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Actualités Internationales

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Les Etats-Unis d’Amérique de Donald Trump

Au cours d’une réunion sur l’immigration à la Maison blanche le 12 janvier 2018, le président Donald Trump, d’après les journaux : Le New-York Times et Le Washington Post et deux sénateurs américains, Lindsey Graham (républicain) et Richard Durbin (démocrate) a exprimé son incompréhension de l’arrivée aux USA de beaucoup de gens venant « des pays de merde » comme Haïti, le Salvador et de l’Afrique.  Le président américain, a-t-il le droit de dire des pays avec lesquels les USA ont des relations diplomatiques, commerciales, culturelles, etc., sont des pays de merde ?
D’une même voix, dans un langage d’une rare dureté, les 54 ambassadeurs du groupe africain à l’ONU ont exigé une « rétractation » au président américain, condamnant des « remarques scandaleuses, racistes et xénophobes ». Ils se sont dit préoccupés par la tendance « grandissante » de l’administration Trump « à dénigrer le continent, et les gens de couleur ».
Le Sénégal et le Botswana ont convoqué chacun l’ambassadeur américain.
Le gouvernement haïtien a, de son côté, dénoncé des propos « odieux et abjects » qui, s’ils étaient avérés, seraient à tous égards « inacceptables. Car ils reflèteraient une vision simpliste et raciste « par les mots utilisés ».

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La France

Les 50 ans de mai 1968

Souvenirs de Mai 68
En mai 68, j’habitais au 34, rue Gay-Lussac, à Paris, avec mon frère Serge et mon complice Bobby Labrousse.  Un immeuble typiquement parisien, avec une minuterie faiblarde qui nous donnait à peine le temps de monter et, à l’entrée, une vieille concierge qui observait tous les mouvements, en tenant un gros chat dans ses bras. Au-dessous de mon appartement, une dame pleine de gaieté : Madame Paul Fort, jeune fille de 85 ans.
Pourquoi cette digression sur le 34 ?  Parce que la première barricade fut érigée dans la nuit du 10 au 11 mai, juste devant la porte de mon immeuble. Les policiers campaient au bas de la rue, près du jardin du Luxembourg. J’étais devant chez moi avec quelques amis haïtiens qui avaient fui la dictature : Bobby Labrousse, Gérard Aubourg, Ernst Wilson, Jean-Claude O’Garro…
La grande révolte de 68 commença dans l’improvisation. Un quidam, devant le 34, proposa en souriant de dépaver la rue et de faire des barricades pour se protéger des CRS appelés SS. Tout le monde trouva l’idée géniale et ce fut le début des réjouissances.  Un journaliste, un peu effarouché, essaya timidement de faire des photos, mais se heurta au refus catégorique des étudiants.
- Camarades, foutez-lui la paix, dit alors un rouquin goguenard, laissez-le faire son boulot.
C’était Daniel Cohn-Bendit, planté lui aussi devant chez moi.  Cette simple phrase suffit à ramener le calme.  50 ans après, je revois encore Dany le Rouge devenu vert tendre, sourire aux lèvres, s’amusant comme un gosse du spectacle.
Tout allait bien et nous nous amusions, mais vers minuit la fête tourna à la confrontation, lorsque les CRS nous attaquèrent avec une brutalité digne des tontons macoutes. Croyant nous faire peur, ils déclenchèrent un mouvement qui allait devenir incontrôlable. En plus de dépaver, les étudiants brûlèrent toutes les voitures. Celles de notre rue furent transformées en bûchers dont l’hérétique était l’ancien système.  Un voisin en grilla 4 et un de nos amis étudiants perdit une main dans cette nuit folle : un CRS lui avait balancé une grenade « non offensive » !
Quand la police arriva au 34, nous y avions installé une infirmerie improvisée où nous soignâmes nombre de blessés.  Je me souviens d’un homme qui eut le tympan crevé et de l’appartement rempli d’amis et d’inconnus.  Jules Badeau (surnom donné à un habitant de l’immeuble) passa la nuit chez nous et, dans un moment d’harassement, Bobby Labrousse lui introduisit dans le nez une longue plume d’oie prise dans un vieux coussin, fatigué qu’il était d’entendre déconner Jules.  Sans oublier Tête de Poisson, autre surnom qui qualifiait une stalinienne pleine d’enthousiasme pour des lendemains chantant des airs de balalaïka.
Nous passâmes une grande partie de la nuit sur le pied de guerre, respirant à pleins poumons les gaz que nous lançaient les CRS.
Lorsque le calme revint après des heures, les amis s’en allèrent mais Jean-Claude O’Garro décida de rester.  N’ayant pas assez de lits, on n’eut pas d’autre choix que de l’installer inconfortablement sur une vieille chaise.
Le lendemain matin, notre rue Gay-Lussac était devenue un champ de bataille : carcasses de voitures, chaussée dépavée, barricades aplaties.
À partir de ce jour, le quartier se replia sur lui-même.
Interdit d’interdire !
L’imagination au pouvoir !
Après l’expérience de la terreur macoute en Haïti, où régnait un médecin fou, j’allais vivre à Paris l’Utopie réalisée.  Et ici je prie le lecteur de croire que je pèse chaque mot et que rien n’est exagéré.  Pendant plusieurs jours, dans ce quartier où il n’y avait plus ni loi, ni police, je sus ce que signifiait vraiment le mot Fraternité. L’homme n’était plus un loup pour l’homme, mais un frère au sens le plus fort.  On adressait la parole à n’importe qui et chacun partageait ce qu’il possédait. J’ai vu de vieux messieurs, qui avaient guerroyé en 14, tutoyer les jeunes et se faire tutoyer par eux spontanément, comme si la chose allait de soi.  J’ai vu des cercles se former dans les rues avec des gens qui ne se connaissaient pas la veille.  Pour qui a vécu parmi les Parisiens, gens parfois raides et compassés, on comprendra sans peine ce que ça voulait dire.  Jean-Claude m’avoua alors que pour une fois il ne souffrait d’aucun racisme. En abolissant la loi et les contraintes, en chassant la police du Quartier latin, on avait rendu l’homme vrai et libre.  Au lieu d’une meute d’enragés, Mai 68 avait fait de nous des Frères.  J’affirme que c’est la seule fois où j’ai connu un sentiment de bonheur absolu.  Je vivais enfin dans une société humaine.  Il n’y avait ni stress, ni agressivité.  Aucune barrière entre les hommes.  Tous ces murs invisibles et absurdes qu’ils mettent entre eux pour mieux souffrir.  Mai 68 avait tout balayé.
Levés à n’importe quelle heure, nous n’avions qu’une idée : nous rendre dans la rue afin de refaire le monde.
Le tout dans le farniente et l’insouciance, sans nous demander ce qui se passerait lorsque de Gaulle réagirait, car l’Utopie nous semblait naturelle. C’est ainsi qu’il fallait vivre et non stressés, tendus, aigris contre le monde entier.
En plus des discussions de rue, nous allions à des réunions improvisées à la Sorbonne et, un jour, le Pape nous rendit visite, j’ai nommé Jean-Paul Sartre.  Il voulait dialoguer avec les jeunes. Une autre star, Aragon, lui aussi daigna se déplacer.  Mais il n’eut pas la chance du photographe, car Cohn-Bendit l’interpella en lui disant que ce n’était pas la place d’une crapule stalinienne.
Le mot fit mouche comme beaucoup d’autres et de ce jour les communistes devinrent des crapules staliniennes.  Je date de ce moment la dégringolade du parti de Georges Marchais, le début de la fin des nostalgiques du Palais d’hiver.
Mai 68, ce fut le refus de toutes les dictatures, qu’elles fussent de gauche ou de droite.  Un désir absolu de liberté.
Sous les pavés la plage !
Si grande était notre joie qu’un de nos amis haïtiens perdit toute peur des macoutes à partir des événements de mai.  Il était arrivé à Paris, traumatisé par un séjour à la prison-mouroir de Fort-Dimanche.  Il se retournait en marchant, de peur d’être suivi, et ses nuits étaient hantées par des cauchemars.
Il fut guéri par l’Utopie et jamais plus ne fit de rechute.
Mai 68 fut la psychothérapie la plus formidable qu’on pût imaginer.  Les habitants du Quartier latin comprirent d’un seul coup qu’il y avait autre chose dans la vie que l’aigreur et le ressassement.  Autre chose que l’exclusion.
Le bonheur était possible !
La fête dura quelques jours, mais pas assez.  La vie « normale » reprit son cours, autrement dit le stress, les engueulades, la mesquinerie, tous les obstacles que les hommes prennent plaisir à ériger entre eux.  Le Général de Gaulle s’était ressaisi, décidé à se défaire de la chienlit. André Malraux défila sur les Champs-Élysées, et tout « rentra dans l’ordre ». La fête avait pris fin.  La terre est une vallée de larmes, petit homme.  Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.
Je compris alors que tout gouvernement, fût-il démocratique, n’était qu’un pis-aller.  Il n’y a pas de vrai bonheur sans absence de contraintes. Oh, je sais bien qu’on ne pouvait pas toujours vivre de la sorte.  Il fallait bien que « business as usual », que les usines tournent et que les enfants aillent à l’école.  Mais je sais aussi que cela n’est pas le bonheur.
J’ai appris également (corollaire de ce qui précède) que Rousseau a raison.  L’homme naît bon, la société le déprave.  Ou plutôt, l’homme naît neutre.  Durant la période utopique de Mai, tous ceux que j’ai côtoyés étaient devenus bons.  Spontanément.
Mais les mots me manquent.  Il est des expériences inexprimables.
Je cède ici la parole à Rimbaud, vrai fils de Mai avant la lettre, qui vous dira mieux que moi ce que j’ai ressenti après la fête :
« Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre.  Paysan. »
En 2018, le Rêve est mort, tué par des politiciens lâches et sans cœur.
Sous les pavés, la haine !
Voici venu le temps des petits hommes.
Gary KLANG

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La France d’Emmanuel Macron et de Edouard Philippe contre les retraités et les cheminots

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Les retraités

Le 15 mars 2018, des Français retraités sont descendus dans la rue bien décidés à se faire entendre et à envoyer au pouvoir en place un message fort sur la baisse de leur pouvoir d’achat, leurs conditions de vie (pour la plupart) misérables.
Ce sont des dizaines de milliers de retraités répondant à l’appel des neuf organisations : syndicats et associations (UCR-CGT, UCR-FO, UNAR-CFTC, UNIR-CFE/CGC, FSU, FGR-FP, UNIRS-SOLIDAIRES, LSR, UNRPA) qui ont manifesté dans toute la France pour contester la politique du président Macron.
Ave Macron, morituri (les retraités) te salutant !
Ce message, a-t-il été entendu ? Les retraités, de nulle part d’ailleurs, ne sont des nantis. Augmenter leur contribution sociale généralisée (CSG) au-dessus de 1 200 € de pension de 1,7 point est une injustice manifeste quand on sait que les actifs bénéficieront de la baisse de leurs cotisations salariales de chômages et de maladie. D’ailleurs, nul ne sait ce que réserve l’avenir aux retraités ! Il n’y a aucune garantie dans le temps que la CSG ne sera pas augmentée. La situation actuelle sur le plan internationale implique des dépenses militaires de plus en plus lourdes de la part de la France. Ne faut-il pas espérer un autre scénario, celui de la paix inexorablement.

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Les cheminots dans la tourmente

La société nationale des chemins de fer (SNCF), en dépit de son grand âge et des services rendus, par exemple : pendant les guerres, n’est plus en odeur de sainteté en 2018.
Le nouveau pouvoir considère que le statut des cheminot (de fonctionnaire) est anachronique. Il faut le modifier. La SNCF doit être une société anonyme. Elle doit s’ouvrir totalement à la concurrence prochainement comme l’exige l’Union Européenne.
Pour que ces transformations ou changements se fassent sans douleur, le Premier Ministre a commandé un rapport sur la SNCF à l’ex-président directeur général (ex-PDG) d’Air-France Jean-Cyril Spinetta.
Le rapport Spinetta d’entrée de jeu inquiète les cheminots, les présidents des régions, les usagers des zones rurales, etc. Le Premier Ministre se montre beau joueur en proposant de longues heures de concertation avec les syndicats, les présidents des conseils régionaux et des associations diverses et variées.
La CGT (Confédération Générale du Travail) des cheminots ainsi que FO (Force Ouvrière), SUD (Solidaires-Unitaires-Démocratiques) et UNSA (Union Nationales des Syndicats autonomes) considèrent que le rapport Spinetta n’est pas recevable et constitue une attaque frontale contre le transport ferré et contre les hommes et les femmes qui font le choix de voyager en train quotidiennement ou de temps en temps. Ces 4 syndicats principalement sont mobilisés pour faire échec à la destruction de la SNCF telle qu’elle existe actuellement.
Le 22 mars, une première grande grève a eu lieu, mais dans un cadre plus large : grève pour la défense du service public français. La balle est dans le camp du pouvoir, car les syndicats de la SNCF ont programmé des grèves (disons-tournantes) d’avril à juin 2018. Quelles conséquences ?

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La Russie de Poutine

Le 18 mars 2018, la Fédération de Russie a élu pour la 4ème ou 5ème fois Vladimir Vladimirowitch Poutine Président avec près de 77 % des voix. Le corps électoral comptait 108 000 000 de personnes dont 67,4 % avaient fait le déplacement, soit 72 792 000 votants. Ainsi, il a été élu le 18 mars avec 56 049 840 voix. On ne saurait dire que c’était un score comme au temps de l’URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques).
Le dimanche 4 mars 2018, il y a eu une tentative d’empoisonnement de l’ex-agent double russe, Sergueï Skripal et sa fille, Loulia à Londres. La Première Ministre britannique, Theresa May, a mis en cause sans hésitation la Fédération de Russie et son président Vladimir Poutine. Sommée de s’expliquer le mardi 6 mars 2018 avant minuit, sur l’empoisonnement de l’ex-espion russe sur le sol britannique, la Fédération de Russie a rejeté cette accusation et a accusé Londres de vouloir la discréditer. Cette affaire est devenue une véritable affaire d’État Outre-Manche et constitue une crise sérieuse entre le Royaume-Uni et la Fédération de Russie. La Grande-Bretagne a menacé de geler les avoirs de l’État russe et a également suspendu tous les contacts bilatéraux de haut niveau prévus entre les deux pays. Elle a renoncé, dans le même temps, à envoyer en Russie pour la Coupe du monde de football du mois de juin des ministres ou des membres de la famille royale. Mme May, en représailles, a expulsé 23 diplomates de la Fédération accrédités à Londres. La condamnation de la Fédération de Russie et de son président Vladimir Poutine par les principaux pays européens dont la France, l’Allemagne, et les Etats-Unis d’Amérique est un raidissement des rapports sur le plan international et rappelle étrangement le temps de la guerre froide. Ils sont nombreux les Russes qui ne comprennent pas l’hostilité des occidentaux envers eux. Jusqu’où veut-on aller ? Vers la guerre nucléaire !

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Actualités Haïtiennes

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L’Afrique, Haïti et le Salvador dans le collimateur de Trump

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis avait soulevé dans la communauté haïtienne des USA beaucoup d’espoir en ce qui concerne Haïti compte tenu de leur hostilité aux époux Clinton accusés de s’être enrichis au détriment du peuple haïtien, à l’occasion du tremblement de terre du 10 janvier 2010. Vrai ou faux, l’engagement de certains leaders haïtiens ou d’origine haïtienne à côté de Trump ne faisait aucun doute. Mais, très vite, ils allaient être désenchantés.
Trump, président, prend la décision d’expulser 59 000 Haïtiens bénéficiant du statut de TPS (Permis de séjour temporaire) accordé par Barack Obama aux réfugiés haïtiens après le tremblement de terre de janvier 2010, tremblement de terre qui a fait plus de 300 000 morts en Haïti.
Trump, président, déclare que tous les Haïtiens ont le Sida et ne comprend pas pourquoi il y en a autant aux USA.
Le même Trump, au cours d’une réunion sur l’immigration, le 11 janvier 2018, s’est emporté et a parlé des personnes issues d’Haïti, du Salvador et des pays africains comme « des pays de merde ».
Le doute n’est pas permis en dépit de sa dénégation le 12 janvier 2018 disant qu’il n’avait pas mentionné Haïti.
Que d’Haïtiens se sont sentis floués et blessés par les propos du président !
De nombreuses réactions écrites nous sont parvenues. Il nous est impossible de toutes les publier en même temps.

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Réaction du Sénat de la République d’Haïti.

Dans une note en date du mardi 16 janvier 2018, rendue publique le jeudi 18, le Sénat de la République a dénoncé et condamné les « propos xénophobes » tenus par le président des Etats-Unis, Donald Trump. La déclaration du Sénat haïtien est soutenue par toutes les tendances politiques haïtiennes représentées au grand corps.
Selon le Sénat de la République, les « propos racistes » du locataire de la Maison Blanche renseignent sur son grand déficit quant à l’histoire de cette grande nation américaine qui, depuis le 17ème siècle, n’a jamais cessé d’être une terre d’immigrants.
Ignobles, insultants, méprisants, les sénateurs ne manquent pas de mots pour qualifier la déclaration de Donald Trump selon laquelle Haïti, le Salvador et des pays d’Afrique, sont des « pays de merde ».
« Ces propos infligent un outrage sévère aux valeurs universelles relatives à la dignité humaine », peut-on lire dans cette note sénatoriale.

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Racisme, agression et exploitation minière.

Montréal, 28 janvier 2018
Selon la définition proposée par Albert Memmi, « …le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ». L’agression peut prendre plusieurs formes ; au niveau d’un pays, elle renvoie généralement à une exploitation économique.
La République d’Haïti a été récemment la cible d’une odieuse attaque raciste venant du Président des États-Unis d’Amérique. Les réactions n’ont pas tardé et sont venues de partout. Elles se poursuivent encore au moment d’écrire ces lignes mais le moment est venu de se poser la question de la forme que prend ou que pourrait prendre l’agression qu’annoncent ou que révèlent ces insultes, proférées par quelqu’un reconnu comme un grand stratège de la diversion.
Haïti est un pays exsangue, quasiment sous tutelle, dévasté par des catastrophes naturelles, incapable de produire de quoi nourrir sa population et qui se retrouve régulièrement aux derniers rangs de tous les indicateurs économiques. On peut faire l’hypothèse que ce qui est annoncé, c’est l’exploitation de ses ressources minières, un secteur relativement intouché jusqu’ici. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que le Salvador, l’autre pays nommé par le Président des États-Unis lors de sa sortie scatologique, a interdit l’an dernier l’exploitation de mines métalliques sur son territoire.
Le président américain avait également cité les pays africains de façon générale. Plusieurs ouvrages dénoncent le pillage des ressources minières de l’Afrique, notamment au sud du Sahara. Le cas du Congo-Kinshasa pour qui les richesses minières semblent constituer une véritable calamité est particulièrement tragique. Cependant, d’aucuns estiment que certains pays devraient être reconnaissants de se faire exploiter et ne devraient surtout pas s’aviser de refuser ou même de négocier quoi que ce soit.
En juillet 2017, quelques mois après l’arrivée au pouvoir de l’actuel président d’Haïti, un projet de loi sur l’exploitation des mines a été soumis au Sénat de la république. Ce projet de loi devrait être étudié au cours de la session législative qui a débuté le 8 janvier 2018. L’opacité de l’information sur les ressources minières du pays et sur le texte de ce projet de loi est telle que le Congrès des États-Unis a adressé une lettre au président du Sénat haïtien le 20 novembre 2017 pour encourager un débat public sur cette question « compte tenu des risques importants de l’exploitation minière pour les droits humains et environnementaux ».
Depuis le milieu des années 70, différentes études ont fait état de l’intéressant potentiel du sous-sol haïtien : pétrole et gaz, or, iridium, etc. L’exploitation de ce potentiel soulève cependant d’importantes questions :
1. Haïti est un des pays au monde les plus vulnérables au changement climatique. Il est traversé par deux importantes failles sismiques et est situé en plein sur la route des ouragans de la Caraïbe. De plus, c’est un pays densément peuplé, montagneux et fortement érodé. Les risques environnementaux qui découleraient de l’exploitation minière sont extrêmement importants.
Par exemple, les principales réserves d’or sont situées sur des bassins versants densément peuplés par des agriculteurs, le long de la faille septentrionale.
2.L’État haïtien est reconnu comme un État faible (et affaibli). Il a eu l’appui de la Banque mondiale pour la rédaction du projet de loi sur les mines mais l’analyse d’une version préliminaire obtenue en 20141 a révélé de très grandes faiblesses dans ce document qui se situerait en dessous des standards internationaux, notamment au niveau de la transparence, de l’évaluation et de la protection environnementales, de la gestion de l’eau, du niveau des redevances, de la remise en état des sites.
De l’avis général, la corruption et la non-transparence sont deux défis majeurs que doit relever l’État haïtien. On peut aussi se demander si cet État a les moyens de défendre valablement les intérêts de sa population actuellement ? Par ailleurs, la quasi exclusion des institutions étatiques dans le dossier humanitaire de la reconstruction d’Haïti après le séisme de 2010 a donné le signal d’une véritable course au trésor entre de grandes compagnies, parfois avec la complicité de certains organismes dits de bienfaisance. Qu’en sera-t-il (ou qu’en est-il) dans un dossier purement économique, dominé seulement par la logique du profit ?
La grossièreté des déclarations du Président américain cache sûrement un enjeu important. Cette hypothèse permet également de jeter un éclairage différent sur la politique haïtienne des dernières années, notamment sur la fabrication d’un consensus au sein de la classe politique et les efforts pour museler la presse. Une chose est certaine : le traitement de ce dossier définira le visage d’Haïti pour au moins ce XXIe siècle.
Note
1.Voir par exemple :
•ByenKonte, MalKalkile? Human Rights and Environmental Risks of Gold Mining in Haiti © December 2015, Global Justice Clinic & Haiti Justice Initiative
• »Ready for Gold ? Assessing Haiti’s Governance and Regulatory Capacity for Large-Scale Mining, » Oxfam America Research Backgrounder series (2015)
•Concertation pour Haïti. L’industrie minière en Haïti. Enjeux et réalités. Montréal, Janvier 2016.
Jean-Claude ICART, Comité Haïti Mines

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Haïti selon Trump

Rennes, le 14 mars 2018
En présentant Haïti, le Salvador et plusieurs nations africaines comme des « Shithole countries» dont les ressortissants sont indignes d’être accueillis aux États-Unis, le président américain Donald Trump a, le 12 janvier 2018, provoqué un tsunami et un séisme d’émotions dont les répliques ne sont pas totalement éteintes. Ses propos ont été largement relayés dans les médias traditionnels provoquant reportages, analyses, débats, interviews et points de vue de personnes consternées, souvent amères ; ils ont occupé en continu l’espace numérique à travers les sites d’information et les réseaux sociaux (abonnés aux épisodes de violence gratuite de la part de Trump) qui se sont fait l’écho de réactions et d’inter – réactions innombrables. Jamais en effet dans l’Histoire des relations internationales un président américain n’avait été aussi loin dans l’affichage de son mépris envers des pays voisins et des pays de l’Afrique noire. Jamais la souffrance n’a été aussi grande chez les Haïtiens et surtout chez les Haïtiano – américains qui ont vu comment le nouveau président élu parlait de leur pays d’origine sans se donner la peine de prendre la moindre précaution d’usage. Selon le Washington Post, cette insulte indépassable avait été prononcée lors d’une réunion à la Maison Blanche portant sur la protection des réfugiés et Donald Trump – considérant que les États-Unis devraient plutôt privilégier des immigrés venant de pays comme la Norvège – se serait écrié « Pourquoi a t-on besoin de plus d’Haïtiens ? Virez-les !».
« Yo manjé la- a »
Face aux propos virulents du président – qui résument à eux seuls les névroses américaines (la violence et le racisme) – les réactions d’indignation vont prendre plusieurs formes.
Il y a ceux qui ont, d’instinct, convoqué l’Histoire pour rappeler ce que le monde doit à Haïti. Les Haïtiens ont de quoi être fiers. Des nègres de Saint-Domingue menés par des officiers français ne se sont-ils pas battus à Savannah (1779), aux côtés des insurgés américains lors de la guerre de l’indépendance des États – Unis ? N’ont-ils pas été les premiers et les seuls à vaincre l’armée napoléonienne et à se libérer de l’esclavage par les armes ? Haïti n’est-elle pas, comme l’a écrit Césaire, « le pays où le nègre s’est mis debout pour la première fois et dit qu’il croyait en son humanité » ? La République d’Haïti n’a-t-elle pas soutenu l’idée anti – coloniale, anti-esclavagiste et anti-impérialiste en participant aux guerres de libération des pays de l’Amérique latine menées par Simon Bolivar ? …
Mais cette approche qui insiste sur l’unicité haïtienne donne à penser qu’il faut sans cesse rappeler les actions et gloires passées du peuple haïtien pour obtenir du reste du monde la reconnaissance de son humanité.  Alors la soif de considération passera également par l’évocation du patrimoine culturel. D’innombrables documentaires et vidéos postés sur les plateformes numériques exalteront la musique, la peinture, la cuisine, l’artisanat, la langue, le folklore … Ils livreront des tranches de vie de descendants d’immigrés (polonais, allemands, syro-libanais) revendiquant leur « haïtianité », ce « supplément d’âme » que le monde est censé nous envier. Mis bout à bout, ils donnent le sentiment d’une identité commune, exploitent à fond le thème de l’unité afin de sortir du mal-être existentiel provoqué par l’agression de Trump.
Il y a ceux qui vont entreprendre de relativiser l’outrage en rappelant la personnalité nocive du président et ses inepties. Investi le 20 janvier 2017, Trump a commis l’exploit de se fâcher en une année avec la terre entière ou presque sur le plan intérieur, il a créé lui-même ses ennemis : il a dénigré ses adversaires politiques et nombre de personnalités publiques, attaqué, révoqué et humilié les hommes de son propre camp, de sa propre administration. Il a ciblé les femmes, les musulmans, les Mexicains, les Sikh, les sinistrés portoricains, les stars du football américain, les artistes, les militants antifascistes… Il a mené une guerre contre les institutions : le Congrès, les Tribunaux, le parti Démocrate, le ministère de la Justice, l’Obamacare, Hollywood, l’armée, les agences de renseignement, le FBI, les médias traditionnels… Avant ces propos dévastateurs, Donald Trump a eu à cœur d’alimenter la xénophobie doublée d’islamophobie de ses électeurs. Qui n’a pas suivi la polémique suscitée par son projet de dresser un mur tout au long de la frontière sud, dans l’objectif de juguler l’afflux des Mexicains ? Et qui ne se souvient des petites phrases assassines contre les Mexicains traités de dealers et de violeurs ? Ses prises de position contre les réfugiés syriens et les musulmans dans leur ensemble    ont, en leur temps, soulevé un tollé général. En abordant les problèmes posés par l’immigration en termes de religion et de race, il a nourri ses partisans de la haine de l’Amérique multiculturelle et progressiste et contribue, de ce fait, à rétablir l’idée d’une hiérarchie entre les populations humaines… quitte à remettre au goût du jour les pages les plus sombres et les plus immorales de l’Histoire des États-Unis. Impulsif, iconoclaste, provocateur, manipulateur, Donald Trump semble également souffrir d’un complexe d’infériorité et entretenir un rapport incertain à la vérité. Célébrité médiatique et multimillionnaire, il n’hésite pas à se comparer à un « White Trash» . Propriétaire de plusieurs gratte –ciel (un style éminemment américain), il use volontiers d’une rhétorique anti – système alors même qu’il incarne le système et a intégré les valeurs d’un pays entièrement dévolu à l’entreprenariat et aux transactions commerciales.   S’il se vante d’être un modèle de réussite à l’américaine, il se présente en même temps comme un adversaire de l’establishment. Il fustige les élites mais entreprend une réforme fiscale qui est favorable aux milieux économiques, qui profite aux riches et aux héritiers.  Trump se veut le défenseur de l’Amérique blanche, pauvre et abandonnée par les élites mais ne cherche nullement à corriger les inégalités. Après une bataille longue et vaine pour abolir la protection sociale mise en place par Barack Obama, il prend finalement une disposition fatale au financement de l’assurance santé qui s’adresse justement aux travailleurs et familles humbles.  Adepte de l’insulte, spécialiste des approximations et des déclarations controversées, le président a pris l’habitude d’insulter, d’humilier sur tous les sujets et à tous les niveaux mais, sans exclure l’humour, sans oublier – en tant qu’ancien animateur de télévision -  de mettre les rieurs et les moqueurs de son côté.  Et c’est ainsi que confronté à la révélation de ses propos prononcés à huis clos mais rapportés par des élus démocrates, il fait semblant de nier pour mieux surenchérir : « Je n’ai pas dit Shithole, j’ai dit … Shithouse » ; une petite phrase qui comble d’aise ses followers. Au nom de sa stratégie « L’Amérique d’abord », Trump a systématiquement détricoté tous les efforts diplomatiques de son prédécesseur sur le climat, sur le nucléaire iranien, sur les traités de libre-échange. Il menace de renoncer aux engagements de son pays au sein de l’OTAN, traite les Européens de « mauvais payeurs », s’éloigne de l’Europe, bouscule l’ONU, se retire de l’UNESCO, bafoue les droits des Palestiniens en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, promet de déclencher des guerres commerciales contre ses alliés. Jusqu’ici, sa politique générale de remise en cause des valeurs qui constituent l’image internationale des États-Unis semblait vouée aux conflits, voire à la guerre, mais le personnage est imprévisible. Et c’est ainsi qu’aux dernières nouvelles, il accepte de rencontrer le dirigeant coréen Kim Jong-un après s’être livré pendant des mois à une joute verbale d’une violence inédite. Provocation et brutalité font partie du spectacle qu’il donne tous les jours, elles participent de sa renommée et de son obsession de l’autopromotion, de l’autocélébration ; elles ont pour objectif d’impacter sa politique nationale et internationale.
Mais ce serait trop simple si tout le monde s’entendait pour condamner Trump. Quelques individus ont estimé qu’un jugement sur la personnalité de Trump ou sur ses déclarations et actions n’apprend pas grand’ chose sur la réalité haïtienne. Certains vont adhérer aux propos de Trump jusqu’à considérer qu’il a eu le courage de dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas ; et même ce que beaucoup d’Haïtiens pensent véritablement de leur « Haïti chérie »   à savoir un pays parfaitement inhabitable pour la grande majorité de la population… plus de 200 ans après Vertières (1803). Un des messages allant dans ce sens est celui d’un universitaire dénommé Ablègue Adji diffusé sur WhatsApp et que l’on peut consulter sur Google. Adji entreprend de définir « un pays de merde ». « C’est un pays où l’espérance de vie est inférieure à 50 ans…un pays où l’insalubrité ou la malpropreté est une vertu… où l’indiscipline est la qualité…où la corruption règne en maître… Les études ne servent à rien. Les esprits brillants deviennent des chômeurs ou des fous. Les élections ne reflètent jamais la vérité des urnes.  Les médiocres arrivent au plus haut sommet de l’État …Aucune loi n’est respectée. La télévision nationale est une télévision de propagande. Manger une fois par jour devient une grâce ou une bénédiction du Très Haut » … Et il conclut : « Si cette définition correspond à l’état actuel du pays dans lequel vous vivez, alors arrêtez de dire que Donald Trump vous a insulté. Il ne fait que dire ce que votre hypocrisie refuse d’admettre depuis bien longtemps. »
On retrouve d’autres réactions qui n’impliquent pas seulement la conduite de Trump. En effet, quelques jours après le scandale suscité par Trump, Conan O’Brien, un célèbre animateur de télévision et humoriste américain, entreprend d’initier son programme en Haïti et d’aller à la rencontre de la population avec pour objectifs de lui manifester son amitié et sa solidarité, de voir comment elle comprend la réflexion de Trump et quelles en seraient les conséquences sur les relations entre les deux pays. Conan, après quelques virées à Port – au –Prince et ses environs, retrouve sur la place Boyer un groupe d’hommes et de femmes qui forment un attroupement autour de lui et qui n’attendent pas d’être sollicités pour prendre la parole. Une femme désigne sans ambages les États-Unis comme le principal oppresseur ; d’autres accusent les différents gouvernements américains d’être en grande partie à l’origine des maux d’Haïti.   L’un d’eux veut d’abord s’assurer que Trump aura son message avant de s’emparer du micro que lui tend Conan et de dire et répéter deux fois : « Haïti n’est pas un trou de merde. Haïti n’est pas un trou de merde. Mais… si c’est le cas, ils mangent ici (en créole yo manjé la-a) » Par cette simple phrase, il résume la situation du pays qui, depuis un siècle est pris en main de façon complète, totale par les américains. Ils ont modelé Haïti en fonction de leurs propres intérêts. Par conséquent, si Haïti est un « pays de merde », les américains sont des coprophages, ils se servent en Haïti et ils y trouvent leur compte.

De Jefferson à Trump

Certes, il ne faudrait pas surestimer l’impact de cette séquence de l’émission de Conan qui a été réalisée dans un contexte exceptionnel mais il est clair qu’elle a donné à des gens du peuple l’occasion d’exprimer publiquement et pour la première fois leur ressentiment contre les États-Unis qu’ils tiennent pour responsables de leur détresse. Un ressentiment d’autant plus grand qu’il se nourrit de la crainte de ne plus avoir accès – de façon directe ou indirecte -  au pays de cocagne que représentent encore à leurs yeux les États-Unis. Il est peu probable que Trump ait la moindre idée de la situation d’Haïti et de son peuple. Cela ne l’intéresse pas. L’ignorance étant une béatitude, selon les Évangiles, elle libère des entraves ou de toute prise de conscience encombrante qui peut faire hésiter, réfléchir, repousser les décisions ; l’ignorance libère les discours. Aussi, les jurons et autres grossièretés de Trump sont un moyen de faire savoir qu’il refuse tout compromis, qu’il ne veut pas de concertation sur la question des migrants haïtiens qui est une question pendante depuis plusieurs années. En effet, au lendemain du séisme du 12 janvier 2010- qui a fait des centaines de milliers de victimes en Haïti – le président Barack Obama prend la décision de délivrer aux réfugiés haïtiens des permis temporaires de séjour (TPS) en attendant une amélioration de la situation générale du pays. Le dispositif a une dimension humanitaire : il vise à répondre à la détresse des survivants et des sinistrés. Il va permettre à près de 60 000 Haïtiens de s’installer, de travailler, de se soigner, de faire des projets et surtout d’aider la famille restée au pays. Mais le 22 septembre 2016, c’est encore Obama qui va, avant la fin de son 2ème mandat, prendre la responsabilité de mettre un terme au dispositif et d’établir avec le gouvernement haïtien un accord formalisant le retour des migrants. Cette décision met en émoi non seulement la diaspora mais également le pouvoir politique haïtien. Le dispositif est donc prolongé jusqu’au 22 juillet 2017. Mais très préoccupés, les Haïtiens de « Little Haïti » vont au moment de la campagne présidentielle se tourner vers Trump qui aurait promis « de ne pas les oublier ». Mais comme on le sait ici, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Le président Donald Trump se retrouve vite agacé par le problème haïtien d’autant plus que la maîtrise des flux migratoires constitue un point central de sa campagne et de son programme politique. Selon sa logique, il ne peut pas, d’un côté, promettre la construction d’un mur pour bloquer l’entrée des Mexicains et, de l’autre, accepter un nouveau compromis visant à faciliter la régularisation de réfugiés haïtiens jouissant du statut de TPSers. Le président Trump, en dépit des pressions venant de la communauté haïtienne et de ses soutiens au sein du parti démocrate, ne va rien céder parce qu’il nourrit un procès durable contre la personne d’Obama, contre sa politique en général et parce qu’il estime devoir satisfaire d’abord ses propres électeurs, pour la plupart des Rednecks hostiles aux migrants et obsédés par la question identitaire. Il faut être clair, sur ce point Trump est dans son droit. Le scandale vient du fait que sa décision repose sur des critères racialistes : le pays d’origine devenant un élément constitutif du respect de la dignité des personnes.  Comme tous les suprémacistes d’hier et d’aujourd’hui, Trump divise la population en deux grandes catégories, les Américains et les étrangers. Au sein de la première catégorie, il distingue les WASP   – ceux qui lui ressemblent – de tous les autres.  Et au sein de la catégorie des étrangers, la population la plus méprisée est celle qui ne comprend pas la langue du pays ou qui la parle mal. Les Haïtiens en tant que noirs et de surcroît créolophones ou francophones sont doublement rejetés ; ils n’appartiendraient pas à la même humanité que des « Norvégiens » riches et blonds aux yeux bleus.  Au niveau international, la vision du monde de Trump se traduit par un jugement de valeur : un « pays de merde » serait un pays inutile, sans intérêt stratégique mais pas forcément sans expérience commune, sans proximité géographique ou spirituelle. Le qualificatif « pays de merde » sert à stigmatiser ceux qui déplaisent, qui apparaissent comme une menace pour son projet identitaire ou politique. Le « pays de merde » ne sert pas sa volonté de redonner à l’Amérique sa grandeur et sa puissance.

Agir et pas seulement réagir

Compte tenu du contexte général, il nous semble improbable que les Haïtiens puissent tirer quelque profit que ce soit du mandat de Trump. Alors que faire ? Cet épisode de violence peut –il provoquer au sein du gouvernement haïtien une volonté de changer les choses ? À la vérité, le vrai malheur serait de ne rien faire, de renoncer à toute velléité d’agir. Le vrai malheur serait de continuer à actionner encore et encore ce bon vieux réflexe de repli sur notre passé, sur notre identité, sur nos névroses, sans prendre des mesures pour modifier les conditions de vie de la population et construire l’avenir du pays… Le malheur serait que l’indignation devienne un mode d’expression « sans que l’on réalise par-là la nécessité de la faire suivre d’une action quelle qu’elle soit ».
Gloria BIGOT-LEGROS.

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L’État-major des Forces armées d’Haïti (re)constitué.

Environ 4 mois après la remobilisation de l’armée, l’État-major des Forces armées d’Haïti a été constitué. Aux côtés, de Jodel Lessage, commandant en chef des FAD’H, on trouvera le général de brigade, Sadrac Saintil, les colonels Jonas Jean, Jean-Robert Gabriel, Derby Guerrier, Joseph Jacques Thomas et Fontane Beaubien.
Monsieur Evens Régis nous en parle.
Selon le communiqué du ministère de la Défense, cette décision est prise conformément aux engagements matérialisés dans les deux arrêtés des 16 et 17 novembre 2017, portant respectivement la remobilisation des Forces armées d’Haïti (FAD’H) et la nomination du commandant en chef intérimaire des FAD’H.
Le général de brigade Sadrac Saintil est nommé comme chef d’état-major général.
Le colonel Jonas Jean va jouer le rôle d’inspecteur général de l’armée.
Jean Robert Gabriel, assistant-chef d’État-major G1/G3.
Derby Guerrier, assistant-chef d’état-major G2/G4.
Le colonel Joseph Jacques Thomas est le nouveau secrétaire de l’État-major général, et Fontane Beaubien, membre de l’État-major personnel du commandant en chef.
Ces personnages qui composent l’État-major des Forces armées d’Haïti ont le pouvoir de réunir les éléments de décision, et de faire exécuter les décisions quand ces dernières sont prises. 18 novembre dernier, à Cap-Haitien, lors de la commémoration des 214 ans de la bataille de Vertières, le président de la République, Jovenel Moïse, a, malgré vents et marées, procédé à la remobilisation des Forces armées d’Haïti.
Par cette décision, le chef de l’État avait laissé comprendre qu’une nouvelle page de l’histoire du pays est tournée. Le président de la République avait déclaré qu’avec la remobilisation des FAD’H, un nouveau chapitre s’ouvre : les Forces armées recomposées et repensées veillent, en tant qu’institution constitutionnelle, à la sécurité et à la garde des vies et des biens des citoyens.
À noter que, la remobilisation officielle de l’armée d’Haïti survient 23 ans après sa démobilisation dans le contexte du retour à l’ordre constitutionnel, après leur participation, dans de multiples atrocités, dont des coups d’État et de différents autres cas de violations de droits humains, particulièrement durant la période dictatoriale des Duvalier (1957-1986), les FAD’H ont été démobilisées par le président Jean-Bertrand Aristide, en 1995, pour être remplacées par la Police nationale d’Haïti (PNH).
Evens RÉGIS

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Désormais, Haïti est dédollarisée, vive la Gourde haïtienne !

En date du 1er mars 2018 (voir le journal officiel Le Moniteur N° 38) et à la suite d’un Conseil des ministres tenu le 28 février 2018, l’administration Moïse-Lafontant a décidé que désormais toutes les transactions commerciales sur le territoire national doivent se faire en Gourdes. Malheur aux contrevenants !
Comme toujours les réactions sont diverses et variées.

POUR HAÏTI souhaite partager avec ses lectrices et lecteurs, dans la suite, deux textes sur la question : l’un d’Eddy Cavé et l’autre de Leslie Péan.

Dans la première partie de cet article, l’auteur de De mémoire de Jérémien, un ancien cadre de la Banque Nationale de la République d’Haïti, examine, à la lumière de ses souvenirs, les questions liées à la double circulation monétaire pratiquée en Haïti depuis près d’un siècle. La deuxième partie contient un rappel de quelques notions économiques de base et un aperçu des solutions qui s’imposent.

Ottawa, ce lundi 5 mars 2018

Je viens de lire avec autant d’étonnement que d’appréhension l’arrêté du président Jovenel Moïse déclarant, en son article 2, que la gourde est la seule monnaie ayant cours sur le territoire national. Ce libellé ne peut manquer d’étonner quand on sait qu’Haïti pratique un régime de liberté absolue des changes depuis plus d‘un siècle et qu’il n’y avait aucun débat sur ce sujet.
Avant de tenter la moindre analyse de la mesure, je me crois forcé de faire l’hypothèse que les rédacteurs du texte voulaient désigner « le cours légal » et que l’adjectif légal, d’importance capitale ici, a accidentellement disparu du texte final. Si, en revanche, le libellé de l’article était intentionnel, il faudrait penser que l’idée d’un cours forcé a été au moins envisagée comme porte de sortie éventuelle à des scénarios extrêmes, ce qui serait tout aussi plus grave.
Cela dit, la publication de cet arrêté m’aurait comblé de joie en d’autres temps et dans d’autres circonstances, car l’objectif poursuivi est en tout point conforme aux idées que je préconisais déjà à la fin des années 1960.
J’occupais alors un poste d’économiste-statisticien au département de la Statistique et des études économiques de la Banque nationale, la BNRH, et je croyais dur comme fer qu’il fallait réglementer ou même contrôler le marché des changes. Aujourd’hui, la lecture de cet arrêté produit chez moi l’effet contraire : la mesure vient trop tard dans un monde trop vieux et semble avoir été adoptée dans l’improvisation, à la va-vite et n’augure rien de positif.
Des souvenirs difficiles à repousser
Depuis que j’ai commencé une fascinante opération de préservation de la mémoire avec la rédaction du premier tome de De mémoire de Jérémien, ma boîte à souvenirs s’ouvre toute seule chaque fois que je reçois une très bonne ou une très mauvaise nouvelle. Je m’installe alors devant mon ordinateur et je me plonge dans le vécu de la période concernée. Cela s’est produit vendredi dernier après la lecture de l’arrêté Moïse, et les images de mes débuts dans la banque centrale se sont mises à déferler dans ma mémoire. Que d’espoirs déçus ! Que d’amis et de collègues disparus en cours de route ! Que de souvenirs qui risquent de s’évanouir dans la mémoire collective !
Mars 1966. Je me revois d’abord à la banque centrale du Chili où je participe au programme de formation de l’Institut d’études bancaires Guillermo Subercaseaux. Un matin, le professeur d’économie monétaire, M. Hermann Max, que tout le monde appelait Doctor Max, affirme sans ambages que les trois monnaies les plus stables de l’Amérique latine sont le peso mexicain, le peso colombien et la gourde haïtienne. Dans le cas du Mexique et de la Colombie, la belle tenue de la monnaie nationale s’explique, à son avis, par le dynamisme de l’économie en particulier, tandis qu’en Haïti ce résultat est plutôt un indice de la stagnation de l’activité économique.
Ce jour-là, l’illustre économiste chilien d’origine allemande, qui savait de quoi il parlait en traitant de l’inflation, ne faisait pas seulement référence au taux de change, mais aussi au pouvoir d’achat interne de ces monnaies. Deux données toujours examinées en parallèle à cette époque où la théorie de la parité des pouvoirs d’achat de l’économiste suédois du XIXe siècle Gustav Cassal domine encore la réflexion sur les questions économiques internationales. Je devais me rendre compte de la justesse du commentaire d’Herman Max durant un voyage particulièrement instructif en Colombie et au Mexique. Aux taux de change en vigueur, on pouvait alors se procurer, avec l’équivalent d’un dollar, un panier de biens et services comparable à celui de la ménagère des États-Unis.
À mon retour à Port-au-Prince en 1967, je fais le même constat : la course de taxi est encore de 50 centimes, comme en 1949, l’année du Bicentenaire de Port-au-Prince ; le billet d’entrée au cinéma, de 1 ou 2 gourdes, selon la salle. Le gallon d’essence coûte toujours 2,50 gourdes ; un paquet de cigarettes Splendid, 1 gourde. Et le taux de change de 5 gourdes pour 1 dollar est le même qu’en 1919, l’année de la convention établissant la parité fixe de la gourde. Sans aucun doute, la stagnation de l’économie a facilité cette stabilité des prix, mais on ne saurait oublier un autre élément d’une grande importance : la disposition de la convention fixant un plafond à l’émission monétaire et obligeant la BNRH à maintenir en tout temps une réserve en or et en monnaies fortes équivalant à 30 % de son passif-émission.
Même si la discipline monétaire imposée par cette disposition n’a pas toujours été rigoureusement observée, elle avait contribué jusque-là à contenir la croissance de la masse monétaire, à assurer la stabilité des prix et à maintenir une certaine parité des pouvoirs d’achat. En l’absence de stimulants efficaces et d’un climat politique rassurant, l’appareil de production s’était, de son côté, maintenu dans un immobilisme proche de la léthargie.
De juillet 1967 à mars 1968, je travaille à titre d’inspecteur adjoint au département de contrôle de la BNRH, où je suis affecté au suivi du compte à la Chase Manhattan Bank, sur lequel la BNRH tire un gros volume de chèques en devises. Mon collègue Fito Hyacinthe, qui a son bureau à côté du mien, s’occupe du compte à la First National City Bank of New York, la FNCB. À ce poste d’observation, nous avons une vue directe sur le chemin que prennent les chèques en devises émis chaque jour par la BNRH au taux de change fixe de 5 gourdes pour 1 dollar. Un vrai scandale aux yeux du jeune cadre que j’étais et qui revenait d’un stage à la banque centrale du Chili, qui gérait un contrôle des changes de manière méthodique et efficace. Qui orientait en priorité les devises du pays vers l’importation de biens d’équipement et d’intrants essentiels à la croissance économique. Chez nous, c’était au contraire la liberté totale des changes en l’absence de toute conscience nationale. Un fort pourcentage des chèques en dollars achetés sur place était déposé dans des comptes personnels tenus à l’étranger et nous était retourné tous les mois, avec les autres bien entendu, aux fins de conciliation des données. Je ne resterai que six mois à ce poste.
Au cœur des problèmes de la gourde
À la mi-janvier 1968, je passais au département de la statistique et des études économiques, où je serai responsable, dans un premier temps, de la préparation des bilans consolidés du système bancaire et monétaire, puis de la tenue des statistiques de la dette publique. Dès ma première journée à mon nouveau poste, je découvre l’état catastrophique des réserves de change et je m’affole presque en pensant aux correctifs à apporter. Non seulement le coefficient des réserves-encaisse prévu dans l’Accord de 1919 n’est pas respecté, mais le chiffre des engagements en devises de la BNRH est de loin supérieur à celui des avoirs, de sorte que le montant net de notre réserve-encaisse est négatif. Autrement dit, le pays n’a plus de réserves nettes de liquidités internationales, et la gourde n’a aucune assise monétaire.
Les correctifs à adopter me semblent évidents, même si, dans le contexte de la dictature de François Duvalier, le pari est très risqué : intervention énergique de l’État ; adoption d’une législation bancaire bien adaptée aux réalités et aux besoins du pays; création d’un organisme de supervision des banques privées; institution d’un contrôle des changes, etc. Le FMI avait alors placé à la BNRH un représentant à demeure qui veillait au grain, mais il passait le plus clair de son temps à se bagarrer avec le gouverneur de la Banque, Antonio André, et avec Clovis Désinor, le ministre des Finances.
Dans les semaines et les mois qui suivent, la question de la double circulation monétaire revient continuellement dans les discussions avec mes collègues et avec mes supérieurs hiérarchiques. J’étais alors convaincu que l’attitude d’insouciance tranquille adoptée par les autorités monétaires du pays face à une gourde menacée d’effondrement était de nature à conduire le pays vers la catastrophe, à moyen ou à long terme.
Sorti des laboratoires d’expérimentation de stratégies de développement économique et de politique commerciale d’Amérique latine, je voyais le contrôle des changes au moins comme une avenue prometteuse à explorer. Mais le P.D.G. de l’institution refusait même d’en entendre parler. Ce banquier de gros calibre formé sous la première occupation américaine défendait aveuglément l’orthodoxie du Fonds monétaire international (FMI) et se battait sur tous les fronts pour colmater les brèches. En outre, il était seul maître à bord dans un milieu où la collégialité de la prise de décision est partout ailleurs une exigence fondamentale.

Les signes annonciateurs de l’orage

Au sujet de la mauvaise santé de la gourde, les signes avant-coureurs de la crise étaient toutefois apparus dès l’été 1967. La FNCB et la Chase, les deux principales banques correspondantes de la BNRH, avaient alors pris l’habitude de retourner, pour insuffisance de provisions, des chèques tirés par cette dernière sur leurs caisses, même pour des montants dérisoires d’une centaine de dollars. Au lieu de prendre le taureau par les cornes et d’adopter les mesures radicales qui s’imposaient, les autorités monétaires préférèrent recourir à des expédients. C’est ainsi que la BNRH décida de ne vendre des chèques sur l’étranger qu’après vérification de sa marge disponible à la FNCB ou à la Chase. Cela devait se faire chaque jour à la fermeture des opérations et prolongeait la durée des opérations ordinaires de vente de change.
Dans la pratique, les parents haïtiens ayant des enfants aux études à l’étranger devaient, dans un premier temps, déposer une demande d’achat de change à la Banque, puis revenir le lendemain ou le surlendemain pour l’achat effectif du chèque. La formalité et le dérangement étaient les mêmes pour les gros montants et pour tous les agents économiques, du simple particulier ayant un paiement à effectuer à l’étranger jusqu’aux importateurs. Dans le même temps, les exportateurs avaient la pleine jouissance de leurs devises et les plaçaient même à l’étranger en toute quiétude. Aucune disposition, légale ou autre, ne les obligeait par exemple à rapatrier leurs profits, ce qui était une pratique courante en Amérique latine.
L’autre bouée de sauvetage était le recours aux crédits Stand-By du FMI. Mais les réserves de devises étaient si faibles que la Banque dut trouver d’autres moyens de les renflouer. Avec la masse de billets verts que la première vague d’expatriés travaillant dans les Bahamas envoyait dans le Nord-Ouest pour l’entretien de leurs familles, la succursale de Port-de-Paix devint pour nous une source de devises. Elle prit ainsi le relais des grands hôtels et autres fournisseurs de devises de Port-au-Prince, envoyant ses excédents au siège social par le camion blindé de la Banque.
Au fil des ans, le problème s’est atténué avec les concours reçus du FMI et on a même pu avoir l’impression qu’il s’était réglé de lui-même à la mort de François Duvalier. Une fois rouvertes les vannes de l’aide étrangère, après l’accession de Jean-Claude Duvalier au pouvoir, les mauvaises habitudes associées à la circulation parallèle de la gourde et du dollar reprirent de plus belle. Dans le sillage de la décision prise par Richard Nixon à l’été 1971 de détacher le dollar de l’or et après l’abandon graduel du régime des parités fixes institué à Bretton Woods, on a vu apparaître, dans le taux de change de la gourde, une décote de quelques points de pourcentage qui n’a jamais cessé de croître depuis.
Un pas en avant, deux pas en arrière
Dans le brassage d’idées provoquées dans le monde entier par l’effondrement du régime des parités fixes au début des années 1970, des voix se sont élevées en Haïti pour dénoncer notamment la double circulation du dollar et de la gourde. En 1974, l’ancien économiste en chef de la BNRH Serge Fourcand, devenu ministre du Commerce et de l’Industrie, proposait au gouvernement un audacieux projet de désarrimage de la gourde au dollar. Le tout-puissant P.D.G. de la BNRH s’y opposa vigoureusement, et le projet fut tué dans l’œuf. Non seulement ce farouche partisan de la complète liberté des changes en Haïti n’a jamais accepté, durant ses mandats successifs, que la BNRH remette en cause la soumission totale d’Haïti au FMI, la double circulation monétaire et la parité fixe de 5 pour 1, il a jusqu’à sa mort entraînée dans son sillage tous les jeunes gouverneurs qui sollicitaient ses lumières.
Après le renversement de Jean-Claude Duvalier en 1986, l’arrivée de l’économiste Lesly Delatour, de l’école de Chicago, à la tête du ministère des Finances, puis de la Banque de la République d’Haïti, viendra renforcer considérablement les lignes de défense du libéralisme économique en Haïti. À la fin de son mandat de gouverneur en décembre 1997, j’ai participé, en qualité de rédacteur-conseil, à la production de son dernier rapport annuel. Parmi les sujets qui revenaient le plus souvent dans les discussions tenues en marge de la rédaction de ce document, il y avait la bidonvilisation de Port-au-Prince et la dollarisation de l’économie haïtienne. Si le premier problème ne relevait pas de sa compétence du gouverneur, Leslie Delatour a de toute évidence contribué à aggraver le second. Aujourd’hui que l’économie haïtienne est dollarisée à 63 %, la politique inaugurée avec l’arrêté Jovenel Moïse devra commencer par viser une dédollarisation au moins partielle et progressive de l’économie.
Reste à savoir si l’équipe actuelle a les compétences, moyens, le courage, la détermination et les appuis nécessaires pour réaliser ce périlleux exercice.
Dans le climat d’optimisme mesuré de l’après-Duvalier père, la conjoncture favorable des prix des matières premières et la reprise de l’aide extérieure, l’implantation des premières industries d’assemblage et un certain renouveau du tourisme, la tentative de réglementation du marché des changes avait quelques chances de succès en 1974. Mais l’expérience n’ayant pas été tentée, il ne sert à rien de s’y attarder. Toutefois, les choses se sont tellement détériorées depuis et la publication de l’arrêté a été accueillie par les milieux financiers avec tant de froideur qu’il est permis de douter que le projet de circulation exclusive de la gourde puisse être mené harmonieusement à bon port. D’où peut-être l’utilité, recherchée ou non, de la formulation de l’article 2 qui dispose : « La gourde est la seule monnaie qui a cours dans le pays ».

Eddy Cavé,

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9 mars 2018

Les services du Centre national de météorologie (CNM) qui analysent les tempêtes considèrent l’échelle classique de 1 à 13 pour rendre compte de la force des vents, leur vitesse en kilomètres et les dégâts qu’ils peuvent créer. En se référant à cette analogie, on peut dire que c’est une tempête de force 14 à l’échelle de l’intolérance que la déclaration de la MINUJUSTH du 25 février 2018 a déclenchée dans les milieux gouvernementaux. Pour avoir salué la nomination d’un juge appelé à faire la lumière le plus vite possible sur l’utilisation des fonds PetroCaribe et incité à ce que le même processus soit enclenché sur les dossiers des atrocités commises à Lilavois et Grand-Ravine, Madame Susan Page a été conspué. Cette tempête de force 14 à l’échelle de l’intolérance s’est accompagnée d’un saut dans l’inconnu sur le plan monétaire par le gouvernement haïtien.
Comme l’explique Fritz Jean[1], ex-gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), il s’est agi d’une grossière manœuvre pour manipuler la population et la faire oublier la question PetroCaribe qui est sur toutes les lèvres. En effet, le commun des mortels ressasse le thème des 3,8 milliards de dollars de PetroCaribe gaspillés par l’équipe du PHTK. Un thème qui pave les trottoirs. Pourtant, les autorités haïtiennes auraient dû se féliciter de la déclaration de Madame Susan Page de la MINUJUSTH. Le gouvernement devrait dire que cet ancrage est tout à fait approprié pour renforcer la confiance dans la politique de justice sociale et de développement qu’il prétend vouloir mener. Mais le gouvernement se rebiffe. Et sur sa route, il semble embarquer avec lui les autorités monétaires qui acceptent de mauvaise grâce.
Dans un océan d’amateurisme, la Banque centrale c’est-à-dire la BRH, n’est pas un ilot isolé. Elle fait comme tout le monde et suit le courant de celui qui donne froid dans le dos — Point barre — pour signifier que son autorité ne doit pas être contestée. Avec cette bonne dose d’arbitraire qui caractérise tous ceux qui ont du pouvoir en Haïti, sans tenir compte d’une expérience similaire dans un passé récent, le Conseil des ministres publie un arrêté le 28 février portant obligation de libeller et de payer toutes les transactions commerciales sur le territoire national en gourdes. Le lendemain 1er mars, le texte est publié au journal officiel Le Moniteur N° 38.

L’hémorragie de la gourde

La prise de décision du gouvernement qui s’est faite sans concertation avec les principaux acteurs intéressés démontre encore une fois la continuation d’une conception médiévale et archaïque de l’autorité. Les autorités de la BRH savent bien qu’il existe des lois économiques contre lesquelles on ne peut pas se battre comme nos ancêtres le firent avec des baïonnettes. Il faut de l’esprit. Combien de fois n’ont-elles pas injecté des dollars sur le marché en grande quantité pour combattre la dépréciation de la gourde ? En effet, la BRH a encore mauvaise grâce d’annoncer que l’hémorragie de la gourde continue malgré ses interventions de vente sur le marché des changes qui sont d’une moyenne annuelle de 70 millions de dollars depuis 2011. Les résultats sont comme des coups d’épée dans l’eau.
Haïti arrive rarement à respecter les objectifs internes et externes qui lui sont assignés dans la gestion de son économie. Le tableau 1 indique les variations du taux directeur de la BRH, lequel est l’équivalent des bons BRH à 91 jours. Les autorités monétaires baissent les taux directeurs dans le but d’induire les banques commerciales à financer notamment des secteurs porteurs capables de permettre des rentrées de devises. Quand les taux directeurs augmentent, il s’agit de diminuer la masse monétaire et de combattre l’inflation.

Sous la gouvernance du parti PHTK, la dépréciation systématique de la gourde a continué de plus belle, malgré l’aide massive des milliards de dollars reçus de PetroCaribe et de la CIRH. En septembre 2011, il fallait 40 gourdes pour un dollar et aujourd’hui il faut 66 gourdes pour un dollar. En sept ans, la gourde a perdu 26 points alors qu’elle n’avait perdu que 2 points dans les sept années antérieures à 2011, car il fallait 38 gourdes pour un dollar en 2004. C’est dans un pareil contexte que la politique de dédollarisation partielle contient de multiples risques. Si les revenus publics peuvent augmenter, la profitabilité du secteur financier risque d’en pâtir ainsi que les taux de change. La BRH peut être obligée de diminuer le coefficient de réserves obligatoires sur les passifs en gourdes et en dollars pour faciliter la réalisation de ces objectifs monétaires. Mais par-delà la mise en vigueur de ces mesures sectorielles, ce sont les goulots d’étranglements dans les esprits qu’il faut éliminer pour une nouvelle organisation du pays.

La mendicité arrogante

Les facteurs fondamentaux de l’économie font que les agents économiques ont une préférence pour le dollar. À la moindre occasion, le gouvernement PHTK augmente le déficit budgétaire. Un exemple parmi cent est la décision du président Martelly de dépenser 40 millions de gourdes en mai 2013 pour célébrer le second anniversaire de sa prise de pouvoir. Le coût du carnaval des Cayes de 2017 est estimé à 240 millions de gourdes, celui de 2018 à 180 millions de gourdes. Le décor du défoulement et de la débauche est bien en place dans nos têtes. Cette représentation de la vie et du pouvoir prédomine. Aussi, la BRH ne met-elle pas la charrue avant les bœufs en se lançant dans une dédollarisation partielle sans la réorganisation des finances publiques et la mise en chantiers de mesures réelles permettant la réduction du déficit budgétaire par rapport au produit intérieur brut (PIB) ?
Il importe de mettre fin aux simulacres, au faire semblant et à une folie des grandeurs qui ne cadrent nullement avec notre réalité. Peut-on parler d’économie nationale quand le budget d’investissement est financé à 80% ou 90% par l’aide étrangère ? Question aussi pertinente pour le budget de fonctionnement subventionné à 30% ou 40%. À quoi s’ajoutent les transferts de la diaspora qui représentent un tiers du PIB. De tels chiffres n’autorisent aucun discours musclé et aucune « arrogance » d’un gouvernement qui organise des « caravanes » sans la moindre planification. La preuve la plus flagrante est que le financement des « caravanes » estimé à 3,9 milliards de gourdes augmente le déficit budgétaire pour les cinq premiers mois de l’année fiscale de 13,1 milliards de gourdes[2]. Dans le même temps, les interventions des paysans de Bocozelle au programme Intersection de Radio Caraïbes le 7 mars 2018 pour réclamer des actions sur leurs terres laissées en friche indiquent bien qu’il n’y a aucune planification dans ce qui est pourtant considéré comme le projet par excellence du gouvernement.
Le gouvernement a toujours mauvaise grâce quand il fait semblant d’écouter les voix de la raison. Il préfère un gouvernement de personnes à un gouvernement de lois. Et il le fait avec cette mendicité arrogante qui doit être vue pour ce qu’elle est : son incapacité à produire les moyens d’existence à la population, tout en se référant constamment à 1804 pour masquer cette incompétence. Les dépenses somptuaires du gouvernement en congrès, voyages, carnavals, etc. créent cet « environnement financier étriqué »[3] comme la BRH l’a d’ailleurs affirmé dans « Un agenda monétaire pour la croissance et l’emploi. »

Une fuite de capitaux

Après le départ de Leslie Delatour comme ministre des Finances, le général Prosper Avril en 1989 avait pris un arrêté déclarant la gourde l’unique monnaie pouvant circuler sur le territoire national. La montagne a accouché d’une souris et après moins d’un mois, les agents économiques ont recommencé à utiliser le dollar car cette mesure de contrôle rendait le dollar plus cher. Le président Avril a pensé d’un autre côté, tergiversé et a reculé. La situation d’insécurité économique créée avait alors conduit à une fuite de capitaux sans précédent. Ce qui risque de se produire avec le saut dans l’inconnu de la politique monétaire actuelle. Selon le journaliste Christian Lionet, « Cinquante-six millions de dollars en devises américaines ont été expatriés à l’étranger en 1989 par des Haïtiens, annonce « Le Nouvelliste », citant Delatour qui qualifie de « véritable saignée » cette fuite de capitaux qui avait déjà atteint en 1988 le chiffre record de 88 millions de dollars[4]. »

On doit se demander si on ne va pas d’un saut dans l’inconnu vers l’abîme aujourd’hui avec cet Arrêté du 7 mars 2018 qui introduit son argumentation en disant : « Vu le décret du 7 juillet 1989 faisant obligation aux banques commerciales et aux maisons de transfert de remettre à la Banque de la République d’Haïti (BRH) la totalité des devises générées par les opérations d’exportations, les transactions de toutes sortes et, en particulier, tous paiements faits de l’étranger aux maisons de transfert ». Rocambolesque ! Cette référence ne saurait passer inaperçue. Au contraire. Nos compatriotes se couvrent le plus possible en accumulant des dollars américains tout comme les agents économiques dans le reste du monde achètent de l’or pour se couvrir contre le dollar. En effet, le dollar est devenu en réalité du papier de toilette depuis le 15 août 1971 quand le président Nixon a mis fin à sa convertibilité en or. Tous les économistes de l’école monétariste autrichienne, en particulier le professeur Antal Fekete[5], n’ont cessé d’argumenter pour l’utilisation de l’or comme monnaie internationale.
Haïti n’est pas isolée du reste du monde. Cette république est donc condamnée à évoluer. Tout comme les anciens esclaves, partis esclaves depuis l’Afrique, se retrouvent à Saint-Domingue au contact des jésuites abolitionnistes, partisans de l’émancipation, autour de la cérémonie du Bois-Caïman. Ce qui fera dire au sociologue Laënnec Hurbon : « Que la tête du père Philémon ait été apposée par les colons, sur la place d’armes du Cap, à côté de celle de Boukman sur la potence, cela devra encore être médité par les historiens[6]. » Avec 16 prêtres sur 24 dans la plaine du Nord aux côtés des esclaves, la révolution française de 1789 ébranlait des certitudes à Saint-Domingue en bousculant de puissants intérêts. Réalité que ne pouvait admettre le nouveau formatage des consciences des nouvelles élites haïtiennes.
C’est aussi le cas pour la monnaie qui doit tenir compte de l’environnement général dont parle Jean Baden Dubois, gouverneur de la BRH, à la page 22 de Mise en œuvre du programme d’incitation aux secteur productifs dans le cadre de la politique monétaire de la Banque de la République d’Haïti. Il déclare : « Toutes ces initiatives risquent d’être inefficaces sans un environnement légal approprié, sans l’existence des infrastructures nécessaires au bon fonctionnement de l’environnement économique, sans la participation du secteur privé des affaires, sans une amélioration de la gouvernance globale des institutions publiques et privées[7]. » Des éléments qui n’existent pas aujourd’hui et sans lesquels les ennuis ne feront que succéder aux ennuis. Dans une impunité, une crise de confiance généralisée et loin de toute sincérité.
Leslie PEAN, Economiste – Historien

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Haïti et les juifs, une histoire oubliée

Haïti a un passé historique avec la communauté juive. Au 16e Siècle, le pays accueille les juifs fuyant l’Espagne durant l’inquisition. Puis les Juifs d’Hollande et du Brésil y trouvent refuge au 17e siècle. A partir de 1830, ce sont des Juifs de Pologne, puis du Liban, de Syrie ou d’Égypte qui émigrent à Haïti.
Durant la Seconde Guerre mondial, Haïti a été l’un des rares pays à avoir ouvert ses frontières aux Juifs fuyant le nazisme. Ce pays a non seulement été une terre d’accueil pour les juifs durant cette période, mais il a également publié un décret octroyant la naturalisation haïtienne immédiate à tous les juifs désireux de l’obtenir. Ainsi, plusieurs centaines de Juifs furent sauvés par des diplomates haïtiens en Europe.
Une exposition en hommage au dévouement et au courage des Haïtiens envers les autres peuples, a été organisée en 2010 au musée du Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal.
 » Cette histoire est peut-être oubliée par certains, mais elle est ancrée dans la mémoire et le cœur de la communauté juive », soulignait Adam Atlas, le Président du Congrès juif québécois.

Acte de naturalisation de Mme Pinkas Rosenthal, le 6 juin 1940
Une feuille de route pour la République Haïtienne

Évaluation et suivi

Une fois la feuille de route complétée et validée, le dispositif de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre doit être mis au point. Ce dispositif est nécessaire pour assurer le suivi et la vérification périodique des résultats annoncés. Il permet de déterminer à quel degré les activités, le calendrier, les résultats attendus et autres actions programmées correspondent aux objectifs fixés. Ceci permet de prendre à temps les mesures correctrices qui s’imposent si des anomalies ou des variations importantes apparaissent dans la mise en œuvre. Un tel dispositif renforce la capacité des acteurs et des parties prenantes à réaliser les objectifs de la Feuille de Route. Il peut aussi tendre à renforcer la culture de suivi et d’évaluation, et donc de reddition de comptes de nos institutions. En ce sens, la Feuille de route sera accompagnée de toute une série d’indicateurs de mesure de performance qui permettent d’évaluer la progression de sa mise en œuvre.
Cela concerne l’Etat, principal dépositaire de la Feuille de route mais aussi le reste de la société qui s’est mobilisée pour la produire. La Feuille de route une fois terminée et validée n’est pas un laissé-pour-compte. Ses maîtres sont l’ensemble des citoyens, organisations et associations qui ont œuvré à sa préparation. Ces acteurs peuvent et doivent continuer à rester mobilisés pour, sinon forcer, du moins encourager, appuyer et soutenir sa mise en œuvre. D’où l’étape suivante.
Et après ?
A la fin de l’opération Feuille de Route, il est proposé de créer un Think Tank qui prendra le relais, au sein de la société civile, de la charge de la vigilance citoyenne et épistémologique à exercer lors de la mise en œuvre de la Feuille de Route. Formé de membres du Conseil d’Orientation, du Comité de pilotage et du Secrétariat Technique, il permettra de pérenniser la démarche en :
- organisant une veille constante des indicateurs-clés et en mettant en place des indicateurs d’alerte,
- combinant plaidoyer et action (plaid’action) pour définir et influencer l’agenda politique,
- informant la population sur les opportunités à saisir ainsi que les menaces et les risques à mitiger dans l’espoir de créer un véritable mouvement national de tous les secteurs de la vie nationale, décidés à défendre, chacun dans son domaine, l’agenda global ainsi établi.
Le Think Tank fondera son action sur la base d’un système d’informations rigoureux et une capacité de produire et de transmettre à la société des feedbacks sur tous les aspects de la mise en œuvre de la Feuille de Route. Il mettra en place des systèmes d’informations et des indicateurs, informera le public des développements de la Feuille de route, animera des forums, des ateliers, des auditions et fonctionnera sur un mode continu de promotion, d’information, d’influence positive et de reddition de compte.
Le Think Tank sera traversé par cette idée principale : Donner aux Haïtiens le sentiment qu’ils peuvent faire leur la question haïtienne et qu’ils peuvent commencer à se responsabiliser par rapport à leur devenir, en travaillant à produire des propositions sur qui nous sommes, ce que nous voulons, pouvons faire et qui nous voulons devenir.
Il s’agit d’une démarche inclusive, qui ouvre la voie à une participation active de la Diaspora et d’experts étrangers à toutes les étapes d’élaboration et de mise en œuvre de la Feuille de Route.

Chronogramme d’exécution

Les deux premières phases du projet concernent l’élaboration de la feuille de route – dépendante du groupe de travail – alors que les deux dernières s’intéressent à son implémentation – rattachée au cycle politique. Celles-ci vont se superposer afin de maximiser l’utilisation du temps, des matériels et des ressources humaines. Ceci aura pour effet d’augmenter considérablement les tâches administratives et le travail de coordination de ceux qui travaillent sur le projet mais il servira à le rendre plus efficient.
La première phase – celle de l’analyse des besoins et des ressources – est conçue pour durer quatre mois et prévoit les activités suivantes :
1) Identification des besoins (institutionnels, normatifs, comparatifs, démontrés, ressentis)
2) Conception du plan d’analyse des besoins
3) Collecte des données
4) Publication des résultats

La seconde phase concerne l’élaboration de la feuille de route à partir des activités suivantes :

1) Mise en place de la plateforme de contribution
2) Élaboration du document-cadre
3) Lancement des consultations (à partir du quatrième mois)
4) Traitement des consultations et publication des résultats
5) Élaboration des propositions techniques
6) Ateliers de validation
7) Élaboration de la Feuille de Route
8) Validation de la Feuille de Route
9) Publication et promotion de la Feuille de Route
10) Transformation du Groupe de Travail en Think Tank

Les évènements clés :
La mise en place du processus de Feuille de Route se fera en 4 phases :
1) Appel à participation en préparation du lancement du processus suite à l’installation du nouveau président de la République et des nouveaux élus locaux.
2) Mise en place du Secrétariat Technique.
3) Mise en place de la Plateforme de contribution.
4) Lancement de la plateforme et du processus de la Feuille de Route

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Les pages du CIDIHCA

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Revue d’histoire d’Haïti : Haïti et le Monde Atlantique

APPEL À CONTRIBUTIONS
Le Centre International d’Information et de Documentation Haïtienne, Caribéenne et Afro-Canadienne (CIDIHCA), situé à Montréal est fier d’annoncer la création d’une nouvelle REVUE D’HISTOIRE D’HAÏTI : HAÏTI ET LE MONDE ATLANTIQUE, qui sera consacré à l’Histoire d’Haïti. Le premier numéro, prévu pour l’été ou le début de l’automne 2018, mettra l’accent sur les dernières recherches académiques sur la révolution haïtienne et plus largement sur son impact sur les 18ème et 19ème siècle du Monde Atlantique.
Ultérieurement, le numéro de 2019 se concentrera sur le centenaire de l’occupation par les Marins américains de 1915, ainsi que la commémoration d’évènement de cette période critique de l’histoire d’Haïti. De là, la revue s’intéressera à d’autres faits importants de l’histoire d’Haïti et de leur impact sur la région. Ainsi, le numéro de 2020 sera celui du bicentenaire de la mort d’Henri Christophe, le dernier survivant des fondateurs de la nation, et comprendra des articles qui prendront en considération, de manière critique, la période allant de 1807 à 1820 en Haïti, et ses conséquences. De plus, nous envisageons d’accompagner la publication de chaque numéro d’une série d’évènements publics : tables rondes, débats, expositions de photos, de films etc., en collaboration avec diverses organisations communautaires et des universités d’Haïti, du Canada, de la République Dominicaine, de la France, des États-Unis et de Cuba.
Les articles envoyés pourront être en français, en anglais ou en espagnol (avec des résumés dans les trois langues). Ils seront soumis à la révision par des membres du comité éditorial ayant une expertise sur les sujets traités. Les résumés pour les premiers articles de la REVUE D’HISTOIRE D’HAÏTI : HAÏTI ET LE MONDE ATLANTIQUE, devront être soumis au plus tard le 1er mai 2018, et le texte final des articles retenus devra être reçu avant la fin du mois de juillet ou le début d’août 2018.
Nous vous invitons à nous envoyer des commentaires sur les publications récentes sur l’Histoire d’Haïti qui n’ont pas encore été publiés ailleurs. Finalement, les articles qui ne soient pas sélectionnés pour être publiés dans la version papier de la revue pourront être publiés sur le site web de la revue.
S’il vous plaît, adressez toutes soumissions ou autres correspondances à :

infocidihca@gmail.com ou, par la poste aux : Éditions du CIDIHCA ; 430, rue Sainte-Hélène, Suite 401 ; Montréal, QC, H2Y 2K7 ; Canada. Téléphone : 514-845-0880

Sincèrement votre,
Frantz Voltaire, directeur du CIDIHCA

CIDIHCA France naissance

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Distinctions

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Karim Akouche

Karim Akouche, 20 février 2018, est désigné Ambassadeur de la diversité de la ville de Montréal pendant tout le mois de mars 2018.
Chaque mois, La Vitrine invite une personnalité montréalaise, ambassadrice de la diversité culturelle, à nous partager ses idées de sorties culturelles. Ce mois-ci, notre invité est poète, romancier et dramaturge : Monsieur Karim Akouche.
Né en Kabylie, dans le Nord de l’Algérie, Il vit au Québec depuis 2008. Il est l’auteur, entre autres, de La Religion de ma mère (roman), Allah au pays des enfants perdus (roman) et Qui viendra fleurir ma tombe ? (Théâtre). Une pièce, tirée de son recueil de poésie Toute femme est une étoile qui pleure, est jouée à la Place des Arts en 2013 et au Théâtre La Chapelle en 2016. Il a publié le conte J’épouserai le Petit Prince en 2014 et fera paraître l’essai Lettre à un soldat d’Allah – Chroniques d’un monde désorienté en mars 2018 aux éditions Écriture-l’Archipel.

Karim Akouche est également chroniqueur au Huffington Post et collaborateur à plusieurs journaux dont Le Devoir et Marianne.
Karim Akouche se trouve actuellement à Paris.
POUR HAÏTI a eu l’occasion de le rencontrer le vendredi 16 mars 2018, Place de la Sorbonne- Paris, au café l’Écritoire et en a profité pour lui présenter ses félicitations.
Des amis communs de Montréal auraient souhaité une rencontre entre l’équipe de PH et l’écrivain-poète au café Le Luxembourg situé au rond-point Boulevard Saint-Michel et rue Soufflot proche du parc du Luxembourg. Hélas, ce ne fut pas possible.
Pendant environ une trentaine d’années des Haïtiens de Paris, de la banlieue ou de passage à Paris se retrouvaient au café le Luxembourg pour parler d’Haïti ou pour le plaisir de se revoir le samedi de 17 h à 22 h. Les Haïtiens étaient devenus les clients les plus anciens de ce café exceptionnellement bien situé.
Le samedi 17 février 2018, nous étions peu nombreux au Luxembourg à cause du froid « sibérien » qui balayait Paris et la région parisienne. L’un des serveurs en a profité pour nous annoncer la fermeture définitive du café-brasserie Le Luxembourg, le dimanche 25 février 2018. Et, il a ajouté en lieu et place, il y aura un fast-food américain.
Nous avons reçu cette annonce de fermeture du café-brasserie le Luxembourg avec un certain pincement au cœur. Si ce mouvement de disparition des cafés de Paris se poursuivait, Paris perdrait tout son charme.

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Deux féministes honorées : Danièle Magloire et Sabine Lamour

Danièle Magloire reçoit le prix « Champions des droits de la personne » deux mois après avoir été récipiendaire, le 19 janvier 2018, d’une plaque « honneur et mérite », en reconnaissance de ses nombreux travaux et son engagement citoyen en faveur des droits humains.
La plaque lui a été décernée ainsi qu’à Sabine Lamour par le Centre œcuménique des droits humains (Cedh), la Fondation connaissance et liberté (Fokal), la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (Pohdh), le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) et l’Unité de recherche et d’action médico-légale (Uramel).
Fondée en 1984 et première maison d’hébergement de l’histoire du pays, l’Organisation haïtienne de promotion et de défense des droits des femmes Kay fanm est spécialisée dans la prise en charge multidisciplinaire des femmes et filles violentées.
Kay fanm, qui s’est investie depuis 1996 dans des démarches de plaidoyer, travaille également à renforcer les situations socio-économiques des femmes et leurs conditions féminines.
Fondée le 22 février 1986, la Solidarité fanm ayisyen (Sofa)est dirigée et représentée actuellement par Mme Sabine Lamour, la nouvelle coordinatrice générale. C’est une organisation féministe populaire à caractère revendicatif, de promotion et de défense des droits des femmes. Elle lutte contre la subordination, la domination, l’exclusion et l’exploitation dont sont victimes les femmes dans la société haïtienne.
Les deux nominées d’exception, Danièle Magloire de Kay fanm et Sabine Lamour de Solidarite fanm ayisyèn (Sofa), ont été honorées pour leurs contributions respectives à la promotion et à la défense des droits des femmes en Haïti.
Le 15 mars 2018, l’ambassadeur du Canada en Haïti, Monsieur André Frenette, a remis à la lauréate, Mme Danièle Magloire, le prix :  Champions des droits de la personne » mettant l’accent sur son engagement, ses recherches, et ses prises de positions publiques en faveur des femmes. Il a souligné qu’elle s’est démarquée en tant que championne des droits de la personne et un leader féministe en Haïti.
N’oublions pas le travail incroyable de notre autre nominée, Solidarite Fanm Ayisyèn, représentée par Mme Sabine Lamour.

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Arts et Lettres

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Poésie

Une matinée, un après-midi et une soirée dans le XIIIème arrondissement de Paris
Paris le 29 décembre 2017
Un
Si l’attente avivée de formes arrondies, se fait patiente en la pluie diffuse, pour autant je ne sais ni le temps, qui penche encore, ni l’homme lui-même, à la taille inconnue. Pour dire enfin, quand l’heure de l’abus se précise, incertain pourtant devant cet ami sans nom.
Deux
Apeuré, toujours accouru vers cette ville arrachée, sans l’idée que je souhaitais naissante et perdue déjà, attablé, pour ainsi dire dangereusement placé, face aux gens plaisants et sans l’homme que j’attends. Nous fûmes gloutons et impolis, bousculant les statues nous avons fui ce festin rapide, vers la rue abîmée.
Trois
Accroche à peine arrivé, dans l’usure de la marche, une réponse ébauchée. Deuxième arrêt cent pas au loin, mal à propos, silence donné. Puis paroles échangées, retard évoqué, s’ensuivent des soirées de foule nombreuse. Absolument sérieux, si concis et joli, épave ou immeuble allongé, sans sûreté revenir.
Jean CASTERA

Extrait du poème : Le printemps in Empreintes Editions de Janus

À toute vie naissante
Égayée par le bruissement des feuilles
Les trilles des alouettes, des fauvettes
Les bourdonnements des abeilles, des guêpes
Le printemps offre sa bénédiction
Aux rivières en crue
Il prête son assistance
Il écoute, entend les prières chrétiennes ou païennes
Promet secours aux belliqueux
Amour aux pacifiques
S’ils savent s’émerveiller
De l’éclatement des bourgeons
De la vigueur de l’herbe
Qui jaillit verte et vertigineuse de la terre nue
Gaillarde et vaillante dans les forêts et les sous-bois
Et toujours plus drue malgré les pas des randonneurs
Les coups de dent des ânes, des chèvres et des brebis

Présence qui s’imprime sur les feuillages
Et dans l’écorce des arbrisseaux
Grâce répandue dans les jardins à l’abandon
Dans les bosquets et les vergers
Le printemps
Accompagne le chant de l’hirondelle
Le réveil de la nature
Fête de tous les sens
Promesse et liesse
Le printemps
Offre renouveau, résurrection
À nous de ne pas le trahir

Bienvenue dans ta robe de lumière
Dans tes vêtements purs et sans couture
Annoncé par un bruissement neuf
Tu ponctues les jardins de couleurs
Nourris la cadence des jours
Alimente le rythme des prières
Et c’est la délivrance
Car tu t’installes impérieux sur la terre
Et c’est aussi la délivrance
Pour les greffes en attente
Les semailles et les offrandes

Bienvenue à toi serti dans un geste originel
Sans défaut, résolu, confiant
Prodigue en promesses
Incitant l’homme à la fête des sens
Qui est aussi celle des champs et des forêts
Chapelet de bénédictions
Attirant le pardon, la résurrection

Bienvenue à toi armé de tes propres forces
Abreuvé à la source indicible
À la racine de toute

Jean METELLUS

Après le mauvais temps
Un demi-siècle
De lutte intestines.
Un demi-siècle
D’ingérence étrangère.
Ma terre humiliée
S’éteint lentement.
Les ancêtres
Veillent sur la braise
Couverte de la cendre
De nos iniquités.

Ils soufflent,
De temps en temps,
Quand la flamme
Agonise.
Alors celle-ci renaît,
Pus vive.
Ainsi
Mon pays tangue
Entre vie et mort :
Deux rives suspendues
Au fil du temps
Et du destin.

Le poète,
Comme l’indien,
L’oreille contre le sol,
Ausculte
Le cœur de la nation
Dont il perçoit
Les bruits,
Le rythme
Et l’étendue.

Il veut être le premier
A réveiller le soleil
Et lui annoncer
La saison nouvelle.

Les paysans
Ont repris courage.
C’est le dernier printemps
De la misère qui ronge le corps
Jusqu’à l’âme.

Les abeilles dansent
Sur l’amitié des fleurs.

L’arc-en-ciel
A enlevé son bonnet
Pour saluer le vol doux
Des colombes
Qui s’élancent
Des flancs ouverts
De nos mornes*bleus.

Des guirlandes
De belles de nuit
Pendent
Au long cou des palmiers
Pour charmer les pipirites.

Le temps des semailles
Est revenu.

Il faut donner à l’homme
Un temps
Pour le pardon ;
Un temps

Pour renaître.
Nel

Notre amie et compatriote du Canada a jugé bon de nous faire connaître un poète québécois qui lui plaît beaucoup : c’est Félix Leclerc

Un poème de Félix Leclerc, poète et chansonnier québécois, qui nous convie à vieillir avec sagesse, à concilier bonheur et vieillesse. Dans cette société où la solitude devient un fardeau, ou vivre pour satisfaire ses propres intérêts mesquins est la norme, il faut construire des réseaux de solidarité, se transformer afin de reconnaitre l’autre dans sa souffrance et besoin ; tout cela fait partie aussi de la joie de vieillir en santé physique et psychologique.

« Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne de vieilles pommes. » Félix Leclerc.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son cœur,
Sans remords, sans regret, sans regarder l’heure.

Aller de l’avant, arrêter d’avoir peur,
Car à chaque âge se rattache un bonheur.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son corps,
Le garder sain en dedans, beau en dehors.
Ne jamais abdiquer devant un effort.
L’âge n’a rien à voir avec la mort.

Vieillir en beauté, c’est donner un coup de pouce!

À ceux qui se sentent perdus dans la brousse,
Qui ne croient plus que la vie peut être douce
Et qu’il y a toujours quelqu’un à la rescousse.

Vieillir en beauté, c’est vieillir positivement.
Ne pas pleurer sur ses souvenirs d’antan.
Être fier d’avoir les cheveux blancs,
Car pour être heureux, on a encore le temps.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec amour,
Savoir donner sans rien attendre en retour,
Car où que l’on soit, à l’aube du jour, il
y a quelqu’un à qui dire bonjour.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec espoir,
Être content de soi en se couchant le soir.
Et lorsque viendra le point de non-recevoir,
Se dire qu’au fond, ce n’est qu’un au revoir!

Ne regrette pas de vieillir.
C’est un privilège refusé à beaucoup!

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son cœur,
Sans remords, sans regret, sans regarder l’heure.

Aller de l’avant, arrêter d’avoir peur,
Car à chaque âge se rattache un bonheur.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son corps,
Le garder sain en dedans, beau en dehors.
Ne jamais abdiquer devant un effort.
L’âge n’a rien à voir avec la mort.

Vieillir en beauté, c’est donner un coup de pouce!

À ceux qui se sentent perdus dans la brousse,
Qui ne croient plus que la vie peut être douce
Et qu’il y a toujours quelqu’un à la rescousse.

Vieillir en beauté, c’est vieillir positivement.
Ne pas pleurer sur ses souvenirs d’antan.
Être fier d’avoir les cheveux blancs,
Car pour être heureux, on a encore le temps.
Vieillir en beauté, c’est vieillir avec amour,
Savoir donner sans rien attendre en retour,
Car où que l’on soit, à l’aube du jour, il
y a quelqu’un à qui dire bonjour.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec espoir,
Être content de soi en se couchant le soir.
Et lorsque viendra le point de non-recevoir,
Se dire qu’au fond, ce n’est qu’un au revoir!
C’est un privilège refusé à beaucoup!

Félix Leclerc.

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Livres à lire

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Le Roman de Lester – Lorfils Réjouis

Lisons-en une page :
« Un feu neuf brûlait dans l’âtre du ciel. Il laissait traîner sa lumière sur la surface de tous les points d’eau du Caciquat. Tôt déjà, il en baignait de ses éclats tous les réduits. Il fallait en être témoin pour se rendre compte qu’on ne rendrait jamais compte, et fidèlement, d’un tel spectacle.
On serait dans de l’approximation, dans de l’à peu-près. On « euphémiserait » tant la description que l’on pourrait en faire serait loin de la réalité. Tant nos limites intellectuelles et artistiques ne nous permettraient de nous y hasarder.
Les dernières brumes de la nuit s’évanouissaient. Le lac de l’amitié émergeait immuable. La chevelure de la cascade Christella reflétait cent-mille arcs-en ciel. Elle offrait à nos âmes imparfaites la magie de la nature-maîtresse de tout. Elle irisait. Elle diaprait.
Christelle Hébé des étoiles complétait le tableau. Sur terre, elle était le réceptacle de cette splendeur. Elle l’infusait en attendant Lester à ce lieu de rendez-vous où d’autres avant eux s’étaient rencontrés sous la dictée de l’amour et de l’amitié. Elle attendait. Elle attendait…
ur la route, par ce jour de grand soleil, sous ce ciel bleu d’azur, Lester vola vers Christelle. Ils étaient attendus à Sept-Sources-Du-Respect pour créer un double équilibre et libérer la vie des griffes de la collusion et de l’aliénation volontaire.
Main dans la main, ils grimperaient la côte jusqu’à Sept-Sources-Du-Respect. Sur le banc fait pour quatre désormais, Christella chanterait le Yanvalou, et Sagesse Samba déclamerait la geste des galops heureux pour signifier à tout le caciquat le triomphe de la jeunesse.
Déjà, La nature peignait de rouge vif les flamboyants de Plaine Princesse. Le laurier bleu zéphyr écoutait troublé la déclaration enflammée de l’hibiscus aux teintes de violettes sauvages. Et, quand le colibri plonge son bec fin au fond de la coupelle du shoeblack pour recueillir les graminées à féconder le laurier, le soleil clignait de l’œil, et les rives de Plaine-Princesse frémissaient du baiser frais de la beauté et de l’Espoir.
Ici enfin, le vent volait à la rose son haleine parfumée. Il la soufflait sur le village comme un devoir d’espérer. Lester Ricelle se dit être bien chanceux de vivre dans un pays où les merveilles de la nature étaient à portée demain, où il lui était donné de vivre avec des gens tout aussi merveilleux que furent Sagesse et Douceur, où il était encore possible de vivre le merveilleux au même moment que le réel dans les bras d’une fille étoile ».
Satirique, merveilleux, poétique, engagé, spiraliste, « Le roman de Lester » est paru courant janvier aux éditions Publishroom. À paraître au printemps 2018 « Les Maux démêlés »du même auteur.

Monsieur Antoine -Fritz Pierre

Ferdy AJAX

A l’occasion de la publication de son ouvrage intitulé : Montmartre Blues : Ferdy Ajax a le plaisir de vous inviter à une soirée dédicace le 6 avril 2018, à la Villa des Arts, située au 15 rue Hégésippe Moreau 75018 Paris, de 20h à 22h. Puis, l’artiste Ferdy Ajax donnera une conférence de presse suivie d’un buffet, le 7 avril à 11h, au local de l’association ATNT18, au 44 rue Championnet 75018 Paris.

Pour tout contact : ferdy.ajax@hotmail.fr

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Théâtre

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La Bataille de Vertières

Mesdames et Messieurs,
Je pense pouvoir affirmer que vous connaissez des noms de batailles telles que Marignan (1515), Valmy (1792), Austerlitz (1759), Ulm (1805), Waterloo (1815), etc… Ces batailles vous concernent, car vous êtes Françaises et Français. La bataille de Vertières du 18 novembre 1803, pour la même raison, devrait vous concerner. Mais elle n’est pas citée ou mentionnée dans les manuels d’histoire de France. Elle est bien connue des Haïtiens, de la diaspora haïtienne, d’un nombre limité d’historiens français et des amis d’Haïti. Il est anormal que l’une des plus grandes expéditions coloniales française dépêchée à Saint-Domingue en 1802-1803 par le consul Bonaparte soit absente de l’histoire de France. Cette expédition coloniale comprenait au moment le plus critique 60 000 hommes. Ce fut un échec  au point de vue humain: 50 000 soldats européens ne revinrent pas et  et la rupture de Saint-Domingue, la perle des Antilles, avec la France fut consacrée.
Le général, Jean-Jacques Dessalines, vainqueur de la bataille de Vertières le 18 novembre 1803, proclama l’indépendance de la colonie de Saint-Domingue le premier janvier 1804, sous le nom d’Haïti: Pemière République noire du monde.
Ce fut un cataclysme dans le système colonial esclavagiste français. Les blancs, les anciens colons quittèreent en masse Saint-Dominque ou le nouvel Etat haïtien craignant pour leur vie et abandonnant leurs propriétés et leurs biens. La France incapable de mener la reconquète de l’ancienne colonie fut obligée de prêter l’oreille aux revendications des anciens colons qui oublièrent très vite que le fondement de leurs richesses et de leurs bien reposèrent sur l’exploitation des esclaves venus du continent africains.  Ainsi, la confiscation des propriétés, richesses et bien des anciens esclavagistes par le nouvel état était plus que légitime.

Payer pour avoir remporté une victoire militaire et proclamer son indépendance est une abomination.
La France en 1815, soit 11 ans après l’indépendance, au Congrès de Vienne, obtint des puissances représentées la reconnaissance  de tous ses droits sur la colonie de Saint-Domingue. Ainsi, la République d’ Haïti instaurée, dès 1806, ne fut reconnue officiellement et diplômatiquement par aucun Etat.
Pourquoi 150 millions de franc-or?
Evaluation du montent de l’indemnité fixée par l’ordonnance de 1825. Les revenus annuels de propriétés des colons en 1789 étaient considérés en francs comme suit: Sucre 48 822 404,00; café 70 299 731,00 et coton, indigo et autres produits 25 542 664,00. A ces sommes s’ ajoutaient 5 000 000,00 pour les propriétés urbaines. L’ensemble était arrondi à 150 000 000 francs.
Cette évaluation était comparée avec les comptes de l’ année 1823 des exportations de la République d’Haïti: à savoir
8,5 millions de francs vers la France; 8,4 millions vers l’Angleterre et 13,1 millions vers les U.S.A. Au total 30 millions de francs.
Cent ciquante millions de francs représentaient alors 15% des recettes annuelles de l’ Etat Français et 10 années de recettes fiscales haïtiennes d’après l’historienne et chercheuse Mme Gusti-Klara Gaillard-Pourchet.
A l’ordonnance de Charles X, arrivèrent à Haïti:
29 janvier 1826, le consul général de la République hanséatique et de la ville de Brême; le 10 février 1826, le consul général des Pays-Bas, début février 1826, le consul de Prusse; le 25 mai 1826 le consul de Grande Bretagne et le 19 janvier 1834, le légat du Pape.

Hommage à Vertières !

18 Novembre:  Date mémorable dans le coeur de chaque Haïtien. Qu’il soit en Haïti ou en diaspora, que le jour soit sans soleil ou enneigé, le nègre ou la négresse « d’Ayiti Toma »  éprouve un sentiment de fierté…

18 Novembre:  Date mémorable dans le coeur de chaque Haïtien. Qu’il soit en Haïti ou en diaspora, que le jour soit sans soleil ou enneigé, le nègre ou la négresse « d’Ayiti Toma »  éprouve un sentiment de fierté. S’il a l’occasion de visiter les autres îles des Antilles ou autres pays de l’Amérique latine, l’homme haïtien éprouve une double fierté:
1-   d’avoir botté les fesses du colon.
Pour renforcer les bataillons épuisés de Capois-La-Mort, Dessalines envoie des renforts sous les ordres des généraux Gabart, Clervaux et Jean-Philippe. Au milieu de l’après-midi, Gabart prend position sur la butte de Charrier avec Benjamin Noel. Les combats redoublent d’intensité. Le soir venu, les deux tiers des défenseurs français étaient morts ou blessés.
La bataille de Vertiere. ZONE509.COM

La bataille de Vertiere.

Le lendemain matin, un officier français, Duveyrier, se rend aux sentinelles de Capois et est conduit au quartier général de l’armée haïtienne sur un cheval et porte le message suivant : « Le capitaine-général Rochambeau offre ce cheval comme une marque d’admiration pour l’« Achille noir » pour remplacer celui que son armée française regrette d’avoir tué ». Francois Capois a gagné le surnom de “Capois-La-Mort” depuis ce jour.
Haiti, Quel rapport ? Frédérique Liebaut
Avec la mémoire, la trace, le signe ?
Haïti, c’est le rêve de l’humanité, le rêve qui anime tout homme de la sortie de l’esclavage, de la conquête de la liberté dans toutes ces acceptions. Il n’est donc pas étonnant que j’ai choisi un texte dont le titre est DreamHaïti, écrit par un auteur qui n’est pas haïtien comme je ne suis pas haïtienne mais parfaitement française comme j’aime à le dire en riant. Et ceux qui m’entendent ne s’y trompent pas, « parfaitement », c’est à dire élevée, dans l’idéal de la devise de la Révolution Française : Liberté, Egalité, Fraternité. Et cette devise m’a constituée. Puis par hasard j’ai été en Guadeloupe et j’ai pris conscience – comme on reçoit une gifle – que sur le territoire français car il s’agit d’un département, l’universalisme porté par cette devise devenait mortifère comme le sont les idéaux qui ne s’incarnent pas. J’ai pris conscience que j’ignorais totalement – pourtant bien éduquée – l’histoire de mon pays sur ces petits volcans surgis de la mer Caraïbe, au flanc des Amériques. Quelle amnésie ? Et quelle histoire ? Il me fallait la retrouver et la comprendre pour que cet horizon de liberté, d’égalité, de fraternité ne devienne pas le poison des fausses promesses. Et quand nous cherchons de tout notre cœur, il y a souvent des réponses qui s’incarnent et nous trouvent.
En construction
Haïti, petite épine fulgurante tu dois étendre ta respiration – Jean Mettelus in Au pipirit chantant.
J’ai été invitée en Haïti, un peu par hasard. Et j’ai trouvé la part manquante de mon histoire française. Enfin je comprenais le monde dans lequel je vivais, je voyais la devise universaliste et son ombre coloniale. Je voyais incarné le combat sans merci pour sortir des fers de l’esclavage et son triomphe devenu geste pétrifié par l’impitoyable châtiment qui s’abat sur les hommes qui veulent la liberté et sont capables de briser les barrières de couleurs, de genres, de classes – c’en est d’ailleurs la condition sine qua non – pour combattre et vaincre. Impardonnable faute. Frères des révolutionnaires de 1794 qui le 4 février, abolissent l’esclavage sur tout le territoire français et c’est au nom des idéaux révolutionnaires instrumentalisés que l’armée napoléonienne leur fait la guerre pour les remettre aux fers. Cette armée est défaite. Le 1er janvier 1804, Dessalines proclame l’indépendance d’Haïti, première République Noire. Un système de domination ne peut accepter la libération d’aucun. Et le châtiment va prendre toutes les formes possibles, politiques, économiques, sociales, avec le brouillage de l’Histoire et sa méconnaissance par le reste du monde et en particulier en France.

Femme dans un paysage

Alors commence le fameux Haïti maudit. La malédiction, c’est le mal dit, le mal nommé et là je renvoie au travail de Marie Balmary Le sacrifice interdit, sur la question de la bénédiction et de la malédiction. Cette liberté acquise et interdite. Elle est celle que l’on brandit vis à vis des autres territoires de la Caraïbe, en se servant des difficultés indéniables d’Haïti à se construire, pour invalider la possibilité de la liberté. Au XVIIe, Jean de La Fontaine avec la fable Le loup et le chien, l’avait saisi très clairement. Tous les enfants français l’apprennent à l’école. Et pour revenir à l’histoire d’aujourd’hui, le traitement de la Grèce par l’Europe en 2015 joue des mêmes principes. Quand on naît femme, on a des chances aussi de comprendre très tôt les enjeux de ce combat pour la liberté, l’égalité, la fraternité et le prix qu’il en coûte de vouloir sortir du système de domination. La littérature en est pleine d’exemples. J’ai toujours pris la littérature au mot.
Alors oui, Haïti, pour moi, est cette petite épine fulgurante au flanc du monde. Haïti, dans un même regard : les décombres charriés par l’ombre coloniale, et la verticalité, lumineuse, irradiante des hommes et des femmes qui marchent sur les bords des chemins. Le rire, la joie d’un rêve qui palpite toujours et que je lis dans les palmes bercées par les alizés, les gestes accomplis tous les jours, la construction des jardins, la culture des mornes, les enfants qui jouent. Tous ces gestes qui portent ce grand rêve humain, et ce lointain souvenir de ce qui fut accompli, presque ; et dont le futur pourrait surgir soudain.
Haïti m’a bénie. Elle m’a rendu la part d’histoire qui me manquait. Haïtï m’a accueillie de son côté de l’histoire de Liberté Egalité Fraternité. Haïti m’a donnée une petite place où m’asseoir. Haïti m’a fait entendre une voix dans laquelle je puise à boire, comme le dit Celan. Alors bien sûr, je ne pouvais que tendre à mes contemporains ce DreamHaïti du poète barbadien Kamau Brathwaite dont voici ce qu’en dit Christine Pagnoulle, sa traductrice lors d’un colloque à l’Université de Liège en février 2018 :
Brathwaite est un poète de l’amour.
Dans toute son œuvre, les mots sont déchirés et tordus par une violence qui s’enracine dans le déracinement de la Traite Négrière. Violence qui trouve aujourd’hui de sinistres échos. Cependant, dans un même souffle, ses poèmes aussi violents soient-ils, irradient d’amour.
Dream Haïti est devenu Et ce n’était pas qu’on allait quelque part, une syntaxe qui boîte et dit mon cheminement vers ce Rêve d’Haïti.
Et ce n’était pas qu’on allait quelque part : les yeux grands ouverts sur la violence de l’Histoire pour entendre l’amour contenu dans les mots : liberté, égalité, fraternité.

Frédérique Liebaut – Cie AWA

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Trois femmes pour un message d’amour, de justice et de courage

Partout dans le monde, l’Histoire consacre ses héros, parle volontiers des courtisanes et occulte le rôle de ses héroïnes.
L’Histoire d’Haïti, cette perle d’autrefois qui a donné naissance à la 4ème Révolution égalitaire du monde, n’y échappe pas. On entend souvent parler de Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion les héros de l’indépendance mais jamais ou si peu de Claire Heureuse, Catherine Flon et Défilé.
Éric Sauray, avocat et dramaturge a décidé de partir d’un fait historique, l’assassinat du 1er père de la nation haïtienne, pour créer une fiction qui place ces 3 femmes au centre. 3 femmes qui portent haut et fort les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité pour tous sans distinction de genre ni de couleur.
Au-delà de leur courage, Éric glorifie l’amour, la justice, la témérité, des valeurs asexuées et universelles. Il dénonce les méfaits du pouvoir qui conduisent à l’impasse, à la trahison et à l’arbitraire.
Et c’est avec joie que j’interprèterai Défilé, cette folle qui a tout perdu sauf son humanité, les 19 et 20 mai 2018.
Venez voir Claire, Catherine et Défilé, une pièce au message universel porté par 3 femmes qui jouent avec toute la force de leur foi en la justice et en l’humanité.
Roseline Dieudonné

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Vie Associative

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Colloque

(Université Paris 8, Université D’Etat d’Haïti, FOKAL, Université des Antilles, IHEAL)
« Démocratie, mondialisation, peuple : vers quelles dynamiques et expériences des acteurs dans les sociétés du Sud ? (XXème-XXIème siècles »
(En hommage à l’action de Daniel Fignolé, homme politique haïtien : 11 nov.1913-27 Août 1986)
La rhétorique sur les modalités d’application de la démocratie dès la fin des années 1970, dans les sociétés du Sud, s’est accompagnée de la diffusion et de l’imposition d’une doxa économique qui combine le dosage du libéralisme et l’inscription de ces sociétés dans la mondialisation. Dans ce contexte, la libéralisation politique associée à la libéralisation économique s’est traduite, certes par l’émergence des régimes démocratiques, mais également par l’apparition des forces d’apprentissage de la politique, de nouvelles sociabilités qui témoignent de l’appropriation du concept « peuple ».
Ainsi, en Amérique latine, par exemple, des innovations politiques sont observées en faveur du renforcement de la démocratie participative, de la citoyenneté et d’enrichissement du modèle démocratique. En Afrique, les élections concourent à la participation politique, s’adaptant à des mécanismes transparents, selon des tempéraments spécifiques, des contextes, des modalités différentes ; néanmoins, elles n’aboutissent pas dans tous les cas, à l’alternance et aux limites des mandats ; elles se traduisent par l’appropriation des formes d’invention de la tradition démocratique. Puis, des mouvements de jeunesse (Sénégal, République Démocratique du Congo, Burkina Faso…) tendent à revitaliser la participation citoyenne. Tandis qu’en Libye, en Egypte, en Tunisie, derrière l’effervescence populaire apparaissent des pratiques, des représentations politiques de « restaurations autoritaires ».
Au-delà des dynamiques observées et des expérimentations démocratiques, les contributions des citoyens ne peuvent être comprises sans une interrelation avec la mondialisation qui, assortie d’un programme de nivellement et d’uniformisation , suscite des peurs, angoisses ; la déstabilisation des régimes et des défis insurmontables auxquels la démocratie semble impuissante : la migration, l’islamisme radical, la crise des réfugiés associée à celle des frontières et des identités, l’apatridie, le racisme, le terrorisme, la pauvreté, le crime organisé, le chômage…Cet état des lieux sur la démocratie, le libéralisme et la mondialisation, dans les sociétés du Sud a déjà mobilisé la « communauté scientifique ». Néanmoins, il est nécessaire de poursuivre les travaux interrogeant le lien entre la mondialisation, la démocratie et les phénomènes liés à la migration et à la fuite, aux peurs, aux désenchantements de la démocratie au Nord –Etats-Unis d’Amérique et en Europe-dont les effets se font sentir au Sud.
Par son emprise sur les spécificités locales, la mondialisation confrontée à la démocratie peut-elle favoriser l’émergence de nouvelles cultures spécifiques, à l’initiative des acteurs infra-populaires (les masses, les analphabètes, la sans-terre, les exclus) et ceux de la société civile ? La mobilisation des acteurs infra-populaires se propose-telle de renouveler le contenu vertueux de la démocratie ?

Appel à contributions. Colloque.

Quelles sont les métamorphoses de la démocratie ? Quel « modèle de gouvernance traditionnel » ? D’où vient le renouveau démocratique ? La démocratie peut-elle prétendre à l’universalité ? La pauvreté, l’analphabétisme rendent-elles fragile, non viable la démocratie ?
La mondialisation qui n’ignore pas les identités et le maintien des frontières nationales génère-t-elle une démocratie intégrant des droits spécifiques pour les divers groupes de la société ?
Ce colloque vise à rendre compte des changements, des résistances, des déviations créatrices, des expérimentations dans les démocraties des pays du Sud cinquante ans après la vague de démocratisation qui les a marqués, par une compréhension des différents types d’acteurs, leurs logiques d’engagement, les illusions et les acquis.
L’ambition de ce colloque est aussi de penser, de comprendre l’évolution de la démocratie dans une interaction constante avec la mondialisation, d’identifier et de décrypter les pratiques politiques réelles se gardant de toute démarche stigmatisante, d’interroger les soupçons et les incertitudes que font peser les effets de la mondialisation sur la démocratie, de comprendre l’émergence dans les sociétés du Sud, des figures éminentes, pourvues de charisme pour les uns, jugées dangereuses par les autres , s’appuyant sur les couches sociales « subordonnées » mises hors jeu, ont tenté de construire des dynamiques majoritaires de nature à rompre avec les rigidités imposées, de construire des paradigmes, des théories, des hypothèses qui tentent de rendre compte des expériences extérieures au « monde développé ».
Le colloque vise également à faire un point par des approches croisées sur les différentes évolutions politiques, économiques, perspectives et paradigmes, problématiques de nature à cerner les innovations, les recompositions et les analyses qu’elles soulèvent.

Les contributions touchant au droit, à l’histoire, à la science politique, à la géographie, la philosophie, l’anthropologie du droit, de l’économie, des relations internationales, de l’économie de la santé, des sciences de l’éducation…présentant un caractère empirique pertinent sont attendues.

Ce colloque s’articule autour de cinq axes principaux :

1. Les stratégies de prise du pouvoir et de mobilisation collective :

des acteurs politiques situés au Sud tentent d’inscrire les masses populaires au coeur d’un projet de transformations de la société. Néanmoins, l’émergence d’une nouvelle communauté politique par une relation affirmée avec les forces dominantes bute sur les peurs que suscite la rhétorique portée par les acteurs. Se gardant d’attribuer des étiquettes à l’engagement par le bas, nous privilégions les analyses qui tentent de le situer dans son historicité, de comprendre ses fonctions protestataire et plébiscitaire, cerner une gémellité, un rapprochement entre les figures des Caraïbes, de l’Amérique latine, de l’Afrique (Thomas Sankara, Daniel Fignolé, Hugo Chavez, Gandhi…) qui malgré les différences de trajectoires ont en commun le projet de recomposition du système politique par la neutralisation de la composition élitiste.

2. La mondialisation et ses métamorphoses :

La mondialisation ouvre-t-elle la voie à une rupture, une césure entre démocratie et peuple qui produirait une forme de dégénérescence, une perversion démocratique par le triomphe du libéralisme qui semble renforcer davantage l’extraversion des économies locales, leurs vulnérabilités et différer les nouvelles dynamiques favorables à leur développement économique ? Comment résoudre les écueils d’une téléologie démocratique, soulevés par une tension entre l’application des grands principes imposés par le caractère homogénéisant de la mondialisation face aux attentes matérielles du plus grand nombre et aux tensions politiques de divers ordres, aux bouleversements climatiques et géopolitiques des sociétés du Sud ?

3. Les mouvements sociaux et la démocratie :

Comment la dynamique des mouvements sociaux peut-elle contribuer à la construction de la démocratie dans les pays non occidentaux ? Ne reviennent-ils aux syndicats et aux organisations estudiantines de proposer le modèle démocratique convenable à ces singuliers pays ? Quelle articulation entre ces structures militantes de la « société civile » et les régimes politiques ?

4. La question de couleur et la politique :

La question de couleur est-elle soluble dans la démocratie dont le peuple est le vecteur principal ? Dans quelle mesure l’idéologie de couleur serait beaucoup plus compatible avec la dictature qu’avec la démocratie ? Peut-on inscrire l’idée de « pouvoir noir » dans un projet démocratique ? Comment articuler race et classe en politique ?

5. Les évolutions politiques au Sud :

elles suscitent des interrogations et des doutes, tant elles sont menacées non seulement par les mutations de ces sociétés, par la transformation des religions en acteurs politiques, mais par les déviations de plus en plus affirmées des normes de la démocratie. En effet, des acteurs politiques adhèrent aux institutions démocratiques comme moyen de conquérir le pouvoir mais s’éloignent des normes dès lors qu’ils exercent la charge de titulaires : violations de la liberté d’expression, intolérance de l’opposition et persécution des médias,, explosion de la violence, faible application des normes démocratiques dans l’exercice du pouvoir, occupation autoritaire du pouvoir, malgré la présence, dans certains cas des Casques bleus de l’ONU.

Informations pratiques

Le colloque se déroulera les jeudi 5 juillet et 6 juillet 2018 à l’Université de Paris.
Les propositions de communication sont attendues pour le 15 avril 2018. Elles devront comporter 300-350 mots maximum. Elles sont à envoyer, en format pdf à : cadet.jeanjacques@yahoo.fr et jacques_nesi@hotmail.com
Les réponses seront indiquées en mai 2018.
Les communications complètes seront attendues pour le mois de juin 2018.

Comité d’organisation Jacques NESI , Docteur en science politique. Université des Antilles.( Laboratoire caraibéen de sciences sociales (LC2S,ex-CRPLC)
Jean-Jacques CADET, Doctorant en philosophie. Université Paris 8. Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie, (LLCP).
Comité scientifique
M. Christian GIRAULT, Professeur, Directeur de recherche au CNRS CREDA-IHEAL. Spécialiste de l’Amérique latine et des Caraïbes, Université Sorbonne Nouvelle. Monsieur Jean-Paul DURAND, Professeur honoraire et Doyen honoraire op. Institut Catholique de Paris. Madame Michèle DUVIVIER PIERRE-LOUIS, Economiste, spécialiste de l’éducation. M. Justin DANIEL, Professeur de science politique, à l’Université des Antilles (UA), Faculté de droit et d’économie de la Martinique et Directeur du Laboratoire Caraibéen de Sciences Sociales (LC2S, ex-CRPLC). Université des Antilles
M. Stéphane DOUAILLER, Professeur des universités en Philosophie et Chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie.
M. Odile Jean ETIENNE, Docteur en géographie. Professeur Université d’Etat d’Haïti.
M. Patrice VERMEREN, Professeur des universités en Philosophie et Chercheur au Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie. M .Georges Eddy LUCIEN, Professeur et directeur du Centre de recherche et d’appui aux politiques urbaines (Crapu) à l’Université Quisqueya (Uniq (Université d’Etat d’Haïti
M. Edlyn DORISMOND, Docteur en philosophie et professeur à l’Université Limonade
M.Adler CAMILUS, Docteur en

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Compte-rendu d’AG : AAJM

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Compte-rendu de l’Assemblé Générale de février 2018 (exercice 2017)
L’A.G. de l’AAJM a eu lieu le 22 février dans les locaux de l’IMEC (Institut pour la Mémoire de l’Édition Contemporaine). Le président de l’AAJM, Olivier Métellus, a présenté les temps forts de l’année 2017 et les rendez-vous 2018.
Vous trouverez ci-dessous quelques extraits, l’intégralité des éléments évoqués et présentés est disponible sur le site (JeanMetellus.com rubrique Association des Amis de Jean Métellus).
Extraits des temps forts 2017
• Les lectures de textes de Métellus à l’occasion du Printemps des Poètes, au festival Bâton de paroles à Malakoff, à la Fondation Saint-John Perse (Aix-en -Provence).
• Le lancement du prix Jean Métellus pour l’éducation et la culture à l’initiative du professeur François à l’école Molière Chandler des Orangers (Jacmel).
• L’hommage au médecin à la Maison de l’Amérique Latine le 30 mars avec la participation de J. Roustit (ancien Président de la Fédération Nationale des Orthophonistes), du docteur Véronique des Noëttes, d’Isabelle d’Huy de Penanster, une orthophoniste qui a travaillé avec Métellus. Dans la foulée de cette manifestation, Philippe Métellus, invité à l’Université Populaire de Lille par le professeur Joseph Saint-Fleur, a dédié sa conférence sur la prise en charge des tumeurs cérébrales à son père, Jean Métellus.
• La pièce de théâtre Anacaona de Métellus a fait l’objet d’une intervention à la journée Héroïnes de la Caraïbe qui a eu lieu à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.
• L’oeuvre de Métellus était présente au Salon du Livre de Fuveau (pays d’Aix-en-Provence) dont le pays invité était Haïti, de nombreux auteurs haïtiens y ont participé dont Lyonel Trouillot, Eveline Trouillot, Makenzy Orcel, Pierre Dahomeu, Marie-Céline Agnant.
• Une exposition d’art haïtien, regroupant les tableaux naïfs, les sculptures des boss métal et de nombreux objets artisanaux appartenant à la famille Métellus a été organisée à la Halle ronde de Givry (en Saône et Loire) : cette exposition a été largement visitée et la population locale a pu entendre des textes de Métellus lus par Mariann Mathéus et Patrick Karl, accompagnés par le guitariste Ahmed Barry.
• Lors d’un colloque international à l’Ecole Normale Supérieure de Port-au-Prince en octobre, le chercheur Thomas Augais a présenté un travail sur Jean Métellus – le médecin-poète.
• L’oeuvre de Métellus a été mentionnée dans plusieurs publications et articles.
• Un fonds Métellus a été constitué à l’IMEC et a donné lieu à une présentation dans le bulletin de décembre 2017.
Extraits des rendez-vous 2018
• Jean Métellus sera présent dans l’ouvrage Horizons multiples de l’écriture haïtienne contemporaine sous la plume de Joubert Satyre (Editions du CIDIHCA).
• Les Editions de Janus ont réédité le recueil La Peau et autres poèmes, épuisé aux Editions Seghers.
• Le poème Au pipirite chantant traduit par le professeur Haun Saussy sous le titre When the pipirite sings sera publié au dernier trimestre 2018 par l’éditeur américain Northwestern University Press.
• L’AAJM organise une manifestation à la Maison de l’Amérique Latine en octobre, sur le thème : Anacaona, Colomb, Henri le Cacique…Métellus et le théâtre. Cela fera 30 ans qu’Antoine Vitez a mis en scène Anacaona au théâtre de Chaillot.
• Une présentation du fonds Métellus à l’IMEC aura lieu sans doute au dernier trimestre
La soirée s’est achevée poétiquement avec :
• l’écoute d’un poème de Métellus – Haïti, terre sans repos – chanté par Brigitte Kloareg,
• la lecture par M. Mathéus et P. Karl d’extraits de poèmes puisés dans le recueil Empreintes (Editions de Janus), en particulier le chiffre 4 car cela fait 4 ans que Métellus nous a quittés.
L’assistance nombreuse (environ 30 personnes) a pu continuer à évoquer l’AAJM, Métellus, l’homme et l’oeuvre durant le pot amical qui a clos la soirée.
Avec les remerciements du bureau de l’AAJM