nous a épuisés psychologiquement. L’intérêt, ou plutôt nos possibilités d’action, nos forces physiques aussi, s’amenuisent avec le temps, et on ne voit pas l’ombre du changement à venir.  Nous ne sommes pas devins.  Comment prévoir si et quand ce pays sortira de sa torpeur ?  Aujourd’hui, comme hier, on constate l’indifférence implacable et cynique, de ceux qui se pressent et se sont toujours pressés aux premières loges, qui se sont contentés de s’assurer que régime après régime, rien ne change en faveur de la masse des dépossédés.  C’est quand même affolant, car on se rend compte que leurs enfants et les enfants de leurs enfants, les remplaceront demain dans l’exercice de leur sale besogne. Nous pouvons tout simplement espérer que cette masse de gens bafoués, tout comme leurs ancêtres esclaves de jadis, saura, un jour ou l’autre, se mettre debout une fois pour toutes. En attendant, nous devons continuer à essayer d’être des gens de devoir, et faire ce que nous pouvons, là où nous nous trouvons.  Mais c’est toujours trop peu.

Q : Nous voilà arrivées à la fin de cette entrevue, avez-vous un mot à dire aux Haïtiens et à tous ceux qui se considèrent amis d’Haïti ?

R : Que l’indifférence est très proche du cynisme. Haïti mérite beaucoup mieux.

Q : Quelle est la question que vous aimeriez qu’on vous pose et qui ne vous a jamais été posée ?

R : Il ne s’agit pas à proprement parler d’une question mais je constate que peu de gens retiennent l’importance du volet créativité dans mon travail.  Le côté militant de mon écriture semble en quelque sorte l’occulter.

Merci, Marie-Célie, je vous souhaite un franc succès dans vos futurs écrits.

Merci, bien Alexandra.

Œuvres

Balafres (poèmes), Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA), 1994

La Dot de Sara (roman), Remue-Ménage, 1995

Le Silence comme le sang (recueil de nouvelles), 1997

Le Noël de Maïté (jeunesse), Hurtubise, 1999

Alexis d’Haïti (roman-jeunesse), Hurtubise, 1999

Alexis, fils de Raphaël roman-(jeunesse), Hurtubise, 2000

Vingt petits pas vers Maria (jeunesse), Hurtubise, 2001

Le Livre d’Emma (roman), Remue-Ménage, 2001

La Légende du poisson amoureux, (jeunesse), Mémoire d’encrier, 2003

L’Oranger magique (jeunesse), Les 400 coups, 2003

Un alligator nommé Rosa, (roman) Remue-Ménage, 2006

La Nuit du tatou : conte aymara de la forêt péruvienne, Ed.Les 400 coups, 2008

Et puis parfois quelquefois… (poèmes), Mémoire d’encrier, 2009

Femmes au temps des carnassiers (roman), Remue-Ménage, 2015

Femmes des Terres brûlées. (Poésie Editions La Pleine Lune Montréal 2015)

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Distinctions

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Lyonel Trouillot élu Président de l’Association des écrivains de la Caraïbe

12/04/2017


Le 5ème congrès des écrivains de la Caraïbe s’est conclu par le renouvellement des membres du bureau et du Conseil d’administration de l’Association des écrivains de la Caraïbe (AEC). Un premier vote pour élire les membres du conseil d’administration pour deux ans, puis un second pour désigner les membres du bureau.

L’écrivain trinidadien Earl Lovelace, Président sortant a proposé pour lui succéder, l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot, premier Vice-président de 2015 à 2017, dont la candidature a été acceptée à l’unanimité.

À l’issue de son élection, Lyonel Trouillot a déclaré « Nous allons continuer à travailler ensemble pour se faire connaître dans la Caraïbe et pour que nos modestes travaux d’écrivains puissent contribuer à poser la question de l’avenir des populations de la Caraïbe [...] Pour nous rappeler à tous, écrivains, que nous n’écrivons pas dans le vide mais dans un monde réel dans lequel il y a des souffrances réelles, et la façon dont Earl Lovelace pense la Caraïbe a fait naître la nécessité d’en parler au sein de notre association. C’est la ligne que nous devons continuer à suivre ».

Membres du Bureau 2017/2019 :

Lyonel Trouillot, Président ;

Earl Lovelace, 1er vice-président ;

Délia Blanco, 2e vice-présidente ;

Laura Cassin-Carvigan, 3e vice-présidente ;

Gerty Dambury, 4e vice-présidente ;

Ariel Camejo Vento, 5e vice-président ;

Marlène Boudhau, secrétaire générale ;

Evelyne Hermantin, secrétaire générale adjointe ;

Camilus Rabin, trésorier (pi) ;

Georges Brédent, membre de droit ;

Dalembert Louis-Philippe : « Avant que les ombres s’effacent »

P-au-P., 31 mai 2017 [AlterPresse] nous parle.

A une journée d’intervalle, l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert est le lauréat de deux Prix : du Livre France Bleu / Page des Libraires, attribué le lundi 29 mai 2017 et du 9e Prix Orange 2017, dont la proclamation des résultats a été effectuée le mardi 30 mai 2017.

Dalembert a été désigné lauréat de ces deux prix, face à plusieurs autres ouvrages sélectionnés, pour son roman « Avant que les ombres s’effacent », paru chez Sabine Wespieser.

Le roman relate, sous un angle différent, l’histoire des Juifs, qui ont trouvé refuge en Haïti avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cet ouvrage a été considéré « meilleur roman francophone de l’été » par le jury de France Bleu, composé d’une libraire, d’une lectrice de la revue Page, d’une auditrice de la radio France Bleu ainsi que de Gaëlle Josse, lauréate du prix en 2016.

De formation littéraire et journalistique, Louis Philippe Dalembert est l’auteur, en Français et en Créole, de plusieurs ouvrages, touchant presque tous les genres littéraires, tels la poésie, la nouvelle, le roman, le document historique, etc. Bravo, ami, n’hésite pas à nous étonner encore agréablement.

Dany Laferrière décoré de l’Ordre de Montréal

L’écrivain canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière, membre de l’Académie Française a été décoré de l’ordre de Montreal au grade d’Officier. Le Maire de Montréal, Denis Coderre en présence de Bernard Voyer, coprésident du Conseil de l’Ordre de Montréal, a remis la prestigieuse médaille de l’Ordre de Montréal à 17 personnalités émérites (3 au grade de commandeur – 6 au grade d’officier et 8 au grade de chevalier).

« Comme Maire et citoyen, je suis fier de participer à la première remise officielle de l’Ordre de Montréal. Aujourd’hui, nous honorons des citoyens et citoyennes qui se dévouent pour le bien commun et le développement social et économique de notre ville, a déclaré le Maire lors de la cérémonie organisée dans le cadre du 375e anniversaire de la fondation de Montréal.

Selon le Maire Coderre les personnalités sont issues de « secteurs d’activité bien distincts, et participent, chacun à leur manière et de façon remarquable, à dynamiser notre métropole et à la faire rayonner ici et à l’international. En remettant la médaille de l’Ordre de Montréal à ces 17 personnalités émérites, nous leur redonnons un peu de ce qu’ils ont si généreusement donné à Montréal. »

M. Laferriere, qui réalise plusieurs déplacements dans son pays d’origine, est devenu en 2013, le premier auteur québécois, élu à l’Académie française.

LLM /radio Métropole Haïti


Madame Isabelle Choko, nos sincères félicitations

Le vendredi 5 mai 2017 à 18 heures, à la Maison Marie-Waleska, 7 rue de Montmorency à Boulogne-Billancourt, le Général d’armé, François Gérin-Rose, Grand Officier de la Légion d’honneur, a remis les insignes d’Officier dans l’ordre de la Légion d’honneur à Madame Isabelle Choko, grande amie d’Haïti. Cette cérémonie s’est tenue en présence du Maire de Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet, des membres de la famille de Mme Choko et des ami(e)s de longue date. « POUR HAÏTI » félicite très sincèrement et joyeusement Mme Isabelle Choko.

Mme Darline Cothière, Présidente de la Maison des Journalistes

« J’ai reçu avec une profonde émotion, ce mercredi, une médaille du Sénat de la République française pour mon parcours, mes travaux universitaires et mes actions à la Maison des journalistes en faveur de la liberté de la presse.

Une proposition de l’ambassade d’Haïti en France qui m’a désignée personnalité de l’année 2017, à l’occasion de la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Merci à l’ambassadeur Madame Vanessa Matignon-Lamothe et au président du Sénat Monsieur Gérard Larcher pour cette belle cérémonie et l’honneur qu’ils m’ont fait. » (Darline Cothière)

Avec les plus vives et sincères félicitations de « POUR HAÏTI », chère compatriote et amie.

Anthony Phelps

L’archipel des lettres vibre, festive, à l’annonce, le 22 juin 2017, de l’attribution à Anthony Phelps, poète et romancier, du GRAND PRIX DE POÉSIE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE POUR L’ENSEMBLE DE SON OEUVRE. La nouvelle a été confirmée par Anthony Phelps lui-même et par son éditeur parisien, Bruno Doucey, dixit Robert Berouêt-Oriol.

Encore, toutes nos félicitations à Anthony.

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Livres à lire

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Le Devoir, 31 octobre 2016

Haïti en Québec : L’influence du pays des Caraïbes sur le Québec passée à la loupe

Livres : Une place au soleil. Haïti, les Haïtiens et le Québec -

Sean Mills – Traduction d’Hélène Paré – Mémoire d’Encrier

« L’importance symbolique et intellectuelle d’Haïti dans l’histoire du Québec est méconnue », affirme en entrevue l’historien Sean Mills. Dans son livre, Une place au soleil, Haïti, les Haïtiens et le Québec, ce professeur d’histoire à l’Université de Toronto remonte jusqu’aux racines de rapports plus anciens qu’on ne le soupçonne entre ces deux États.

« En 2010, au moment du terrible tremblement de terre, je vivais à Montréal et je travaillais sur des questions d’empire et de pensée postcoloniale. Les liens entre Haïti et le Québec me sont soudain apparus aussi profonds qu’inexplorés. L’un et l’autre sont d’abord d’anciennes colonies de la France. Et il existe des points de contact entre les deux, de vrais échanges, à partir des années 1930. Et même avant. »

Les premières ébauches de relations modernes entre le Canada français et Haïti remontent au début du XXe siècle. Elles sont tracées par des croisières, des réceptions, des échanges diplomatiques officiels et d’autres plus intellectuels. Tout cela sera soutenu à compter de la deuxième partie du XXe siècle par une immigration massive.

Déjà en 1937, au 2e Congrès sur la langue française tenue à Québec, on invite une délégation haïtienne. L’historien en soutane Lionel Groulx dira à cette occasion : « Notre seul destin, légitime et impérieux ne peut être que celui-ci : constituer en Amérique, dans la plus grande autonomie possible, cette réalité politique et spirituelle… un État catholique et français. » Cette vision d’un État français et catholique s’accommode bien de l’existence d’un pays comme Haïti. Les nationalistes se façonnent en effet une vision française du monde où Haïti tient un rôle dans une possible union latine. Mais on ignore pour ce faire la réalité créole. Le culte pour la langue française s’attache alors à une vision de classe entretenue d’ailleurs par les congressistes haïtiens eux-mêmes de même que des visiteurs subséquents, comme l’ambassadeur Philippe Cantave. Ces Haïtiens de passage soutiennent une haute culture, au nom d’un modèle social hiérarchisé. Loin du français normalisé, point de salut.

Pour des motifs nationaux, le Canada français envisage l’Amérique selon une union d’intérêts entre peuples latins. « Haïti est considéré comme lié au Québec par un rapport particulier, que les intellectuels canadiens-français conceptualisent en termes de liens familiaux. »

Mauvaise langue

Voyageant en Haïti dans les années 1930 avec Philippe Cantave, Mgr Camille Roy enfile les remarques défavorables aux cultures populaires et à la langue parlée par la majorité, le créole, dont les possibilités lui apparaissent nettement plus faibles, au point de laisser des traces malheureuses sur les hommes eux-mêmes. On nage en plein dans les projections colonialistes. Au sujet du paysan haïtien et de la langue créole, Mgr Roy écrit : « lorsqu’il travaille, avec quelle lenteur, quelle indifférence il le fait ! » Le lien entre la langue et la capacité au travail est tenu pour conséquent.

La réalité du terrain, la politique du pays, avec ses soubresauts, ont peu d’influence sur la façon dont les Canadiens français envisagent leur façon d’envisager Haïti. La lumière dont il éclaire Haïti est en bonne partie issue d’une vision idéologique du monde. Elle permet, par un effet de miroir, un rétroéclairage sur les positions d’une élite installée sur les bords du Saint-Laurent. C’est un des intérêts majeurs d’Une place au soleil du professeur Mills.

Mission internationale

Pour l’historien Sean Mills, il n’est pas possible de bien comprendre les relations internationales du Québec sans les explorer sous l’angle d’un prolongement d’un héritage missionnaire canadiens-français. « À compter des années 1940, beaucoup de missionnaires canadien-français vont se retrouver en Haïti. » Leur présence est même favorisée pendant la guerre grâce aux actions du président haïtien Élie Lescot. Ces missionnaires vont jouer un rôle majeur dans la propagation d’une certaine image des Haïtiens qui conditionne notre regard jusqu’à aujourd’hui.

Après l’établissement de la dictature Duvalier en 1957, une première vague d’immigration haïtienne arrive au Québec. Ce sont pour beaucoup des immigrants qui appartiennent à des classes éduquées, des locuteurs qui maîtrisent parfaitement le français.

À compter des années 1970, à l’époque de la dictature du fils Duvalier, une seconde vague d’immigration dont les origines sont parfois plus populaires arrive à son tour. « La question des classes sociales est mise en cause à ce moment parce que des gens éduqués qui arrivent deviennent soudain des prolétaires. C’est le cas dans l’industrie du taxi. J’essaye de démontrer que, dans l’histoire intellectuelle, on regarde d’ordinaire ceux qui se disent intellectuels mais que ce n’est pourtant pas tout. Le lien avec le milieu de travail ici pour les Haïtiens suscite des analyses profondes sur la vie à Montréal en lien avec l’histoire, la philosophie, la poésie. »

Plusieurs incidents liés à la discrimination raciale mettent en cause les rapports sociaux qui régissent l’inscription de cette nouvelle communauté au sein du monde québécois. En 1979, l’escouade anti-émeute intervient contre des chauffeurs de taxi haïtiens pour des questions liées à un racisme souterrain où pointent parfois des formes de violence manifeste.

L’examen de cette présence haïtienne permet de jeter un nouveau regard sur un ensemble de comportements collectifs. Il sert ainsi de puissant révélateur.

On y voit que le racisme est relié à d’autres formes de déshumanisation aux conséquences matérielles et psychologiques importantes. L’histoire des manifestations contre le racisme organisé par les chauffeurs de taxi en dit long par exemple sur l’évolution de la société québécoise. Sean Mills en parle d’ailleurs d’abondance. Là ne s’arrête pas son regard scrutateur.

Au moment où, dans les années 1960 et 1970, on en appelle à une libération sexuelle, la présence d’une nouvelle communauté noire révèle aussi des questions en lien avec le désir et les rapports sociaux. « Le besoin obsessif de réprimer la sexualité déviante a contribué à justifier la rencontre coloniale ; il constitue aussi l’une des principales justifications de l’activité missionnaire en Haïti, dans les années 1940 et 1950. » À quoi cela conduit-il ? « Tout comme les constructions de la sexualité noire ont façonné les perceptions à l’égard du monde non blanc, ces idées ont exercé une influence sur les perceptions à l’égard des personnes à l’intérieur même du Québec. »

Dany Laferrière, fils du premier maire de Port-au-Prince sous la dictature de Jean-Claude Duvalier, immigré au Québec à la fin des années 1970, « s’insère parfaitement dans ce débat avec son roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », qui obtiendra un grand succès. « Le succès initial du roman repose sur son habileté à recomposer les principales expressions métaphoriques sur la vie intellectuelle et littéraire du Québec. »

Plusieurs fois récompensé déjà pour ses travaux originaux, Sean Mills avance sur des terrains relativement peu connus. Il montre que le travail politique et culturel des Haïtiens au Québec aura au final un rôle important sur leur société d’accueil, mais aussi sur leur pays d’origine. Depuis l’effondrement de la dictature des Duvalier, la possibilité de faire des allers-retours entre les deux pays a en effet mis en place de nouvelles façons de participer à la vie politique et sociale des deux États. Comme quoi l’histoire d’un pays comme Haïti laisse aussi sa marque dans celle du Québec.


Jean-François Nadeau

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Rapatriés (Roman)

de Néhémy Pierre-Dahomey, imprimé en France.

Quelques phrases de la 4ème de couverture : « Belliqueuse Louissaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les Etats-Unis. Le voyage échoue. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’État aux infortunés rescapés. L’endroit est baptisé Rapatriés… »

Éditions du Seuil, Janvier 2017 ; 25, bd Romain-Rolland, Paris XIVème – Prix 16 €.

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Autour de la disparition de Jacques Stephen Alexis

de Jean-Pierre Richard Narcisse.

En 4ème de couverture, on y lit : « Donc, pour moi, vous voyez bien, il n’y a pas l’ombre d’un doute à ce sujet. Jacques Stéphen Alexis n’est point mort de ses blessures (fait qui peut être accidentel ou encore ne renvoyer qu’à soi, qu’à ses propres imprudences). Ni non plus sur la torture (fait qui peut être le produit d’un acte involontaire). Jacques Stephen Alexis et ses compagnons sont morts fusillés… »

Editions du CIDIHCA – Montréal 2016 (3éme trimestre)

Pour de plus amples informations ; Courriel : cidihca@yahoo.com

Adresse : Les Éditions du CIDIHCA – 430, rue Sainte-Hélène, bureau 401 – Montréal QC, H2Y 2K7 CANADA

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« Rose-Mercie » (Roman)

de Maggy Belin Biais.

D’après l’éditeur : « L’auteur réussit un bel exercice de style avec ce roman où se mêlent habilement deux histoires tumultueuses ayant pour point commun la quête de la liberté.

Celle d’un peuple face à l’envahisseur et celle d’une féministe avant l’heure ».

Par ailleurs, l’auteur abandonne les droits de ce tirage à l’association Haïti Futur

Éditions Zellige 2017 – 15, rue des prés-Lunay ; 77171 Léchelle-FRANCE

Prix de vente France et Belgique 23,00 €

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Retour à Gygès (Roman)

de Jean-Robert Léonidas

De quoi s’agit-il ?  « A la plaine des Gommiers, le père Absalon et Gesner, le prêtre vaudou du temple de Gygès, se livrent à une incessante lutte d’influence qui finit par troubler la quiétude de ce village du sud haïtien. Les parents de la petite Anita décident alors d’embarquer sur un boat-people vers la Floride. Son père meurt peu après leur arrivée et Anita grandit auprès de sa mère. Plus tard, après avoir raté ses études de médecine, elle devient infirmière à New York ou elle ne trouvera jamais le bonheur. … »

Éditions Zellige 2017 – 15, rue des prés-Lunay. 77171 Léchelle-FRANCE

Prix de vente France et Belgique 21,00 €

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Le processus de Zombification en Haïti

de Frantz Alix Lubin

La question intéresse et préoccupe plus d’un. En 4ème de couverture, Joël Des Rosiers, poète, écrivain et chirurgien écrit : « Le processus de zombification en Haïti » cherche à restituer dans son contexte historique l’actualité scientifique de la zombification en Haïti.

Une école critique, dont l’anthropologue Fratz Alix Lubin est l’un des représentants, s’efforce de rétablir la vérité scientifique sur le zombie à partir d’observations ethnologiques, de leçons de botanique et de toxicologie marine. Les travaux des chercheurs français, japonais, anglo-saxons -l’anthropologue Wade Davis est l’un des pionniers – constituent le cadre théorique qui permet de sortir de l’espace clos d’un crime qui serait ordinaire … ».

Achevé d’imprimer sur les presses d’Imprimeur S.A. – Décembre 2016, Port-au-Prince Haïti.

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« Les Chemins de l’âme » [Los caminos del alma] (Anthologie)

de Jeanne Marie

Edition bilingue présentée par Françoise Morcillo et Juan Manuel Bonet. Conception et traduction de l’espagnol par Jeanne Marie. En 4éme de couverture, on lit : « Pour la première fois, dix-sept poètes sont unis dans une anthologie : Pedro Salinas, Jorge Guillén, Gerardo Diego, Federico Garcia Lorca, Concha Méndez, Rosa Chacel… ».

Editions Paradigme (Corsaire Editions) – 11, rue de Châteaudun ; 45000 ORLEANS.

Prix de vente France : 24,50 €

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Vie associative

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Haïti en France

L’année 2017 s’ouvrait par une série de manifestations sympathiques et amicales par rapport à Haïti dans toute la France. Ces manifestations sont organisées par des associations françaises, franco-haïtiennes, antillaises ou africaines indépendamment des Missions Diplomatiques Haïtiennes en France. Elles s’inscrivent dans divers domaines comme la solidarité, la peinture, la poésie, la littérature, l’histoire, la musique, le tourisme ainsi que dans l’organisation des concerts, des projections de films, des conférences et des colloques (Par exemple : Colloque 1801- 1840- Haïti, entre Indépendance et Restauration des vendredi 19 et samedi 20 mai 2017 ; Université de Chicago à Paris).

La commémoration du 7ème anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010 a bien eu lieu à l’Agora d’Évry, le 12 janvier 2017, organisée par les associations APESE, POUR HAÏTI et KONLANBI.

En avril, à Massy, Pontarlier ou Nantes, la mémoire de Toussaint Louverture avait été honorée.

Le 18 mai 2017, fête du drapeau et de l’Université d’Haïti, n’a pas été oubliée.

Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, des manifestations autour d’Haïti se sont multipliées au cours du premier semestre de l’année 2017 en France. Il y en a deux qui retiennent, cependant, plus particulièrement notre attention.

La première s’appelle : Le Printemps de la Télé KAP 509 ou la nouvelle chaîne de télévision (haïtienne). Cette chaîne ambitionne de couvrir le monde « black ». La cérémonie de lancement de ladite chaîne s’est tenue le 27 mai 2017 de 17 h à 21 h, à l’Agora d’Evry, au 5ème étage du bâtiment dont le rez-de-chaussée abrite la bibliothéque de la ville d’Évry.

Cette manifestation était placée sous le haut parrainage de l’artiste-peintre de renommée mondiale, Hervé Télémaque. Tous les genres culturels étaient à l’honneur : poésie, littérature, exposition de peinture (Mme Michaële Lafontant), danse, théâtre, peinture, défilé de mode. Toutes et tous les ami(e)s étaient-là.

Ce fut également une bonne occasion pour rendre un vibrant hommage à l’artiste-peintre haïtien, Hervé Télémaque qui a servi et sert de toute sa force la patrie haïtienne.

La réussite de cette soirée est en partie dûe à M. Pegguy Bazile, le coordonnateur et au présentateur, M. Jacques Nési.

La seconde s’appelle : Festival Haïti « aux Grands Voisins » organisée par l’association : Haiti Futur du 21 juin au 25 juin 2017, au 82 avenue Denfert Rochereau (dans les locaux de l’ancien Hôpital de Saint-Vincent de Paul) 75014 PARIS.

Le programme des cinq jours se résume comme suit : Fête de la Musique, Concerts, Exposition, Cinéma, Conférences, Littérature.

Un mot sur l’ouverture du Festival :

On a été heureux de voir ou de revoir en concert Amos Coulanges et Kecita Madaleno.

Conférence : « De Saint-Domingue à Haïti, une nation issue de l’esclavage » animée par Marcel Dorigny et Josette Bruffaerts-Thomas

Rencontres et dédicaces : Citons : Magguy Biais, Jean-Robert Léonidas, Louis-Philippe Dalembert…

Cinema : Regards croisés Haïti Sénégal de Maïmouna et Lola Lanier ; « Gérald Bloncourt, un Haïtien à Paris » et « Jacques Alexis, mort sans sépulture » d’Arnold Antonin.

Exposition de peintures : Elodie Barthélémy, Eddy Saint-Martin, Sandra Dessalines, Placide Zéphyr, Catherine Ursin, Jephté Carmil et Renold Laurent.

Dimanche 25 juin, 21 h : Discours de clôture du Festival et Bal de clôture – Bal kompa.

Bravo HAITI FUTUR, Vivement la rencontre de décembre 2017.

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CEDH Communiqué sur tous les fronts

Port-au-Prince, le 23 juin 2017

Sévices contre les détenus – Communiqué CEDH

Le Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH) est scandalisé par une vidéo en circulation sur les réseaux sociaux et montrant deux détenus à l’intérieur d’une installation de la Police Nationale d’Haïti (PNH) avec le visage ensanglanté que des policiers, à l’évidence, incitent à s’infliger mutuellement des mauvais traitements.

Le CEDH s’illusionnait qu’après un peu plus de trois décennies de propagation de nouvelles valeurs liées au respect et aux droits de la personne et de multiples investissements de notre société en faveur d’une culture des droits de l’homme, la tradition d’avilissement des prisonniers était une pratique en régression dans notre pays.

Les images d’avilissement de deux présumés violeurs d’une jeune fille mineure dans les environs de Pétion-Ville au début de l’année et qui se déroulent à l’intérieur d’un bureau de la Police Nationale, sont une illustration de la nécessité de continuer l’éducation de la PNH à la culture des droits humains. S’il est vrai que ces présumés délinquants sont en contravention avec l’ordre social, ils ont néanmoins des droits garantis par nos lois, la Constitution et des conventions internationales dont notre pays est signataire.

Quand la Police Nationale crée l’émoi dans notre société en faveur de délinquants qui n’auraient pas dû faire l’objet de la moindre compassion au regard des forfaits et délits commis au détriment d’une mineure, c’est que notre Police et les policiers en question se sont disqualifiés dans leur mission de protéger et servir la société.

La Police Nationale d’Haïti qui vient juste de célébrer son vingt-deuxième anniversaire et qui est créditée d’un certain succès dans la lutte contre le banditisme ces derniers temps, doit se ressaisir. Ses dirigeants doivent prendre des mesures sévères contre ses membres déviants pour épurer les rangs de notre seule force publique opérationnelle de tout prédateur des libertés publiques. Il est important que la nation ait une opinion positive de la police pour éviter tout émiettement de la confiance et la dégradation des rapports entre la PNH et la citoyenneté.

En moins d’une année deux vidéos montrant des pratiques d’abus et de sévices à l’encontre de détenus à l’intérieur d’un Commissariat de police, ça suffit ! L’inspection Générale de la PNH doit ouvrir les yeux et chercher l’appui des institutions compétentes pour des séminaires continus à l’intention des membres de l’institution sur les droits et libertés garantis par les lois haïtiennes et les conventions internationales aux personnes en détention.

De grands efforts doivent être déjà consentis par les pouvoirs publics pour améliorer un ensemble de services dans les prisons et le système carcéral haïtien, les sévices et abus contre des prisonniers à l’intérieur des Commissariats ne doivent pas être un aspect de plus qui affecte l’image de notre pays dans l’opinion publique nationale et internationale. Les responsables de ces pratiques doivent être trouvés et punis.

Sylvie BAJEUX, Directrice. Exécutive, CEDH

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APESE Haïti : Soutien économique pour les femmes de Pasquette

Au cours d’une visite en Haïti en 2015 nous avons rencontré cette association de femme dénommée ICD (Initiative Citoyenne pour le Développement) située dans le département du Sud-Est commune de Jacmel, section montagne Lavoute, Localité de Pasquette.

C’est une zone très reculée du centre-ville de Jacmel, montagneuse, le sol est semi-aride avec une très faible densité de végétation. La principale activité de la population est l’agriculture de subsistance et l’élevage. L’accès à l’eau est très pénible car il faut marcher une heure voir plus pour atteindre le point d’eau le plus proche. Il n’y a pas d’école public ni privée et aucun centre de santé.

Cette rencontre avec ICD nous a permis de prendre encore plus conscience de certaines réalités du pays. Vue la fragilité et la pauvreté de cette zone, nous avons décidé de soutenir l’un de leur projet : permettre à 15 femmes commerçantes d’obtenir un mulet qui leur servirait de moyen de transport pour ramener leur produit au marché. Au cours de l’été 2016 nous avons élaboré avec elles un projet un peu plus global avec le soutien de leur activité de maraichage qu’elles pourraient commercialiser.

Ainsi en avril 2017 nous avons pu démarrer avec le projet de soutien économique des femmes de Pasquette. Sur place notre chargé de missions James FRANCOIS accompagné d’un technicien agronome en collaboration avec les bénéficiaires ont débuté un ensemble d’activités pour le déroulement du projet.

En tout premier lieu ; une fiche d’enquête a été élaborée pour saisir des données et comprendre la réalité économique et sociale de chaque bénéficiaire mais aussi pour avoir une idée générale des conditions de vie de l’ensemble de la population de Pasquette.

Renforcement à la productivité agricole des femmes

Un jardin commun où les femmes cultivent la terre ensemble a été mis en place à leur demande. Le but est de permettre aux femmes de partager les tâches et par la suite de partager la récolte. Dans un premier temps le terrain a été délimité puis sécurisé avec des piquets et du fils de fer de manière à ce que le jardin soit protégé des animaux domestiques. Les matériels utilisés pour la clôture sont : des boutures de moringa, tronc de cocoyer, fils de fer, clous.

Pour la préparation du sol les bénéficiaires ont adopté cette vieille coutume ancestrale : La Corvée appelé aussi combite méthode par laquelle les paysans se regroupe pour travailler la terre aux rythmes des chants folkloriques, mangent, boivent Clérin et café ensemble.

Une fois la terre préparée nous avons fait monter sur Pasquette au moyen d’un camion 1000 plantules de piments et d’aubergines. D’autres plants : bananes et papaye devraient suivre également. Nous avons également ramené du matériel pour arroser les plantes : un réservoir de 600 Gallons. En effet contenu des difficultés d’accès à l’eau dans la zone nous avons fait installer ce réservoir de manière à récupérer les eaux de pluies en cas de pluie pour pallier à la sécheresse. Mais encore le réservoir était loin de résoudre le problème car la pluie ne tombe pas fréquemment dans la zone, de ce fait on a fait l’acquisition de deux mulets au marché aux bestiaux sur Jacmel. Les mulets ont été conduit par trois fils de trois femmes de Jacmel à Pasquette par l’intérieur des terres pour éviter les routes à forte fréquentation. Les jeunes gens ne connaissant pas bien les mulets encore n’ont pas osé les monter et ont marché à leur côté : cette expédition a duré 7 heure de marche pour ramer les mulets jusqu’à Pasquette ! L’arrivée des mulets a permis aux femmes d’aller chercher l’eau dans le village voisin dont l’accès est très difficile car il faut escalader des collines et des ravins assez profonds.

Les femmes se sont constituées en groupes de trois pour aller chercher l’eau pour arroser le jardin et aussi pour se servir de ces 2 premiers mulets à la maison et comme moyen de transport pour se rendre au marché.


James FRANCOIS

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